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Rire contre le racisme – collectif (Jungle, 2006)

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Rire contre le racisme est un ouvrage collectif comme je les affectionne (un cadeau reçu lors d’un ‘petit noël entre amis’). Une belle brochette d’auteurs réunis autour d’un thème fédérateur, qui nécessite de se mobiliser… Rire contre le racisme, une déclaration d’intention ! Car l’humour demeure une arme redoutable pour lutter contre la connerie.

Margerin nous propose d’inverser les rôles, en se mettant dans la peau un français de souche qui subit toutes les discriminations quotidiennes (au travail, face à la police…) que vivent en général les personnes qui portent sur eux leur différence.

Florence Cestac nous raconte avec sa tendresse habituelle une joute verbale entre deux ados amis qui se termine par la défaite de l’un, lorsqu’il dérape et sort une vanne raciste.

Rias Sattouf se remémore les réflexions racistes (venant de tous horizons) qu’il a pu entendre depuis sa jeunesse. Ce racisme quotidien et inconscient qu’il est plus que nécessaire de dénoncer et ne pas banaliser.

Rico aborde le thème de la discrimination positive dans le milieu professionnel, ses limites et ses absurdités, en particulier quand son personnage, d’origine africaine, doit collaborer avec un blanc daltonien.

Binet nous emmène en classe de découverte avec des élèves de primaire. On y découvre surtout que la connerie se transmet très facilement de pères en fils. Heureusement que l’amitié est là pour contrecarrer tout ça !

Le texte ‘Xénophobie’ de Raymond Devos devrait être lu dans toutes les écoles de France et de Navarre. D’autant plus quand il est illustré par Moebius.

Avec deux dessins et une planche, Kichka nous amuse tout en balançant des vérités qu’il est bon d’entendre souvent (en particulier les stéréotypes véhiculés par les contes de fées).

Cabu fait appel à son beauf moustachu et facho pour dénoncer les difficultés d’intégration d’un jeune d’origine maghrébine ou les abus du travail clandestin.

En un dessin, Maïtena en dit long sur le racisme ambiant chez les bobos et corrobore l’idée que racisme et jalousie sont intimement liés.

Fab & Aurel illustrent une mésaventure de Toufik, le personnage d’Elie Semoun qui, après avoir subit la discrimination d’un videur de boite de nuit, se confronte à son propre racisme.

Jean-Philippe Peyraud adapte un sketch du génial Alex Metayer, ‘Hymne à la joie’, dans lequel un père de famille exprime à ses enfants sa fascination pour les allemands. Cependant, entre fascination et fascisme, il n’y a qu’un pas que la connerie franchit allègrement.

Luis Rego et Willem nous raconte ‘la journée d’un fasciste’ et éprouvent presque de la compassion pour ce petit être plus fragile qu’il n’y parait. Il n’est en effet pas si facile que cela de vivre son fascisme en toute tranquillité.

Lionel Koechlin met en scène un chien et un chat qui prennent conscience de la stupidité de leurs réflexions racistes.

Didge et Van Linthout mettent en image un sketch de Chevalier et Laspalès qui dénoncent par l’absurde, en accumulant les clichés racistes que l’on entend malheureusement trop souvent dans la rue ou au café.

Alex Metayer encore, adapté cette fois par le non moins génial Alfred. ‘Mohamed apprend le français’, ou du moins il essaye. Mais ce n’est pas facile de maitriser toutes les subtilités de la langue de Racine…

Jul nous apprend que le racisme ordinaire sévis également dans le monde de la bande dessinée.

Quelle  joie (jusqu’au cou !) de retrouver le trait magique d’Alexis, associé aux mots de son ami Gotlib. Ces deux gai-lurons ont trouvé une solution qui, si elle ne nous débarrasse pas du racisme de manière radicale, a le mérite de supprimer la souffrance de ceux qui en sont sujets…

Eric Cartier et Pierre Palmade aborde le racisme bourgeois qui accumule les clichés et les stéréotypes. Le personnage principal n’est pas raciste, puisque son ‘meilleur ami’ est maghrébin. Enfin, il ne sort pas tout le temps avec lui non-plus. Pourtant, il dit parfois des choses intelligentes…

Emmanuel Guibert illustre admirablement un texte de René Goscinny (‘Je ne suis pas raciste, mais…’) dans lequel ce dernier dresse une liste des « formules sournoisement amicales » utilisées par des ‘racistes prudents’…

En un dessin, Pétillon en dit long sur les désillusions des jeunes des cités.

Plantu lui, nous parle du décalage vécu par les jeunes issus de l’immigration, entre le discours d’un professeur et la réalité policière.

Zou adapte un texte de Michel Boujenah, qui nous raconte la vie tourmentée d’un enfant juif-arabe…

Cet album se referme sur une réflexion pertinemment absurde du chat de Geluck.

Rire contre le racisme est avant tout un spectacle comique (qui en est à sa 8ème édition). C’est pourquoi on retrouve des adaptations en bd de sketch écrits pour la scène. C’est d’ailleurs le point faible de cet album. Ces adaptations ne sont pas convaincantes. Ce n’est pas un exercice facile et seul Alfred s’en sort haut la main. Les éditions Jungle sont spécialisées dans ce genre d’ouvrages qui, il faut bien le dire, sont pour la plupart très mauvais (en particulier celui sur Desproges !). Celui-ci est tout de même bien meilleur, grâce à la présence de grands auteurs et dessinateurs de bande dessinée, qui relèvent le niveau.

Polina – Bastien Vivès (Casterman, 2011)

Polina - Bastien Vivès (Casterman, 2011) dans Chroniques BD polinacouvm

Polina nous raconte le parcours d’une jeune danseuse en quête de sens, qui fuit parfois mais n’oublie pas d’où elle vient et reste fidèle à ceux qui l’ont accompagnée durant tout son apprentissage, en particulier son premier professeur, Mr Bojinski. Entre la Russie, Berlin et Paris, Polina se cherche. Elle est douée, besogneuse, mais ne semble pas ‘habité’ par la passion de la danse. Entre désillusions professionnelles et déboires sentimentaux, Polina trouvera la plénitude et la reconnaissance de la profession bien après le conservatoire, lorsqu’elle quittera le ballet de Laptar pour se lancer dans la création d’une pièce mélangeant théâtre et danse. Devenue célèbre, Polina décide de reprendre le travail commencé 10 ans plus tôt avec son prof Bojinski. Comme pour boucler la boucle et rendre son tribu à celui qui l’a formé.

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Digne héritier de Blutch, avec cette impression de fait à la va vite (qui ne l’est pas, bien évidemment), Vivès dessine ses formes d’un trait vif d’une efficacité redoutable, usant de pleins et de déliés qui confèrent à son graphisme les formes d’une calligraphie particulière. Il fait preuve d’une économie de moyen lui permettant d’être au plus juste dans le rendu des postures et des mouvements de ses protagonistes. Ses planches sont d’une grande sobriété, avec ce gris neutre qui atténue le contraste noir et blanc. Ses décors vont  à l’essentiel. Ils sont même inexistants lors des scènes de danse, comme pour ne pas parasiter la grâce et la sensualité dégagées par les danseurs.

On a beaucoup écrit sur cet album, sur le talent de Vivès, sa virtuosité graphique, sa maitrise de la narration qui, comme son personnage principal, est tout en impressions, en non-dits, développant une complicité particulière avec le lecteur. On entre dans l’intimité d’une danseuse, intimité artistique plutôt que sentimentale. Polina vieillie au fil de l’histoire et pourtant, son expression ne change pas. Elle reste cette jeune fille ingénue qui ne semble pas avoir conscience de son talent, mais qui arrive tout de même à prendre son destin en main.

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Vies à la ligne – Soluto (éditions Les Rêveurs, 2009)

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A contre courant de l’autobiographie, Soluto nous parle des autres. Des anciennes connaissances, des rencontres récentes, des membres de sa famille… Soit tout ce petit monde qui gravite autour de lui. De nous également, car on connaît ces personnes. Pas tout à fait les mêmes, mais pas étrangères non plus. Une ex-petite amie, de vieux potes de lycée, des cousins éloignés…On les a déjà rencontrées, croisées. C’est l’universalité des petits mondes. Le jeu de la mémoire et du temps qui passe…

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Sidonie fait son cirque…

Vies à la ligne allie subtilement le verbe et le trait. Les dessins nous en racontent bien plus sur les personnages que des mots. Précis et sensible, son trait quasi hyperréaliste cède parfois la place à des déformations proches de la caricature. Comme pour mieux illustrer une particularité physique, un trait de caractère, une situation particulière… Un procédé qu’il expérimente aussi dans certaines de ses peintures. Soluto joue avec ces déformations optiques (effets concaves et convexes) donnant l’impression de regarder ses toiles (ou ses dessins) à travers un miroir déformant ou une vitre mouillée et embuée.

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Entre brefs portraits et courts récits, ses textes sont sans fioritures ni excès de style, usant d’un langage parlé (avec oublis de négation) et d’expressions familières. Soluto évite les écueils de l’approche « psychologisante », en instaurant une distance juste envers ces tranches de vies, et par là même, ses propres sentiments. Les relations aux autres sont souvent de l’ordre du conflit, une succession de batailles qui, gagnées ou perdues, laissent des traces, inévitablement. C’est le discours qui apparaît en filigrane de ces Vies à la ligne, et qui ne peut nous laisser indifférents, nous autres êtres sensibles…

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Tombe toujours, tu m’intéresses…

Je remercie Soluto pour sa sympathie et sa sincérité, qui a bien voulu répondre à mes quelques questions. Et m’autorise à diffuser le portrait de Max, qui aurait pu apparaitre dans ces Vies à la ligne

Mitchul : Comment s’est développé ce projet ? Avais-tu une idée précise du résultat ou cela s’est-il construit au fur et à mesure ?

Soluto : Ce projet s’est développé assez rapidement avec les éditeurs, Nicolas Lebedel et Manu Larcenet, pour les Rêveurs… Je leur ai fait parvenir quelques dessins, ceux entre autres d’un portfolio paru sur l’excellent Coconino, avec l’idée qu’ils pourraient peut-être donner lieu à la publication d’un carnet ou d’un recueil d’images… L’idée leur paraissait légitimement un peu courte… Les dessins leur plaisaient mais ils voulaient quelque chose qui puisse permettre d’aller au-delà d’un ensemble à feuilleter… Comme j’avais déjà écrit des textes pour certaines images je les leur ai présentés… Ils les ont bien aimé. On s’est rapidement mis d’accord sur cette formule… Finalement l’idée était déjà dans le blog, même si les textes accompagnaient indifféremment des images à l’acrylique, des aquarelles, ou des crayons…  Le projet s’est noué autour des dessins à l’encre de chine…  J’ai peaufiné des textes, j’en ai fait d’autres pour accompagner des dessins qui n’en avaient pas. L’inverse a été aussi vrai puisque certains récits attendaient leurs images…

Par ailleurs nombre de textes et de dessins inédits ont été réalisés pour le livre et n’ont pas eu de prépublication sur le blog. Finalement je crois même qu’ils sont en majorité.

M : Ces personnages existent-ils tous ? Les as-tu tous rencontrés ? Quelle est la part de fiction dans ces portraits ?

S : En matière d’écriture et de dessin la question du vraisemblable m’importe plus que celles de la véracité et de la ressemblance. Je mens sans scrupule si le mensonge parle plus juste que le vrai. Ce qui n’empêche pas que beaucoup de ces personnages existent… Il en est certains que je côtoie encore. J’ai bien pris soin de dissimuler ce qui aurait pu les rendre trop identifiables. Souvent j’ai mis en avant des traits qui ne sont pas si marqués dans leurs quotidiens, ou je leur ai prêté des anecdotes qu’ils n’ont pas vécus — mais que d’autres, qui me sont indifférents, ont traversées… Rien de bien original ; écrire c’est déplacer, condenser, rassembler, faire des ponts, des liens improbables et c’est aussi, dans le même temps, trouver le ton, la musique, qui fera tenir le tout…   Quant aux histoires, elles ne sont pas vraies à proprement parler, mais elles piochent toutes dans la réalité…

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Les narines et les mains ouvertes…

M : De quelle manière as-tu développé cette interaction particulière entre le texte et le dessin ? Sachant que tes illustrations nous en disent tout autant (voire plus) sur les personnages que tes récits, qui ce concentrent sur l’anecdote, l’événement. T’appuis-tu sur le dessin pour écrire tes textes, ou l’inverse ?

S : C’est toute la question de la redondance que tu abordes par ta question… Quelles pouvaient être les marges communes entre ce que montraient les images et ce que racontait le texte ? Mais surtout, que pouvaient-elles montrer, sans risque de trahison, qui soit étranger au texte ? La représentation est toujours à double tranchants. Elle libère l’imaginaire autant qu’elle l’emprisonne.  Sans jamais  jouer le contrepied, j’essaie que les images décentrent un peu mon propos… Souvent, par un travail classique d’associations, l’histoire m’apparait confusément tandis que je réalise le dessin. L’un me raconte l’autre puis les deux se mélangent et vivent gentiment leurs vies. Ils évoluent pour leur propre compte avec un vague projet commun qui leur donne cohérence…

M : Travailles-tu d’après photo, de mémoire ou sur le vif ?

S : Je viens de la peinture, pas de l’illustration ni de la bande dessinée, et je me méfie terriblement des dessins de « chic », de mémoire et d’imagination…Je les trouve souvent, chez moi (mais hélas aussi chez d’autres) plein de tics… Il y a des facilités très difficiles à combattre. Je dessine moins fréquemment sur le vif, mais je fais beaucoup de photos et je travaille souvent d’après trois ou quatre documents d’un même esprit, d’un même personnage sous différents angles — quitte à les abandonner dès que le dessin trouve son envol… Ensuite, ce qui se passe m’échappe un peu. Quand j’ai trouvé l’angle, c’est un peu comme si ça roulait tout seul… C’est la petite transe que connaissent bien les dessinateurs, à laquelle on devient terriblement addict, et qu’on recherche systématiquement dès qu’on frotte un crayon sur du papier…

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Joël…

M : Aux niveaux littéraire et graphique, y-a-t-il des ouvrages ou des auteurs qui t’on influencés dans la réalisation de ce livre ?

S : Je ne sais pas, je ne pense pas… Avant d’arriver à ce livre, comme je ne suis pas un perdreau de l’année, j’ai eu mille fois l’occasion de faire mes exorcismes…. Il y a des artistes que je porte avec moi où que j’aille et quoi que je fasse. Je ne suis plus en lutte, ni en rivalité fantasmatique avec eux. Ils ont leur place et continuent sans doute de me travailler en profondeur. Je sais à peu près ce que je leur dois (presque tout à vrai dire) mais ils se répercutent dans mon travail de manière assez diffractée pour que je ne sache plus bien démêler comment ils s’expriment à travers moi… Et c’est très bien ainsi…

M : Sur quel(s) projet(s) travailles-tu en ce moment ?

S : Un beau projet d’album en collaboration avec un auteur que j’apprécie beaucoup vient de nous claquer dans les pattes ! La maison d’édition avec qui l’on était en affaire sacrifie son département jeunesse… On espère que ce projet va rebondir ailleurs… Dans un autre registre je suis toujours en lien avec les Rêveurs… On évoque la perspective de refaire un bouquin ensemble…

Sinon je suis en train de finir un recueil de nouvelles (sans images !) pour un éditeur de littérature générale… On se renifle, les manuscrits font des allers retours, ça se précise…  Je prépare aussi une expo pour avril 2012 et je me recentre sur l’atelier où une grosse commande de matériel vient d’arriver… Je piaffe d’impatience…

M : Et la bande dessinée ? Comptes-tu y venir un jour ?

S : La bande dessinée, dans sa forme classique, sans doute pas… Mais le roman graphique me taquine ! Chaque chose en son temps… J’y viens… J’y viens…

[entretien réalisé par courrier électronique entre le 1er et le 3 Avril 2011]

Max

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Max a toujours de la sciure dans sa moustache. Il est menuisier en retraite, parait-il… Au bout du deuxième perniflard il dit qu’il va me filer un coup de main pour poser les placards dans la chambre de ma fille. On prend des rendez-vous, je l’attends, il vient pas… Il a l’air à chaque fois tellement catastrophé que j’ose pas l’engueuler. Mais ma gamine, qui ne sait rien de sa tronche de Gepetto contrarié, elle grognonne ! Déjà qu’elle est pas contente que maintenant je traîne un peu dans les bistrots, le soir, après le gratin… Elle, elle me dit que si j’avais commandé la pose en même temps, chez Casto, ça serait fait! Je peux quand même pas lui avouer que j’ai tiré ces foutus planches et cent vingt-cinq mètres de cuivre sur un chantier avec Lulu. Ça ferait encore des histoires. C’est qu’elle est pas commode ma fille ! Elle a le même caractère que sa mère…

Oh sa mère… Le tableau… Je supportais plus…

J’y ai foutu le chaud Roger dans les pattes, à ma grosse. Il était pas contre. Tu penses… Depuis qu’il est veuf, c’est pas souvent qu’il quimpe… On s’était arrangé tous les deux, mis d’accord sur le prix du service. Hé ! Entre nous, il se la pète le Roger, ses charmes valent pas le montant qu’il exige. Si j’ai banqué cher, c’est pour conclure vite… Je leur suis tombé sur le poil, entre deux dépannages, un midi, prétextant un yaourt pour compléter ma galtouse! Ah, fallait les voir ! Ma pauvre Maryse qui débordait de sa nuisette en satinette et mon Roger qui lui roulait des saucisses, le valseur à mi-cuisse… Ajoutez en bande son le canapé du salon qui grinçait rythmiquement ! Un régal d’amateur de cocasse ! Bon, passons… J’ai fait mon numéro ! « Salope!» que je gueulais, les bras en l’air… Et tandis qu’elle ramassait son string noir (pauvre Maryse…) pour battre en retraite dans la chambre à coucher, je faisais les deux pouces triomphants à mon cabot de Roger qui se marrait comme une baleine… « J’ai cru que t’allais jamais arriver » qu’il m’a dit à l’étouffée en remontant son falzar. On a beau avoir cinquante piges, on est restés gamins…

Trois jours après, penaude, elle avait foutu le camp. On s’emploie pendant des années à dégouter son conjoint sans succès alors qu’il suffit d’une combine amusante pour vous en débarrasser… Ce que c’est, tout de même, d’avoir de l’imagination… Où j’en étais ?…  Oui, ma fille… Je pensais qu’elle prendrait fait et cause pour sa vieille, moi, et qu’elle lui emboiterait la tangente… Ben, pas du tout ! Elle a pas digéré l’incartade de sa mère ! Veut plus la voir ! Elle s’impose une mission : rester avec moi pour pas que je me laisse abattre. Elle interprète mes apéros du soir comme des « tentatives d’automédications antidépressives » (elle ferait bien d’arrêter la fac de psycho, ça lui prend le chou !)…

Et en plus elle m’emmerde pour que je lui monte ses placards !!!  

Va falloir que je monte une bricole pour m’en débarrasser… Je crois qu’il est grand temps que je l’aide à conclure son œdipe…

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Je vous incite fortement à en prendre plein les mirettes sur son site et sur son blog…

Editions Les Rêveurs 

XX / MMX – Collectif (L’Association, 2010)

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L’Association marque le coup pour ses 20 ans en publiant cet ouvrage, qui fait également office de catalogue de l’exposition organisée à Sierre ce mois de juin. L’Asso ne fera décidément jamais comme les autres, car plutôt que de nous proposer un album commémoratif, compilant les moments forts de ces 20 années passées, J.C. Menu a préféré proposer aux auteurs maisons (les anciens, les nouveaux, les réguliers ou les occasionnels) de choisir une de leurs planches éditées par la structure et d’en réaliser une nouvelle en lien avec celle-ci. Un exercice oubapien (l’autoréinterprétation), qui laisse la liberté aux auteurs d’y répondre, de la prolonger ou de l’actualiser. Chacun choisissant la page qu’il veut et y répondant comme il le veut. 85 dessinateurs ont contribué à l’exercice. Il manque tout de même 3 fondateurs de l’Hydre… On trouvera également des textes de 3 auteurs-collaborateurs : Pacôme Thiellement, Anne Baraou et Christian Rosset. Sans oublier J.C. Menu, qui répond ici à l’édito qu’il avait écrit pour LABO en janvier 1990. « L’ensemble de ces contributions forme une Histoire Imaginaire de l’Association, basée sur son principal enjeu de départ : l’exploration du langage de la Bande Dessinée. Une histoire improbable et aléatoire qui dure depuis maintenant vingt ans, mais qui aura tout traversé, suivant sa devise : « Intransigeance et opiniâtreté »… et qui semble loin d’avoir achevé son potentiel de devenir.«  (J.C. Menu).

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Berberian en 1994…

Cet exercice nous permet d’observer l’évolution (graphique, narrative, thématique…) des auteurs. Si certains prolongent l’histoire (Stanislas, Berberian, Reumann…), d’autres réinterprête leur planche aux regards de leur nouveau style (Doucet, Andersson, Guibert, Gerner, Ruppert & Mulot…). D’autres encore exploitent leur planche pour en recréer une nouvelle (Lécroart, Blexbolex, Placid, Baladi, JM Bertoyas…) ou y répondent (Benoit Jacques, Parrondo, Peeters, Valoni, Remi…). Un ouvrage de belle facture classique (au format Ciboulette, LA collection historique de l’Asso) dont on peut choisir la couleur (entre vert, bleu, jaune, rouge…). Une manière originale et subtile de revenir sur son parcours, de faire le point sur son évolution. Et de se rendre compte que l’histoire, et par conséquent, le catalogue de l’Association est d’une richesse incroyable, d’une inventivité constante et d’une rare cohérence. Sans parler de la qualité des auteurs édités…Un catalogue original, pour une expo originale (que je n’ai malheureusement pas vu !), difficilement descriptible tant il ne ressemble à rien de connu jusqu’alors. Je ne peux que vous conseiller de vous le procurer rapidement !

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… et en 2010.

Autre évènement pour fêter ses vingt ans : l’Asso, avec la complicité du Comptoir des indépendants, a demandé à vingt libraires de choisir leurs vingt albums préférés du catalogue de l’Hydre. Le résultat est le suivant : Un incertain silence de François Ayroles, Le Petit Christian de Blutch, The red monkey dans John Wesley Harding de Joe Daly, L’Ascension du Haut Mal de David B., Shenzen de Guy Delisle, Ciboire de Criss ! de Julie Doucet, Daddy’s Girl de Debbie Drechsler, Journal d’un album de Dupuy & Berberian, L’An 01 de Gébé, Faire semblant c’est mentir de Dominique Goblet, 676 apparitions de Killoffer de Killoffer, L’art selon Mme Goldgruber de Mahler, M le Magicien de Massimo Mattioli, Livret de phamille de JC Menu, 73304-23-4153-6-96-8 de Thomas Ott, Persepolis de Marjane Satrapi, Pascin de Joann Sfar, Lapinot et les carottes de Patagonie de Lewis Trondheim, Pat Boon « Happy End » de Winshluss. (plus d’infos)

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Les Sous-sols du Révolu – Marc-Antoine Mathieu (Futuropolis/Musée du Louvre éditions, 2006)

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J’ai découvert Marc-Antoine Mathieu grâce au collectif Le retour de dieu, dans lequel il nous raconte l’ascension physique et spirituelle d’un homme, au sein d’une cathédrale hors normes. Mathieu vient de sortir un album au thème plutôt similaire : Dieu en personne (ou si Dieu revenait sur terre, le reconnaitrions et comment réagirions-nous ?). Les sous-sols du Révolu (Extraits du journal d’un expert) est le deuxième album issu de la collaboration entre le Musée du Louvre et les éditions Futuropolis, dont le projet est de demander à des auteurs de bande dessinée de nous raconter leur Musée du Louvre. Après De Crecy, qui ouvrait le bal avec son remarquable Période Glaciaire, Mathieu prend la relève.

Dans cette histoire, nous suivons les pérégrinations d’un expert et de son second, qui sont chargé de répertorier toutes les salles du musée. Un périple qui durera exactement dix-huit mille cent trente-quatre jours, tant le Louvres est un véritable labyrinthe sans fond. Mathieu nous décrit un Louvres imaginaire, qui se rapproche de l’image que l’on peut se faire de l’un des plus grand musée du monde (il faudrait plus d’une semaine pour en faire le tour !). Les personnages y déambulent comme dans un espace mental, s’y perdant, passant d’une salle à l’autre, d’un palier à l’autre… Tel un rêve… Tout comme dans Le Retour de Dieu, le périple de son personnage est autant physique que spirituel.

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Eudes le volumeur et son compagnon Léonard sont chargés de répertorier toute les collections du Musée du Révolu (bel anagramme ! Tout l’ouvrage en regorge). Ils commencent par les fondations (qui sont en fait le sommet de la construction), puis les immenses galeries techniques dans lesquelles l’expert se rends compte que sa mission prendra plus de temps que prévue. S’ensuit « La galerie inondée » rassemblant les oeuvres pompiers, où ils font la connaissance de l’ancienne gardienne devenue passeuse. « Le dépôt des moules » se situant encore plus bas au huitième sous-sol, comprenant tous les moules de toutes les sculptures du musée, dont certaines oubliées de tous depuis des siècles… « La salle des fragments » où des ouvriers tentent de reconstituer un puzzle géant, en fait une immense sculpture de ce qu’ils pensent être un cyclope ! « L’atelier de restauration », véritable salle d’opération pour tableau et sculptures, est une sacrée cuisine. On y apprend une vérité paradoxale : la lumière est l’ennemie des couleurs, qui ne peuvent être vues sans elle… « Le département des copies » nous permet de faire la distinction entre une copie et un faux (« les faux issus de copies sont remarquables car ce sont des faux désintéressés… Ils ont leur part de vérité. »). « La réserve du tableau » (intitulé « Le musée du voleur ») donne le vertige par son « habile mise en scène de [la] mise en abime ». « Les archives » nous entrainent dans un délire visuel digne du grand Masse… « L’expert le vieux », où la rencontre avec un vieux collègue qui lui remet son registre d’expertise, permettra à Eudes de prendre conscience que ce travail de volumeur a pris, et prendra plusieurs vies avant d’être achevé (d’ailleurs, nos deux héros vieillissent au fil des pages)…

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« L’entrepôt des cadres » corrobore l’idée que l’encadrement est un Art à part entière. Mais face à la simplification à l’extrême du cadre, le responsable de l’entrepôt imagine de nouvelles voies. En l’occurrence « une suite de tableaux se succèdant chronologiquement de telle sorte à former un récit ». Ce qu’il nomme « une narration picturale séquentielle » ! Un clin d’oeil malicieux à la bande dessinée… La « Bricabracologie » renferme les plus anciennes collections du musée. Eudes et Léonard y croisent un groupe de gardiens de musée en séminaire, qui apprennent à maitriser le « tss tss tss », indispensable outil pour tout gardien voulant reprendre les visiteurs curieux qui touchent les oeuvres exposées… La salle de « L »icône » est occupée par un vieil homme (ressemblant étrangement à Léonard de Vinci). Ce dernier nous apprend qu’il existe en fait plusieurs versions de la Joconde, dans lesquelles seul son sourire change. Chacune est exposé à tour de rôle sans que personne ne s’en aperçoive… « Par ce stratagème, le maître voulait représenter le mystère même de la représentation ». Une subtile réflexion sur la subjectivité du regard. « Le très grand dessein » est l’avant-dernière étape du périple de Eudes. Son compagnon Léonard l’a quitté (Il a trouvé sa place dans le quartier des historiens). C’est donc seul qu’il explore les plans des sous-sols du musée. Il découvre que l’ensemble de ces sous-sols forment une pyramide, dont le sommet pourrait se situer en surface, sur l’esplanade… « Le dernier chapitre » nous montre un Eudes le volumeur en fin de vie, qui a le temps de remettre ces registres à un jeune expert, avant de s’éteindre…

Les Sous-sols du Révolu - Marc-Antoine Mathieu (Futuropolis/Musée du Louvre éditions, 2006) dans Chroniques BD soussolsplanche26

L’univers de Mathieu est ici plus que jamais poétique et absurde. Il y a du Masse dans son graphisme, avec ses personnages à lunettes rondes et chapeau melon. Ainsi que dans les situations absurdes vécues par le personnage principal. Du Fred également, par le détournement de certains codes narratifs et la poésie ambiante qui se dégage à chaque page. Ses formes arrondies et contrastées me font parfois penser à du Tardi. Certains visages expressifs à du Willem… Mathieu est pour moi un des meilleurs dans la maitrise du noir et blanc, tout en clair-obscur. Ses gris sont remarquables d’intensité et de subtilité (voir le chapitre « Le dépôt des moules » où les personnages s’enfonce de plus en plus dans l’obscurité). Un album bourré d’idées graphiques, et surtout narratives, plus géniales les unes que les autres. Un voyage magique, métaphorique, qui nous emmène dans les méandres de la mémoire de l’Art…

revolu dans Chroniques BD

Marc-Antoine Mathieu

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