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METAL HURLANT (2021)

metalhurlant

Metal Hurlant revient et je ne sais pas vraiment quoi penser de cette résurrection. De la revue en elle-même et de l’engouement quasi unanime de la presse généraliste.

Le futur est parmi nous, c’est un fait qui se vérifie tous les jours (mondes virtuels, crise écologique, transhumanisme…). Les concepteurs de ce nouveau Métal (issus de l’équipe des cahiers de la bande dessinée) inventent à leur manière le voyage dans le temps, en nous faisant apparaitre la revue Metal Hurlant en 2021, dans des kiosques à journaux qui existent encore… Sauf qu’on se croirait dans retour vers le futur II quand Marty atterrit dans un présent parallèle (Biff land). C’est un même objet, qui a le même nom. Mais c’est un fake. Comme pour les éditions Futuropolis, reprendre un nom évocateur et prestigieux ne garantit pas une filiation de qualité.

Alors à quoi bon ? Coup marketing pour attirer les vieux nostalgiques (friqués de surcroit, car 20€ quand même) ? A leur décharge, s’attaquer à un mythe, dont la portée n’était absolument pas calculée mais dont l’onde de choc résonne encore maintenant dans les arts visuels (cinéma, bande dessinée, manga mais aussi littérature, art contemporain, street art ou jeu vidéo…) est sacrément osé. Et amène d’inévitables comparaisons…

Je n’ai pas connu Métal Hurlant à sa sortie. Je ne peux qu’imaginer l’impact qu’il a eu à son époque. Par contre, j’en ai pris plein la gueule depuis. Et comme beaucoup, on ne peut que d’adouber cette revue, ceux qui y ont contribué et leurs bandes incroyables. Une certaine vision sans concessions du futur…

En fait, ce qui me dérange, c’est le côté trop propre et trop pro de ce nouveau Métal. Les articles et interviews (au demeurant très intéressantes) sont impeccablement menées. Trop. On ne retrouve pas la dimension amateur et foutraque qui faisait la particularité des éditos, des articles et de la maquette du premier Métal. Ça manque d’improvisation et de fantaisie tout ça. Niveau contenu c’est la même chose, j’espérais découvrir du bizarre, du dérangeant, du bousculant, et je ne trouve que du conventionnel, du prévisible, du rassurant. Bablet, Berliac, Sillard, Alfred et Ugo Bienvenu (qui signe la couverture) s’en sortent le mieux, mais ça reste esthétiquement bien sage tout ça (si l’on compare avec les planches hallucinantes et hallucinées des Corben, Druillet, Nicollet, Moebius, Caza, Voss ou autres Liberatore…). SF réaliste, humoristique, manga, comics, roman graphique en noir et blanc, on sent la volonté de respecter une diversité de styles, – qui était la marque de fabrique du premier Métal (avec la « ligne claire » et « ligne crasse ») – histoire de plaire à tout le monde. Mais ça, ce n’était pas la marque de fabrique du Métal historique.

Ce nouveau nouveau premier numéro (n’oublions pas le retour foiré de Métal Hurlant au début des années 2000 par les Humanoïdes Associés) est un pétard mouillé. Laissons une chance au deuxième numéro, qui sans risques et pour bien enfoncer le clou de la filiation, devrait compiler des planches du Métal historique…

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Mathieu Bablet

AAARG! N°11 (2015)

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AAARG! se saborde en pleine gloire. « Mieux vaut mourir jeune que vivre vieux » comme disais l’autre. Ce bon vieil adage punk convient parfaitement à la situation, tant AAARG! fut une énergie folle, un diamant brut. Une certaine idée du « sans concessions » et de l’indépendance d’esprit. Un improbable ensemble de formes, de traits et de mots. Une diversité qui génère malgré tout une incroyable cohérence éditoriale, comme seule la revue Metal Hurlant a pu le générer dans sa grande période. Une filiation confirmée par Monsieur Dionnet himself, qui assure l’édito du n°10 : « AAARG ! Est un bon titre, toujours assez à lire, à regarder, pour qu’on attende le suivant. C’est n’importe quoi. Ça va dans tous les sens. C’est bien. Je repense à ma pile de AAARG !, épaisse, et il y a déjà des albums, issus des numéros passés.. Il n’y a pas de sponsor pour tuer la poule avec ses opinions préconçues et ses diktats mous. Et moi je suis un peu jaloux. Et je me souviens : Faire un journal, à l’instinct, qu’est-ce que c’est dur… On a pas le temps d’avoir une vie. »

Connaissant déjà une partie des dessinateurs inscrits au générique (Caritte, Rifo, Texier, B-gnet, Jurg, Lacan…) , j’en ai découvert de prometteurs qui, s’ils ne sont pas de grands virtuoses du dessins, possèdent une indéniable personnalité et osent l’expérimentation graphique (sans pour autant se perdre dans des délires narratifs abscons, quoique…). Les membres de l’équipe ne sont pas là pour faire joli. Ils bousculent, dérangent, uppercutent leurs lecteurs, et c’est tout ce qu’on demande, maso que nous sommes. Tous ne font pas dans le second degré et nous envoient en pleine face leurs obsessions parfois morbides. Mais ils le font à fond et vont au bout de leurs démarches et de leurs histoires.

Ne réduisons pas cette revue à ses seuls dessinateurs (ce qui suffirait déjà largement). AAARG!, c’est aussi un bel écrin (une collection qui a de la gueule dans la bibliothèque) et un sacré rédactionnel : les éditos pleins de sens de Pierrick Starsky, les érudites chroniques ciné (plutôt déviant) de The Scag et The Floozie, le chaleureux « In bed with » ou l’alphabétique « Dans la cuisine de », des interviews franches et passionnées d’Artistes remarquables (Burns, Mezzo, Sourdrille, Loïs…) qui ne sont pas insensibles à cette passion communicative…

AAARG! Est mort avec ce numéro, vive AAARG! Fin de l’oraison funèbre. A présent nous avons une naissance à fêter ! Dès janvier, il déboule, tout neuf, le fiston, la relève, c’est reparti pour un tour (nous et nos révolutions) : souhaitons la bienvenue à AAARG! Mensuel. (Pierrick Starsky dans son édito du n°11). La version mensuel sortira dès janvier en presse.

AAARG! a été, est et restera une bouffée d’air vicié dans le monde bien policé des revues de bande dessinée.

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aaarg.fr

Dix questions pour une bibliothèque #7 : Soluto

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Ce blog me permet de faire des rencontres. Celle avec Soluto est l’une des plus passionnantes. Ses commentaires réguliers nous ont permis d’échanger autour de nombreuses références communes. Je découvre alors un dessinateur hors-pair, au regard vif et au geste précis, d’une impressionnante maitrise graphique. Mais rapidement, je me rends compte que Soluto est de la trempe des artistes inclassables, que l’on ne peut réduire à une discipline ni enfermer dans un genre particulier. Au risque de n’avoir qu’une vision parcellaire de son œuvre. S’il multiplie les casquettes (dessinateur, peintre, écrivain, photographe…), ce n’est pas pour se réinventer, mais pour mieux chercher, fouiller, gratter, creuser, expérimenter… et toucher juste à chaque fois. Refusant tous clivages et considérations « finkielkrautiennes » de l’Art, chez lui, Flaubert côtoie Reiser sans aucuns complexes… Merci mon cher Soluto d’avoir répondu à ces quelques questions :

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Ma bibliothèque n’a pas de lieu dévolu… Par rapport à certains, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup de livres… Mais il y en a un peu partout. On en trouve dans les chambres, le séjour, le salon, la cuisine et bien sûr les toilettes. Il y en a aussi dans la cave. Et pourtant j’ai déjà perdu, à cause d’une inondation, des milliers de livres et de revues, dont la collection entière d’A Suivre,  les premières années de Métal Hurlant, tous les numéros de Pilote version mensuelle, mes Charlie-Hebdo (période Reiser, Cavanna, Caster, Berroyer)… Bref tout ce que je destinais à mes enfants et qu’ils ne pourront jamais lire… Les bouquins que j’y remise maintenant sont dans des caisses. Je veux croire qu’elles sont hermétiques. Pas si sûr… De toute façon ces livres-là n’ont aucune valeur en regard de ceux que j’ai perdus…

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…)?

Les livres d’art et d’images sont les mieux protégés. Pour le reste, essentiellement des poches, on peut les retrouver partout.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ?

Non, j’ai tenté vaguement, à un moment, de regrouper mes auteurs favoris… Puis j’ai renoncé. Ce n’est pourtant pas le grand bazar. Les logiques de rangements m’échappent mais néanmoins je sais à peu près où tout se trouve. Pas d’organisation intentionnelle, donc.  Un livre déplacé n’est jamais assuré de retrouver sa place d’origine. J’aime assez l’idée que des couvertures d’auteurs se frottent… Il y a de bonnes compagnies (qui ne sauraient se quitter, d’ailleurs…)

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..?

Ma bibliothèque contient surtout des romans français, de la philo (essentiellement des auteurs très classiques que je rumine. Je m’y suis mis sérieusement —sérieusement à ma façon… depuis une bonne dizaine d’années. J’avance pas à pas… Ce qu’il y a de formidable avec la philosophie c’est qu’une poignée d’ouvrages peut vous occuper, vous nourrir, pendant des années) et bien sûr des livres de peinture, des revues d’art ou d’images …

Je ne lis ni science-fiction, ni fantastique, ni biographies (sur ce point je m’adresse de sérieux reproches…) J’aime certains polars quoique j’en lise moins. J’ai un rapport très tendu à la bande dessinée. J’en ai lu énormément jusqu’à la fin de mon adolescence puis ma passion est retombée avec la fin des grandes revues qu’on trouvait en kiosque. J’ai dû rater un tournant… Je sens cependant qu’il y a de très bons ouvrages. Celles que j’aime fricotent souvent avec l’art contemporain.  J’en lis d’ailleurs quelques-unes à l’occasion et qui me passionnent. A l’inverse de la littérature, ou des catalogues d’expo, je n’éprouve que très rarement un désir de possession à l’égard de la bd.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

J’achète évidemment plus de poches que de monographies d’artistes !… Alors, forcément,  la littérature a pris le pas. Mais la peinture, le dessin, l’illustration, la photographie (tout ce qui se passe allègrement des mots) m’occupent l’esprit tout aussi puissamment…  J’ai souvent le désir de relire tel poème ou tel passage alors que j’ai l’illusion de porter la peinture et les images en moi. Je me reporte aux uns et consulte plutôt ma mémoire pour les autres – le souvenir valant mieux parfois que la confrontation aux œuvres, ce qui n’est jamais le cas pour la littérature…

6) Tes ouvrages sont-ils plutôt rangés à l’horizontale ou la verticale ?

Très bonne question ! A côté de mon lit il y a des piles et des piles, qui chancellent et qui me tomberont dessus tôt ou tard… Ailleurs c’est presque toujours à la verticale, sauf sur les tables et les bureaux….

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Tout ce que j’achète passe par ma chambre et stationne à côté de mon lit aussi longtemps qu’il le faut. Il y a des livres qui y restent des années parce que j’y retourne sans cesse (les fameux livres de chevet !) Comme il faut bien faire un peu de rangement de temps en temps j’en évacue quelques-uns  vers mes étagères.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Oui. Je connais ses manques, je m’en accommode. J’achète à peu près tout ce que je désire et tout ce que je pense pouvoir lire. En matière de bouquins je n’ai pas beaucoup de freins… De quoi pourrais-je me plaindre ?… De manquer malgré tout, parfois, de discernement et de me laisser aller à acheter des volumes qui m’ennuient  au bout de trente ou cinquante pages. Ou qui ne me correspondent pas. Ou que j’attaque à de mauvais moments…

9) Qu’y manquerait-il ?

10) Comment la vois-tu évoluer ?

Elle va évoluer tranquillement, au rythme de mes acquisitions… Elle continuera de pousser de façon foutraque et fantaisiste…  Le classique y côtoiera toujours des livres de genre… Je tiens à ce que Simonin adresse à l’occasion des clins d’œil à Flaubert…

Il manque à ton questionnaire une dernière interrogation qui pourrait se formuler ainsi : Dans quelle proportion lis-tu tout ce que tu achètes ?

Eh bien je crois qu’il y a un petit tiers de ce que j’achète qui  ne sera jamais lu jusqu’au bout et qui restera pour toujours en suspens : achats d’impulsion vite déçus, bouquins fabriqués qui m’agacent rapidement, inadéquation avec ce que je suis et ce que je suis prêt à recevoir. On ne peut être ami avec tout le monde…  Il y a des auteurs qui, au fil d’une lecture, déplaisent peu à peu. Ceux qui flattent ou qui consolent avec l’air de ne pas y toucher me débecquettent particulièrement.  Il y a des ouvrages qui mentent, qui ne tiennent pas leurs promesses et qui m’ennuient vite. L’habileté des marchands, pour nous amener à l’achat, est sans limite. Je me venge d’eux en me déliant sans états d’âme de mes acquisitions.

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En bonus…

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Retrouvez Soluto sur son site : Barbouilles et Croquis…

 

La nuit des rapaces (Jeremiah) – Hermann (Dupuis, 1979)

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J’ai longtemps entretenu un mal entendu avec Hermann. Persuadé qu’il n’œuvrait que dans une bande dessinée franco-belge réaliste traditionnelle (étant édité chez Dupuis ou le Lombard, et rapidement devenu un pilier du journal Tintin avec les séries Bernard Prince, Jugurtha ou Comanche), je ne l’avais jamais perçu comme un auteur de bd « adulte ». Je me fourvoyais bien sur, et ai compris mon erreur bien plus tard, quand j’ai découvert qu’il apparaissait dans les pages de Metal Hurlant avec La nuit des rapaces, premier acte de la série Jeremiah. Car au delà du récit d’aventure, se cache un discours politique très proche des préoccupations sociales de son époque, difficiles à cerner lorsqu’on est trop jeune, mais qui nous saute aux yeux à la relecture.

C’est d’ailleurs pour s’émanciper de cette bd traditionnelle (souvent scénarisé par Greg) qu’Hermann crée Jeremiah. Dans ce premier épisode, Hermann pose les jalons d’une saga qui perdure encore, dans la quelle il abordera des thèmes qui lui tiennent à cœur : la violence des hommes, la critique des institutions politiques, religieuses ou scientifiques, l’amour et la sexualité… Car Hermann est un révolté, qui ne supporte ni l’injustice, ni la violence gratuite.

Une première page qui présente de manière magistrale les tensions sociales et raciales qui conduiront à la fin du monde moderne. De manière très synthétique, Hermann raconte l’apocalypse à l’échelle mondiale, pour recentrer son récit dès la deuxième page sur un groupe de survivant. Un travelling temporel qui passe de l’universel à l’anecdotique, en seulement cinq cases.

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Hermann décide de nous raconter l’après fin du monde du point de vue du jeune Jeremiah (lui-même ?), un ingénu qui apprendra à ses dépends (et ceux de sa famille) que l’homme est un loup pour l’homme. Que lorsque la civilisation disparaît, la bête humaine reprend le dessus. Une nouvelle humanité qui vit sur les trace de l’ancien monde, régit par la loi du plus fort. De fait, on retrouve une ambiance et un décorum très Western : contrées désertiques, cow-boys armés, loi du talion… Le graphisme puissant d’Hermann (soutenu par l’usage de la couleur directe) fait des merveilles. Les corps sont physiques, charnels, dynamiques, les visages expressifs. Il n’a pas son pareil pour dresser des ambiances crépusculaires.

Seul survivant du massacre de son village, le jeune Jeremiah est aveuglé par un unique et obsessionnel sentiment de vengeance. Heureusement pour lui, il croisera la route de Kurdy qui l’aidera dans sa quête (retrouver Mr Birmingham, le responsable de la tuerie). Ce premier épisode est surtout l’histoire de la rencontre des deux acolytes, qui passerons le reste de leur temps (et de la série) à se sauver mutuellement la vie. Malgré les apparences, Hermann n’est pas un pessimiste, persuadé que certaines valeurs humaines demeurerons toujours plus fortes que la barbarie. L’amitié en est une, fondamentale.

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Hermann Huppen

Cinema Panopticum – Thomas Ott (L’Association, 2005)

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Je l’avoue, je n’avais jamais lu de Thomas Ott avant de me plonger dans ce Cinema Panopticum. Une expérience particulière. Lire n’est peut-être pas le bon terme, puise que les albums du maître de la carte à gratter sont toujours muets. Cependant, Ott nous raconte des histoires, perturbées et perturbantes, qui s’inscrivent dans la pure tradition des contes fantastiques, cruels et absurdes.

Les cinq protagonistes évoluent dans un univers kafkaïen (comme en atteste le symbole du cafard), pris au piège dans une impitoyable machinerie. Chaque destin est dirigé par une puissance supérieure (des cafards, des extra-terrestres, un médecin-fou ou la Mort elle-même), qui dans le fond n’est autre que Thomas Ott lui-même. Sa manière de considérer (le terme approprié serait ‘maltraiter’) ses personnages suscite chez le lecteur une drôle empathie, mélange de voyeurisme malsain et de pitié. Bien heureux de ne pas être à leur place.

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Se baladant dans une fête foraine aux allures de Barnum, une jeune fille n’ayant que cinq sous en poche ne peut se payer qu’une seule attraction : le Panopticum. Dans une pièce, se trouve cinq scopitones à un sou. Chacun porte un titre : The Girl, The Hotel, The Champion, The Experiment, The Prophet. On visionne donc les sketchs en même temps qu’elle. On se rend compte qu’on a déjà croisé les protagonistes dans la foule de la foire…

A la manière des Contes de la Crypte ou de la série La Quatrième Dimension, Ott développe un univers fantastique clos et structuré, comprenant la première nouvelle en ouverture, qui présente de contexte et les protagonistes, le déroulement des quatre autres, que l’on découvre en même temps que la fillette (clin d’œil au film Métal Hurlant ?) et un épilogue, qui revient au contexte du départ. Une mécanique imparable, aux ramifications multiples.

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Traditionnel dans sa mise en scène, Ott l’est également dans sa mise en images. Grattant ses petites vignettes (qui sont pour la plupart plus petites que les versions imprimées) tels les illustrateurs d’antan grattaient le bois. Son style est toutefois plus moderne, moins tranché, plus rond que celui des graveurs expressionnistes. Alors que cette technique repose sur les contrastes et la force des hachures pour signifier les formes, Ott a souvent recours aux traits de contours, propres à la bande dessinée, pour dessiner les silhouettes, les figures.

Chaque case est un tableau se suffisant à lui-même. On peut les admirer indépendamment, tant ils racontent beaucoup et regorgent d’une multitudes de détails, tout en devant les intégrer dans une lecture d’ensemble. Ott use d’un langage narratif plutôt classique, découpant l’action en séquences fluides, jouant peu d’ellipses qui trancheraient le récit.

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Nous devons malgré tout combler par nous même les non-dits de l’histoire. Qu’a donc pu voir la fillette dans cette cinquième séance ? A chacun de deviner. Mais vu la teneur des quatre premiers sketchs, je me demande si elle n’aurait pas pris connaissance d’une effroyable vérité : elle n’est qu’une chimère, un personnage de papier, le résultat de la créativité d’un auteur un peu sadique, qui ne manque pas d’humour noir…

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T.O.T.T.

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