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R.I.P. Fred

R.I.P. Fred dans Evenements culturels philem1

Décidement, les grands artistes sont de vilains farceurs ! Après Jacques Carelman l’année dernière, c’est au tour de Fred de nous quitter vers le premier avril. Tu parles d’une blague !

Inutile de revenir sur le parcours de cet immense auteur, les gens de goût le connaisse. Les autres, tant pis pour eux, ne savent pas ce qu’ils perdent. Nous oui, un dessinateur de génie, d’une gentillesse telle qu’elle transparait dans son oeuvre, même dans ses aspects les plus sombres. Car Fred était aussi un maitre de l’humour noir. Sans oublier son amusement permanent pour triturer le langage même de la bande dessinée.

Le petit cirque, le fond de l’air est frais, le manu manu, Philémon, Time is money,  le corbac aux baskets, le conteur électrique… Tout ce petit monde se retrouve orphelin. Nous aussi. Merci pour tout Mister Fred !

fred dans Evenements culturels

HERGE (2ème partie) – Pierre Assouline (Folio Gallimard, 1998)

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Je referme cette riche biographie avec le sentiment d’avoir enfin découvert Hergé. Un homme avec ses qualités (patient, candide, affable, modeste, fidèle en amitié…) et ses défauts (orgueilleux, égocentrique, puritain, colérique, fuyant les conflits, maniaque…). Un personnage ambigu dans ses relations aux autres mais pourtant très clair vis à vis de lui même. Un angoissé, qui dans le fond n’aura qu’une obsession, atteindre la sagesse et la pleinitude. Il deviendra au fil du temps un érudit en matière de philosophie orientale (le Taoisme en particulier), d’ésotérisme et de parapsychologie (grâce à sa rencontre avec Jacques Bergier, co-auteur du livre Le Matin des Magiciens, et de la revue Planète). Un artiste qui tentera d’autres expériences (la peinture, le cinéma en cherchant à adapter Tintin…) mais qui reviendra toujours à la bande dessinée, car en bon perfectionniste qui se respecte, il se rend compte que c’est véritablement dans ce domaine qu’il excèle.

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 Hergé par Jacobs

J’ai appris également qu’Hergé n’était pas un dessinateur isolé dans une tour d’ivoire, mais un amateur éclairé qui; à la fin de sa vie, s’intéresse grandement à ce qui se fait dans la bande dessinée moderne. Il est très ouvert d’esprit et apprécie à leur juste valeur les productions de la nouvelle génération, des auteurs qui se situent pourtant aux antipodes de son oeuvre. Pierre Assouline nous raconte : « Il tiens Sempé pour le La Bruyère du XXème siècle, et sous la plume de cet honnête homme, il n’est pas de plus beau compliment. Les planches des Frustrés de Claire Bretécher sont d’une férocité et d’un pathétique qui l’enchantent et lui procurent un vrai bonheur de lecture, qu’il s’agissent des dessins ou des dialogues. En dehors d’hommes comme Jacobs, Cuvelier, Schulz ou Johnny Hart, qu’il considère déjà comme des classiques ,Hergé loue volontierles qualités d’artistes tels que Jean Giraud dit Gir dit Moebius, Hermann, Gébé (« qui n’a que du talent »), Franquin (« prodigieux dessinateur »), Gotlib ou Raymond Macherot, le créateur d’Anthracite et de Chlorophylle, qu’il juge l’égal de Walt Disney dans sa manière de camper le caractère des animaux. Il lit d’une traite Les Six Voyages de Lone Sloane, un héros auprès duquel Tintin lui paraît excessivement bourgeois et raisonnable. Son auteur Philippe Druillet est un des rares, selon lui, à donner une dimension nouvelle à la BD, plus proche de l’onirisme que du fantastique. Il se délecte de ses grandes images « à la fois précises, minutieuses et fulgurantes où tout fuse et explose dans une sorte de délire graphique ». Quant à Jean-Claude Mézières, qu’il peut se flatter d’avoir repéré dès l’âge de 15 ans, Hergé se dit impressionné par se capacité d’invention et sa puissance de composition. Après avoir lu L’Ambassadeur des ombres, les Oiseaux du maitre, Le pays sans étoiles ou l’Empire des mille plamètes, il va même jusqu’à évoquer Jérôme Bosch et Gustave Doré, c’est dire !

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Tintin par Moebius

Mais à ses yeux, Fred, pilier de Pilote où il dessine Philémon et scénarise Timoléon, demeure largement au-dessus du lot. Pour sa faculté à se dégager de l’influence américaine. Pour la dimension poétique et la lisibilité de son dessin. Pour son irrespect à l’endroit des institutions. Pour sa faculté de faire croire à l’incroyable. Et pour ce mélange de surréalisme, de loufoque, d’inquiétude, d’absurde, de logique qui n’appartiennent qu’à lui.
Pour être ouvert à la culture d’une autre génération de dessinateurs, Hergé n’est pas pour autant prêt à accepter n’importe quoi. Ni jeuniste, ni démagogue, il met un frein à ses enthousiasmes. Peu lui chaut de passer pour conservateur. Il distinguera toujours les créateurs des fabriquants. Et les artistes du reste des fournisseurs. En fait, seuls la vulgarité, la confusion et le travail bâclé le choquent vraiment. Ainsi, en découvrant un paquet de bandes dessinées underground expédié d’Amsterdam, il ne le récuse pas globalement. Il apprécie les dessins de Robert Crumb et parvient même à trouver « intéressantes » les bandes les plus pornographiques tant leur agressivité, leur bonne humeur et leur exagérations les rendent finalement comiques ».
Ces attraits pour les auteurs modernes nous en apprend bien plus sur lui, sa personnalité, son ouverture d’esprit… Bien plus qu’une enième analyse.

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Hommage de Tibet

TIMOLEON : TIME IS MONEY – Alexis & Fred (1974-75 Dargaud)

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Coup de coeur pour cette trilogie dès que je l’ai lu (au lycée) ! C’est loufoque, poétique, absurde, surréaliste, con, génial…

Si comme moi vous adorez l’oeuvre d’Alexis (cinemastock, superdupond…) ainsi que celle de Fred (Philemon, le corbac aux baskets…) vous tomberez sous le charme de cette oeuvre commune, fusion réussie de leur deux univers.

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Timoléon bat la campagne, portant sur le dos une énorme machine de sa fabrication : une-machine-à-vapeur-pour-rouler-les-cigarettes-une-à-une-sans-se-fatiguer.
Faisant du porte à porte, toujours éjecté, il rencontre le professeur Stanislas en son manoir. Stanislas a créé une machine à remonter le temps. Car pour lui « le temps, c’est de l’argent ».
Son but ? Envoyer Timoléon, qu’il veut faire devenir un « commerçant du temps »…
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Alexis est un dessinateur hors pair, virtuose, meticuleux (et co-fondateur de Fluide Glacial)… Il était à l’aise dans tous les genres, humour ou science fiction, fantastique ou historique…

Fred est lui aussi un formidable dessinateur, mais c’est surtout un génial createur d’univers burlesques, surréalistes, absurdes, engagés (il est co-fondateur de Hara-kiri tout de même !

Ces deux là était fait pour s’entendre… De cette rencontre (d)étonnante entre deux personnalité bien distinctes, en ressort une saga remarquable, un chef d’oeuvre indispensable du 9ème Art. Cette trilogie fut rééditéé en 1992 chez vents d’Ouest.


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