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HERGE (2ème partie) – Pierre Assouline (Folio Gallimard, 1998)

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Je referme cette riche biographie avec le sentiment d’avoir enfin découvert Hergé. Un homme avec ses qualités (patient, candide, affable, modeste, fidèle en amitié…) et ses défauts (orgueilleux, égocentrique, puritain, colérique, fuyant les conflits, maniaque…). Un personnage ambigu dans ses relations aux autres mais pourtant très clair vis à vis de lui même. Un angoissé, qui dans le fond n’aura qu’une obsession, atteindre la sagesse et la pleinitude. Il deviendra au fil du temps un érudit en matière de philosophie orientale (le Taoisme en particulier), d’ésotérisme et de parapsychologie (grâce à sa rencontre avec Jacques Bergier, co-auteur du livre Le Matin des Magiciens, et de la revue Planète). Un artiste qui tentera d’autres expériences (la peinture, le cinéma en cherchant à adapter Tintin…) mais qui reviendra toujours à la bande dessinée, car en bon perfectionniste qui se respecte, il se rend compte que c’est véritablement dans ce domaine qu’il excèle.

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 Hergé par Jacobs

J’ai appris également qu’Hergé n’était pas un dessinateur isolé dans une tour d’ivoire, mais un amateur éclairé qui; à la fin de sa vie, s’intéresse grandement à ce qui se fait dans la bande dessinée moderne. Il est très ouvert d’esprit et apprécie à leur juste valeur les productions de la nouvelle génération, des auteurs qui se situent pourtant aux antipodes de son oeuvre. Pierre Assouline nous raconte : « Il tiens Sempé pour le La Bruyère du XXème siècle, et sous la plume de cet honnête homme, il n’est pas de plus beau compliment. Les planches des Frustrés de Claire Bretécher sont d’une férocité et d’un pathétique qui l’enchantent et lui procurent un vrai bonheur de lecture, qu’il s’agissent des dessins ou des dialogues. En dehors d’hommes comme Jacobs, Cuvelier, Schulz ou Johnny Hart, qu’il considère déjà comme des classiques ,Hergé loue volontierles qualités d’artistes tels que Jean Giraud dit Gir dit Moebius, Hermann, Gébé (« qui n’a que du talent »), Franquin (« prodigieux dessinateur »), Gotlib ou Raymond Macherot, le créateur d’Anthracite et de Chlorophylle, qu’il juge l’égal de Walt Disney dans sa manière de camper le caractère des animaux. Il lit d’une traite Les Six Voyages de Lone Sloane, un héros auprès duquel Tintin lui paraît excessivement bourgeois et raisonnable. Son auteur Philippe Druillet est un des rares, selon lui, à donner une dimension nouvelle à la BD, plus proche de l’onirisme que du fantastique. Il se délecte de ses grandes images « à la fois précises, minutieuses et fulgurantes où tout fuse et explose dans une sorte de délire graphique ». Quant à Jean-Claude Mézières, qu’il peut se flatter d’avoir repéré dès l’âge de 15 ans, Hergé se dit impressionné par se capacité d’invention et sa puissance de composition. Après avoir lu L’Ambassadeur des ombres, les Oiseaux du maitre, Le pays sans étoiles ou l’Empire des mille plamètes, il va même jusqu’à évoquer Jérôme Bosch et Gustave Doré, c’est dire !

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Tintin par Moebius

Mais à ses yeux, Fred, pilier de Pilote où il dessine Philémon et scénarise Timoléon, demeure largement au-dessus du lot. Pour sa faculté à se dégager de l’influence américaine. Pour la dimension poétique et la lisibilité de son dessin. Pour son irrespect à l’endroit des institutions. Pour sa faculté de faire croire à l’incroyable. Et pour ce mélange de surréalisme, de loufoque, d’inquiétude, d’absurde, de logique qui n’appartiennent qu’à lui.
Pour être ouvert à la culture d’une autre génération de dessinateurs, Hergé n’est pas pour autant prêt à accepter n’importe quoi. Ni jeuniste, ni démagogue, il met un frein à ses enthousiasmes. Peu lui chaut de passer pour conservateur. Il distinguera toujours les créateurs des fabriquants. Et les artistes du reste des fournisseurs. En fait, seuls la vulgarité, la confusion et le travail bâclé le choquent vraiment. Ainsi, en découvrant un paquet de bandes dessinées underground expédié d’Amsterdam, il ne le récuse pas globalement. Il apprécie les dessins de Robert Crumb et parvient même à trouver « intéressantes » les bandes les plus pornographiques tant leur agressivité, leur bonne humeur et leur exagérations les rendent finalement comiques ».
Ces attraits pour les auteurs modernes nous en apprend bien plus sur lui, sa personnalité, son ouverture d’esprit… Bien plus qu’une enième analyse.

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Hommage de Tibet

Pour l’humour de l’Art – Quino (Glénat, 2007)

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On compare souvent Quino à Schultz. Deux auteurs prolifiques, mondialement connus pour leur série phare, œuvre de toute leur vie. Mais si Schultz a consacré sa carrière exclusivement à ses Peanuts, Quino lui, n’a pas œuvré que pour Mafalda. Ces deux séries possèdent de nombreuses similitudes. Elles mettent en scène des enfants (« kid strip ») qui pensent et s’expriment comme des adultes sur les divers problèmes de société. Même si Mafalda est plus politisée… Et tel Chas Addams, qui n’a pas uniquement dessiné La Famille Addams, ni Sempé Le Petit Nicolas, Quino est aussi reconnu comme un grand dessinateur humoristique, œuvrant pour la presse (culturelle, actualité…), l’illustration. 

Cet ouvrage Pour l’humour de l’Art (première édition en 1982), nous permet de prendre la pleine mesure du génie de Quino. Avec son humour à priori gentil, mais réellement mordant, il passe ici au crible les travers de l’Artiste (peintre, musicien, sculpteur, écrivain…) à la fois mégalo et peu sûr de lui, ainsi que ceux des spectateurs-auditeurs, les critiques, les commanditaires… Tout en partageant ses réflexions sur la création, l’art moderne, les nouvelles technologies…

Virtuose du dessin, son trait rond,  »tremblotant » et pourtant dynamique est d’une précision imparable. Rien n’est fait au hasard, le moindre pli de manche, la posture des personnages, les expressions des visages… Une richesse dans les détails qui n’entrave en rien la lisibilité de ses dessins. Tout est minutieusement réfléchi, alors que chaque dessin donne l’impression d’être fait sur le vif… Quino maitrise autant la technique du gag en dessin unique (sans textes pour la plupart), que la planche séquencée propre à la bande dessinée (avec quelques phylactères). Admirable.

Sempé, un autre de mes maîtres, français né en août 1932 (je suis né en juillet 1932), que je considère, avec moi, comme un des derniers exposants d’un genre d’humour en extinction, l’humour humaniste, qui n’est pas corrompu par la satire de la politique du moment. Ses dessins, ainsi que les miens, ne produisent pas le fou-rire, ils doivent être regardés attentivement, même réfléchis. Disons que je le considère comme un frère, pas de sang, car je ne l’ai vu qu’une fois et rapidement, mais comme un « frère d’encre ». (Quino)

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http://www.quino.com.ar/frances/quino_bio30.htm

Les sexties de Lauzier (1980 éditions Glenat)

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Plus jeune, je n’accrochais pas vraiment aux BD de Lauzier (genre Zizi et Peter Panpan ou Les Cadres). Peut être étaient-elles un peu trop « adultes », trop politique. Puis, ce coté « dessinateur de droite » (dans un journal de gauche) me gênait… En fait, il n’avait pas d’étiquette précise et critiquait autant les idées de Droite que celles de Gauche… Il faut parfois acquérir une certaine maturité pour apprécier des auteurs à leur juste valeur. Lauzier est de ceux-là !

Dans le n°57 de Pilote mensuel (février 1979) Guy Vidal répond à la question : Lauzier est-il un traître ?! (suite à son départ du journal pour d’autres projets). « Lauzier vous manque. Vos lettres le disent. Certains (peu nombreux) insinuottent : « Il vous gênait pour prendre votre virage vers l’extrême gauche ». Rigolade. [...] – Lauzier est-il un traître ? – Non, pas un traître. Un égoïste. Comme vous et moi. »

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Les sexties…

Je me suis récemment procuré Les Sexties, grâce auquel je découvre que Lauzier est avant tout un formidable illustrateur, dessinateur et coloriste. Certaines de ses illustrations (qui ne sont pas toutes “cul”) sont du calibre d’un Sempé ou d’un Chas Addams… Poétique et nonsensique…

 

Lauzier était un implacable observateur de notre époque… Dans sa série des Tranches de vie (oubien ses scénarii pour le théâtre et le cinéma), il passe au crible tous nos travers, nos névroses, nos obsessions de petits bourgeois occidentaux (on ne disais pas Bobo à l’époque !). Il n’est pas tendre avec nous, c’est pour ça qu’on l’aime…  Lauzier nous a quitté en fin d’année dernière.

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Tranches de vie…

PILOTE (magazine) – Editions Dargaud

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Couverture de Giraud (2008)

Pilote fut créé en 1959, par le chef du service de presse de Radio-Luxembourg. Ce dernier, voulant lancer sur le marché un « Paris-Match » pour jeunes, fait appel à de jeunes auteurs : Charlier, Uderzo et Goscinny, qui revient des USA où il a collaboré avec l’équipe du journal MAD !..  » Nous voulions faire un journal s’adressant à des adolescents et pas à de jeunes enfants. Pour cela nous avons fait appel à des journalistes de la « grande presse », dont beaucoup émanaient, bien sur, de Radio-Luxembourg (Jean Carlier, Lucien Barnier…), et non pas à des spécialistes de la presse des « petits ». Et il fallait créer des nouvelles séries : Charlier et Uderzo ont fait « Michel Tanguy », Uderzo et moi devions faire quelque chose… Nous avons cherché et nous avons trouvé « Astérix »… » (Goscinny in Pilote spécial 30 ans)

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Couverture de Gotlib

En 1961, Georges Dargaud rachète le journal et nomme Goscinny et Charlier comme co-rédacteur en chef en 1963. Cette année là et dans les années qui suivent, Blueberry, Achille Talon, le Grand Duduche, Fred, Gotlib, Reiser, Gébé, Mandryka, Christin, Mézières, Lob, Gigi, Pichard, Forest, Goetzinger, accompagnés de beaucoup d’autres, rejoignent l’équipe. En 1966, en deux semaines, on vend 600 000 exemplaires de l’album Asterix chez les bretons (le premier de la série avait été tiré à 6000 exemplaires). On n’ avait jamais vu un tel engouement pour la Bande Dessinée (Asterix fait même la couverture de l’Express, une première pour un héros de BD). Pilote est plus que jamais « le journal d’Asterix et Obelix » !

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L’équipe de Pilote croquée par Alexis

En mai 1968, alors que le succès est là, Pilote est secoué lui aussi par la révolte qui agite le pays. Quelques dessinateurs impétueux (menés pas Giraud) décident de traduire Goscinny et Charlier devant un pseudo-tribunal de la plume et du pinceau. Leur seul tord en fait, est d’être de l’ancienne génération. Car avec le recul, il parrait un peu stupide de reprocher à Goscinny d’être un réac, quand on voit les risques qu’il à oser prendre en éditant tous ces auteurs anti-conformistes. Ça s’arrangera, mais Goscinny en fut durablement blessé. Cette épreuve passé, le journal (« qui s’amuse à réfléchir ») devient de plus en plus riche. A la rédaction, tout le monde est amoureux de Clair Bretécher. Les albums se succèdent. Morris arrive. William Vance illustre Bob Morane. Druillet fait exploser les pages. Tardi passe. F’Murrr entre. Clavé, Solé, Alexis, Petillon, Patrice Leconte sont là. Godard et Ribera aussi. Bilal, 19 ans, gagne un concours organisé par Pilote et commence à collaborer aux pages d’actualités.

En 1974, Pilote devient mensuel. René Goscinny disparaît en 1977… Charlier s’est éloigné. Suivront cependant des années qui verront s’ajouter sur le livre d’or des éditions Dargaud les signatures de Loisel, Cothias, Blanc-Dumont, Lauzier, Régis Franc, Caza, Rodolphe, Baru, Cabanes, Boucq, Martin Veyron, Jean-Claude Denis, Hugot Pratt, Rivière, Floc’h, d’Autheman et de bien d’autres, y compris celle de Pierre Desproges.

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En septembre 1978, le numéro 53 de Pilote défraie la chronique par une couverture épurée, presque vidée, au titre provocateur : « Pilote n’est plus un journal ». La commission paritaire des publications et des agences de presse a en effet radié Pilote, sans aucun avertissement préalable, au motif d’un manque de respect permanent à l’égard des gouvernants. Une censure, donc, ou, comme l’explique Guy Vidal dans son éditorial, « un assassinat par le fric ». Devant la levée de bouclier de la presse, la commission paritaire fait finalement machine arrière. En février 1979, la commission paritaire admet la bande dessinée comme un moyen d’expression à part entière. Aux milieu des années 80, Charlie Mensuel rejoint Pilote. En 1986, les deux titres fusionnent. En novembre 1989, Pilote cesse de paraître. En juillet 1990, Georges Dargaud meurt. Une époque se termine… (historique tiré en parti du Catalogue Dargaud 2007)

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Mezieres

Formidable auteur, scenariste, dialoguiste et créateur d’univers, Goscinny fut surtout un rédacteur en chef génial. Il a donné sa chance à de nombreux jeunes dessinateurs qui deviendront des géants de la Bande Dessinée française : Jean Giraud-Moebius, Cabu, Gotlib, Druillet, Bretecher, Mandryka, Fred, Alexis, et tant d’autres… Même s’il n’aimait pas le style d’un dessinateur, Goscinny le diffusait, car il sentait que les lecteurs pouvaient accrocher. Il laissait le temps à une série pour trouver son public. Il savait prendre des risques afin de proposer des choses nouvelles à ses lecteurs…Par exemple, quand il lance Philemon de Fred en 1966, la série fait un bide total. La rédaction croule littéralement sous les lettres de lecteurs mécontents et indignés de voir une série « mal déssinée » et « sans queue ni tête » dans leur journal préféré (chaque année Pilote organisait un référendum auprès de ses lecteurs pour établir le palmarès des meilleures séries, Philémon à du finir bon dernier…). Quand on constate maintenant le succès justifié de cette série et le génie reconnu de Fred, on ne peut qu’applaudir Goscinny pour son talent de découvreur et sa tenacité ! Les exemples de ce type (avec Gotlib, Druillet, Reiser…) ne manquent pas.
Ce qui fait de Goscinny l’homme le plus important de la bande dessinée française. Et Pilote, LA revue de Bande Dessinée !

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Sempé, Goscinny, Uderzo et Charlier

Tout Pilote sur http://www.bdoubliees.com/journalpilote/annees/index.html


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