• Accueil
  • > Recherche : retranscrire ses sentiments

Résultats de la recherche pour ' retranscrire ses sentiments '

Rock’n'roll & chocolat blanc – Jackie Berroyer (Wombat, 2013)

rock-roll-amp-chocolat-blanc-telephone-starshooter-higelin-1451187-616x0

Jackie Berroyer a côtoyé de prêt les artistes les plus influent du rock français de la fin des années 70. Enfin, côtoyer est un bien grand mot. Approcher serait plus juste. S’il a rapidement sympathisé avec Kent et toute la clique des Starshooter, il aura mis un peu plus de temps à se faire sa place auprès de la bande des Téléphone (surtout avec Aubert). Sans parler du gros problème de communication avec Higelin père.

Berroyer se pose régulièrement la question de sa légitimité, non pas d’écrire sur ces groupes qu’il adore – en tant que chroniqueur à Charlie Hebdo et Rock & Folk, il en a les compétences et la liberté – mais de partager leur intimité afin de rendre compte de leur parcours. Sachant qu’il a négocié avec la maison de disques de ces trois groupes (Pathé), et non directement avec ses membres, son intégration est difficile, bons nombres de musiciens le regarderont d’un air suspicieux. Une situation qui le mettra mal à l’aise tout au long de son reportage. Une autre difficulté pour lui, est de retranscrire au plus juste la teneur des échanges, puisse qu’il n’enregistre aucuns entretiens ni dialogues informels avec les artistes. Du coup, la tache est plus difficile. Heureusement, il est passé maître dans l’art du ‘botter en touche’.

Ce que j’aime chez Jackie Berroyer, c’est qu’il ne triche pas. Il avoue tout, sans honte ni duperie. Il pratique l’autodérision comme d’autres la guitare : en virtuose. Car s’il s’amuse avec cette pseudo prétention à faire de la littérature (du moins à toucher le chèque d’un éditeur pour un livre à venir), et à rendre compte de cette révolution musicale qu’il est en train de vivre, il ne se prend jamais au sérieux. Même si on le sent attiré par la belle écriture et, sans flagornerie mal placée, il possède de grandes qualités formelles.

J’ai surtout aimé cette manière propre à brouiller les pistes temporelles de son récit. Cet ouvrage date des années fin 70. Pour cette réédition, il rédige une pré-préface (puisse qu’il avait déjà préfacé cet ouvrage à l’époque) datée de 2012. Cependant, elle s’inscrit dans une continuité de style et de ton qui crée une troublante mise en abyme, confrontant le Berroyer de 2012 à celui de 1979. Du coup, on ne sait pas quand commence le récit originel, mais on s’en moque. Et après lecture, au regard de sa manière de raconter, très anecdotique, se laissant porter par le déroulement du fil de sa mémoire affective (le fait de ne pas avoir pris de note « in situ » l’oblige à cette formidable gymnastique du rappel de souvenirs, qui amène inévitablement à la digression, à l’aparté qui comble les vides), on se rend compte que les repères temporels n’ont aucun intérêt. Ce qui compte, se sont les impressions, l’enchaînement des souvenirs, le rythme de la narration.

Berroyer a cette qualité rare de savoir nous rendre complice de ses souvenirs, de nous accrocher jusqu’au bout de son récit sans se foutre de notre gueule. Car c’est dans l’anecdote qu’il touche à l’essentiel : l’authenticité de ses sentiments. A ce titre, il fait assurément parti de la famille des Cavanna, Delfeil de Ton ou autres Léandri.

« La jeunesse de Berroyer, c’est le rock’n'roll. Il a trente-deux ans, Berroyer. Juste le recul qu’il faut pour bien parler de la chose. Y ajouter l’humour. Sans humour, pas de Berroyer. Sans Berroyer, grande baisse de la production d’humour, dans notre cher et vieux pays. Berroyer vient de publier un livre qui s’appelle Rock’n'roll et chocolat blanc. On peut le lire sans aimer le rock’n'roll ni le chocolat blanc, il n’y parle que de Berroyer. Il va devenir célèbre. » (Delfeil de Ton in Le Nouvel Observateur, 1979).

Berroyer_portr

Nouvelles éditions Wombat

Déogratias – Stassen (Dupuis Aire Libre, 2000)

Déogratias - Stassen (Dupuis Aire Libre, 2000) dans Chroniques BD couverturebd2800129727

Stassen nous raconte le drame rwandais de l’intérieur, et nous emmène dans les dédales de la ville de Butare, avant (en usant de flashbacks) et après le génocide. Où comment les membres d’une même population (mais d’ethnies différentes) peuvent-ils revivre à nouveau ensemble et reprendre leurs habitudes comme si de rien n’était. Comment les ressortissant occidentaux se réinstallent et retrouvent facilement leurs petits privilèges…

Stassen nous plonge également dans le psychisme plutôt perturbé de son personnage principal (qui se prend pour un chien), définitivement traumatisé par ce qu’il a vu et fait. Errant sur les traces de son passé tel un zombi dans les rues de la ville, Déogratias se venge de tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, au massacre de sa bien-aimée.

Ces formes rondes et stylisées, ce trait « ligne claire » (les formes sont soutenues par un trait noir épais et régulier) et ces superbes couleurs pastels (magnifiques ambiances nocturnes) contrastent totalement avec les thèmes abordés (génocide, trahison, folie…) et les scènes décrites. C’est en cela que la bande dessinée est unique, dans cette faculté à pouvoir raconter et peindre l’indicible sans le transformer en un spectacle malsain. Comme l’explique Joe Sacco (dans l’excellent documentaire « la BD s’en va t-en guerre », la bande dessinée est le média le plus apte à retranscrire une réalité subjective, mais juste.

Déogratias n’est pas une bande dessinée de reportage comme celles de Joe Sacco ou Patrick Chappatte, qui vont sur le terrain pour témoigner de ce qui s’y passe. Stassen n’a pas la posture d’un journaliste cherchant à retranscrire des faits. Il ne se met pas en scène et ne parle jamais à la première personne. Sa démarche est plus sensible qu’intellectuelle. Il préfère raconter l’Histoire par la petite histoire, au plus prêt de son personnage, et touche ainsi à l’universalité des sentiments humains.

97828001297231 dans Chroniques BD

Bio de jean-Philippe Stassen

Interview de Stassen

Into the Wild – Sean Penn (2007)

intothewildg

Into the Wild nous raconte l’histoire vraie de Christopher McCandless, un jeune homme de 22 ans promis à un bel avenir, qui décide de tout plaquer et de partir à l’aventure jusqu’en Alaska. Sean Penn s’est appuyé sur ce fait divers (qui fut aussi un livre de Jon Krakauer) pour nous offrir un film sensible et émouvant. Il ne porte aucun jugement et décrit sur un mode impressionniste la quête initiatique d’« Alex Supertramp ». L’histoire nous est racontée en voix off par la sœur de Christopher. Sean Penn illustre les étapes de son parcours, de ses rencontres, de ses souvenirs… 

 intog115101625677202

Penn n’explique rien, ne justifie rien des actes d’Alex. Il s’attache seulement à retranscrire le plus sincèrement possible les émotions vécues et les sentiments partagés par les personnages. Un cinéma du sensible (et non de la sensiblerie), s’appuyant sur la force des images (des splendides décors naturels) et des situations, nous emmenant à la rencontre de personnages émouvants, authentiques… La réalisation est magistrale. Tous les éléments se combinent à merveilles, entre la photographie (magnifiques couleurs et lumières naturelles), la narration (entre récit en voix off, flash back et situations présentes), les dialogues (d’une vraie justesse), les personnages (tous attachants), l’interprétation des acteurs (tous remarquables),  la musique (les chansons d’Eddie Vedder créent une résonnance particulière avec les situations vécue par Alex), tout sonne juste, précis, en accord parfait. On suppose en amont, un véritable travail d’orfèvre, méticuleux, pour un résultat d’une fluidité et d’une légèreté déconcertante. 

 intog115102015256424

Bien plus que la retranscription d’un fait divers un peu particulier, Sean Penn nous offre un conte philosophique. Les rencontres que peut faire Alex ne sont pas anodines. Les personnes qu’il croise au hasard de ses pérégrinations représentent en fait ceux qu’il quitte, ce qu’il fuit : une mère, une sœur, un père… Non par rancœur ou une quelconque forme de revanche, mais par choix délibéré. Son changement de patronyme nous prouve qu’il cherche plutôt à fuir de lui-même, à s’échapper de ce qu’il était ou ce qu’il devait devenir. Les rencontres qui balisent ce parcours initiatique lui permettent de tester sa détermination à pouvoir se détacher des autres et partir seul dans la nature. Son ambition première semble, non pas de vivre en ermite, mais de renouer un contact perdu avec la nature. Ce qui ne veut pas dire retourner à l’état de nature, mais bien de (re)trouver sa véritable humanité. Car Alex part peut-être seul, mais il emmène avec lui son amour (et l’amour) des autres, auprès desquels il laissera une empreinte indélébile (ses derniers mots sont significatifs, lorsqu’il écrit que le bonheur ne peut qu’être partagé). 

intog115101580444412 

Alex part à l’aventure sans véritablement anticiper ce dont il aurait besoin pour sa survie. Il se prépare tout de même physiquement et ses multiples rencontres l’aident à organiser au mieux son périple dans le grand nord (on lui offre des bottes, un fusil, du matériel de pêche…). Alex est porté par une motivation qui le dépasse. Une sorte de transe « lucide » qui ne le quittera jamais, alimentée par ses lectures et ses fantasmes. Il est en paix avec lui-même et le monde qui l’entoure. Ou du moins cherche-t-il à l’être, avant d’aboutir « into the wild ». Cet appel de la nature peut être vu comme la métaphore d’une accession à une forme de sagesse, de plénitude éternelle, basée sur la contemplation de la nature sauvage et l’envie d’y vivre en osmose… Cette arrivée dans les grandes étendues d’Alaska donne lieu à des scènes surréalistes, entre la présence du Magic Bus (que fait ce bus de Fairbanks City abandonné en pleine nature ? On peut le voir comme un signe, une présence de la civilisation), ou sa rencontre avec le grizzli, l’autre prédateur des lieux. Vivre en harmonie avec la nature suppose pour l’homme de trouver sa place dans un écosystème impitoyable…

intog11510710889901 

Une noble quête, qui peut paraître vaine à notre époque, mais à laquelle Alex croit, et cherchera à atteindre coute que coute. C’est pourquoi la fin de son périple n’est pas dramatique. Au contraire, il aura été au bout de ses rêves, de sa quête, et sa mort en devient secondaire, anecdotique (même si pour la famille de Christopher, c’est un véritable drame). C’est en cela que Penn a su se démarquer du fait divers pour nous proposer une fable qui transcende son sujet. Une œuvre sublime, sans idéalisme ni misérabilisme… C’est rare.

Image de prévisualisation YouTube

http://www.intothewild.fr/

Allociné pour les photos


Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

Du beau, du bon, des bds…

Du beau, du bon, des bds…

Mag’ & revues disponibles…

Mag’ & revues disponibles…


DuffDes!gn |
Le peuple des couleurs |
ateliers enfants |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | axecreations
| ART'S DATING - DJO CAFÉ-ARTS -
| Electivo Fotografía