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Viviane, Simone et les autres – Loustal (Collection X Futuropolis, 1985)

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Cet album est sorti à une époque où Loustal n’était pas encore Loustal, où son style n’était pas celui de maintenant. Son trait est ici plus chargé, plus expressif, comparé à sa ligne clair classieuse actuelle. Ses formes et ses hachures me font fortement penser à un Gahan Wilson… Un album qui à l’époque, ne pouvait être édité que par Futuropolis, tant cette bande dessinée n’en est pas vraiment une. La première histoire « Cheap Heroes » est plutôt une succession de plan-séquences, de scènes fixes agrémentées d’un texte en voix-off (tout en vers, écrit par Max Fournier) nous dressant le portrait de personnages, pour la plupart des loosers, des paumés : Lucien, un pourri qui se prend pour James Dean, Murtala Ali un dealer de haschisch et de drogues dures, Enrico, un ouvrier métallurgiste…Une poésie urbaine et déglinguée.

De par sa narration séquentielle et la présence de quelques phylactères, la deuxième histoire « Les Cafards » ressemble plus à une bande dessinée. Même si elle n’est composée que d’un dessin par page (on est encore ici proche de l’illustration). Remi emmène Jane boire un verre chez lui mais malheureusement pour eux, des cafards se sont également invités à la soirée… Un album qui, de par son style pas tout à fait maitrisé, ses histoires plutôt anecdotiques et sa narration décousue, peut décevoir ou agacer les fans de l’actuel Loustal. Je le trouve cependant digne d’intérêt (surtout le « Cheap Heroes ») tant on y découvre le potentiel d’un auteur qui deviendra par la suite un maitre de l’illustration, un dessinateur libre, qui a toujours évité de s’enfermer dans les structures narratives plutôt rigides de la bande dessinée…

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Loustal !!!

Bientôt, La Mèche !

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Après la disparition de Siné Hebdo et plus récemment de Kamikaze, je me sentais un peu seul devant le rayon presse satirique de mon libraire. Mais bonne nouvelle (j’ai lu ça hier dans Libé), l’équipe de Siné Hebdo a décidé de remettre le couvert, pour la rentrée de Septembre, sous l’appellation La Mèche. Ca s’annonce prometteur ! Présentation par Olivier Marbot, ex-rédac chef adjoint de Siné Hebdo et membre de l’équipe fondatrice de La Mèche :

Bonjour à toutes et à tous, Vous avez écrit à Siné Hebdo après l’annonce de l’arrêt de la parution pour protester, pleurer, gueuler, manifester votre intérêt… C’est pourquoi vous recevez aujourd’hui ce message. Comme vous, les salariés et collaborateurs de Siné ont accusé le coup, et puis ils ont décidé de réagir. Bob et Catherine Sinet ont décidé de stopper l’aventure, c’est leur droit le plus absolu et nous comprenons leurs raisons. Mais nous, bordel, on avait encore plein de choses à dessiner et à raconter ! C’est comme ça qu’est né le projet de relancer un hebdo satirique. De gauche, pour ceux qui se poseraient la question… On espérait prendre la relève dès le mois de mai, ça n’a pas été possible, trop compliqué, trop cher, trop court.
Mais on vous donne rendez-vous à la rentrée de septembre, dans les kiosques, à la Fête de l’Huma et partout où nous pourrons venir à votre rencontre.

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Le nouveau journal s’appellera La Mèche (on vous laisse imaginer les jeux de mots et les déclinaisons graphiques que les dessinateurs ont commencé à nous proposer). Vous y retrouverez une bonne partie des chroniqueurs et dessinateurs que vous aimiez dans Siné Hebdo.
Déjà, Jiho, Guy Bedos, Marc Large, Berth, Laure Noualhat, Noël Godin, Aranega, Flav’, Jean-Pierre Bouyxou, Laurence Romance, Miguel Benasayag, Vuillemin, Martin, Caza, André Langaney, Lindingre, Anne Steiger, Etienne Liebig, Avoine, Carali, Faujour, Pierre Concialdi, Georges Yoram Federmann, Decressac, Jeanne Folly, Charles Fontaine, Carlo Santulli, Goubelle, Nathalie Gathié, Gudule, Thierry Pelletier, Miss. Tic, Mix & Remix, Rémi ont répondu favorablement à notre appel !
Christophe Alévêque, Frédéric Bonnaud, Loup, Patrick Raynal et bien d’autres devraient nous rejoindre rapidement.
Sans compter de nouvelles signatures que vous découvrirez très bientôt et… et… et… SINE en personne, qui semble bien décidé à poursuivre sa Zone (actuellement sur internet) dans La Mèche !! Si !

Vous pouvez nous joindre à cette adresse mail, mais aussi, pour ceux qui sont sur Facebook, devenir ami avec La Mèche, dont la page est en ligne depuis la nuit dernière. Un site www.lameche.org viendra bientôt s’ajouter à tout ça et le journal, c’est pour la semaine du 6 septembre (le jour de parution n’est pas encore définitivement choisi). On est tous enthousiastes à l’idée de relancer un journal, on espère que vous le serez aussi. A bientôt – et pourquoi pas, pour commencer, à la manif parisienne de jeudi prochain contre la réforme des retraites. Amicalement, Olivier Marbot. (source)

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Plates-bandes – Jean Christophe Menu (L’Association, 2005)

 

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Bon, Plates-bandes est sorti il y a 5 ans maintenant et qu’en reste-t-il ? Le pamphlet d’un auteur-éditeur de bandes dessinées – que l’on classera comme « indépendant » – qui exprime clairement son raz le bol contre une certaine (mauvaise) manière (dominante) de faire de la Bande Dessiné. [Rectification faite : Menu précise dans L’Eprouvette n°1 que ce Plates-bandes n’est ni un pamphlet, ni un essai, mais un texte d’opinion « assurément « juge et partie », dont l’enjeu était de contribuer à définir les vieux tenants et les nouveaux aboutissants d’un contexte précis : le champ éditorial de la Bande Dessinée en France en janvier 2005″.]

Les illustrations qui jalonnent ce livre (toutes droit-tirées d’un cabinet de dentiste) donnent le ton : ça va faire mal ! Menu est un gars qui vient du fanzine et de l’auto-production. Un dessinateur qui a toujours été attiré par la conception de l’objet BD. Branché dans le milieu de la musique « rock alternatif », en particulier au sein des Satellites, il s’est inspiré des maisons d’éditions « alternatives » qui se sont créées dans les années 80 (Bondage, Boucherie productions…). Une manière de créer et produire des oeuvres comme ils l’entendent, sans aucunes concessions envers le milieu commercial de la musique. Diffuser une oeuvre et non un produit. Voilà leur philosophie.

Menu et ses amis ont donc crée L’Association dans cette optique. Dans la mesure aussi où à l’époque (fin des années 80 où la presse BD disparaissait), toutes les maisons d’éditions refusaient leurs projets. Cette nécessité de créer un label devient indissociable d’une certaine revendication. Produire « contre » peut être un bon leitmotiv, il ne faudrait pas que cela devienne le seul moteur de création. C’est ce que certains reprochent à Menu (ceux qui se font allumer dans ce Plates-bandes). C’est un piège dans lequel il a failli tomber (source de désaccord avec ses anciens camarades ?). Cet ouvrage en est peut-être la profession de foi, il en est également une forme de testament. Depuis 2006, à partir de la création de la revue L’Eprouvette – qui dans cet optique ne pouvait que se saborder au bout de trois numéro (et quels numéros !) – il me semble que Menu à retrouvé un nouveau souffle, une dynamique nouvelle. Il a craché son venin à la face de la profession et à su passer à autre chose (tout en restant révolté). Il s’est par exemple remis à dessiner (les Lock-groove ou les Mont-vérité Chrono-poche). Le retour de Lapin nous le confirme également. Outre le fait d’être toujours un terrain privilégié d’expérimentations et de revendications, Menu croit encore à l’utilité de L’Association comme tremplin pour de nouveaux auteurs, et non plus seulement comme un acte de résistance contre le microcosme de la bd (qui deviendrait rapidement stérile). Relire Plates-bandes maintenant nous permet de constater que JC Menu avance et croit toujours en ce qu’il fait. Toujours très bien d’ailleurs…

Je suis un lecteur-amateur de bande dessinée depuis le milieu des années 80. Si j’ai connu les magazines Spirou, Tintin et surtout Pif, la BD a toujours été pour moi l’Album, le fameux 48 pages couverture cartonnée (voir le 62 CC pour les Tintin). Je ne partage donc pas cette aversion envers ce format. Je comprend cependant (et remercie) Menu qui prône la diversité et le non formatage des albums de Bande Dessinée. Considérer et confectionner cet objet comme un bel ouvrage, plus proche des beaux livres d’Art ou de Littérature illustrée, me fait fortement apprécier les productions de L’Association (le fait de s’inscrire dans la filiation des avant-gardes littéraires et artistiques peut paraitre prétentieux, je trouve cependant cette approche pertinente et justifiée).

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Le 48CC de Menu…

Menu aura tout de même sorti un album 48CC, dans la série des Donjons. Cette participation nous démontre qu’il n’est pas bêtement bloquer contre ce format et ce genre de série (il n’a d’ailleurs jamais critiqué les lecteurs de ce type d’ouvrage). Il s’exprime très clairement à ce sujet : « Comme pour Donjon chez Delcourt, il y a une complémentarité qui est probablement la meilleure façon de voir coexister un espace d’innovation comme L’Association, avec un relais standard dans la grande distribution pour ceux que ça interresse. [...] L’intérêt de Donjon, par exemple, est d’exister dans la grande distribution, puisque Donjon joue aussi à pervertir sa propre forme. Son ambiguïté par rapport à l’heroïc-fantasy et au standard n’ont de sens que sur ce terrain là. Donjon n’aurait eu aucune incidence publié à L’Association, et n’aurait même pas pu être imaginé pour L’Association ».

J’adhère pleinement à son analyse du milieu éditorial : s’il est des maisons d’éditions qui ont toujours assumer de faire du commercial (Dargaud, Dupuis…), il est plutôt agaçant de voir bons nombres d’entre elles éditer des oeuvres « à la manière de » ce que nous propose l’Asso (format livre, genre autobiographique, noir et blanc…). Ces mêmes maisons qui avaient refusés leurs projets à la fin des années 80. Il est bien dommage pour la diversité de la Bande Dessinée que ceux qui ont les moyens de prendre des risques en éditant des ouvrages « autres », des auteurs exigeants, attendent que des petits labels ouvrent des niches pour s’y engouffrer.

Mais ne faisons pas de bête manichéisme, il n’est pas question de critiquer les qualités intrinsèques d’un album « indé » par rapport à un « commercial » (bon ou mauvais, chacun est juge), mais bien de dénoncer les méthodes de production et de récupération de certaines maisons d’éditions. Menu n’hésite pas à donner des noms. Les Casterman (avec sa collection Ecritures), Delcourt (avec Encrages ou Outsider), Les Humanoïdes Associés (avec Tohu Bohu) et autre Glénat qui, s’ils ont fortement contribuer à la diversité et l’originalité de la production BD, se sont rapidement engouffrés dans le créneau du roman graphique et de la bande dessinée d’auteur. Sans parler de Soleil qui rachète le nom et le catalogue Futuropolis, voulant s’inscrire dans une filiation contre-nature (Mourad Boudjellal n’est pas Etienne Robial). « Quand un « gros » éditeur fait son métier de « gros », en outrepassant pas son territoire de « gros » ,je n’y vois pas de problème majeur » (JC Menu). Ce n’est pas plus compliqué que cela. Que chacun fasse ce qu’il sait faire, sans venir marcher sur les plates-bandes du voisin. Mais la réalité est tout autre…

Menu est totalement légitime pour critiquer le milieu de l’édition BD. Sa manière n’est peut-être pas très orthodoxe (il ose dénoncer !). Je ne vais pas lui reprocher de ne pas utiliser la langue de bois. Au contraire ! Face à la production actuelle, monstrueuse, j’ai quand même l’impression qu’il y a beaucoup de tacherons, de dessinateur de secondes zones (il faut le dire, sous leurs airs « indé », la plupart sont édités par ces gros labels), qui font ce qu’une poignée d’auteurs faisaient déjà il y a une quinzaine d’année. Combien trouvent-on de sous-Blain, sous-Sfar, sous-Trondheim, sous-Blutch, sous-De Crecy, sous-Rabaté..?  J’estime la proportion à un auteur pour dix copieurs, au moins. Je préfère des dessinateurs qui ont moins de technique, mais plus de personnalité, d’originalité (comme on en trouve beaucoup dans le Psikopat ou Lapin !).

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Topor, Panic & Cie – Christophe Hubert (éditions Orbis Pictus Club, 2010)

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Avec jaquette…

Très bonne initiative du toporologue Christophe Hubert et des éditions Orbis Pictus Club que d’avoir confectionné (en collaboration avec Les cahier de l’Humoir et les éditions Hermaphrodite) cette monographie de Roland, comprenant de nombreux documents, textes et dessins inédits… Un bel ouvrage de presque 500 pages. Il faut au moins ça pour cerner son oeuvre protéiforme…

« D’aucuns conservent encore la niaiserie de cataloguer Roland Topor comme un gentil humoriste touche à tout, pratiquant un art mineur, le dessin. Ses amis Robert Filliou, Daniel Spoerri ou Erik Dietman, eux, ont été raccrochés à des mouvements artistiques. Topor, même s’il a lancé avec ses amis Olivier O. Olivier, Zeimert, Arrabal et Jodorowsky le mouvement Panique, n’a jamais été pris au sérieux. Trublion sympathique. C’est un tort, car s’il est un personnage qui a transformé sa vie en happening permanent, c’est bien Topor, artiste Fluxus par essence.

Cette édition, anthologique autant que monographique, conçue comme le premier volume des Cahiers Roland Topor par le toporologue Christophe Hubert, réunit un important ensemble d’archives, textes, photographies, documents inédits, témoignages, hommages graphiques et études, qui permettent de mesurer la prodigalité de son oeuvre. Et il entre dans les écrits de Topor davantage de philosophie sur la condition humaine que chez beaucoup d’écrivains. Il existe dans son oeuvre graphique une réflexion puissante sur le corps, la mort, le désir, la violence, l’étrangeté et la singularité de l’individu dans son animalité/humanité.

A l’heure où tant de créations parcellaires sont portées au pinacle, il est étonnant qu’un artiste aussi universel que Roland Topor, parlant à l’universel des terreurs universelles et de la connerie universelle, n’ait pas une place plus importante. » (présentation de l’éditeur)

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Sans jaquette…

Roland Topor, l’artiste erroriste

Missionnaire – Les carnets de Joann Sfar (Delcourt Shampooing, 2007)

Missionnaire - Les carnets de Joann Sfar (Delcourt Shampooing, 2007) dans Chroniques BD missionnaire-210x300

Joann Sfar est un auteur complet (dessinateur, scénariste, réalisateur, illustrateur…), multiforme, prolifique et plutôt inclassable. Roman graphique avec Pascin, conte spirituel avec Le chat du Rabbin, bandes pour enfants de tous âges avec Le petit vampire, scénario pour Donjon Monsters, Carnets de voyages, etc.

Un dessinateur qui ne peut se passer de dessiner. Prendre le crayon est pour lui aussi vital que de respirer. C’est une nécessité. C’est ce qu’on peut constater à la lecture de ce Missionnaire (septième volume de ses carnets). Proche d’une écriture, son graphisme est lâché, « brouillon », fait à la va-vite. Sfar pratique un dessin et une calligraphie en temps réel. Il retranscrit en direct ce qu’il est en train de voir ou de vivre.

Se représentant la plupart du temps sous les traits d’un ours, parfois d’un crocodile, il nous raconte ses impressions, ses joies de découvrir de nouveaux artistes ou de manger au restaurant avec des amis, ses peines quand il a le blues et veut rentrer chez lui, sa fascinante découverte du Monte Cristo de Dumas…

Dans cet ouvrage, Sfar nous raconte ses périples touristiques vécus lors de voyages organisés au Japon et aux Etats Unis. En fait, il n’est pas un touriste, mais un « missionnaire » de l’Institut Français. Comme il nous le raconte :  » Je ne suis pas un artiste invité ou un gros couillon qui va signer ses livres pendant trois semaines en Amérique, non, je suis « MISSIONNAIRE » et c’est très intéressant. Ma mission ? Coloniser les… Heu… Eduquer les populations de… Faire rayonner le prestige de… Mon cul. »

Il croque quelques paysages, mais privilégie surtout les portraits de gens qu’il rencontre ou d’anonymes qu’il croise dans la rue. Usant de son trait inimitable (tremblant et précis à la fois) et d’une palette de couleurs aquarelles chaudes, il nous fait part de ses émotions, ses ressentis, ses découvertes… Une visite intimiste de deux pays qu’on croit connaître, mais qui nous sont en fait bien étranger.

Une fois encore, Sfar nous propose un ouvrage hybride, entre bande dessinée classique, carnet de voyage et roman illustré. Surtout, il renvoi cette impression de liberté, de maitrise totale et décomplexée de son art, dessinant ce qu’il veut, comme il le veut.

Ce carnet de voyage lui permet de fixer ses émotions, comme une suite d’instantanés bruts de ce qu’il a vécu. Cela nous permet par la même occasion, de voyager avec lui, de nous dépayser, de découvrir des coutumes, des traditions, des gens, des paysages de ces deux pays dont on ne connaît que le coté « carte postale ». Une vraie vision d’Artiste, à partager…

 

Le petit monde de Joann Sfar

Le vaste monde de Joann Sfar

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