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Les nouveaux Mystères – Jake Raynal (Audie, 2015)

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Je lis Jake Raynal depuis ses débuts dans Psikopat et Fluide, soit depuis une bonne vingtaine d’années. J’ai de suite apprécié son graphisme hyperréaliste et contrasté, plutôt éloigné du style humoristique des périodiques d’ « Umour et Bandessinées » sus-cités. Maître incontesté du noir et blanc stricte, le passage à la couleur n’enlève rien à la puissance de ses compositions. Il est aussi le scénariste du strip « Francis le blaireau » avec Claire Bouilhac aux dessins, un summum de l’humour noir et sans concessions. Attiré par les mystères de notre monde, qu’il scrute de son regard acéré pour mieux en souligner les absurdités (Combustion spontanée, Esprit frappeur…), Raynal compile dans cet album des dossiers récemment pré-publiés et nous offre d’autres inédits.

Lors d’un échange/dédicace, il m’explique qu’il est arrivé dans l’équipe de Fluide tel un ovni. Ses influences au sein de la rédaction se limitent à Goossens et Foerster (et bien entendu Maître Gotlib), avouant peu connaître les autres. Son back-ground lui vient des auteurs anglo-saxons, Kirby, Miller, Campbell et surtout Mignola, entre autres. Sans oublier les argentins et les italiens… Il dessine essentiellement d’après photos d’archives, ce qui lui demande un vrai travail de documentation. Et cela se ressent dans son traitement réaliste et hyper précis, qui apporte un contre point sérieux à une approche pour le moins loufoques. Cet humour froid et distancié sied à merveille pour dénoncer et dédramatiser les dérives de notre temps : hystéries collectives, théories du complot, effets de la mondialisation…

Les thèmes et théories scientifiques, économiques ou climatologiques auxquelles se réfère Raynal sont authentiques et vérifiables. C’est le ton sarcastique (avec des chutes souvent connes) et son sens de la synthèse – appuyé par une parfaite maîtrise de l’ellipse – qui génère cette dimension absurde et apporte un intérêt certain à des concepts pour le moins abscons. Merci Monsieur Raynal de nous apporter la lumière sur ces forces obscures qui nous gouvernent.

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Mille parages – Simon Hureau (La boîte à bulles, 2014)

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Découvert également dans le Lapin troisième version, j’ai de suite adhéré à la sensibilité de Simon Hureau, à son graphisme semi-réaliste contrasté (les décors et objets sont précis et détaillés alors que ses figures sont légèrement caricaturales). Un dessinateur-bourlingueur qui nous raconte par l’anecdote ses divers voyages et rencontres (au Burkina Faso, Togo, Florence, Casablanca, Reims…). De courtes histoires réalisées sur une dizaine d’année (parues entre autres dans Ego comme X ou Gorgonzola) dans lesquelles il se met en scène, carnet à la main. Dessiner lui permet d’installer une distance sur les choses qu’il vit. Même si parfois, cela attire les regards et lui fait perdre sa tranquillité.

Mille parages est un ouvrage à la forme particulière : à la fois récit d’aventure en bande dessinée s’appuyant sur une découpage séquentiel plutôt classique, carnet de voyages avec ces dessins faits sur le vif, ou BD de reportage avec un point de vue subjectif assumé sur les mœurs et coutumes des pays qu’il visite. Moins introspectif et nombriliste qu’un Craig Thompson, Simon Hureau s’attache à retranscrire ce qu’il découvre, en y insufflant une bonne dose de poésie, sans pour autant se « confesser » sur ce qu’il ressent. Il fourni un vrai travail d’observation, ayant une attirance certaine pour les insectes, l’inscrivant dans la lignée des dessinateurs naturalistes d’antan.

Son dessin n’est pas au service d’une histoire, il est au cœur même de sa narration, rendant ainsi compte de son propre processus créatif, tant les sujets qu’il croise (personnes, animaux, végétaux, objets…) ne semblent pour lui que des motifs à croquer. Seul ou accompagné, il aime partir à l’aventure (dormir à la belle étoile ou marcher dans des contrées inconnues) pour découvrir, trouver de la matière à dessiner et ainsi s’approprier ce qui l’entoure. De fait, grâce au dessin, il n’est jamais vraiment perdu ou déboussolé, toujours un peu partout chez lui.

Simon Hureau nous démontre ici que l’exercice du carnet de voyage n’a pas fini d’être subtilement exploré. On attend la suite avec impatience…

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La vie de Mahomet – Charb & Zineb (Les Echappés-Charlie Hebdo, 2013)

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S’il est évident que Charb et Zineb nous propose un formidable travail de vulgarisation, La vie de Mahomet n’en est pour autant pas un livre vulgaire. En guise d’article, je vous incite fortement à lire ce formidable avant-propos de Zineb El Rhazoui. Un texte magnifique qui possède dorénavant une consonance bien particulière.

Croyants et profanes s’accordent au moins sur un fait : Mahomet était un homme. Sceau des prophètes ou imposteur, pacifiste ou guerrier, mystique ou assoiffé de pouvoir, âme charitable ou tyran, ascète ou amateur de femmes, la personnalité d’al-Amîn, l’Honnête, l’ultime messager d’Allah, suscite maints questionnements et nourrit tous les fantasmes. Contrairement à celle de Jésus et de Moïse, qui ont bercé l’imaginaire occidental, son histoire a souffert d’un manque de pédagogie. Plus que les enseignements religieux destinés à ses ouailles, son parcours terrestre mériterait d’être connu par tous. C’est justement l’ambition de ce présent travail. Contrairement aux apparences, il s’agit d’un livre très sérieux, qui a nécessité de longs mois de recherches afin d’illustrer le parcours d’un homme, Muhammad, tel que décrit dans les sources islamiques elles-mêmes. D’abord publié en deux tomes comme hors-série de Charlie Hebdo, cet album livre la version intégrale, enrichie de passages inédits sur la vie du « meilleur des hommes ». Mis à part la forme innovante, cet ouvrage n’invente rien sur la vie du messager d’Allah. Il n’a pas de prétention historique ou scientifique, puisqu’il ne fait que compiler des brides de la sîra, cette chronique prolifique et diffuse qui a consigné les moindres détails de la vie du prophète. Chaque anecdotes, chaque phrase mise dans la bouche de Muhammad est annotée, et renvoie à des références bibliographiques dont les plus rigoureux oulémas de l’islam ne contesteront pas l’authenticité. Rédigées dans un arabe ancien, souvent contradictoires, ces ommahât al-massâdir (« sources mères ») constituent la vulgate canonique exclusive -en plus du texte coranique – dans laquelle les musulmans puisent la sagesse de leur prophète. La sîra alépine d’Ibn Sayyid an-Nâs, la sîra d’Ibn Hichâm, le Livre des grandes classes d’Ibn Sâad, et bien d’autres sources islamiques ont permis de tisser la trame de ce récit.

Oui, mais… Le dessiner, pourquoi le dessiner ? Parce qu’il est inacceptable que les vies soient menacées car une plume, quelque part sur terre, esquisse le turban du prophète. Parce que le caricaturiste qui a fait de l’irrévérence un sacerdoce se doit de repousser les limites de la censure là où elles étranglent sa liberté. D’ailleurs, le tome 1 de la vie de Mahomet, publié en hors-série de Charlie Hebdo, bien qu’il ait fait couler beaucoup d’encre, n’a pas fait verser une seule goutte de sang. Ceux qui tuent à Islamabad ou à Tripoli au nom du choc des civilisations n’ont pas attendu que l’on profane leur sacré pour faire leur besogne. Alors, pourquoi le pinceau ne colorerait-il pas la barbe du prophète ? Toutefois, cet ouvrage n’est pas non plus une suite d’anecdotes nées de l’imagination profane d’un dessinateur impie. Ici, Muhammad n’est pas représenté, il n’est pas caricaturé. Son personnage, le petit bonhomme jaune de Charb, est une métaphore. Soyons sérieux, qui pourrait prétendre que Mahomet était ainsi, sous les traits que lui attribue ce livre ? Dans les sources islamiques précitées, il existe des descriptions détaillées du prophète. Grand de taille, blanc de peau, les sourcils denses et joints, les yeux noircis de khôl, le nez long et fin, la barbe tentée au henné, la bouche généreuse et les dents espacées, tels étaient les attributs physiques de Muhammad. Fallait-il que le dessin s’y conforme ? Cela aurait-il changé quelque chose s’il avait été remplacé par une bulle vide, un turban ou un point d’interrogation ? Telle n’est pas notre démarche, puisque c’est justement cela, la plus risible des caricatures.

Doit-on entériner l’obligation morale, réclamée par les plus fanatiques de ses fidèles, de respecter Muhammad ? Pas plus que l’on ne doit se conformer à celle de respecter Jésus ou Moïse. Non, les mêmes qui, en France, pensent qu’en dessinant de prophète de l’islam on pousse le bouchon trop loin sont ceux qui, dans une complaisance qui frise le mépris , sont convaincus que cette religion est loin, très loin derrière les Lumières. Ils caressent dans le sens du poil les plus ignorants parmi les musulmans, ceux qui, non conscients d’être infantilisés, nourrissent à tort l’espoir que pour leur seul bonheur le blasphème soit un jour proscrit en France. Ce n’est pas à ceux-là que nous nous adressons, mais aux autres, plus nombreux, plus discrets, qui n’ont pas troqué leur sens de l’humour contre le ridicule grincheux des clercs autoproclamés, prêts à s’insurger contre une loi écrite nulle part. L’islam n’est-il pas une religion de l’écrit ? Lançons ici le défi ! Que celui qui trouve dans le Coran ou la sunna le moindre texte interdisant de représenter Mahomet, ou qui que ce soit d’autre, nous jette la première pierre. Non que nous ayons le souci de nous conformer au préceptes de l’islam, mais, pour avoir passé au peigne fin ses sources, il s’avère que le tabou le plus tenace de la religion musulmane, celui pour lequel les foules s’insurgent et tant de crimes sont commis, ne se fonde sur rien, dans une religion où seul l’écrit scelle les enseignements d’Allah. D’ailleurs, ce pour quoi on nous vouerait aux flammes de l’enfer, les musulmans chiites le font depuis toujours. Que d’enluminures persanes représentent un Mahomet enturbanné, assis en tailleur et dispensant ses enseignements…

En France, cette France qui bouffait du curé il n’y a pas si longtemps, ne pas se plier à une prétendue interdiction religieuse est toujours un acte de subversion, voilà le constat. Parce qu’il est important pour le profane de connaître la vie d’un homme qui a changé le cours de l’Histoire, voici la vie de Muhammad, telle que rapportée par ses fidèles.

 Zineb (sociologue des religions)

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Une saison au 106 (2014-2015)

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Avec sa programmation éclectique de qualité, un bel espace d’accueil et d’exposition et ses deux scènes, le 106 est devenu le lieu incontournable des musiques actuelles sur l’agglomération rouennaise. La saison 2014-2015 était un bon cru. Cet automne, j’ai vu Sébastien Tellier, Timber Timbre et Girls In Hawaii. Je fini la saison en ce mois de Mai avec le grand Dominique A.

Sébastien Tellier (le 10 octobre 2014)

C’est la deuxième fois que je vois le gars Sébastien en concert et c’est toujours un immense plaisir. Sous ces dehors faussement naïf et légèrement loufoque se cache un grand sensible, comme en attestent la finesse de ses mélodies et arrangements. Dans une configuration guitare-basse-batterie-clavier-percussionniste (ils sont cinq sur scène), placée sous l’égide de la musique brésilienne, ils ne lésinent pas sur les rythmes dansant et les effets technoïdes, nous proposant de vrais morceaux de bravoure (Ricky l’adolescent, Comment revoir Oursinet) ! Sans oublier la tendresse, bordel. Un pur régal !

Timber Timbre (le 27 octobre 2014)

Les canadiens de Timber Timbre ont pleinement gagné leur pari : donner toute l’ampleur nécessaire à leur morceaux. En particulier ceux de leur dernier album Hot Dreams, qui ont trouvés sur scène toute la dimension épique qu’il leur fallait (Run from me, Grand Canyon, This low commotion). Tout en contre-jour, les quatre musiciens dégagent un charisme de dingue. L’absence du saxo a manqué parfois. Cependant, le travail du son, qui pour le leader Taylor Kirk vire à l’obsession, est incroyable. En bon perfectionniste caractériel, il fracasse sa basse sur l’ampli, sûrement pas satisfait du son qui en sortait. Attitude punk et ambiance Américana, le contraste est parfait.

Girls In Hawaii (le 21 novembre 2014)

Girls in Hawaii. Je ne connaissais pas ce groupe (à part un ou deux morceaux) et ce fut une belle surprise de découvrir leur univers musical en live. Ils revisitent leurs morceaux rock de manière acoustique, ce qui nous permet d’en saisir toutes les subtilités. Alternant entre les instruments et les climats, on sent les six belges pas forcément à l’aise dans ce registre. Mais leur sincérité emporte tout. On pense parfois à leur grand frère dEUS pour cette puissance retenue, mais c’est surtout à Syd Matters qu’ils m’ont fait penser avec ces ambiances pop-folk de toute beauté.

Dominique A (le 12 mai 2015)

Dominique A nous présente ses nouvelles compositions dans une configuration qui a déjà fait toutes ses preuves. L’ami Jeff est fidèle au poste avec son jeu de basse précis et sa fausse nonchalance. Boris aux claviers et guitare apporte toute l’ampleur nécessaire. Sacha, le vieux compagnon de route, est d’une efficacité redoutable derrière ses fûts. Ces quatre loustics nous ont offert une grande leçon de maîtrise et de virtuosité (en particulier Dominique au niveau de son chant). Ils ont revisité le répertoire du sieur Ané en y insufflant une incroyable intensité, je pense en particulier aux chansons Le convoi, L’horizon, Immortel… Subtilité des mots et des mélodies, associé à un son rock noise puissant, Dominique demeure cet équilibriste hors-pair.

Le Rock et si je ne m’abuse le Roll – Killoffer (L’Association, 2006)

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J’avoue peu connaître l’œuvre de Killoffer. Auteur multiforme et singulier, il s’est au fil du temps éloigné de la bande dessinée pour s’aventurer vers le récit illustré, l’illustration de presse et le dessin contemporain (voire ses abstraction en noir et blanc), des domaines qui lui apportent surement plus de liberté.

Cependant, Le Rock et si je ne m’abuse le Roll qui date de 2006, marque son retour aux affaires. Comme il l’explique, cette histoire – qui lui est venue d’un rêve – l’a incité à refaire de la BD. Killoffer use à merveille des potentialités du format Patte de mouche. Une histoire courte mais intense (à plusieurs niveaux de lecture), un graphisme lisible et contrasté, un découpage fluide et linéaire. Sa ligne claire souple et vive amène de légères déformations qui renforcent la dimension onirique de ces planches. Ces visages stylisés et légèrement caricaturaux cernent parfaitement les expressions des protagonistes.

Killoffer explose les barrières et ouvre les vannes de son inconscient. On retrouve son attrait pour l’onirisme, racontant ses rêves débiles sans aucun tabou. Entre récit autobiographique, réalité romancée, rêves qui virent aux cauchemars, délires éthyliques et fantasmes sexués, le déroulé de ses pérégrinations reste cohérent de bout en bout et jamais ne s’égare. Il brouille les pistes sans pour autant nous perdre en route.

Le prologue de trois pages décrit la dure réalité d’un dessinateur, qui cherche l’inspiration en jouant de la guitare. Le corps du récit (que l’on suppose être le contenu des planches sur lesquels il travaille) nous raconte les coulisses d’un concert de son groupe, les Pood Ass Death. Killoffer se pointe à la bourre attifé d’une tenue digne des grandes heures du glam-rock, alors que ses camarades sont tous habillés en pull marin (sûrement une idée de Menu). N’ayant pas ramené sa nouvelle tenue de scène, c’est Ydobon, un fan du groupe, qui lui prête son pull… L’épilogue nous emmène dans un autre de ses rêves (dont les éléments sont issus de cette folle journée, en particulier la présence d’Ydobon) duquel il sort en tombant de son lit, à la manière de Little Nemo. Une belle manière de retomber sur ses pattes et revenir à la réalité, aussi surprenante soit-elle. Plus dure sera la chute !

Cette fiction plutôt loufoque peut se lire comme une métaphore à peine voilée des relations qu’il entretenait alors avec ses potes de l’Association. Killoffer n’adhère pas forcément aux nouveaux choix esthétiques du groupe (faut dire qu’il va rarement aux réunions), mais suit tout de même le mouvement. Son implication dans le groupe est à l’image de celle qu’il a au sein de l’Association : distanciée.

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