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Mon ami Dahmer/Punk Rock & Mobile Homes/Trashed – Derf Backderf (Ça & Là, 2013/14/15)

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Merci aux éditions Ça & Là de nous faire connaître Derf Backderf. Son premier ouvrage en français sorti en 2013 a marqué les mémoires, en racontant ses souvenirs de lycéen, lorsqu’il avait comme camarade de classe le serial killer Jeffrey Dahmer.

Sans racolage ni sensationnalisme, il revient avec prudence et moult questions sur ces étranges années durant lesquels il a côtoyé ce futur tueur. Revenir pour comprendre, certes. Mais de son propre aveux, il serai vain d’essayer de dresser le profil psychologique et chercher les causes, saisir pourquoi Jeffrey aurait basculé. En tant que journaliste de formation, il se contente de retranscrire les faits dans leur chronologie, ce qui est déjà beaucoup. On retrouve cette approche opératoire dans ses autres ouvrages. Cette narration linéaire, sans ellipses temporelles et autres flash-back. Il semble plus préoccupé par la logique de son récit que par l’approche psychologique de ses personnages. Ce qu’ils font en disent plus que ce qu’ils racontent.

On retrouve dans ces trois ouvrages une autre constante, ce mélange de fiction et d’autobiographie. Ce qu’il nous raconte s’appuie sur ce qu’il a en partie vécu, mais il ne tombe jamais dans l’écueil du récit autobio. S’il se met en scène dans ces ouvrages, il n’utilise jamais la première personne (une démarche qui m’évoque Pekar ou Crumb). Dans ses deux premiers, il n’est qu’un personnage secondaire, les héros étant Dahmer et Le Baron.

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Dans Trashed, il n’y a pas vraiment de personnage principal, si ce n’est lui. Mais il ne vole pas la vedette et n’a pas plus d’importance que les autres. S’il s’appuie sur sa propre expérience d’éboueur, celle-ci avait lieu au début des années 80 alors qu’il inscrit son récit à notre époque. Un bonne manière de se démarquer du récit de souvenirs. De plus, le thème central de ce trash est malheureusement encore d’actualité. Si les enjeux de la pollution et les dérives de nos sociétés de consommation sont évoqués, ils ne sont que la toile de fond d’une histoire qui s’attache surtout à décrire les conditions de travail déplorables des éboueurs et autres travailleurs municipaux. C’est également le récit d’une émancipation. Aussi peu glorieux soit-il, ce premier travail lui permet d’être enfin autonome et ne plus dépendre de ses parents.

Une autre caractéristique des ouvrages de Backderf est cette richesse documentaire, qu’il n’hésite pas à partager à chaque fin d’ouvrage. Journaliste un jour… on ne se refait pas. A ce titre, Punk Rock & Mobile Homes est le véritable témoignage d’un lieu, d’un milieu et d’une époque où les gens pensaient encore que le rock pourrait changer le monde, tout du moins leur vie. La fin du punk rock au début des années 80 annonce la fin des utopies héritées de la contre culture des sixties. On suit les pérégrinations du Baron, un loser magnifique qui travail comme serveur, videur, DJ ou chanteur au The Bank, le club le plus prisé d’Akron. Il croisera les plus grands : The Ramones, The Clash, Lester Bangs, Ian Dury, Klaus Nomi… Un docu-fiction riche en rebondissements, entre baises, beuveries et concerts punks. Authentique.

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Backderf n’est pas un virtuose du dessin. Cependant, il semble connaître ses limites et s’emploie à contourner les difficultés avec une remarquable efficacité. Si certains de ses personnages se ressemblent, il sait leur apporter une caractéristique physique (un chapeau, des lunettes, une forme de nez, une moustache, des cheveux longs…) qui nous permet de les distinguer. Dans ses nombreux plans d’ensembles, il dessine à une échelle plus réduite (donc ne réduit pas un grand dessin avant l’impression), signifiant ses personnages par quelques lignes et ces fameux signes distinctifs. Son trait est tout en rondeur, avec de nombreux jeux d’ombres pour cerner les volumes. Dans Punk Rock… son graphisme est plus contrasté (sans quadrichromie), plus proche des dessinateurs underground américains (entre Shelton ou Peter Bagge). Ses visages (il use de nombreux plans américains et quelques gros-plans) sont expressifs et souvent laids (autant que ceux d’une Julie Doucet). Mais il ne faut pas s’arrêter à la première impression car, comme chantait l’autre, la beauté cachée des laids… C’est un peu la morale des histoires de Derf Backderf.

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On a marché sur la Lune – Hergé (Casterman, 1954)

On a marché sur la Lune - Hergé (Casterman, 1954) dans Chroniques BD

Je suis sensible au Dessin depuis toujours. Je ne saurai dire précisément quelles ont été les portes d’entrée à cet art, entre les livres illustrés de ma petite enfance, les illustrations des livres scolaires, les dessins humoristiques qui paraissaient dans Ici Paris ou France Dimanche, ou les anciens numéros du magazine Pif gadget qui appartenaient à mon père, que je dévorais sans savoir lire…

Par contre, je sais précisément quand je suis tombé dans le monde extraordinaire de la Bande Dessinée. C’était à l’occasion de mon huitième anniversaire, un cadeau offert par une de mes tantes. Il s’agissait de « On a marché sur la lune ». C’est le premier album de Tintin que j’ai découvert, et par là même le premier album de bande dessinée que j’ai possédé. Je n’en étais pas peu fier de ce superbe livre, grand et coloré, à la couverture solide et brillante. J’ai du l’exposer sur mon étagère pendant plusieurs semaines avant d’oser me plonger dedans. L’admirer me suffisait. Je m’imaginais des tas de choses rien qu’en scrutant la couverture. Comment en sont-ils arrivés là ? Qui donc Tintin montre-t-il du doigt à Haddock ? Rentrent-ils à la fusée ou partent-ils en expédition ? Toutes ces questions qui trouveront une réponse dans cet album. Sauf qu’au fil de la lecture, un autre mystère apparait : Que s’est-il passé dans Objectif Lune ? Saurons-nous comment est entré le méchant dans la fusée ?

Une couverture pleine d’énigmes… Et cette quatrième de couverture regroupant tous ces albums, vus comme autant de promesses à de passionnants voyages immobiles… Qui n’a jamais inventé des histoires rien qu’en les contemplant, ou établit d’improbables corrélations entre eux ? Il me les fallait tous…

Commencer par le deuxième volet de l’épisode lunaire ne parait pas très malin. C’est toutefois un formidable exercice pour développer ses facultés d’invention. On a souvent reproché à la bande dessinée de « crétiniser » la jeunesse dans la mesure où, comparé à la littérature, elle offrirait tout sur un plateau et ne favoriserait pas l’imagination de ses lecteurs. Et bien j’en ai fait l’expérience inverse, et je ne suis surement pas le seul. Lire un fragment d’histoire (dessinée ou non) oblige à une formidable gymnastique intellectuelle. L’humain ne supportant pas le vide, nous comblons par nous même les manques de l’histoire.

Hergé a lui-même eu toujours conscience de cette implication de ses lecteurs. Lorsqu’il éditait ses histoires dans les hebdomadaires et les quotidiens de l’époque, il jouait subtilement de l’art du strip, puis de la page, tenant ses lecteurs en haleine à chaque dernière case. Chacun se faisait son propre film avant de connaitre la suite de l’histoire. Art de l’ellipse et du fragment, la bande dessinée en général, et Tintin en particulier, est un formidable médium pour développer la créativité de ces êtres en construction que sont les enfants et préadolescents. Et les adultes aussi, bien évidemment. « Connaissez-vous un écrivain que vous avez lu à sept ans et que vous lisez encore à quarante, que vous avez vu, sans le lire, avant le langage, et que vous expliquez longuement dans le doute qu’il soit compris ? » (Michel Serres)

tintin22albumstintin dans Chroniques BD


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