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Misery Loves Comedy – Ivan Brunetti (Cambourakis, 2009)

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J’ai pris une petite claque en découvrant le travail de Brunetti compilé dans ce Misery Loves Comedy. J’avais bien envie d’en parler mais il s’avère que l’ami Nantua a déjà chroniqué cet ovni autobiographique. Alors, plutôt que me casser la tête à trouver les mots justes, je le copie sans vergogne et avec une petite pointe de jalousie, tant son article est sacrément bon et précis. Merci l’ami !

Misery loves comedy est le bouquin le plus corrosif, le plus dérangeant, le plus trash qu’il m’ait été donné de lire et le lecteur éventuel devra, avant de se lancer dans cette lecture, réviser son catalogue d’onomatopées ou d’éructations étonnées pour la qualifier : « oups, argh,  oh lala » ont fait personnellement parti de mon registre. Et là, je fais dans le soft.

Que raconte Misery loves comedy ? Le bouquin décline le Moi, l’incontournable Moi, le Moi immense et névrotique désigné sous le nom d’ Ivan Brunett, auteur américain d’origine italienne, enseignant à ses heures, auteur de comics psycho dépressif à coté desquels Blast ou From Hell passeraient presque pour des gentilles fables, fraîches et joyeuses. Le présent volume est composé de trois numéros de « schizo », sa revue, et de contributions à divers quotidiens. Il alterne histoires courtes, où l’auteur se met en scène, et strips trashs. On en sort pas indemne.

Le goût pour la dénégation de soi et la frustration artistique trouvent là,  en effet, une œuvre des plus abouties. Brunetti ne s’aime pas, ne nous aime pas, n’aime pas le monde : « Ma vie sera – t – elle toujours aussi merdique ? ( … ) ma médiocrité me monte à la gorge comme l’odeur d’une flaque de vomi frais ». «  Il n’existe probablement personne que je n’ai, à un moment ou à un autre rêvé de tuer, de défoncer et / ou couvrir de merde ». Le discours tenu est d’un terrible pessimisme et d’un noir si définitif qu’il semble parfois sur-joué. Le monde de Brunetti est violent : violence des mots et des situations, violence névrotique, full of frustration, peur de la mort … Point d’issus, dans chaque vignette dans ce monde « merdique » , saturé de contrastes noirs ou de mots envahissants. Misery love comedy est une oeuvre cérébrale et bavarde où la réflexion en vient à saturer l’espace d’une logorrhée répétitive. 

Mais bon : admettons que la vie soit si négative et le monde si merdique, le plus étonnant est que Brunetti a tout faux : il a du talent, énormément de talents. Il passe d’un style à l’autre, s’amuse ( oui s’amuse ! ) à égarer les pistes stylistiques, s’essaie à imiter ses glorieux ainés. Dès lors, on serait tenté de voir dans cette démarche un jeu, une comédie, comme l’explicite le titre et ne pas le prendre ( trop ) au sérieux. 

L’originalité majeure de Misery loves comedy est de poser de la manière la plus achevée qui soit la question  des limites. Jusqu’où peut – on aller dans mauvais goût ? Le contournement de  « valeurs » , la marge ? Comme dans  « c’est arrivé près  de chez vous » – film culte -  Brunetti renvoie sans cesse le lecteur à sa qualité de voyeur et l’invite à un retour au stade anal où le caca fait office de valeur et le pipi de tradition.

L’expérience de lecture n’est  pas sans intérêt et on est, c’est selon, à la fois enthousiaste ou dérangé.  Evidemment , on pense à Joe Matt , à Robert Crumb, et l’œuvre se rattache indéniablement  à la bd underground. Au vrai, plus qu’underground on songe à ‘’ borderline ‘’ pour nommer le brûlot créatif que l’on a entre les doigts. Cependant, autant les deux premiers  numéros de Schizo sont d’un trash absolu , autant l’auteur semble se calmer au troisième numéro , revenant à des considérations plus apaisées , et finalement plus rigolotes… Brunetti commencerait – il à devenir adulte ? On le lui souhaite !

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L’horreur est humaine Vol.2, N°1 (Editions Humeurs, 2008)

L'horreur est humaine Vol.2, N°1 (Editions Humeurs, 2008) dans Presse et Revues hh22-201x300

Revue hors norme des éditions Humeurs, L’horreur est humaine est un ouvrage collectif de dingues, qui repousse les limites du bon/mauvais goût en images.

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David Sandlin

Bandes dessinées décalées et loufoques (Charlie Schlingo, Basil Wolverton, Peter Bagge, Robert Crumb, Charles Burns) ; des illustrations (pages de garde de Blanquet, les Cauchemars d’Yves Chaland, les portraits hachurés de Matthias Lehmann) ; les photographies tendance voyeurisme de Romain Scolombe ; des tableaux (les portraits excessivement réalistes d’Alexis Lemoine ou l’érotisme morbide d’Ohta Keiichi) ; des expérimentations de narration séquentielle (Ruppert et Mulot, Morgane Navarro, Tobias Schalken, l’itération iconique d’Ethan Persoff)…

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Marko Turunen

Une succession d’auteurs aux horizons divers et variés (en genres, époques, origines ou disciplines) qui partagent cette affolante faculté à bousculer les conventions et mettre l’art du beau dessin et de la belle image dans ses retranchements, d’en exploser les codes. Que ce soit les tableaux naïfs et illuminés de David Sandlin, le trait vif et outrancier d’un Carlos Nine, la fantasy expressionniste de Marko Turunen (qui met en scène un Thor en colère car son pote Intrus ne lui a pas rendu son cd de Kate Bush!), le surréalisme panique d’une Medi Holtrop, les bandes expérimentales et quasi abstraites d’Elles Sont De Sortie, l’onirisme dérangeant de Ludovic Debeurme, les cruelles illustrations de Gustave Doré, les nues aquarelles et planches abstraites de Pyon, les strips existentialistes de Pascal Girard ou ceux limites déviants d’Olivier Texier…

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 Tobias Schalken

L’horreur est humaine  interpelle, bouscule, choque, uppercute ses lecteurs. Sûr que cela ne plaira pas à ceux qui n’aiment que les jolis dessins et les histoires bien racontées…

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Yves Chaland

A voir

CRUMB, de l’underground à la Génèse (Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 2012)

CRUMB, de l'underground à la Génèse (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 2012) dans Evenements culturels 354897crumbaffiche

Crumb au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, y’a comme un décalage… Le pape de l’underground qui a ses entrées dans l’Antre de l’Art Moderne, c’est un peu comme si Iggy Pop devenait officier des Arts et des Lettres ! Aah ? C’est déjà fait ?! Alors, j’ai rien dit…

Bon, foin de sarcasmes. Crumb est un génie, un monstre du dessin qui mérite amplement tous les honneurs, qu’ils soient officiels ou officieux. L’intégralité de son parcours nous est présentée par étapes chronologiques. Soit plus de quarante ans de carrière, jalonnée par pas moins 700 gribouillages. Mr Natural, Fritz, Snoid, Pekar, Buk, Kafka, Zap, Weirdo, Actuel… Personne ne manque à l’appel.

Ce qui caractérise Crumb, et dont on se rend pleinement compte ici, c’est qu’il n’est pas un carriériste. Il n’a jamais cherché à être à la mode. Il a su conserver son intégrité, sans aucuns compromis… Il est libre Robert. Libre de dessiner ce qu’il veut. Même la Genèse…

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Je m’attendais à une exposition moins sage. J’aurai aimé que Crumb explose l’espace bien rangé des salles d’expo. Et à part le festival de couleurs de la grande salle, où l’on trouve une sculpture d’une de ses plantureuses créatures, des portraits d’artistes et les pochettes de disques (dont le mythique dessin original de l’album de Janis Joplin), la majeure partie de sa production nous est présenté de manière classique et linéaire. Rien de spectaculaire ni de tape-à-l’œil, sauf si on sait regarder avec la bonne focale. Car tout est question de focale chez Crumb. La sobriété n’est qu’ambiante, la folie se situe ‘dans’ ses dessins.

Cette expo n’échappe pas cet éternel problème : comment rendre attrayantes des planches de bd ? Quel intérêt de sortir une planche de son contexte ? De l’exposer tel un tableau ? Ces questions n’ont plus de sens quand on se trouve devant les planches et dessins originaux de Crumb…

Mais attention, ne tombons pas dans la sacralisation de l’Original ! Car pour lui, la version imprimée et diffusée EST l’œuvre achevée. C’est pourquoi les planches originales sont accompagnées des revues dans lesquelles elles ont été publiées. L’aspect séquentiel est respecté. On peut donc lire les histoires sur les murs. Cependant, une bande dessinée se lisant plus facilement « à plat », les organisateurs ont mis à disposition des visiteurs une version imprimée à feuilleter en dessous des planches exposées.

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Je ne me lasse pas de la folie de ses mises en pages, de son sens irréprochable de la séquence (il use de nombreuses itérations iconiques), du mouvement. De ses formes tantôt humoristiques, tantôt quasi hyperréalistes. Crumb est un moine copiste, un enlumineur névrosé qui passe les trois quart de son temps à gratter sa feuille. Un obsédé (ça on le savait déjà) du modelé hachuré, du fourmillement de traits, de l’accumulation de détails jusqu’à la saturation, tout en assurant une parfaite lisibilité. Une prouesse d’autant plus grande qu’il dessine sur les formats de publication (albums ou revues). A ce titre, ses planches de la Génèse sont admirables.

Mais ce qui nous a littéralement scotché, avec les amis Bruce et Vidocq, se sont ses portraits. Des femmes, typiquement « Crumbiennes », des artistes connus, des chanteurs inconnus, chaque portrait est une pure merveille d’intensité, de beauté.

Une exposition riche et foisonnante. Un peu trop peut-être, la saturation n’était pas loin sur la fin… Mais une overdose de Crumb, on en redemande !

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The official Crumb site

Ciboire de criss ! – Julie Doucet (L’Association, 1996)

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Julie Doucet se met en scène pour nous raconter des histoires perturbées, et pour le moins perturbantes. Des anecdotes vécues, des souvenirs, des rêves débiles, expressions de ses angoisses, de ses phantasmes. Sans honte ni tabous, Doucet se met à nu et dévoile des éléments très personnels, ce qui peut parfois nous mettre mal à l’aise. Cette forme d’autobiographie intime, proche de la ‘confidence psy’ est assez rare dans le monde de la BD. Et à ce titre, ses alter-égos seraient Mattt Konture et Joe Matt.

Trash et sans concessions, Ciboire de Criss (que l’on peut traduire par « put… de bor… de mer… ») ne nous épargne pas et nous balance en pleine face toute la virtuosité graphique de Doucet. Son trait d’une efficacité redoutable n’appartient à aucun genre précis. Un graphisme possédant ses propres codes, qu’aucun autre auteur ne peut utiliser. C’est ce que j’aime chez les dessinateurs dit alternatifs : ils n’appartiennent à aucune école et développent leur propre vocabulaire pictural. Doucet est une référence incontournable en la matière.

Une esthétique punk ‘humoristico-expressionniste’ qui relève d’une grande maitrise (du noir et blanc hachuré en particulier). Des miniatures dans lesquels foisonnent une multitude de détails. Il nous faut scruter chaque case dans les moindres recoins pour en saisir toute la richesse graphique, mais aussi narrative, tant chaque dessin raconte à lui seul beaucoup de chose.

« Les thématiques liées à certaines de ses histoires autobiographiques sont bien loin du socialement correct. Elles nous changent de l’éternel garçon obsédé sexuel type Robert Crumb, par ailleurs sa principale influence graphique. Julie Doucet rêve régulièrement de voir pousser un pénis entre ses jambes, ou bien que ses règles deviennent si abondantes qu’elles engloutissent la ville toute entière sous un gigantesque flot de sang noir. Les rêves sont annotés, datés, et représentés le plus fidèlement possible, comme une sorte d’auto-analyse. Même en littérature, on avait rarement vu ça. » (Vincent barrière in Qu’est-ce que la BD aujourd’hui ? Hors-série Beaux Art Magazine, 2003)

Véritable cour des miracles, Doucet représente comme personne la monstruosité de ses contemporains, dressant des portraits tous plus hideux les uns les autres. Ce qui en dit long sur sa considération envers ses semblables, et elle-même… Heureusement, même si elle nous raconte crûment des choses vraies, elle y incère une fine couche d’humour noir salutaire, qui permet de nous distancier. Ciboire de Criss n’est pas qu’une « bonne bédé », c’est une expérience de lecture unique en son genre…

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Harv & Bob – Harvey Pekar / Robert Crumb (Cornelius, 2010)

Harv & Bob - Harvey Pekar / Robert Crumb (Cornelius, 2010) dans Chroniques BD blogharvbobc1

Forte actualité pour les éditions Cornelius en cette fin d’année. Leur rentrée américaine se termine avec la publication de l’unanimement génial ToXic de Burns (un auteur dont on ne lit plus beaucoup de critiques négatives). Les festivités avaient débuté par la sortie de ce Harv & Bob de Crumb et Pekar. Harvey Pekar est un auteur underground qui nous était encore totalement inconnu il y a peu. La réédition par les éditions ça et là de son œuvre phare American Splendor compte pour beaucoup dans cette reconnaissance. Ainsi que cet album, qui complète le travail anthologique de l’oeuvre de Crumb, magistralement orchestré par Cornelius.

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Pekar est un artiste loser comme seuls les Etats-Unis savent en produire (et s’en seraient certainement bien passé, tout comme Bukowski ou Fante). Issu de la classe populaire, habitant dans une ville fantôme, vivant dans un quartier pauvre, Pekar n’a trouvé comme seule alternative à la tristesse de sa vie que de la raconter. Et, ô magie de la littérature (et de la Bd), ce qui n’est qu’une suite d’événements du quotidien, tristes et banals devient (quand le talent est là bien sûr) des récits passionnants, remplis d’un humour tendre, jamais cinique. L’anecdotique devient universel. Pekar est un simple employé de bureau, collectionneur compulsif de vieux disques de Jazz (passion commune avec Crumb, faisant surement d’eux les premiers spécimens connus de geeks) qui décide de se lancer dans l’autoédition. Grand amateur de bande dessinée, il a surtout l’idée géniale de demander à de nombreux dessinateurs de mettre en image ses récits (le plus célèbre étant Crumb bien sûr). D’ailleurs, Pekar nous raconte leur rencontre dans « The Young Crumb Story », à l’époque ou ce dernier n’était pas encore devenu la figure de proue du mouvement underground. Cette histoire est une petite perle, nous permettant de constater que Crumb sait mettre son art au service des autres. Car il reste fidèle au point de vue de Pekar, sans tirer la couverture pour lui. A aucun moment ce récit ne devient autobiographique (alors que Crumb dessine Crumb). Il soutient pleinement la subjectivité de Pekar sur lui-même. Crumb n’est ici qu’un personnage secondaire…

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Crumb est excellent, comme toujours. Ca devient même fatiguant de chercher à décrire le style particulier d’un monstre du dessin, d’un artiste de cette trempe qui transforme tout ce qu’il dessine en œuvre d’art. Ces planches ont été réalisées entre 1976 et 1983. On distingue à peine une évolution dans son style tant Crumb a rapidement abouti à son vocabulaire pictural, composé de ces volumes hachurés, charnels, de ce noir et blanc contrasté, proche de la gravure, de ce style semi-réaliste (enfin, des personnages caricaturaux dans des décors très réalistes)… Pekar le dit lui-même : Crumb « dessine mieux que n’importe qui sur cette planète ».

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Harvey Pekar, 1939 – 2010

http://www.crumbproducts.com/

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Du beau, du bon, des bds…

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