Résultats de la recherche pour ' mad se '

Festival BD Normandiebulle (Darnetal, 2021)

affiche2021

Affiche de EMEM

Le festival Normandiebulle a rouvert ses portes ce dernier weekend de septembre et ça fait plaisir. Une reprise en douceur, dans un contexte qui explique cette programmation presqu’exclusivement normande (à l’exception notable de la venue de Mézières). De fait, on constate la relative notoriété de la bande dessinée made in Normandie, avec Fred Duval et Emem, Steve Baker, Jean-Marie Minguez ou Julien Hugonnard-Bert. Cette bande dessinée conçue dans la pure tradition du genre n’est pas ma tasse de thé. Mais je reconnais les qualités et la sincérité de ces auteurs. J’ai donc fait le déplacement pour rencontrer Hughes Barthe, Emmanuel Lemaire et Jérôme Sirou. Des auteurs qui œuvrent dans un registre qui me conviens mieux.

Hughes Barthe (que je connaissais pour avoir animé des ateliers BD à la librairie Funanbulles de Rouen). J’avais bien aimé ses deux albums  L’été 79 et L’automne 79 et me procure son dernier Hugo est gay. Un échange sympathique autour des auteurs nord-américains qui influencent son travail : les canadiens Seth, Chester Brown, Rabagliati ou Joe Matt, qui a sa préférence. Mais son auteur de prédilection, c’est Chris Ware… What else ?

dedibarthe

Emmanuel Lemaire, dont j’ai déjà dit le bien que je pensais de son Rouen par cent chemins différents. Il a eu l’occasion de lire mon article et aux vues de sa réaction, j’en déduis ne pas avoir dit trop de conneries. Il m’explique qu’un journaliste lui avait reproché de ne pas reconnaitre Rouen dans son album. Il n’a pas compris que Lemaire a simplement dessiné SA ville et pas LA ville de tout le monde… J’aurai parié qu’il avait fait des études d’archi mais non. Il se considère comme un autodidacte, qui a tout de même pris des cours du soir aux Beaux Arts avec son ami Olivier.

dedilemainre

Et enfin, Sirou. Jérôme de son prénom. Un auteur que j’affectionne depuis des lustres (d’abord dans les pages du Psiko, puis avec ses livres autoédités), mais que je rencontre pour la première fois. On a eu cette impression commune de se connaitre depuis longtemps (« on s’est déjà vu ?» me dit-il). En fait, j’ai déjà eu une dédicace de lui, mais faite par procuration. Et depuis le temps que je lis ses mésaventures, je peux dire que je le connais bien. Lui aussi a eu l’occasion de lire mes petits articles le concernant, et ça fait plaisir de savoir qu’il les a appréciés. 3 dédicaces, pour les 3 ouvrages qui me manquaient. Bref, cette rencontre a confirmé ce que je pensais de Sirou : c’est un gars authentiquement sympathique ! (je te confirme que je n’ai trouvé aucune réponse à tes jeux !).

dedisirou1

dedisirou2

dedisirou3

La révolution Pilote – Aeschimann & Nicoby (Dargaud, 2015)

larevopilote

La révolution Pilote. Un titre à double sens. Pilote est le journal qui a révolutionné la bande dessinée made in France à l’aube des années 60, devenant ainsi le seul rival de taille face à l’hégémonie belge (avec Charlie of course). Mais après les événements de 68, les jeunes auteurs de Pilote ont fait leur révolution au sein de la rédaction. Se rebeller face à l’autorité étant à l’époque le mode d’émancipation exclusif (y en a-t-il d’autre d’ailleurs ?).

Inutile de revenir sur le rôle crucial tenu par Goscinny dans la reconnaissance officielle de la bande dessinée et de ceux qui la font (par la création du statut de scénariste, entre autre). Il a contribué à la maturité de la presse BD, de ses lecteurs et de cette jeune garde de la rédaction qui, trahison suprême pour lui, rejette sa tutelle (uniquement symbolique), au point de lui dresser un procès d’intention mal intentionné.

Mais que s’est-il réellement passé, comment, avec qui ? Sont-ce ses poulains ou les représentant du syndicat du livre qui ont organisé tout ça ? Les questions persistent et les avis divergent…

Bien que Aeschimann et son complice Nicoby (qui ose parfois la citation graphique des auteurs rencontrés) aient l’intention de faire la lumière sur ce fâcheux incident, on se rend compte qu’au fil de leur enquête, le flou persiste. Et le temps n’arrange rien à l’affaire. Chacun semble avoir sa propre version des événements. Les témoignages se contredisent, entre Moebius (que Aeschimann avait eu au téléphone peu de temps avant son décès) qui y étaient mais n’est plus là pour confirmer, Fred qui est là mais ne veut pas y revenir, Mandryka qui y était mais, semble-t-il, pas au même endroit, ni au même moment et Gotlib qui n’y était pas mais en on entendu parlé (c’est un euphémisme). Sans oublier Druillet, qui ne voit pas l’intérêt d’y revenir mais ne tarie pas d’éloges pour Goscinny, et Brétecher qui a toujours exprimé son incompréhension et confirme encore que Goscinny a plus contribué à leur liberté artistique qu’à leur censure.

Un album plaisant qui ravira les fans de Pilote et de Goscinny, même s’ils n’apprendront pas grand chose de nouveau. Juste une confirmation : Goscinny était un visionnaire (dixit Druillet) qui a, bien malgré lui, créé la bande dessinée adulte des années 70 !

BD-Planche-Révolution-Pilote

Brèves de chroniques #5

Frissons d’espace – Denis Jourdin (Futuropolis, 1989)

jourdin

Sorti en 1989 dans la collection X de Futuropolis (l’ancien), Frisson d’espace est un récit d’espionnage industriel sur fond de guerre froide. Guy Lamour, un ingénieur bossant sur la fusée Ariane, se retrouve la cible d’un complot visant à lui soutirer des plans pour les services secrets soviétiques. Nina Jalousesco est chargée de l’amadouer mais tombe sous son charme et compromet toute l’opération… La particularité de Denis Jourdin est qu’il n’aime pas les phylactères, alors que ses personnages sont bavard. Du coup, les mots débordent sur les visages et les décors, sans pour autant surcharger les cases. Sa ligne claire bancale est très lisible. Ses formes excessives et stylisées m’évoquent un Mokeit light ou un Rémi soft.

Lapin n° 28 (L’Association, Mai 2001)

lapin-n-deg-28-214

On retrouve Jourdin dans le Lapin n°28 qui date de 2001, soit en pleine période faste, loin des guerres intestines qui bousculeront l’Association quelques années plus tard. En atteste la présence des six fondateurs, ainsi que le noyau dur d’amis et collaborateurs (Anne Baraou, Ayroles, Sfar, Blain, Parrondo, Gerner, Blanquet, Satrapi, Benoit Jacques, Valoni, Placid…). Un numéro de la deuxième formule (« quinquannuelle ») comprenant des récits courts conçus pour l’occasion (pas de pré-publication). Ainsi qu’un dossier sur le festival de Bastia 2001, prenant la forme d’une succession de strips réalisés par divers auteurs (procédé que l’on retrouvera dans l’Éprouvette). Un numéro de haute tenue, pertinent et passionnant à lire, même quatorze ans après sa sortie.

La Putain P – De Vries & Feuchtenberger (L’Association, 1999)

lpp

La Putain P des allemands De Vries et Feuchtenberger ne raconte pas l’histoire d’une, mais de trois putains. La première n’arrive pas à aimer, la deuxième est en quête d’amour et la troisième cherche une naissance… Soit trois variations sur la notion de désir. Il se dégage une forte personnalité du graphisme de Feuchtenberger, qui s’inscrit dans la lignée des expressionnistes : de nombreuses contre plongées, des perspectives distordues, des noirs gris et blancs sales et charbonneux, mal coloriés… Un album de l’Asso exigeant, tant dans sa forme que son propos, qui ne brosse pas le lecteur dans le sens du poil. Tout pour déplaire à Mr Filippini en somme.

La vie de Mahomet – Charb & Zineb (Les Echappés-Charlie Hebdo, 2013)

mahomet1

S’il est évident que Charb et Zineb nous propose un formidable travail de vulgarisation, La vie de Mahomet n’en est pour autant pas un livre vulgaire. En guise d’article, je vous incite fortement à lire ce formidable avant-propos de Zineb El Rhazoui. Un texte magnifique qui possède dorénavant une consonance bien particulière.

Croyants et profanes s’accordent au moins sur un fait : Mahomet était un homme. Sceau des prophètes ou imposteur, pacifiste ou guerrier, mystique ou assoiffé de pouvoir, âme charitable ou tyran, ascète ou amateur de femmes, la personnalité d’al-Amîn, l’Honnête, l’ultime messager d’Allah, suscite maints questionnements et nourrit tous les fantasmes. Contrairement à celle de Jésus et de Moïse, qui ont bercé l’imaginaire occidental, son histoire a souffert d’un manque de pédagogie. Plus que les enseignements religieux destinés à ses ouailles, son parcours terrestre mériterait d’être connu par tous. C’est justement l’ambition de ce présent travail. Contrairement aux apparences, il s’agit d’un livre très sérieux, qui a nécessité de longs mois de recherches afin d’illustrer le parcours d’un homme, Muhammad, tel que décrit dans les sources islamiques elles-mêmes. D’abord publié en deux tomes comme hors-série de Charlie Hebdo, cet album livre la version intégrale, enrichie de passages inédits sur la vie du « meilleur des hommes ». Mis à part la forme innovante, cet ouvrage n’invente rien sur la vie du messager d’Allah. Il n’a pas de prétention historique ou scientifique, puisqu’il ne fait que compiler des brides de la sîra, cette chronique prolifique et diffuse qui a consigné les moindres détails de la vie du prophète. Chaque anecdotes, chaque phrase mise dans la bouche de Muhammad est annotée, et renvoie à des références bibliographiques dont les plus rigoureux oulémas de l’islam ne contesteront pas l’authenticité. Rédigées dans un arabe ancien, souvent contradictoires, ces ommahât al-massâdir (« sources mères ») constituent la vulgate canonique exclusive -en plus du texte coranique – dans laquelle les musulmans puisent la sagesse de leur prophète. La sîra alépine d’Ibn Sayyid an-Nâs, la sîra d’Ibn Hichâm, le Livre des grandes classes d’Ibn Sâad, et bien d’autres sources islamiques ont permis de tisser la trame de ce récit.

Oui, mais… Le dessiner, pourquoi le dessiner ? Parce qu’il est inacceptable que les vies soient menacées car une plume, quelque part sur terre, esquisse le turban du prophète. Parce que le caricaturiste qui a fait de l’irrévérence un sacerdoce se doit de repousser les limites de la censure là où elles étranglent sa liberté. D’ailleurs, le tome 1 de la vie de Mahomet, publié en hors-série de Charlie Hebdo, bien qu’il ait fait couler beaucoup d’encre, n’a pas fait verser une seule goutte de sang. Ceux qui tuent à Islamabad ou à Tripoli au nom du choc des civilisations n’ont pas attendu que l’on profane leur sacré pour faire leur besogne. Alors, pourquoi le pinceau ne colorerait-il pas la barbe du prophète ? Toutefois, cet ouvrage n’est pas non plus une suite d’anecdotes nées de l’imagination profane d’un dessinateur impie. Ici, Muhammad n’est pas représenté, il n’est pas caricaturé. Son personnage, le petit bonhomme jaune de Charb, est une métaphore. Soyons sérieux, qui pourrait prétendre que Mahomet était ainsi, sous les traits que lui attribue ce livre ? Dans les sources islamiques précitées, il existe des descriptions détaillées du prophète. Grand de taille, blanc de peau, les sourcils denses et joints, les yeux noircis de khôl, le nez long et fin, la barbe tentée au henné, la bouche généreuse et les dents espacées, tels étaient les attributs physiques de Muhammad. Fallait-il que le dessin s’y conforme ? Cela aurait-il changé quelque chose s’il avait été remplacé par une bulle vide, un turban ou un point d’interrogation ? Telle n’est pas notre démarche, puisque c’est justement cela, la plus risible des caricatures.

Doit-on entériner l’obligation morale, réclamée par les plus fanatiques de ses fidèles, de respecter Muhammad ? Pas plus que l’on ne doit se conformer à celle de respecter Jésus ou Moïse. Non, les mêmes qui, en France, pensent qu’en dessinant de prophète de l’islam on pousse le bouchon trop loin sont ceux qui, dans une complaisance qui frise le mépris , sont convaincus que cette religion est loin, très loin derrière les Lumières. Ils caressent dans le sens du poil les plus ignorants parmi les musulmans, ceux qui, non conscients d’être infantilisés, nourrissent à tort l’espoir que pour leur seul bonheur le blasphème soit un jour proscrit en France. Ce n’est pas à ceux-là que nous nous adressons, mais aux autres, plus nombreux, plus discrets, qui n’ont pas troqué leur sens de l’humour contre le ridicule grincheux des clercs autoproclamés, prêts à s’insurger contre une loi écrite nulle part. L’islam n’est-il pas une religion de l’écrit ? Lançons ici le défi ! Que celui qui trouve dans le Coran ou la sunna le moindre texte interdisant de représenter Mahomet, ou qui que ce soit d’autre, nous jette la première pierre. Non que nous ayons le souci de nous conformer au préceptes de l’islam, mais, pour avoir passé au peigne fin ses sources, il s’avère que le tabou le plus tenace de la religion musulmane, celui pour lequel les foules s’insurgent et tant de crimes sont commis, ne se fonde sur rien, dans une religion où seul l’écrit scelle les enseignements d’Allah. D’ailleurs, ce pour quoi on nous vouerait aux flammes de l’enfer, les musulmans chiites le font depuis toujours. Que d’enluminures persanes représentent un Mahomet enturbanné, assis en tailleur et dispensant ses enseignements…

En France, cette France qui bouffait du curé il n’y a pas si longtemps, ne pas se plier à une prétendue interdiction religieuse est toujours un acte de subversion, voilà le constat. Parce qu’il est important pour le profane de connaître la vie d’un homme qui a changé le cours de l’Histoire, voici la vie de Muhammad, telle que rapportée par ses fidèles.

 Zineb (sociologue des religions)

mahomet2

It Follows – David Robert Mitchell (2015)

it_follows

Quand l’ami Swamps me propose d’aller voir It Follows, un film fantastique indépendant made in US, à l’univers proche du Black Hole de Charles Burns, je dis ok. Pour passer une bonne soirée entre amis plutôt que pour le film en lui-même, dont je ne connaissais pas l’existence. C’est rare de s’installer devant la toile, n’avoir aucune idée de ce qu’on va voir et se prendre une grosse claque. La scène d’ouverture est magistrale et installe une tension qui perdurera jusqu’à la fin.

It Follows raconte l’histoire d’un groupe d’adolescents ordinaires de la petite bourgeoisie américaine, qui se retrouvent confrontés à des événements surnaturels et mortellement dangereux. Suite à son premier rapport sexuel, une jeune femme se voit rapidement affranchie par son amant (et ce de manière pour le moins violente) : il vient de lui refiler, non pas une maladie (comme dans Black Hole), mais une malédiction. A partir de maintenant, elle sera constamment poursuivie par une créature qui peut prendre différentes formes humaines. Elle peut fuir et courir autant qu’elle veut, la chose, qui marche au pas, la rattrapera toujours. On ne sait d’où vient ce mal qui se propage tel un virus et cherche à tuer le dernier contaminé, pour remonter jusqu’au patient zéro.

It Follows, c’est Freddy Kruger chez Gus Van Sant. Soit une créature issue de l’inconscient des jeunes qu’elle décime (s’appuyant sur des peurs primales), le tout filmé à la manière du cinéaste indépendant. On pense souvent à Éléphant, avec ces longs travelling latéraux qui suivent au plus près les mouvements des protagonistes. Une approche impressionniste, transcrivant les faits sans en expliquer les causes. J’aime ces ambiances suggérées, sensibles, appuyés par une bande-son (bruit du vent dans les arbres, gazouillis des oiseaux…) et une lumière naturelle parfaitement maîtrisées.

David Robert Mitchell développe un scénario original et intelligent, tout en s’appuyant sur des références typiques du genre. Et celle qui saute aux yeux, et aux oreilles, c’est Halloween de Carpenter. Autant dans le choix d’un score minimaliste et efficace que par ces plans d’ensembles sur les quartiers résidentiels typiquement américains. Là encore, Mitchell est dans la citation, l’évocation, jamais dans le pillage d’idées qui comblerait un vide scénaristique ou esthétique.

Mitchell est bien plus malin que ça (comme en atteste cette subtile symétrie « kubrickienne »). Il amène une constante réflexion sur le cadre. Dans sa dimension esthétique, jouant avec les écrans de télévision (procédé classique permettant d’accentuer un climat, enrichir une thématique), les cadres de porte ou de fenêtres qui génèrent une constante mise en abyme. Mais aussi dans sa dimension narrative, avec ce jeu du hors cadre et la peur de ce qui n’est pas montré (élément classique de la mise en scène fantastique).

It Follows est un teen-movie qui ne s’adresse pas à un jeune public. Il prend le contre-pied des slasher débiles à la surenchère d’effets inutiles et à la bande-son insupportable (la liste est longue). Tout en s’inscrivant dans une filiation assumée aux archétypes du genre. Parabole sur le passage à l’age adulte (la psychologie des personnages est finement travaillée et de casting parfait), avec ses doutes et ses peurs, ce petit chef d’œuvre n’est pas sans m’évoquer Donnie Darko, un autre grand film fantastique indépendant qui aborde avec justesse la sensibilité écorchée de l’adolescence.

itf

12345...13

Visiteurs

Il y a 2 visiteurs en ligne

Du beau, du bon, des bds…

Du beau, du bon, des bds…

Mag’ & revues disponibles…

Mag’ & revues disponibles…


DuffDes!gn |
Le peuple des couleurs |
ateliers enfants |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | axecreations
| ART'S DATING - DJO CAFÉ-ARTS -
| Electivo Fotografía