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Oldies from eighties…

Oldies from eighties... dans Presse et Revues revue_viper-209x300

Avec Viper, l’underground s’immice dans la presse officielle. c’est en 1981 que le premier numéro voit le jour et apparait dans les kiosques.
Certes, les revues Actuel, L’Echo des Savannes, Metal Hurlant ou Fluide Glacial avaient ouvert la brèche dès le début des années 70, mais Viper se démarque par un positionnement clairement affiché. D’un aspect fanzine (format A5, couverture souple et noir et blanc sale) Viper fait l’apologie du « sex, drug and rock n’ roll way of life » d’une génération adepte des drogues douces (d’où le nom « Sinsemilla éditions ») et de la sexualité débridée. En bref, tout ce que la société produit comme comportements marginaux, voire déviants, est ici mis en avant. Des références aux hors-la-loi célèbres (Poncho Villa, Jesse James…), des citations (de Spinoza, Burroughs, Ginsberg ou Crowley) concernants les Lois et les drogues, des fiches sur l’usage médicinale de la coca ou de l’amanite tue-mouche, un extrait de l’article « les socialistes et la drogue » du député PS Antoine Gau, des chroniques littéraires. Le tout entrecoupé de bande dessinées oscillant entre humour satirique et science fiction paranoîaque, avec une pointe de pornographie. Qu’ils soient réalistes ou humoristiques, les graphismes sont atypiques, référencés (entre Crumb, Vaughn Bodé et Druillet), excessifs, outranciers. Aucuns des dessinateurs de ce premier numéro n’ont connu le succès, mais ce n’était certainement pas leur volonté ! Informer (en désinformant) et divertir, tels étaient les intentions premières de Viper. Témoignage de son temps, relire cette revue en 2013 nous permet de mieux comprendre ce que les années 70 ont pu apporter au niveau de la libération des moeurs.

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Revue éphémère, qui ne comprend que 6 numéros sortis entre juillet 1988 et janvier 1989, Gag Mag porte bien son nom. C’est un condensé de ce qui se fait de mieux en matière de bandes dessinées comiques et satiriques. Le sommaire est alléchant : Claude Serre, Tronchet, Goossens, Van den Boogaard (Léon la terreur), Don Martin (pilier de Mad), Margerin, Shelton, Dodo & Ben Radis, Juillard, Jano… On y trouve aussi des parodies de séries connues de Edgar P. Jacob ou Liberatore (La marque rose et Wanxerox), des sketchs du grand Raymond Devos. Sans oublier un superbe article de Paul Herman qui, dans sa rubrique « les archives (maudites) du rire », nous conte la formidable histoire du Charivari, une des revues françaises les plus anciennes, qui eu une importance à la fois artistique et politique dans le milieu du XIXème siècle. Distraire, tout en informant un peu sur les origines de la presse satirique, l’idée n’est pas nouvelle mais louable, et fait encore des émules (Fluide Glacial reste à jamais le maître étalon en la matière).

Pur produit des année 80 (maquette au couleurs flashy) où l’édition presse bd vivait encore de beaux jours (même si ça commençait à sentir le sapin), l’originalité de ce Gag Mag réside dans son format poche, qui était à l’époque en pleine essor avec les réédition de J’ai lu bd, livre de poche bd ou pocket bd. Bien que le procédé soit on-ne-peut plus discutable et le résultat trop souvent catastrophique (reformatage des planches, recadrage des vignettes, couleurs souvent fades), j’avoue avoir un faible pour les « bds de poche », qui, de par leur petit prix, m’ont permis de découvrir bon nombre d’auteurs et séries (Gil Jourdan de Tillieux, l’Incal de Jodo et Moebius, Ici même de Tardi et Forest…) que j’ai bien évidemment relus et récupérés depuis dans leurs formats originaux.
Gag Mag ne restera pas dans le panthéon des incontournables revues de bande dessinée. Cependant, son honnête facture et la qualité de ses collaborateurs m’incitent à ne pas la laissé sombrer dans les méandres de l’oubli.

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Bien qu’étant un avatar de l’Echo des Savanes jusqu’en 1983, Spécial USA (qui, entre 1976 et 1993 a connu trois formules différentes) a vite trouvé son indépendance dans les années 80, pour devenir USA Magazine au début des années 90 (première revue française à avoir diffusé le Sin City de Miller).

Revue de bonne qualité formelle, alternant bandes en noir et blanc et couleurs, Special USA est plus maintream que son glorieux ainé. En attestent des chroniques sur les blockbusters de l’époque (dans ce numéro 11 de 1984, on retrouve des articles sur Ghostbusters et Gremlins), des reportages plutôt racoleurs sur la violence aux Etats Unis ou le look Reagan et surtout, des pages publicitaires pour les albums Dargaud ou Albin Michel.
Au regard des dessinateurs et séries présentes (Corben, Gimenez ou les planches sous forte influence moebiusienne de Moreno), on a l’impression que Special USA avait pour ambition de devenir le nouveau Metal Hurlant. Cependant, il n’y a pas que de la Science fiction. On trouve aussi la superbe série Big City regroupée sous la thématique « fenêtres » du géant Will Eisner, ou le génial Torpedo de Bernet et Abuli. Sans oublier le Rocketeer de Dave Stevens .
Découvert à l’époque, USA magazine m’aura fait aimé la bd made in US, qui n’est heureusement pas uniquement faite de superhéros. Une revue qui aura duré presque 17ans, mais pas survécue (comme beaucoup) aux terribles années 90.

Chronique K.BD – L’Incal (intégrale)

Chronique K.BD - L'Incal (intégrale) dans Chroniques K.BD incal1

Cela fait maintenant un peu plus d’un an que je participe (plus ou moins activement) au projet K.BD. Collectif de blogueur(euse)s  passionné(e)s de bande dessinée, l’idée de ce projet est de proposer des chroniques faites à plusieurs mains. Dès lors que l’on se met d’accord (de manière démocratique, à main levée) sur un thème mensuel et les albums s’y rattachant, chaque participant réalise sa chronique dans son coin (sur son blog). Un rédacteur volontaire est chargé d’établir une synthèse des diverses chroniques, éditée chaque dimanche sur le site K.BD. C’est moi qui m’y colle cette fois ci, pour la première fois, mais surement pas pour la dernière…

Il est des coïncidences dont on se passerait bien. Nous décidons, depuis deux mois au moins, de chroniquer l’Incal (dans le cadre d’une thématique sur la SF), et l’article sort le lendemain de la disparition de Moebius. Un hasard qui n’a rien d’heureux… R.I.P. Maitre, et merci pour tout !

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Voir l’article

Mister Moebius et Docteur Gir – Numa Sadoul (Albin Michel, 1976)

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Coté pile, Jean Giraud, dessinateur prodige qui a dépassé le maitre Jijé dans le genre Western. Coté face, Moebius, montrueux artiste visionnaire et illuminé. Coté « tranche », Gir, qui apparait aussi bien au bas de certaines planches de Blueberry, que d’autres plus fantastiques de Moebius. Jean Giraud semble avoir maintenant abandonné Gir pour ne plus vivre que la « saine » et prolifique dualité Giraud-Moebius (en témoigne l’apparition de Blueberry aux cotés d’Arzack dans son Inside Moebius). Et s’il y a une constance dans toute son oeuvre, une obsession, un symbole que l’on retrouve quasiment partout, c’est le désert (comme par hasard, une de ses dernières créations s’intitule 40 Days dans le Désert B , qu’il signe d’ailleurs Jean Giraud/Moebius !).

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Photo de famille…

Ce recueil d’entretiens, comme toujours parfaitement menés par Numa Sadoul, a été réalisé en 1974. On a donc affaire à un Moebius qui, bien que venant de rencontrer Jodorowsky, n’a pas encore véçu l’échec du projet Dune, ni même produit le culte Incal. Le Moebius des années 60 – début 70 n’oeuvre pas encore dans la science fiction et l’ésotérisme. Parues à l’époque dans Hara-kiri, ses planches sont plutôt humoristiques et absurdes (flirtant tout de même avec le fantastique), très influencées par l’école Mad et en particulier Wallace Wood. C’est à partir de son Bandard fou (ouvrage porno mais graphique !), suivi de La Déviation (considéré comme la première grande oeuvre de Moebius, bien qu’elle soit signée Gir) et surtout Arzack, publié dans les premières pages de Métal Hurlant, que Moebius entre de plein pied dans les visions magiques et hallucinées de la Science Fiction.

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Tome comprenant les premières planches de Moebius…

Cet ouvrage vaut aussi pour les nombreuses illustrations, souvent inédites, qui jalonnent ces comptes rendus dans lesquels Giraud reviens sur son parcours, parle sans tabous de la marijuana (ainsi que de ses trips chamaniques à base de peyotl) et aborde ses projets futurs, qui pour nous, magie de la temporalité, sont passés (on sait par exemple que le projet Dune n’aboutira jamais, mais qu’il bossera sur Alien, Tron, Willow ou plus récemment Le cinquième élément). Ce décalage n’est pas gênant car ses propos sont toujours percutants. On retrouve dans ces entretiens le dessinateur qu’on connais encore maintenant. Un Artiste entretenant une part de mystère, qui se cherche à travers son oeuvre et établi de constant va-et-vient entre le style structuré et référencé de Giraud, et celui plus instinctif et spontané de Moebius.

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Ce livre m’a paru s’imposer pour trois raisons. Primo, Jean Giraud est l’un des plus grands dessinateurs du monde, pour ne pas dire le plus grand. Secundo, c’est aussi un raconteur d’histoires, un inventeur de monde, bien que cette activité parraisse moins évidente que la première. Tertio, Giraud est probablement à un tournant de sa carrière : commençant à faire du cinéma – Dune, avec Alexandro Jodorowsky -, il se met un peu en « vacance » de la BD. Le moment est donc particulièrement opportun pour tenter de dresser une sorte de bilan de vingt ans de carrière. La nature de Jean Giraud est double. Qu’on me pardonne de faire appel une fois encore au mythe (bien complaisant !) de Jeckyll/hyde mais il y a beaucoup de cette dualité chez lui. D’un côté, Mister Moebius, face originelle et naturelle du personnage ; de l’autre côté, Docteur Gir, masque habilement placé pour des histoires western, mais aujourd’hui en passe de tomber complétement, au profit du vrai visage. Je vais vous emmener promener à travers ces deux mondes complémentaires et parfois divergents, en commençant toutefois par le docteur Gir car celui-ci est le « double », c’est à dire le moins authentique témoignage de l’art de Jean Giraud. Un mot encore. Cet auteur est avant tout un graphiste ; il est donc bien normal de faire ici la part belle à l’image et de remiser au vestiaire l’analyse (et/ou) le bavardage. Veinards que vous êtes, on ne vous infligera pour une fois pas trop de texte !… Je vous souhaite de vous en mettre plein la vue. (Numa Sadoul en préface).

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Site Officiel

Mes 10 bandes dessinées préférées…

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L’hebdo Marianne sort un hors série consacrée à la bande dessinée. Début d’année et festival d’Angoulême obligent, la rédaction nous propose un traditionnel (et déjà vu) recensement des œuvres incontournables de la bande dessinée. Mais la grande originalité de ce hors-série, c’est d’avoir demandé à une bonne vingtaine d’auteurs influents (entre Gotlib, Pétillon, Moebius, Bilal, Fred, Blutch, Dupuy & Berberian, etc.) d’établir la liste de leurs 10 albums préférés.

Une idée intéressante, qui m’a donné envie de faire de même, avec toute la subjectivité et les oublis que cela oblige… Exercice difficile que de devoir choisir mes dix bandes dessinées préférées parmi toutes celles que j’ai lu et apprécié. J’ai choisi ces dix en laissant parler mes émotions plutôt que mon intellect. Ne pas choisir une bd parce qu’elle est un chef d’œuvre, mais par rapport au plaisir que j’ai eu de la découvrir, de la lire et relire. C’est pourquoi par exemple, on y trouvera La grande fugue des frères Varenne plutôt que le Maus de Spiegelman… Bien sur, les deux peuvent parfois se côtoyer (tels que pour les Idées Noires du Maitre Franquin), mais j’ai dressé cette liste en fonction de mes coups de cœur.  

Un autre critère, qui m’a bien aidé pour établir cette liste, c’est d’évoquer des albums que je n’ai pas encore chroniqué sur ce blog. Partant du principe que je ne parle que de BDs que j’apprécie, cela aurait fait doublon pour certaine… Malgré cela, le choix reste difficile. Mais voilà, la liste est faite, sans ordre d’importance :

couverturebd2203332212.jpgSous le signe du capricorne (Hugo Pratt)

Le premier Corto Maltese que j’ai lu. J’y ai découvert la magie du noir et blanc pur, la beauté des contrastes forts. Un univers onirique et envoutant que je ne cesserai jamais d’aimer. Pratt est un génie de la narration, et un grand dessinateur (malgré ce que certains peuvent en dire…) Une œuvre qu’on adore ou qu’on déteste, mais qui ne laisse pas indifférent.

ideesnoirescou01.jpgIdées Noires (André Franquin)

Je me rappellerai toujours de mes impressions lorsque j’ai lu cet album pour la première fois. C’est poilant et flippant. Attirant et dégoutant. C’est surtout virtuose. Comment est-il possible que ce soit le même dessinateur que celui de notre gaffeur préféré. Depuis, je n’ai jamais pu lire Gaston de la même façon…

uneafairedefamillecouv.jpgUne affaire de famille (Will Eisner)

Eisner aime raconter des histoires simples. Des histoires qui touchent tout un chacun. Des histoires que l’on pourrait tous vivre. Loin de l’Aventure et des Super-héros, Une affaire de famille nous emmène dans l’intimité d’une famille, et touche à l’universalité des sentiments filiaux. Un chef d’œuvre… 

rubrique01.jpgRubrique à brac (Marcel Gotlib)

Il est pour moi évident que Gotlib figure dans mon panthéon. Un génie de l’humour ce type ! Mais que choisir de lui ?
La Rubrique à Brac bien sur ! Le chainon manquant entre les Dingodossiers d’avec Goscinny et ses œuvres fluidiennes. Un must de l’humour dessiné, que je relis toujours avec grand intérêt, tant j’en découvre encore à chaque fois…

ardeur03.jpgLa grande fugue (Alex et Daniel Varenne)

Ah ! Les frères Varenne ! J’avais acheté cet album par hasard, et j’avoue ne pas l’avoir apprécié à sa juste valeur. Mais avec le temps, j’ai adoré cette histoire post-apocalyptique. Graphiquement parlant, La grande fugue est mon préféré de la série des Ardeur. L’utilisation du noir et blanc et surtout ces gammes de gris, est remarquable. Peu de traits, la plupart des formes sont signifiées par les contrastes. Un choc esthétique.

letresorderackamlerouge.jpgLe trésor de Rackham le Rouge (Hergé)

Tintin, inévitablement. Mais quel album ? En y réfléchissant bien, le choix est ardu. Mais rapidement, l’histoire qui me vient à l’esprit, qui m’a le plus fait rêver, qui n’arrête pas de me surprendre au fil des pages, qui m’emmène à la fois au bout du monde et à proximité, qui m’a donné une définition claire de ce qu’est l’Aventure, c’est sans conteste Le trésor de Rakham le Rouge. 

grandduduchele29012005.jpgLe grand Duduche – il lui faudrait une bonne guerre (Cabu)

Tout est bon chez Cabu, et j’ai une tendresse particulière pour le Grand Duduche, cet album principalement. Alors que pour beaucoup, il demeure le dessinateur de notre enfance, son graphisme et les thèmes qu’il aborde ne sont pas accessible au premier adolescent venu. Il faut acquérir une certaine maturité pour apprécier son œuvre à sa juste valeur. Même si Duduche (et donc Cabu) est un éternel adolescent. C’est certainement pour ça que je les aime plus encore avec l’âge…

eda490e579aab148e97a800968d4014f224300.jpgJe montre tout (Georges Wolinski)

Wolinski fait-il de la bande dessinée ? Eternelle question qui dans le fond, n’a pas de sens. C’est un dessinateur, qui nous raconte des histoires en dessin. Voilà tout ! Et quand il nous raconte sa vie de dessinateur, ça donne ce superbe Je montre tout. Wolinski tiens ses promesses, il livre tout. La grande originalité, qui fait la richesse et la rareté de cet ouvrage, c’est que Wolinski rencontre Wolinski. Il n’y a pas un, mais six personnages principaux (un Wolinski par décennie). Cette mise en abime est d’une richesse narrative incroyable.

giljourdan03.jpgLa voiture immergée (Maurice Tillieux)

Tillieux, c’est la classe. Lecture de mon enfance, je retiendrai en particulier ce troisième album de Gil Jourdan. Une virtuosité dans le dessin (quelles couleurs !), au service d’une ambiance polar année 50. Des personnages hauts en couleur, une angoisse sourde, de multiples dangers… Bref, pas besoin d’aller au bout du monde (ou avoir de supers pouvoirs) pour vivre l’Aventure. Gil Jourdan, c’est l’antithèse de Tintin. La voiture immergée, une histoire qui tient la route ! Comme dirait Libellule…

pinocchio.jpgPinocchio (Winshluss)

Un des auteurs les plus originaux de sa génération, pour un album qui ne ressemble à rien de connu jusqu’alors. Winshluss est un dessinateur « underground », dont le style n’est vraiment pas accessible. D’où cette remarquable performance que d’avoir réuni succès critique et public (mérités) avec cette adaptation trash à ne pas mettre entre toute les mains. Du grand Art…

Voici dans le désordre, la liste de mes autres albums préférés, déjà chroniqués dans ces pages :

Time is money (Alexis et Fred)

Arzack (Moebius)

Livret de Phamille (JC Menu)

Contes d’edgar Poe (Breccia)

Insomnie (Adrian Tomine)

La jonque fantôme vue de l’orchestre (Forest)

La vie est belle malgré tout (Seth)

Scène de la vie de banlieue (Caza)

Little Nemo (Winsor Mc Cay) 

Persepolis (Marjane Satrapi)

Ici Même (Forest et Tardi)

Mister Nostalgia (Crumb)

L’incal (Moebius et Jodorowsky)

Black Hole (Charles Burns)

HERGE (1ère partie) – Pierre Assouline (Folio Gallimard, 1998)

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Le nombre de biographies consacrées à un auteur est proportionnel à sa notoriété. Et non à ses qualités. Par exemple, il n’existe que peu de biographies officielles (ou pas) sur des auteurs de génie tels que Forest, Moebius, Alexis, Gotlib, Topor ou Jodorowsky, pour ne citer que ceux-là. Alors que les biographies de chanteurs de variété ou d’acteurs de seconde zone (faites votre choix !)  pullulent sur les rayonnages (et les bacs à soldes) depuis de trop nombreuses années.

Heureusement, ceci n’est pas une généralité et des auteurs de génie peuvent avoir une forte reconnaissance du public et posséder un nombre incalculable d’ouvrages qui leur sont consacrés. Hergé est bien évidemment de ceux-là. Et dans cet océan de biographies, le Hergé de Pierre Assouline est une référence incontournable. Avec Hergé fils de Tintin de Benoit Peeters et aussi le Tintin et moi, recueil d’entretiens de Numa Sadoul. Enfin, il y en a bien d’autres de grandes qualités (Thierry Smolderen, Michel Serres, Serge Tisseron…) et le choix est toujours subjectif.

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Le Petit Vingtième de mars 1935

Hergé de Pierre Assouline a fait pas mal coulé d’encre à sa sortie. Bien qu’il en soit fan, Assouline ne dresse pas le portrait bien propre d’Hergé. Il écorne même l’image bien lisse que peut renvoyer le dessinateur. En effet, le biographe n’occulte rien des premières années de l’artiste (entre 1929 et 1944), quand celui-ci travaillait au Vingtième siècle, journal catholique dont la rédaction exprimait de plus en plus son adhésion au régime fasciste italien. Durant l’occupation, Hergé « collaborait » à des journaux qui étaient inévitablement sous contrôle nazi (Le soir, entre autre). Mais Assouline n’a jamais insinué qu’Hergé était un fasciste ou qu’il travaillait dans ces journaux avec un quelconque engagement pour ces idées nauséabondes. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est sa neutralité, le fait de ne pas avoir de convictions fortes, de ne pas prendre position contre le fascisme. Ni pour, ni contre, tel était la devise d’Hergé, qui en tant que fervent royaliste, soutenait pleinement la politique de neutralité du roi Léopold III, face à l’invasion allemande.

A cette époque, Hergé se consacrait exclusivement, et opportunément, à son travail. Et paradoxalement, si Hergé ne prend pas parti, son héros lui, s’engage dans des combats humanistes et défends la cause des plus faibles face à leurs agresseurs. Tintin est du côté des africains contre les exploitants diamantaires, du côté les indiens contre les cowboys, du côté des chinois contre l’agresseur nippon…  C’est à travers son double de papier qu’Hergé exprime son humanisme, aussi maladroit soit-il.

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Tintin dans Le soir du 22 juin 1942

A la question : Hergé était-il raciste ou antisémite ? Laissons la parole à l’intéressé (extrait de l’entretien avec Numa Sadoul, 1971) :

« Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste… Mais enfin, soit! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque: «Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour eux que nous sommes là! etc…» Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le plus pur esprit qui était celui de l’époque, en Belgique. [...] Pour le Congo, tout comme pour Tintin au Pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. En fait, Les Soviets et le Congo ont été des pêchés de jeunesse. Ce n’est pas que je les renie. Mais enfin, si j’avais à les refaire, je les referais tout autrement, c’est sûr. [...] Pour un «raciste», je ne cachait pas mes sympathies, il me semble! Et mes Chinois du Lotus Bleu? Souvenez-vous des avanies que les Blancs leur faisaient subir… Je ne cherche pas à m’excuser: j’avoue que mes livres de jeunesse étaient typiques de la mentalité bourgeoise belge d’alors: c’étaient des livres «belgicains»!… 

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Malgré un esprit colonialiste, Tintin prend la défense des africains face à la brutalité des blancs…

 

 

Pierre Assouline ne s’attarde heureusement pas que sur ces éléments. Il s’intéresse aussi à l’Artiste. Hergé est un monstre de travail, un perfectionniste qui s’implique dans toutes les phases de la réalisation de ses albums. Le choix des couleurs, la qualité du papier, la typographie des couvertures… Perfectionniste également dans sa narration, ses mises en pages, son graphisme… A ce propos, Assouline nous retranscrit une interview d’Hergé par le journaliste André Collard, diffusée sur Radio-Bruxelles le 5 mars 1942. Hergé s’exprime sur son art, sa méthode de travail, sur l’influence du cinéma dans la réalisation de ses bandes dessinées :

« … Je considère mes histoires comme des films. Donc, pas de narrations, pas de descriptions, je la donne à l’image. Mais il s’agit de films sonores et parlants 100%… Les dialogues sortent directement de la bouche des personnages. 

- En effet, tous les procédés de cinéma sont vôtres : gros plans, travellings, vues plongeantes, etc. 

- J’ai même des sous-titres, mais je ne les emploie guère que pour indiquer de temps à autre la durée : par exemple « huit jour après » ou « pendant ce temps », petites indications que ne pourrait donner un dessin car, comme au cinéma, la durée est la chose la plus difficile à rendre. 

- Puisque nous voila au cinéma, dites nous un mot de vos scénarios. 

- Je prends habituellement un thème général, sur lequel je brode une histoire. 

- Une histoire magnifique d’ailleurs. Mais vos brouillons ? 

- Je jette les idées à la suite telles qu’elles me viennent. J’accumule les gags, les trouvailles au fur et à mesure qu’ils naissent dans mon esprit. Tout cela est noté directement au dessin, pensé en dessin et, très souvent, remanié jusqu’au résultat qui me semble le meilleur. 

- Puis viennent le découpage et le montage, vraisemblablement. 

- Parfaitement. Il s’agit en effet de faire alors entrer l’histoire ainsi composée dans le cadre de la publication hebdomadaire, ou journalière, comme c’est le cas actuellement. 

- En quoi consiste donc exactement le problème ? 

- D’abord à opérer la soudure avec les dessins du jour précédent ; à faire ensuite en sorte »qu’il se passe quelque chose » et pour finir, à terminer sur une scène qui prépare les dessins du lendemain… 

- Et qui laisse donc les lecteurs en haleine ? 

- Naturellement ! Si le lecteur pouvait à coup sûr deviner la suite, il n’y prendrait plus aucun intérêt. C’est pour la même raison qu’il convient de doser l’élément comique et l’élément dramatique. » 

 

 

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Hergé à cette époque…

Hergé est une mine d’or, sur laquelle je reviendrais surement. Je n’en suis pas encore à la moitié et il y a déjà tant à dire…

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