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La révolution Pilote – Aeschimann & Nicoby (Dargaud, 2015)

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La révolution Pilote. Un titre à double sens. Pilote est le journal qui a révolutionné la bande dessinée made in France à l’aube des années 60, devenant ainsi le seul rival de taille face à l’hégémonie belge (avec Charlie of course). Mais après les événements de 68, les jeunes auteurs de Pilote ont fait leur révolution au sein de la rédaction. Se rebeller face à l’autorité étant à l’époque le mode d’émancipation exclusif (y en a-t-il d’autre d’ailleurs ?).

Inutile de revenir sur le rôle crucial tenu par Goscinny dans la reconnaissance officielle de la bande dessinée et de ceux qui la font (par la création du statut de scénariste, entre autre). Il a contribué à la maturité de la presse BD, de ses lecteurs et de cette jeune garde de la rédaction qui, trahison suprême pour lui, rejette sa tutelle (uniquement symbolique), au point de lui dresser un procès d’intention mal intentionné.

Mais que s’est-il réellement passé, comment, avec qui ? Sont-ce ses poulains ou les représentant du syndicat du livre qui ont organisé tout ça ? Les questions persistent et les avis divergent…

Bien que Aeschimann et son complice Nicoby (qui ose parfois la citation graphique des auteurs rencontrés) aient l’intention de faire la lumière sur ce fâcheux incident, on se rend compte qu’au fil de leur enquête, le flou persiste. Et le temps n’arrange rien à l’affaire. Chacun semble avoir sa propre version des événements. Les témoignages se contredisent, entre Moebius (que Aeschimann avait eu au téléphone peu de temps avant son décès) qui y étaient mais n’est plus là pour confirmer, Fred qui est là mais ne veut pas y revenir, Mandryka qui y était mais, semble-t-il, pas au même endroit, ni au même moment et Gotlib qui n’y était pas mais en on entendu parlé (c’est un euphémisme). Sans oublier Druillet, qui ne voit pas l’intérêt d’y revenir mais ne tarie pas d’éloges pour Goscinny, et Brétecher qui a toujours exprimé son incompréhension et confirme encore que Goscinny a plus contribué à leur liberté artistique qu’à leur censure.

Un album plaisant qui ravira les fans de Pilote et de Goscinny, même s’ils n’apprendront pas grand chose de nouveau. Juste une confirmation : Goscinny était un visionnaire (dixit Druillet) qui a, bien malgré lui, créé la bande dessinée adulte des années 70 !

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Zaï Zaï Zaï Zaï – Fabcaro (6 Pieds Sous Terre, 2015)

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L’unanime engouement pour ce « Zaï Zaï Zaï Zaï » nous ferait presque oublier que Fabcaro n’est pas un perdreau de l’année, et trace son chemin dans la bandessinée d’umour depuis une bonne dizaine d’année maintenant. Et quel chemin parcouru depuis son Steak haché de Damoclès. Alors qu’il aurai pu s’enfermer dans le genre «déboires-existentiels d’un-dessinateur-de-seconde-zone», il a su se renouveler et aborder différentes formes d’humour, du détournement absurde (La Bredoute, une parodie bien déjantée du fameux catalogue) aux strips humoristiques à la con (avec son Jean-Louis) ou grinçant (avec Parapléjak), de courts récits autobiographiques (On n’est pas là pour réussir) au faux récit de voyage (Carnet du Pérou), sans oublier divers scénarios pour ses camarades (Amour, passion et CX diesel, Achille Talon…), ainsi qu’un roman. Prolifique et varié, on retrouve sa signature dans les pages de nombreux magazines et fanzines : L’Echo des Savanne, Zoo, Fluide Glacial, Psikopat, Jade, Alimentation Générale

Avec Zaï Zaï Zaï Zaï , il ne se limite pas à une seule forme d’humour et fusionne les procédés : comique de répétition (avec ces moult itérations), satirique, de par son thème principal et même de gestes, bien que les mouvements de ce soi-disant « road movie » sont plutôt figés (à l’image du salto avant de la Clio!). Il aime avant tout faire évoluer ses personnages dans des situations incongrues… Il sait mettre de côté ce trait hachuré qu’on lui connaît (avec ces nez en U) pour un graphisme plus réaliste, dont les visages quasi abstraits rappellent ceux de Ruppert & Mulot.

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Là où il est fort et mérite d’être encensé, c’est pour cette précision quasi chirurgicale. L’humour ne supporte pas l’à-peu-près et Fabcaro l’a bien compris. Il fait preuve ici d’une parfaite minutie dans les plans, les cadrages, les attitudes, les dialogues… Un rythme théâtral, avec peu de mouvement et de nombreux plans fixes. Il enchaîne les gags à chaque page (voire à chaque case) sans se répéter et réinvente l’art de la chute par la roulade arrière. Chaque réplique est vectrice de gag, misant sur un constant décalage avec les images.

Comment ne pas voir dans cette histoire d’oubli de carte de fidélité une métaphore à peine voilée de la situation malheureusement bien réelle des sans-papiers. Il pousse à l’extrême ce bon gros délire paranoïaque pour dénoncer les dérives sécuritaires de notre époque. Il accentue à peine la dimension ubuesque du système, qui transforme chaque drame humain en un spectacle malsain. Il évoque également la précarité dans laquelle vivent les auteurs de bd en particulier, par extension toutes les personnes socialement fragiles qui peuvent en un instant devenir des parias. Pas très joyeux tout ça. C’est pourquoi les humoristes de cette trempe sont nécessaires. Ils apportent une juste distanciation sur ces thèmes graves et déclenchent en nous ce rire ravageur salutaire. 

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Mon ami Dahmer/Punk Rock & Mobile Homes/Trashed – Derf Backderf (Ça & Là, 2013/14/15)

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Merci aux éditions Ça & Là de nous faire connaître Derf Backderf. Son premier ouvrage en français sorti en 2013 a marqué les mémoires, en racontant ses souvenirs de lycéen, lorsqu’il avait comme camarade de classe le serial killer Jeffrey Dahmer.

Sans racolage ni sensationnalisme, il revient avec prudence et moult questions sur ces étranges années durant lesquels il a côtoyé ce futur tueur. Revenir pour comprendre, certes. Mais de son propre aveux, il serai vain d’essayer de dresser le profil psychologique et chercher les causes, saisir pourquoi Jeffrey aurait basculé. En tant que journaliste de formation, il se contente de retranscrire les faits dans leur chronologie, ce qui est déjà beaucoup. On retrouve cette approche opératoire dans ses autres ouvrages. Cette narration linéaire, sans ellipses temporelles et autres flash-back. Il semble plus préoccupé par la logique de son récit que par l’approche psychologique de ses personnages. Ce qu’ils font en disent plus que ce qu’ils racontent.

On retrouve dans ces trois ouvrages une autre constante, ce mélange de fiction et d’autobiographie. Ce qu’il nous raconte s’appuie sur ce qu’il a en partie vécu, mais il ne tombe jamais dans l’écueil du récit autobio. S’il se met en scène dans ces ouvrages, il n’utilise jamais la première personne (une démarche qui m’évoque Pekar ou Crumb). Dans ses deux premiers, il n’est qu’un personnage secondaire, les héros étant Dahmer et Le Baron.

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Dans Trashed, il n’y a pas vraiment de personnage principal, si ce n’est lui. Mais il ne vole pas la vedette et n’a pas plus d’importance que les autres. S’il s’appuie sur sa propre expérience d’éboueur, celle-ci avait lieu au début des années 80 alors qu’il inscrit son récit à notre époque. Un bonne manière de se démarquer du récit de souvenirs. De plus, le thème central de ce trash est malheureusement encore d’actualité. Si les enjeux de la pollution et les dérives de nos sociétés de consommation sont évoqués, ils ne sont que la toile de fond d’une histoire qui s’attache surtout à décrire les conditions de travail déplorables des éboueurs et autres travailleurs municipaux. C’est également le récit d’une émancipation. Aussi peu glorieux soit-il, ce premier travail lui permet d’être enfin autonome et ne plus dépendre de ses parents.

Une autre caractéristique des ouvrages de Backderf est cette richesse documentaire, qu’il n’hésite pas à partager à chaque fin d’ouvrage. Journaliste un jour… on ne se refait pas. A ce titre, Punk Rock & Mobile Homes est le véritable témoignage d’un lieu, d’un milieu et d’une époque où les gens pensaient encore que le rock pourrait changer le monde, tout du moins leur vie. La fin du punk rock au début des années 80 annonce la fin des utopies héritées de la contre culture des sixties. On suit les pérégrinations du Baron, un loser magnifique qui travail comme serveur, videur, DJ ou chanteur au The Bank, le club le plus prisé d’Akron. Il croisera les plus grands : The Ramones, The Clash, Lester Bangs, Ian Dury, Klaus Nomi… Un docu-fiction riche en rebondissements, entre baises, beuveries et concerts punks. Authentique.

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Backderf n’est pas un virtuose du dessin. Cependant, il semble connaître ses limites et s’emploie à contourner les difficultés avec une remarquable efficacité. Si certains de ses personnages se ressemblent, il sait leur apporter une caractéristique physique (un chapeau, des lunettes, une forme de nez, une moustache, des cheveux longs…) qui nous permet de les distinguer. Dans ses nombreux plans d’ensembles, il dessine à une échelle plus réduite (donc ne réduit pas un grand dessin avant l’impression), signifiant ses personnages par quelques lignes et ces fameux signes distinctifs. Son trait est tout en rondeur, avec de nombreux jeux d’ombres pour cerner les volumes. Dans Punk Rock… son graphisme est plus contrasté (sans quadrichromie), plus proche des dessinateurs underground américains (entre Shelton ou Peter Bagge). Ses visages (il use de nombreux plans américains et quelques gros-plans) sont expressifs et souvent laids (autant que ceux d’une Julie Doucet). Mais il ne faut pas s’arrêter à la première impression car, comme chantait l’autre, la beauté cachée des laids… C’est un peu la morale des histoires de Derf Backderf.

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Trois fois rien – Petra Mrzyk & Jean-François Moriceau (Les Requins Marteaux, 2006)

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Trois fois rien de Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau, ouvrage composé uniquement de dessins sans aucuns textes, corrobore une idée que beaucoup ne partagent pas : lire du dessin n’est pas si simple qu’il n’y parait et demande un certain apprentissage. Un ensemble d’images ne fonctionne pas comme un ensemble de mots. Si dans un texte chaque mot n’a d’utilité que si on le relit aux autres – il en est de même pour une planche de bande dessinée, chaque case n’ayant de sens qu’en la resituant dans la temporalité de celles qui les entourent – le recueil de dessins lui, nécessite une autre approche. Le travail de Mrzyk et Moriceau nous confronte à cela.

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Nous devons lire chacun de leurs dessins indépendamment des autres, tout en les reliant, non pas aux seuls précédents et suivants, mais à un ensemble plus vaste. Un réseau de signifiants se dévoile au fil de la lecture et des thématiques apparaissent, des effets de matières se répondent, des figures se font échos… Flammes, poils, végétaux… solides, liquides… visages, morceaux d’anatomie, transformations corporelles… notre rapport à la sexualité, la nourriture, le temps, la mort… sans oublier les figures mythiques modernes (le Bibendum Michelin, Mickael Myers, Ernest & Bart, Yoda…). L’air de rien, les auteurs dressent un sacré panorama de nos vices et obsessions. Un univers que n’aurait renié un Roland Topor.

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L’espace de la feuille, ouvrant sur deux dimensions, s’en trouve ici illimité, avec cette profondeur de champ que créé ce noir et blanc strict. Les auteurs se jouent du cadre, décalant un dessin dans un coin de page, au point de laisser les trois quart de la feuille blanche. A l’inverse, ils n’hésitent pas à surcharger l’espace de compositions qui flirtent avec le cadavre exquis. Contraste entre ses formes simples, aux traits vifs et un travail méticuleux sur les textures (dentelles, textiles, plumages…). Contraste aussi entre dessins à l’humour absurde (voir ces formes rondes changées en carrés) ou salace (avec ces mains qui courent après des nichons ou des doigts après des nez…) et concepts philosophiques (ne sommes nous pas tous des cadres sans images ?)

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Poussant leur collaboration plus loin encore que Dupuy et Berberian ou Ruppert et Mulot, il est quasiment impossible de savoir qui fait quoi. Bien malins ceux qui les distingueraient. Entre cadavres exquis et écriture automatique, les auteurs jonglent avec les styles, les genres et les focales sans jamais perdre en cohérence, tant ils vont au bout de leur démarche à chaque fois. Trois fois rien est une expérience de lecture unique et brillante. 

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Trois fois rien

Chronique K.BD – Le petit livre de la Bande Dessinée

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Nous terminons notre sélection estivale sur K.BD avec Le petit livre de la Bande Dessinée, un album bien sympathique qui plaira assurément à tout amateur du 9ème Art. Sur près de 200 pages, Hervé Bourhis et Terreur Graphique dressent un historique du médium, qui commence dès l’âge de pierre…

Une synthèse by myself…

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