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Rasta – Ucciani & Mouchenik (Artefact, 1983)

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A l’opposé des albums distrayants et grands publics, les éditions Artefact prônent une bande dessinée différente, inscrite dans le réel, qui témoigne de son temps ainsi que des diverses tendances du médium. Durant ses dix années d’existence (entre 1977 et 1986), les tauliers d’Artefact n’auront de cesse d’étoffer un catalogue conséquent en matière de bande dessinée « autre », qui influencera la génération des Association et consœurs. Une sorte d’Internationale Underground qui, comme en témoignent les différentes collections, rend compte de toute la diversité de la bd alternative et fanzinesque mondiale de son époque : Etats unis avec Crumb et Shelton, Pays-Bas avec Evert Geradts, Italie avec Mattoti et Jacovitti ou même le Japon avec Tatsumi…). Sans oublier ce qui se passe en France avec les confirmés Carali, Volny, Schlingo, Solé, Poïvet ou les jeunes Imagex, Rita Mercedes ou Filipandré. Pour ne citer qu’eux…

Rasta est un album représentatif des éditions Artefact. D’un coté, c’est de la bédé normale : ça raconte une histoire, des histoires… Le principe du héros dont on suit les aventures est respecté. Il y a de la séquence, du découpage, un graphisme lisible et des figures reconnaissables… D’un autre coté, ça change des bédés classiques : chronique sociale urbaine, témoignage de mœurs du milieu de la drogue et des squats du Marseille des années 80. Rasta n’est pas qu’un divertissement et fait trace d’une époque pas si éloignée. Ucciani et Mouchenik possèdent (tout comme leur confrères) une forte personnalité qui transparaît dans leur production. Cet album supporte le passage du temps et conserve toute sa pertinence et son impertinence.

Rasta est un jeune métis dont on ne connais que le surnom. Un étranger comme il se présente, pourtant bien connu des marginaux et autres caïds de la cité phocéenne. C’est surtout de sa propre vie qu’il est étranger, détaché de tout affect (il est souvent stone, ça aide), vivant au jour le jour de petits larcins (trafics, vols…), ballotté au fil des rencontres interlopes, il suit le mouvement (en passant par la case prison) sans rien maîtriser. Cependant, le récit de Mouchenik ne tombe jamais dans le glauque ou le Pathos. Rasta raconte la crise existentielle d’un loser qui, à l’instar des clochards célestes de Bukowski ou Fante, suscite la sympathie.

Jean Michel Ucciani (qui est maintenant à son compte comme dessinateur de communication pour les entreprises) possède ici un style réaliste légèrement maladroit qui ne manque pas de personnalité. C’est ce qui caractérise les auteurs « Artefact », ils ne font pas dans le joli mais dans l’efficace. Étonnamment, son trait dynamique est bien plus efficace dans les plans fixes que durant les scènes d’action. Son noir et blanc contrasté génère une ambiance nocturne sèche qui décrit parfaitement « …ces rues puantes et sales […] entre la Canebière et la Porte d’Aix… ».

Chronique K.BD – Moi René Tardi, Prisonnier du Stalag IIB

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Qu’elle soit le sujet principal ou la toile de fond de ses récits, la Der des Ders hante Jacques Tardi depuis des lustres, de Brindavoine à C’était la guerre des tranchée, sans oublier les deux volumes de Putain de guerre ! Si au fil du temps, Tardi est devenu un spécialiste en la matière, on ne peut réduire son œuvre à cela et occulter tous les autres aspects de son incroyable production (adaptations littéraires, saga feuilletonesque, récits fantastiques, illustrations… Nous ne sommes pas étonnés de le voir enfin s’attaquer à la Seconde Guerre mondiale. Et quel meilleur prétexte pour aborder la « 39-45 » que de raconter le vécu de son propre père. Un travail de mémoire, toujours, mais également un travail de réhabilitation, de compréhension. Comprendre enfin ce qui a pu rendre ce père si aigri envers ses semblables, si haineux de la nation.

A la différence de ses autres récits de guerre, celui-ci l’implique directement, puisqu’il concerne son père, à qui il a demandé de raconter son expérience de prisonnier de guerre. « J’ai lu ces trois cahiers d’écolier couverts d’une écriture fine, quelquefois difficile à déchiffrer, avec des croquis explicatifs pour combler ce que les mots laissent d’imprécis et que seul le dessin pouvait rendre évident. J’ai lu ces trois cahiers, les ai rangés dans une boite avec des photos qui avaient un rapport avec cette époque. Je me suis dit qu’un jour j’en ferais quelque chose, que je raconterais tout ça en mettant des images sur son texte… »
L’ouvrage ne s’appuie pas que sur un travail de recherche (domaine dans lequel il excelle), il se rapproche plus du témoignage direct illustré. Il évite ainsi l’écueil du documentaire en y induisant une dimension romanesque.

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B est un récit de guerre, mais aussi un récit du monde carcéral, vu de l’intérieur. C’est pourquoi il trouve sa place dans cette thématique de mai. L’humiliation, le confinement, la routine, la misère, la faim, les maladies, les souffrances de l’enfermement, l’espoir de la fuite… les conditions de vie d’un camp de prisonniers sont authentiquement décrites. Un témoignage précieux, emprunt d’émotions graves, qui ne manque pas de drôlerie pour autant. Zaelle apprécie le ton parfois léger du récit, quand par exemple « René Tardi raconte les mille et une petites choses que les prisonniers de guerre avaient imaginé pour rendre fous leurs gardiens ». Lunch a raison : « le récit ne se veut pas défaitiste, volontiers amer et rancunier certes, mais il entretient toujours une notion d’espoir et de lucidité sans s’apitoyer sur des conditions de vie déplorables ».

Les choix narratifs de Tardi soulignent cette dimension émotionnelle et intime, lui permettant de mettre en scène un dialogue filial qui n’a jamais eu lieu. Il s’implique directement dans l’histoire, se représentant sous les traits du jeune homme qu’il était à l’âge où il se posait ces questions, qu’il n’a jamais eu l’occasion d’aborder avec son géniteur. Une posture de Candide qui l’autorise à des propos naïfs, appelant un char un tank, insistant lourdement sur l’hypothétique évasion du paternel…

Cet échange père-fils comme principe de narration est le seul point de cet album qui ne fasse pas l’unanimité. Zaelle et moi-même trouvons cette approche riche et originale, Badelel est admirative devant ce joli tour de passe-passe qui nous sauve d’une voix off qui aurait pu être plate. Yvan et Legof eux, n’ont pas accroché et ont préféré la deuxième partie du récit, plus descriptive. Lunch trouve ce dialogue post-mortem plutôt troublant.

De cette manière, Tardi installe une distance juste et confortable pour raconter dans les détails les conditions d’incarcérations de ces nombreux prisonniers. Yvan souligne qu’à la différence de ses autres récits de guerre, il nous met ici dans une posture de spectateur plutôt appréciable. Nous sommes les témoins indirects des événements décrits, sans induire de phénomène d’identification forte au personnage principal. Même si Legof a raison d’évoquer de fait qu’il est fort possible qu’au moins un membre de notre famille ait connu cela sans qu’on ne le sache vraiment.

Cette mise en page stricte de trois cases panoramiques par planche me semble une bonne idée. Car cette contrainte l’oblige à jouer sur les focales (plan d’ensemble, plan américain, gros plan…), ce qui rend la lecture fluide et dynamique. A l’inverse, Badelel considère que « le découpage systématique en trois bandes par page assez habituel chez Tardi maintient un côté statique et documentaire à l’ensemble qui n’aide pas intégrer la dimension émotive du discours ». Il se dégage une impression de succession de photos d’époque. Impression d’autant plus renforcée par le choix d’une coloration (réalisée par sa fille Rachel) faite de marron-gris et d’ocres, conférant un aspect sépia, vieillot et sombre qui colle parfaitement à l’époque.

Graphiquement parlant, Tardi a depuis longtemps abouti à son vocabulaire pictural. Cette ligne claire qui s’attarde sur les sombres aspects de l’âme humaine. Même si ici, il focalise peu sur les horreurs et s’intéresse plus aux vivants. Car nous connaissons le dénouement de l’histoire, nous savons que son père s’en sortira. Mais à quel prix ? Seul Tardi et les siens le savent réellement. Et nous surement, dans le deuxième volume en préparation. Car en effet, comme l’évoquent très justement Lunch et Badelel, c’est seulement à la dernière case que l’on prend connaissance d’une suite, qui n’a été annoncée ni par l’auteur, ni par l’éditeur.

Si, au niveau de la forme et des choix narratifs de Tardi, les avis divergent, nous sommes tous d’accord pour dire que cet album est un témoignage précieux, sortant de l’oubli un pan peu glorieux de notre histoire moderne.

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 Lire l’article sur K.BD

Dix questions pour une bibliothèque #5 : Bruce

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Impossible de ne pas convoquer l’ami Bruce pour répondre à ce questionnaire. Depuis toujours grand amateur et collectionneur exigeant de belles pépites culturelles, tant pour leur contenu que leur contenant (disques, films, livres, bandes dessinées…), il aime à jouer le rôle de passeur, transmettant volontiers sa passion pour les bonnes choses (la liste serait trop longue si je devais détailler). C’est dans cette optique qu’il lança il y a quelques années maintenant le forum Secteur 7, qui nous permit d’échanger à loisir sur nos découvertes et coups de cœur culturels. Et nous aura surtout mit le pied à l’étrier de l’aventure « bloguèsque ». Il est donc plaisant de le voir prodiguer ses précieux conseils sur son blog My Name is Bruce qui, quelque part, existait bien avant sa création en 2009. Curieux, exigeant et précis, ses avis sont assumés et toujours argumentés. A l’image de ses réponses. Merci pour tout frangin et happy birthday !

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Matériellement, elle prend deux murs. Dans mon cœur et le plaisir qu’elle procure à mon regard elle prend bien plus que tous mes mètres carrés. Quand j’ai emménagé, sa place a d’ailleurs été choisie avant tout autre chose.

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…) ?

Elle est actuellement en deux parties et dans deux pièces bien distinctes. Les BD et quelques beaux livres consacrés à des artistes (Ronis, Salgado, Schiele, Hopper, Kafka, Hemingway, Hitchcock, Carpenter, Al Pacino… sur Freud aussi) se trouvent dans trois bibliothèques de 80 cm de large et 160 cm de haut. Elles sont présentes dans le séjour, la pièce où je suis le plus souvent. Ces tailles ne me permettent pas d’y ajouter mes romans qui se trouvent sur des étagères faites sur mesure et fixées dans un couloir menant à la chambre et la salle de bain.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ?

Je ne change pas ou plus. J’intègre juste mes dernières dépenses sans bouleverser quoi que ce soit. Je m’efforce à tenir un rangement avec lequel je n’ai guère de soucis pour trouver en quelques secondes l’oeuvre que je recherche. Je classe donc le plus souvent par maison d’édition. C’est plus simple car les formats et les couvertures s’adaptent bien entre elles et les auteurs sont souvent fidèles à leur éditeur. C’est vrai que c’est plus difficile de s’y retrouver avec les romanciers que les dessinateurs car ils sont édités en premier lieu en format large puis, en second lieu, en poche ou autres. Comme je ne mélange jamais les formats, je fais alors de mon mieux en fonction de ce que je possède pour ne pas perdre de vue que les œuvres du même auteur doivent se retrouver le plus proche possible entre elles. J’essaie d’intégrer aussi le fait que ce soit visuellement agréable pour les yeux, par conséquent plus lumineux, jonglant ainsi avec les couleurs et les polices d’écriture. C’est mon unique méthode car j’en suis pleinement satisfait. C’est un exercice qui me plait, celui d’insérer des nouveaux venus car j’aime tout autant manipuler les livres que les observer posés. J’aime à penser que mes livres sont heureux que je leur trouve la place qui leur conviennent.

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..?

Des BD bien sûr, donc de la fiction. 70% de mes livres sont des thrillers ou des policiers. 20% sont des romans et des essais. Le reste oscille entre le bio et le fantastique. Quelques beaux livres aussi en très grand format comme je l’ai dit plus haut. Cela peut paraître « léger » mais c’est en définitive beaucoup du fait que ma BDthèque s’est constitué en moins de trois ans. Aussi, j’ai acheté le premier roman de cette « nouvelle » collection personnelle il y a à peine deux ans. J’ai été un grand dépensier DVD et CD par le passé et j’ai rééquilibrer les dépenses avec cette nouvelle passion que sont les livres et abandonner quelques peu les bibliothèques de ma ville. En tout cas, si j’achète généralement plus vite que je ne lis, la tendance est en train de s’inverser.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

Je peux te répondre sans commettre d’erreur car tout est rentré sur deux sites spécialisés en ligne. Je possède à peu prés 350 BD et plus de 120 bouquins. Trois quarts des livres sont donc avec images et le quart restant n’en contient aucune. Je suis pleinement satisfait de ma BDthèque qui stagne par ailleurs depuis un long moment. Puis, je commence à découvrir des romanciers qui me passionne, qui plus est des auteurs qui ont beaucoup publiés. Cela devrait s’équilibrer dans les deux ou trois années qui viennent.

6) Tes ouvrages sont-ils globalement rangés à l’horizontale ou la verticale ?

A part deux trois rares exceptions, ils sont tous rangés à la verticale et quelques uns sont même mis à la verticale avec couverture mise de face. C’est un deux en un, que dis-je, un trois en un ! En un – enfin qu’importe l’ordre – c’est chouette de mettre la couverture de face comme dans une librairie. C’est comme un tableau ou une affichette qui égaye l’étagère alors que l’emplacement serait vide et trop immaculé. Puis, en deux, c’est bien pratique car placés ainsi ils me servent de serres-livres. Enfin, en trois, ça laisse de la place pour un éventuel rangement qu’un dernier achat viendrait bousculer. Je te l’accorde, il faut encore avoir de place pour pouvoir faire de la sorte. En somme, seules mes lectures en cours sont à l’horizontale, posées sur une table, le lit ou le canap’.

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Mes nouvelles acquisitions intègrent immédiatement leur place définitive ou presque définitive.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Je suis très satisfait de ma BDthèque, surtout en one-shot. Je pense avoir Les et surtout Mes essentiels même si dans l’absolu je ne me débattrai pas si j’avais la place et le budget pour qu’elle soit doublée. A présent, je pense que seulement de nouvelles sorties viendront l’enrichir comme récemment avec mes achats des derniers Winshluss et Alfred ou une bonne occasion qui m’aurait échappé comme « Coney Island Baby » de Nine Antico que j’ai acheté la semaine dernière à -60%. Pour les livres c’est différent, elle est en construction. Je suis dans une phase d’attaque. Je me séparerai des livres qui m’ont déplu pour les remplacer par d’autres jusqu’à ce qu’elle soit très satisfaisante.

9) Qu’y manquerait-il ?

Quelques intégrales tels que Blueberry, Monster, Gaston Lagaffe, Les Bidochons, Corto Maltese… mais ça va venir. Je pense avoir des étagères de BD qui ont de la gueule. C’est plus compliqué pour moi pour les livres car j’ai une lecture très imagée et elle est constamment cinématographique, c’est pour ça que j’ai surtout des thrillers ou des romans aux ambiances que j’aime trouver dans les films. De plus, le mot peut sembler un peu fort, mais je déteste tout ce qui est historique et se passe antérieurement aux années 50. Ce qui pour le coup, en littérature, exclu forcément un paquet de belles œuvres. Il me faudra un grand travail de lecteur, d’ouverture d’esprit pour pouvoir constituer une bibliothèque qui soit à la hauteur. Depuis mon enfance je possède dans les domaines musicaux, cinématographiques et la bande dessinée mes coups de cœur d’hier et d’aujourd’hui. Ce sont les mêmes oeuvres dont on parle et on parlera encore dans trente ans. Je suis fier de ça. En romans, je suis timide pour m’aventurer, je suis comme un jeune dépuceler qui va encore mettre du temps avant de bien s’y prendre. Avec l’expérience je compte découvrir quelques maîtres tout en continuant de m’enrichir de Kafka, Fauklner, Ellroy, Auster et Roth dont je suis loin d’avoir ne serait-ce que la moitié de leurs écrits. Il n’y a bien évidemment pas d’obligation, mais quand ma culture s’élargira ma bibliothèque s’agrandira en conséquence. De quoi ? Je ne le sais pas encore. Mais il ne fait aucun doute qu’il y aura toujours plus de thrillers que tout autre genre et que je fais le pari qu’il n’y aura aucun roman historique !

10) Comment la vois-tu évoluer ?

Physiquement ? Continuant sans cesse mes achats je serai amené à changer un jour pour un mobilier plus « classique », qui prendra toute la largeur et hauteur du mur de mon séjour. Des bibliothèques moins profondes mais plus hautes que celles que j’ai aujourd’hui.

Sentimentalement ? Une bibliothèque doit en permanence grandir à tes cotés et vice-versa. Tout ça à un coût mais ce serait comme être sans souffle si je devais ne plus l’enrichir. Ce sont des œuvres d’art, il faut chiner, fouiller puis toucher, les sentir et les chérir. Oui, je compte posséder tout ce que j’aime. Je ne peux concevoir l’amour sans possession.

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Alack Sinner / Nicaragua – Muñoz & Sampayo (Casterman, 1988)

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Les trois albums que j’ai lu font parti des quatre contenus dans le deuxième volume de l’intégrale sortie en 2007, intitulé L’âge des désenchantements. Ce titre correspond tout à fait à l’idée que je peux me faire du personnage. Commencer par le désenchantement plutôt que par « l’innocence » d’Alack Sinner ne pose pas de problème en soi. Découvrir sa personnalité plutôt que ses faits d’armes m’intéresse bien plus. Car Alack est un héros qui évolue, vieillissant au fil des années et des albums (voire des cases du même album). En même temps que ses créateurs d’ailleurs qui, tel Hitchcock, n’hésitent pas à se mettre en scène à chaque épisode (à nous de les retrouver !), comme pour marquer leur présence et rendre compte de leur propre évolution (philosophique, esthétique…) à travers leur œuvre.

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Dans l’album Nicaragua, Alack Sinner trempe dans le milieu de la politique internationale. Charger par un membre de l’ONU d’enquêter sur un éventuel attentat à l’encontre du premier ministre par des rebelles Sandinistes du Nicaragua, il semble plus préoccupé par ses petits tracas de l’intime que par son enquête dans le monde diplomatique. Ayant la garde partagée de sa fille, on découvre un personnage complexe, en quête de bonheurs simples. Amours, amitiés, paternité, ses aspirations s’opposent à l’univers dans lequel il baigne. Plus passif qu’actif, il se désintéresse des affaires, se laissant ballotter par les événements, sans jamais prendre la main. Pour résumer, cet ancien flic devenu détective privé, abandonne les affaires des autres, voire politiques (donc publiques) pour revenir à ses propres « histoires privées ».

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Une tendance qui se confirmera dans les épisodes suivants. Car au fil des albums, ses enquêtes deviennent secondaires, au profit de ses états d’âmes et de ses préoccupations personnelles. Dans La fin d’un voyage, il parcours l’Amérique pour retrouver l’amour de sa vie, Sophie. Durant ce périple, il deviendra un témoin indirect d’événements dramatiques survenant aux personnes qu’il croise (dont un dessinateur de bande dessinée – au traits de Muñoz lui-même – qui veut régler ses comptes avec un plagiaire). Histoires privées porte très bien son nom, puisse que Sinner, devenu chauffeur de taxi new-yorkais, doit enquêter sur un meurtre soi-disant commis par sa fille Cheryl.

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De cette façon, Muñoz et Sampayo apportent un renouveau dans la bande dessinée policière. Plutôt que de dérouler l’intrigue du point de vue exclusif de l’enquêteur, ils parsèment des éléments importants de l’enquête de diverses manières (coupures de journaux, écrans de télévision, dialogues de second plan…), nous amenant à en prendre connaissance en même temps que Sinner (voire avant lui). Par exemple, dans Nicaragua, nous découvrons les tenants et aboutissants de l’affaire diplomatique qui se trame entre le Nicaragua et ses pays voisins (État Unis, Argentine et Honduras) alors qu’ils sont contés par les marionnettes d’un théâtre de guignols – spectacle auquel assiste Sinner et sa fille, le rendant ainsi spectateur des événements. On se demande même d’ailleurs s’il comprend bien tout ce qui se passe. Les auteurs privilégient la dimension existentialiste et intimiste de leur personnage, plutôt que d’en décrire les actes de manière opératoire.

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Sampayo a cette faculté particulière d’égarer le récit, d’aller vers d’autres personnages (les tenants de l’intrigue ou de parfaits inconnus), nous permettant de découvrir ce qu’ils pensent (parfois en espagnol, bonne idée du traducteur Dominique Grange), qui n’a souvent aucun rapport direct avec l’histoire. Ce qui pourrait parasiter la lecture sert en fait de décorum, une façon de rendre compte des mentalités de l’époque. Et toujours cette idée de confronter des événements sociaux aux préoccupations individuelles.

Muñoz donne l’impression de dessiner comme certains écrivent : à la va-vite. Il faut scruter, décrypter ses dessins pour en capter le sens, tout comme on le ferait pour comprendre une lettre mal écrite, en saisissant certains mots-clés. Au bout d’un moment, on comprend le sens sans forcément en saisir toutes les formes. Comme pour toute calligraphie, c’est dans les imperfections que l’on découvre la personnalité de l’auteur. Et Muñoz n’en manque pas, de personnalité.

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Proche d’une écriture automatique, il semble se laisser aller à ses délires graphiques pour représenter les figures. Certains de ses personnages relèvent de la cour des miracles. Il dessine l’urbanité maladive comme personne. Un trait vif générant des formes expressives, flirtant parfois vers l’abstraction. Ce qui développe un étrange rapport entre signifiant et signifié, entre ce qui est dessiné et ce que cela représente. Tout comme son maître Pratt (dont il était l’élève à la Escuela Panamericana de Arte de Buenos Aires), Muñoz est plus préoccupé par sa propre vérité que de « faire vrai ». Même si avec le temps, son trait s’est assagi, devenant plus précis dans ses intentions. Tout en conservant cette puissance du noir et blanc pur et contrasté. La solidité du découpage et de la technique narrative, jointe à la profonde humanité des personnages, en font une œuvre à part.

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Fanzine zone #2

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Le sympathique et généreux Mael Rannou est un fervent défenseur de la small press. Aussi bien conservateur que créateur de fanzines, on retrouve sa plume, tout aussi affutée que son œil, dans les pages des webzines 1 fanzine par jour ou Du9. C’est après s’être découvert un intérêt commun pour Imagex, que j’ai fait la connaissance de ce passionné d’auteurs « à la marge », un érudit en matière de bandes dessinées autres, non formatées, sortant des carcans du « mainstream ». Faisant volontiers tribune à des auteurs, séries ou périodiques qui souffrent d’un flagrant déficit d’image et d’intérêt (et pourtant !). Chroniqueur, scénariste, éditeur, rédacteur en chef mais également dessinateur, Maël cumule les casquettes sans pour autant perdre en cohérence. Je lui commande sur son site deux numéros de son chouette fanzine Gorgonzola (nominé mais malheureusement pas primé cette année à Angoulême !) dont le dernier en date comporte un dossier complet (au moins un tiers du fanzine) sur un auteur rare et singulier : Jean Beguin, alias Poirier, le créateur d’Horace et Supermatou, qui a fait la joie des lecteurs de Pif gadget, dont je fait parti (autre point commun avec Maël). Un dossier fait d’interviews (de collaborateurs et amis de Poirier), de fragments d’une étude stylistiques, d’une biographie complète, de dessins inédits et d’hommages rendus à ce grand artiste qui aura influencé un très grand nombre d’auteurs contemporains. Le reste de ce Gorgonzola 19 est essentiellement composé de bandes d’auteurs de grandes qualités (Vincent Lefebvre, LL de Mars, Marko Turunen, Victor Hussenot…) dont quatre planches inédites d’Imagex. On retrouve dans le numéro 14 les excellents Fafé, Simon Hureau, Benoît Guillaume, Lionel Richerand, Gilles Rochier, Thiriet, Emmanuel Reuzé, jean Bourguignon, Marko Turunen… Tout de bon !

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En bonus, Maël m’offre les deux premiers numéros de Ceci est mon corps (le troisième vient de sortir). Je découvre grâce à lui une catégorie de fanzine toute personnelle, que l’on nomme les égozines (pas étonnant qu’il dédie ses deux numéros respectivement à Mattt Konture et Julie Doucet, auteurs de l’égo devant l’éternel). Un fanzine non pas exclusivement réalisée par la même personne (on peut trouver plusieurs auteurs au sommaire) mais possédant un unique et exclusif sujet : l’auteur-créateur du fanzine lui-même. D’où ce titre on-ne-peut plus explicite et justifié. Car loin de se prendre pour le nouveau messie du Do It Yourself, il n’hésite pas à inviter des collègues et amis pour enrichir les points de vue et ainsi apporter une certaine objectivité sur le sujet. Maël se raconte sous toutes les coutures avec une authentique sincérité, à l’image de ses dessins maladroits et pourtant parfaitement maitrisés.

L’impression d’un projet inintéressant et stérile disparait rapidement face à cette authentique démarche d’auteur. Bernard Joubert l’explique parfaitement en préface du deuxième volet : « La BD comme une écriture, ni art ni littérature ni industrie […] Un égozine produit sur moi l’effet d’une rencontre amicale. Un ami me raconte les derniers événements de sa vie. Si je connais l’auteur, ça fonctionne sans coup férir. Si je ne le connais pas, ça m’en donne malgré tout l’illusion. Cette impression de proximité ne se produit pas quand la même chose est imprimée pour un large public ».

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Preuve s’il en est que la découverte d’un fanzine se fait souvent par la rencontre avec l’un de ses créateurs. C’est en discutant avec Patrick Grée (libraire vraiment sympathique de la librairie Polis de Rouen), autour d’une exposition des planches d’Anthony Pastor (Las Rosas et Castilla Drive), que j’apprends l’existence de ce fanzine seino-marin qui a connu son heure de gloire à la fin des années 80 (ayant reçu l’Alph’Art Fanzine en 1989). Sorti peu de temps après le remarquable BDétritus, Café Noir possède un aspect bien plus pro. Papier glacé, maquette maitrisée, invités de premier ordre, articles érudits, auteurs maisons de grande qualité, Café Noir est donc ce que l’on nomme un prozine, spécialisé dans le polar et la bédé, qui aurait mérité une plus grande longévité. Ce troisième numéro comprend des chroniques régulières d’albums ou de romans de genre (rédigées par Patrick), des interviews (pour ce troisième numéro : Pierre Christin, Jacques Ferrandez ou Jean Vautrin), un dossier sur les scénaristes et bien entendu, des histoires par la bande (noires et parfois fantastiques). Si certaines fleurent bon l’amateurisme, la plupart font preuve d’une grande maitrise et n’ont pas à rougir face à la production de l’époque (mentions spéciales à Pinelli dont le style se situe entre Duveaux et Schultheiss ou JP Réguer, qui évoque un croisement entre Goossens et Alexis).

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Quand je trouve des numéros de BDétritus, je les prends. Même si je les ai déjà. Car ce fanzine m’a ouvert à cette autre bande dessinée, faite par passion et non pour le pognon. Découvert lors de mon premier festival bd (à Yainville en 1987), dont la mascotte était Smurgle le furoncle, l’un des personnages loufoques du dessinateur Ol, BDétritus possède la forme classique d’une revue de bande dessinée : alternance de chroniques d’albums (et de disques), gazette d’informations, interviews (de Druillet, Delporte ou Vatine & Cailleteau) et planches d’auteurs maisons (le génial Turlan, Covello et Fred Duval avec leurs histoires expressionnistes dignes des contes de la crypte, le style destroy de Girard ou les planches sous forte influence « muñozienne » de Izquierdo). Si certains, dont Fred Duval ou Christophe Dépinay dans une moindre mesure, font toujours parti du paysage bédé actuel, bon nombres de ces dessinateurs ont disparu de la circulation. Dommage car certains (Turlan ou Ol, entre autres) possédaient d’indéniables qualités.

 

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