Résultats de la recherche pour ' stassen bd '

La revue dessinée (2013-2014)

revuedessinée2

Beb Deum (n°2)

La bande dessinée de reportage, ou plus exactement le reportage en bande dessinée, commence à dater. Si l’illustration journalistique existe depuis l’invention de la presse papier, user du format BD pour transcrire de l’information est plutôt récent. Durant les années 70, certains auteurs de Charlie Hebdo (Cabu, Gébé, Wolinski, Willem…) se sont essayé au reportage dessiné avec brio, mais le résultat est plus proche du carnet d’impressions (dessins et textes s’entremêlant dans une même mise en page) que de la forme classique de la bande dessinée (cases, séquences, ellipses, phylactères…). En 1985, Thierry Groensteen avait correctement anticipée cette tendance, observant «… de nouvelles ambitions chez certains auteurs, soucieux d’interroger leur époque et d’en témoigner plutôt que de la rêver ou de s’en évader. Il se pourrait (mais il est trop tôt pour l’affirmer) qu’on assiste en ce moment à l’émergence d’un nouveau genre, le BD-reportage. Demain, certains envoyés spéciaux des organes d’information n’auront peut-être plus la caméra au poing, mais bien le crayon à la main » (in La bande dessinée depuis 1975, Albin Michel).

revuedessinée1

Gipi (n°1)

Toutefois, si cette pratique n’est pas nouvelle, l’idée d’une revue uniquement composée de reportages ‘par la bande’ n’avait pas encore été concrétisée. La revue XXI a impulsée la tendance en intégrant un reportage dessiné dans son rédactionnel. Le monde Diplomatique avait lancé un hors-série plus que convaincant, qui aurait mérité d’être pérennisé. La Revue Dessinée s’inscrit dans cette veine et dispose d’une équipe de rédaction composée de journalistes et d’auteurs de bande dessinée, qui élaborent ensembles les articles qu’ils nous proposent. Certain(ne)s portent même les deux casquettes, telle que Marion Montaigne et son sympathique reportage sur le parc zoologique du jardin des plantes de Paris (n°1-2). Les deux premiers numéros sont de très bonnes factures (superbes couvertures de Gipi et Beb Deum) et donnent vraiment envie d’y plonger.

 revue_dessineemontaigne

Marion Montaigne

Alors bien sûr, l’ensemble des articles, reportages et autres documentaires est plutôt inégal. L’intérêt variant en fonction des thèmes abordés, du traitement graphique et de l’angle d’approche choisi : réaliste, avec le style très pictogramme de Daniel Blancou sur le dossier du gaz de Schiste de Sylvain Lapoix (n°1-2) ; humoristique, comme les cours de sémantique de James (n°1-2) ; satirique, avec le doc d’anticipation sur l’humain augmenté d’Olivier Jouvray et Maëlle Schaller (n°2)… On ne peut apprécier tous les articles de la même manière, cela dépend du sujet et de l’auteur. J’ai particulièrement savourer le documentaire d’Arnaud le Gouëfflec sur le musicien Moondog, illustré par Nicola Moog (n°1), Les plaines de Fukushima d’Emmanuel Lepage (n°2), le voyage en Terres Australes de Christian Cailleaux (n°1) ou le formidable Allende, le dernier combat par Olivier Bras et Jorge Gonzalez (n°1).

 revuedessineeallende

Olivier Bras et Jorge Gonzalez

Des dessinateurs que j’apprécie m’amènent à découvrir des sujets que j’aurais sûrement zappé dans une revue d’info classique – Nicoby avec l’incroyable enquête sur les écoutes téléphoniques en Libye de Jean-Marc Manach (n°2), Stassen qui continu son investigation au Belge Congo (n°1) – et ça, c’est bien. Des articles qui informent et apportent un éclairage sérieux sur les événements décrits. Tout en régalant l’amateur de narration séquentielle qui en prendra plein la vue et fera assurément de belles rencontres. Une revue qui fait découvrir des fonds et des formes. Gageons que La revue dessinée trouve rapidement son rythme de croisière et devienne un rendez-vous trimestriel à ne pas louper.

larevuedessinéelepage

Emmanuel Lepage

Le revue dessinée

Déogratias – Stassen (Dupuis Aire Libre, 2000)

Déogratias - Stassen (Dupuis Aire Libre, 2000) dans Chroniques BD couverturebd2800129727

Stassen nous raconte le drame rwandais de l’intérieur, et nous emmène dans les dédales de la ville de Butare, avant (en usant de flashbacks) et après le génocide. Où comment les membres d’une même population (mais d’ethnies différentes) peuvent-ils revivre à nouveau ensemble et reprendre leurs habitudes comme si de rien n’était. Comment les ressortissant occidentaux se réinstallent et retrouvent facilement leurs petits privilèges…

Stassen nous plonge également dans le psychisme plutôt perturbé de son personnage principal (qui se prend pour un chien), définitivement traumatisé par ce qu’il a vu et fait. Errant sur les traces de son passé tel un zombi dans les rues de la ville, Déogratias se venge de tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, au massacre de sa bien-aimée.

Ces formes rondes et stylisées, ce trait « ligne claire » (les formes sont soutenues par un trait noir épais et régulier) et ces superbes couleurs pastels (magnifiques ambiances nocturnes) contrastent totalement avec les thèmes abordés (génocide, trahison, folie…) et les scènes décrites. C’est en cela que la bande dessinée est unique, dans cette faculté à pouvoir raconter et peindre l’indicible sans le transformer en un spectacle malsain. Comme l’explique Joe Sacco (dans l’excellent documentaire « la BD s’en va t-en guerre », la bande dessinée est le média le plus apte à retranscrire une réalité subjective, mais juste.

Déogratias n’est pas une bande dessinée de reportage comme celles de Joe Sacco ou Patrick Chappatte, qui vont sur le terrain pour témoigner de ce qui s’y passe. Stassen n’a pas la posture d’un journaliste cherchant à retranscrire des faits. Il ne se met pas en scène et ne parle jamais à la première personne. Sa démarche est plus sensible qu’intellectuelle. Il préfère raconter l’Histoire par la petite histoire, au plus prêt de son personnage, et touche ainsi à l’universalité des sentiments humains.

97828001297231 dans Chroniques BD

Bio de jean-Philippe Stassen

Interview de Stassen

XXI (revue)

revuexxi

XXI ne veut pas dire extra-extra large (quoi que le journal revendique de proposer de l’information grand format, d’où sa couverture en « cinémascope »), mais bien 21 en chiffres romains, comme notre nouveau siècle. Sauf qu’ici, point de science fiction, que du contemporain. La rédaction tente de renouer avec la grande tradition du Grand-Journalisme, se référant à Albert Londres dans l’édito du premier numéro : « Aux idées préconçues, Albert Londres préférait la vérité des choses vues et des êtres rencontrés. [...] Ce journalisme est éternel, seules ses formes changent. Il est toujours aussi nécessaire. L’information s’est multipliée, et notre regard s’est rétréci. Prendre le temps, se décaler, redonner des couleurs au monde, de l’épaisseur aux choses, de la présence aux gens, aller voir, rendre compte : telle est la volonté de XXI. »

XXI s’appuie sur cet évident constat : la bande dessinée peut être un médium d’investigation tout à fait crédible et légitime. On le sait depuis Hara-Kiri et Charlie Hebdo (grâce à des dessinateurs tels que Cabu, Gébé ou Wolinski), et plus récemment par des auteurs comme Joe Sacco ou Emmanuel Guibert, la bande dessinée journalistique n’est pas qu’un moyen original de retranscrire des informations, mais bel et bien un outil d’investigation pertinent (et précieux, car dans certain endroit du monde, il est difficile de se promener avec un appareil photo…). Le dessin n’a pas ici vocation à illustrer les propos des journalistes, mais devient un élément essentiel de l’enquête, une trace tangible de leur périple, de leurs rencontres… Dans le premier numéro, le dessinateur Jean-Philippe Stassen nous raconte en bande dessinée son enquête réalisée à Gibraltar, sur les traces des migrants risquant leur vie pour entrer en Espagne. La bande dessinée n’est plus un divertissement, elle devient une source d’information et d’investigation originale tout à fait crédible, bien plus pertinente à mon sens qu’un traditionnel reportage photo, car le dessin étant plus subjectif, plus proche de la sensibilité de l’auteur, il dégage bien plus d’émotion (qui n’est pas incompatible avec l’authenticité des faits rapportés) en évitant tout sensationnalisme outrancier. De plus, une photographie personnalise quand le dessin lui « universalise » (comme nous l’explique très bien Scott McCloud dans son « Art invisible » !).

La rédaction a fait le choix d’un traditionnel journal papier distribué non pas en kiosque (ce qui les aurait obligé à se financer par la publicité) mais en librairies spécialisées. Ce qui est une bonne chose. Depuis sa création en janvier 2008, 11 numéros (trimestriels) sont sortis, soit plus de 150 auteurs et 50 dessinateurs (illustrations et BD) qui ont collaboré à la revue, totalisant plus de 1800 pages ! On retrouve les traits de bons tels que Muzo, Trapier, Hyman ou Placid à la mise en page… Une revue copieuse (presque 200 pages) mais pas gavante, qui ne cède pas aux sirènes de l’actualité immédiate et jetable, mais prend le temps d’un traitement de fond de l’information (leur « Dossier Russie » du premier numéro fait pas moins de 70 pages, soit un tiers de la revue !)

logoxxi

leblogde21.com

Le jour où…1987-2007 France Info 20 ans d’actualité – Collectif (Futuropolis, 2007)

19872007.jpg

C’est à l’initiative de France Info que plusieurs auteurs, représentatifs de l’éclectisme en bande dessinée, se retrouvent dans un même album. Des auteurs qui pour la plupart se sont vu décerné par la radio, le Prix de la bande dessinée d’actualité et de reportage. Vingt huit auteurs, pour raconter en image leurs points de vue sur les événements historiques de ces vingt dernières années. C’est une idée vraiment intéressante que de proposer des points de vue d’artistes plutôt que de journalistes…

Le traitement de l’information à la radio est fait dans l’immédiat, dans l’urgence des situations. Alors que le médium bd lui, permet d’avoir du recul sur les événements. Certains tentent d’être objectifs, d’autres sont plus anecdotiques. Mais tous racontent avec leur sensibilité, leur univers pictural ce qu’ils considèrent comme étant l’actualité la plus marquante de notre époque (il manque juste une date, et non des moindres, le 21 avril 2002…). Cette « subjectivité assumée » est très enrichissante.

 lejourou.png

Le tragique destin de Lady Di, par Blutch…

David B s’exprime sur la fatwa lancée contre Salman Rushdie, le 14 février 1989. Guy Delisle lui, raconte les événements de Tienanmen du 5 juin 1989. Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx nous parlent de la chute du mur de Berlin. Kris et Thierry Martin au scénario, de la libération de Nelson Mandela, le 11 fevrier 1990. Jacques Ferrandez revient sur le massacre du marché de Markalé à Sarajevo, le 5 février 1994. Jean philippe Stassen est obsédé par le drame rwandais, qui commence par l’assassinat du président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994. Dupuy et Berberian nous parlent de la mort de François Mitterrand, survenue le 8 janvier 1996. Blutch, de celle de Lady Di le 31 août 1997. Jean Claude Denis se rappelle du jour de la victoire de l’équipe de France de Foot, le 12 juillet 1998. Charles Masson nous reparle de l’affaire du sang contaminé, avec la comparution de Fabius le 9 février 1999. Le photoreporter Didier Lefèvre s’arrête sur le départ des forces serbes du Kosovo, à compter du 12 juillet 1999. Etienne Davodeau revient sur la tempête du 26 décembre 1999. Baru se réjoui de la fin du service militaire, annoncé le 27 juin 2001 par le président de la république. Pierre Christin, avec le dessinateur Guillaume Martinez, fait un retour sur les événements du 11 septembre 2001. Rabaté lui, nous parle de la canicule d’août 2003. Joe Sacco mène son enquête sur les tortures subies par les prisonniers d’Abou Ghraib, dont les photos ont été diffusées sur CBS le 28 Avril 2004. Simon Hureau nous parle du tsunami survenu le 26 décembre 2004 en Asie. Denis Lapière et Pierre Bailly reviennent sur la traversée du Pacifique de Maud Fontenoy, arrivée le 26 mars 2005. Luc Brunschwig et Etienne Le Roux évoquent la libération de Florence Aubenas, le 12 juin 2005. David Prudhomme revient sur la mort des deux jeunes de Clichy-sous-Bois, le 27 octobre 2005, qui provoque des émeutes.

lejouro.png

La tempête du siècle par Davodeau…

Inclus avec cet album, un CD comprenant les archives sonores de ces vingt événements. Le jour où… est un collectif de grande qualité, dans lequel il n’y a rien à jeter.

Plus d’illustrations sur Heeza


Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

Du beau, du bon, des bds…

Du beau, du bon, des bds…

Mag’ & revues disponibles…

Mag’ & revues disponibles…


DuffDes!gn |
Le peuple des couleurs |
ateliers enfants |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | axecreations
| ART'S DATING - DJO CAFÉ-ARTS -
| Electivo Fotografía