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Ma non Topor

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(collage et gouaches sur billot de bois, par Mr Rêve)

Derrière ce jeu de mot un peu foireux – car on aura jamais assez de Topor-, l’intention de cette page est de partager mes impressions et réflexions sur l’univers de Roland (permettez que je l’appelle par son prénom). Je m’y intéresse depuis plus de 15 ans et je n’en perçois toujours pas les contours (est-ce possible ?). C’est aussi ce que j’aime, en découvrir « ad vitam ». Car il serait prétentieux de prétendre tout connaitre de son œuvre (avec un grand o).

Ce que l’on ne peut pas m’enlever, c’est l’intimité que je développe avec lui. Oh, je ne l’ai jamais rencontré ni aucuns de ses proches. Pourtant, il me semble le connaitre un peu plus chaque fois que je découvre ses romans, ses nouvelles, ses illustrations, ses peintures, ses dessins de presse, ses dessins, ses films d’animations, ses pièces de théâtre, ses chansons, ses affiches, ses rôles, ses adaptations… Je ne m’en lasse pas. Mais plus j’en découvre, plus la compréhension de ses intentions et leitmotivs s’éloignent. Plus j’essaie de cerner l’artiste (avec un grand a) et plus je m’égare…

Ce que j’ai compris au fil du temps, c’est que Roland est une bête humaine, qui agit selon son instinct, ses envies, ses non-envies, ses désirs, ses dégouts. Lui-même n’a jamais su (voulu ?) se définir et c’est en cela qu’il est grand. Au-delà de sa « poly-pratique » artistique reconnue, je suis sûr qu’il ne savait pas ce qu’il allait faire, ni de quelle manière, au moment de le faire. Même s’il répondait aux commandes, il n’a jamais eu de plan de carrière et se laissait guider par l’instant, plus que par l’instinct.

Roland est une bête de somme. Pour lui, rêver c’est travailler. Le rire physique de Roland est de notoriété. Il écrase tout. Faisant écho au vide intersidéral qui nous habite. Son humour est froid, brulant, distancié, touchant, décalé, très sensé… Suscitant des fous rires salvateurs et paniques. La panique justement, qu’ils ont transformée en manifeste, est le moteur de toute création. Ce qui nous pousse à trouver du sens là où il n’y en a pas. Et Roland l’a très bien compris. Il est sans aucun doute l’artiste le plus lucide sur cette question, considérant les Arts et la poésie comme seuls rempart à l’insupportable finalité de l’existence. Le rire et l’amour des plaisirs charnels comme seules résistances. C’est pourquoi il est essentiel.

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Burlesque

On emploi souvent le terme « surréaliste » pour qualifier l’univers de Roland Topor. C’est une erreur. Derrière un aspect surréel, Topor ne fait que se confronter -et nous confronter – à la réalité de la condition humaine… Burlesque conviendrait mieux. En littérature, le Burlesque se caractérise par l’emploi de termes comiques, familiers ou vulgaires pour traiter de sujets nobles et sérieux. Selon une définition plus moderne : « le burlesque est un comique physique, violent qui emploie notamment le coup, la chute, la tâche, la glissade, la collision… Des qualificatifs qui lui siéent parfaitement.

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Panique

On le sait, Roland et ses amis Arrabal et Jodorowsky ont créés le faux mouvement Panique (qui a failli s’appeler Burlesque !) en réaction à leur rencontre avec leur idole André Breton, devenu un odieux gardien du temple rétrograde et réactionnaire. Ce qu’il a fait de ce mouvement d’avant-garde, (dénigrant les arts populaires tels que la bande dessinée, la musique rock ou le cinéma de genre) ne leur a suscité que du mépris. «  Avec Arrabal, on n’aimait que des choses que les autres trouvaient sans intérêt, certains polars de Série Noire, par exemple. C’était assez honteux de dire qu’on aimait cela à l’époque. On aimait les machines à sous, le yé-yé. Arrabal adorait le yé-yé. […] J’aimais la chanson populaire. Panique, c’était en réaction contre le côté exaspérant du Surréalisme, des procès, de la légitimité de la parole. […] Le mouvement “Panique” n’avait aucune réalité. Mais ça paraissait bien d’en avoir une par rapport aux institutions, aux acheteurs. Un groupe, ça devient historique. Il est bon d’être historique et national. Alors on s’est dit, on va faire semblant » (source).

Traumatisé par l’occupation nazie et son exode en Savoie lorsqu’il était enfant (« je n’avais pas cinq ans que j’avais déjà toutes les polices de France à mes trousses »), Roland a conservé cette peur viscérale de la mort (« Je n’avais qu’un seul souci, celui de rester en vie »). Elle transparait en filigrane dans ces créations et motive cette fuite en avant dans l’hédonisme et l’épicurisme.

La panique chez Roland s’inscrit dans un double mouvement. Sur le principe des vases communicants, il exhale sa panique dans ses créations et génère en réaction ce même sentiment chez ses admirateurs. Car les peurs archaïques qui l’animent sont également les nôtres. C’est pourquoi il dérange autant qu’il fascine.

S’il l’est parfois avec ses personnages, Roland n’est pas un sadique avec son public. Ce n’est pas pour assouvir une intention perverse qu’il créé ses images dérangeantes, mais parce qu’il n’a pas d’autre échappatoire à ses angoisses. Il se moque de savoir comment seront reçues ses productions [même si, comme beaucoup, il cherche à être apprécié pour son Art] et respect le libre-arbitre de chacun. Et rien ne nous oblige à nous y confronter, si ce n’est l’ « attraction-rejet » qu’elles suscitent. Plonger dans son œuvre n’est pas sans conséquences. On sait ce qu’on y perd (des illusions, de la tranquillité…), surtout ce qu’on y gagne (de la lucidité, de la mise à distance, du rire…).

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Réalité

A la différence de son ami de collège Boris Cyrulnik, Roland n’est pas un thérapeute. Tous deux ont vécu les mêmes drames durant leur enfance mais ne l’ont pas encaissé de la même manière. Boris développe  le concept de Résilience, comme un pied de nez optimiste aux traumatismes de l’enfance. Roland lui, a passé sa vie à s’y confronter. Non par masochisme (bien que ce soit une thématique récurrente chez lui, voire le titre de son premier ouvrage), mais pour mieux les exorciser. Bien qu’il accorde une importance essentielle au rêve comme vivier inépuisable d’idées créatives, Roland s’intéresse peu à l’inconscient et toute la symbolique psychanalytique. Son champ d’action (de réaction plutôt) est le principe de Réalité.

Roland vit dans notre monde. Pourtant, il ne le perçoit pas comme nous. Il saisit des détails, des éléments pour nous insignifiants, qui en disent long sur la vacuité de nos existences. Il restera cet impitoyable révélateur de nos travers et veuleries, de l’absurdité de nos petites vies, centrée sur nos petites préoccupations matérielles.

A l’extrême opposé [qui ont cette fameuse tendance à s’attirer] de son camarade panique Alejandro Jodorowsky -qui face au principe de réalité pratique le « pas de côté », en explorant les territoires de l’ésotérisme, la science-fiction ou la psychomagie-  Topor lui, a un rapport frontal au réel, dans ce qu’il a de plus impitoyable, de plus violent. Ça se vérifie dans son œuvre picturale, plus encore dans ses écrits. Quand Jodorowsky contourne le mur de la réalité pour en cerner les limites, Topor tape dedans pour en ressortir toute la bêtise grouillante…

Cette confrontation au réel passe inévitablement par le corps, les corps, l’anatomie, les organes, les viscères, les sécrétions…. Soit tous ces éléments biologiques qui permettent d’interagir avec le monde extérieur, mais également au monde extérieur de modifier l’équilibre de l’organisme, souvent de manière intrusive.  Roland s’attarde également sur les agressions psychologiques du Réel : angoisses de morcellement, sentiments de dislocation, d’intrusion, perte de contrôle, troubles identitaires, de genre…

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Matière

Preuve s’il en est que l’univers de Roland ne permet aucune catégorisation. En prêtant attention à ses productions, on peut légitimement affirmer que Roland (mal)traite le corps par le biais de l’image, quand la psyché l’est sur le terrain de l’écriture. C’est un fait, le dessin est quelque chose de physique (le crayon salit et le papier coupe), qui permet une représentation du monde physique (voire les dessins d’observation d’après modèles). Là où l’écriture favorise l’introspection et convient bien mieux pour rendre compte du fil de la pensée, des dérives de la psyché.

Le motif essentiel de ses Dessins Paniques est le corps humains, représenté dans son ensemble ou par les détails. Dans nombre de ses romans ou nouvelles (le locataire chimérique, L’ambiguë, Journal in Time…), il nous expose au psychisme plutôt perturbé de ses personnages (qui sont souvent les narrateurs, parfois lui-même). Et bien que cela se vérifie, on ne peut réduire les choses à ça, au risque de passer à côté de beaucoup. Les nombreux contre-exemples nous incitent à jeter cette catégorisation avec l’eau du bain :

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Ce dessin des trois gusses péchant dans un « crâne-mare » est une pure image mentale. Elle évoque bien plus les errances de la pensée que les turpitudes du corps humain. Ces pêcheurs vont-ils à la pêche aux neurones ? Aux idées ? Le bonhomme est-il Roland ? Que cherche-t-il au fond de son cerveau ? Que va-t-il y trouver ? Libre à chacun d’interpréter…

« Encore heureux que la plante des pieds et des mains, les coudes et les genoux soient dépourvus de poils.

Ce ne serait pas drôle de découvrir par hasard un long poil blanc d’entre mes lèvres. Je tire, il résiste. Au toucher, il paraît aussi robuste qu’un crin de cheval. Je m’approche tout contre le miroir et constate en retroussant les babines qu’il pousse sur l’incisive. J’assure ma  prise et l’arrache d’un coup sec. Une onde de douleur me transperce comme s’il s’agissait non d’un poil, mais d’un nerf implanté dans le cœur. » (Jachère-Party, p 42-43)

La force d’évocation de cet extrait est indéniable. On ressent la douleur décrite plus encore que si elle nous était montrée.

Dans le fond, même si elles entretiennent un rapport de dualité et entrent souvent en conflit, matière organique et matière grise  ne font qu’un chez Roland. Je dirais même plus, pour lui qui ne dresse aucune hiérarchie entre les composantes de l’être humain, la psyché est un organe comme un autre, tout aussi important que l’orteil ou la vésicule biliaire.

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Roland 

« J’aurais aimé être capable de prendre en sténo les visages et les lieux entrevus au cours de ma brève excursion terrestre. Mais à quoi bon ? Le dessin-sténo a été avantageusement remplacé par l’appareil photo, la caméra de vidéo ou de cinéma. D’ailleurs mon souci principal n’a jamais été de représenter le monde, mais plutôt de l’imaginer autrement, de me foutre de sa sale gueule, de lui faire un bras d’honneur, de me venger.

La réalité ne me traite pas plus amicalement que mon espèce, il ne faut pas compter sur moi pour l’embellir. Je me contrefiche de figurer à mon tour sur les pages tombales des livres d’art, emballés en cadeaux de Noël.

En revanche, si je parvenais à me rendre l’existence moins oppressante, si quelques heures de récréation réussissaient à me distraire de la corvée de l’agonie, ce ne serait déjà pas si mal. 

Pourtant, à force de dessiner par nécessité, je risquais l’écœurement.

J’écrivais pour sauvegarder mon plaisir de dessiner.

Et aussi pour me tailler en jouant avec les mots un territoire gratuit, sans dieu ni mort, dépourvu de morale et de gravité.

Un aire de jeux hors des lois du monde.

Le talent que j’ai eu, qui me reste, que l’on me reconnaît, ne m’importe ni plus ni moins que le renouvellement de leur carte de séjour ne préoccupe mes amis étrangers. Il incarne une formalité tracassière et dérisoire, inventée pour brimer les déplacés.

Et puis ces questions devraient cesser de m’importuner.

Puisque je suis en jachère, elles ne me concernent plus. »

(in Jachère-Party, p 46-47) 

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S’il se met très rarement en scène dans ses dessins, Roland a souvent le premier rôle de ses écrits. Mémoires d’un vieux con, journal in Time, Jachère-Party… Roland prend la première personne dans ses récits où fiction et réalité s’entremêlent de telle manière qu’on ne peut distinguer le faux du vrai. Mais de toute façon, l’écriture sera toujours fausse, approximative et inexacte. L’autobiographie est une vue de l’esprit, de l’auteur, mais aussi des lecteurs. Partant de ce postulat, les récits autobio de Roland sont authentiquement faux, donc on-ne-peut-plus justes.

A la lecture du Journal in Time, on a l’impression que Roland est plus cruel avec lui-même qu’il ne l’est avec ses semblables. Il ne s’épargne pas et ne se montre pas à son avantage, alors qu’il en avait la possibilité. C’est dire s’il ne triche pas ! Il est moins « squizophénique » et semble mieux assumer sa personnalité, jouant de son statut d’artiste incompris à forte notoriété pour se moquer de ses fans et des marchands d’art qui spéculent sur ses œuvres. Car en tant qu’ « Homme Elégant », il « préfère une tache de sauce sur sa veste qu’une décoration ». L’intimité que Roland partage n’est ni impudique, ni nombriliste : « Quand l’Homme Elégant montre son nombril, c’est uniquement la faute de sa chemise ».

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Autoportrait, 1976

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Quand un prof de français a bon goût et organise tout un programme sur Roland pour ses élèves de terminal… Les chanceux ! Document improbable de 1980 déniché par Mr Rêve.

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Boucherie

Que ce soit en gros, demi-gros ou à la pièce, Roland aime débiter les corps. A ce jeu du démembrement et du désossage, on distingue nettement deux types d’images. Il y a d’un côté ces « images mentales » qui évoquent une idée ou un concept. Elles font écho à des angoisses profondes. Et de l’autre les « images physiques », qui représentent très clairement les limites du corps humain. Elles suscitent l’horreur et l’effroi.

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Dans le premier type d’images, les corps sont découpés net, les membres taillés comme des rondins de bois, parfois effacés avec une gomme. On y trouve aucune trace de la chair ou de sang. Dans le deuxième type, Roland y va franchement dans le gore. Les corps sont déchiquetés, arrachés, éviscérés… Le sang et les matières fécales coulent à foison.  Il était tout désigné pour illustrer la collection Gore des éditions fleuve noir. Si ces images sont très souvent allégoriques, elles possèdent une dimension clairement cathartique.

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Dans sa « cuisine cannibale », l’homme devient un animal comme les autres, fait de chair et d’abats qui se préparent à toutes les sauces. Pour le philosophe Roland, l’Homme est une viande pour l’Homme. « L’homme est assez difficile à conduire à l’abattoir car il est capricieux et peu intelligent ».

Pour rester dans la thématique, on ne s’étonnera pas de voir Roland collaborer avec Francois Hadji-Lazaro, membre fondateur des Garçons Bouchers et de Boucherie Production, dans François détexte Topor. Chansons que l’on retrouve dans le Topor Pavé.

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Absurde

Roland est un maitre de l’absurde. Selon le petit Robert, cet adjectif définit « ce qui est contraire à la raison, au bon sens, à la logique ». En effet, détestant le raisonnable et le bon sens commun, il trace sa route contre toute logique connue. Et pourtant, son univers en est pleinement pourvu, de logique…

L’absurde de Roland se situe aux abords du surréalisme à la belge, de la pataphysique et du non-sens à l’anglo-saxonne. Avec une bonne dose d’humour froid des pays de l’Est. Ses points cardinaux sont René Magritte, Alfred Jarry, Gogol et Lewis Caroll.

Il aime à mettre ce grain de sable qui fera insidieusement basculer l’ambiance du normal à l’anormal. Les décalages viennent autant des attitudes des personnages, de l’environnement dans lequel ils évoluent que des interactions entre eux. Ces sujets, environnements et interactions sont multiples et infinies : les corps dans l’environnement extérieur, les organes dans l’environnement corporel, des traits de personnalités dans l’environnement psychique…

Dans une séquence du Journal in time, des personnes agissent normalement face à une situation qui ne l’est pas (Roland est invité à un repas de famille perturbé par la présence d’un tigre dans le séjour. Ils font toutefois comme si la bête n’était pas là). Dans Joko fête son anniversaire, les personnages se comportent étrangement (ils se montent les uns sur les autres !) dans un environnement banal (la ville, les rues…). Dans Le locataire chimérique, le protagoniste agit et réagit bizarrement (comme s’il était persécuté) dans un environnement étrange (ses voisins ont tous l’air d’être contre lui). Bref, chez Roland, rare sont les personnages se comportant normalement dans un environnement normal. C’est incompatible avec son dégoût de la normalité.

Interactions décalées entre l’intérieur et l’extérieur, entre le corps et l’esprit, entre les diverses partie de l’anatomie, entre les différentes faces d’une personnalité (dans le Locataire, le protagoniste est-il un homme qui se croit femme, ou une femme qui se croit homme ?). Une main à la place du pied, une énorme oreille, un petit visage sur une grosse tête, un homme à trois jambes, des doigts vivants… Les décalages absurdes de Roland ont toujours un sens caché, parfois accessible, d’autre fois abscond. Mais jamais gratuit. Même si on ne le comprend pas, on devine qu’il y a quelque chose derrière l’image. Tel un cochon cherchant la truffe, il nous faut gratter pour le trouver.

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Pornographie

L’œuvre de Roland parait mortifère, alors qu’elle n’est qu’expulsion de vie. La sexualité est présente. Normal puisse que Plaisirs et Chair sont les deux mamelles (« la plus belle paire de seins du monde » !) de son corpus artistique. Roland n’a pas peur de la pornographie, mais s’il en use, ce n’est pas pour satisfaire de quelconques pulsions libidineuses (il n’est pas putassier et ne s’abaisse pas flatter les bas instincts de son public). Plus surement pour  bousculer notre rapport au corps (déformation, intrusion, soumission …) et nous tourner en ridicule, renvoyant l’acte sexuel à ce qu’il est : une pratique primitive et animale.

Décrites ou dessinées, ses scènes de sexes n’ont rien d’excitantes (à la différences de celles de ses camarades Siné, Tetsu ou Wolinski). Elles sont bien souvent réduites à un acte froid et mécanique. A croire que pour lui, l’image porno est aussi fausse que l’image publicitaire, faisant la promesse d’un plaisir qui ne sera jamais aussi vrai et intense que l’annonce voudrait nous le faire croire. Vouloir susciter du désir en représentant l’acte sexuel est une tromperie. C’est peut-être pourquoi ces images sont rares car, dans le fond, elles lui apparaissent insignifiantes.

Toutefois, Roland n’est pas insensible à l’érotisme. Il a bossé pour la revue LUI (illustrant des chroniques gastronomiques) et a créé le livre-jeu érotique Le jeu des seins (faites des paires). Il pratiquait aussi le détournement d’images pornographiques. Partant d’un matériau brut et explicite, il recherchait des formes et des figures qu’il soulignait au feutre ou au pinceau, créant ainsi de nouveaux motifs. Cette pratique en dit long sur le respect qu’il peut avoir pour ce type d’images, les considérant comme des déchets qui peuvent être réutilisés et transformés en quelque chose de beau.

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Rencontres…

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Une belle moisson de dédicaces en cette année 2015. Je précise une nouvelle fois que ce sont les occasions qui ont fait le larron. Et je ne peux que remercier mes camarades libraires pour leurs bonnes initiatives et leurs bons goûts !

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Ça commence mal fin février, Fred du Grand nulle part et Mickael du Rêve de l’escalier invitent Eric Salch un jour où je ne suis pas disponible. Tant pis. Du coup, j’écris un article sur son superbe Les meufs cool et inaugure une nouvelle pratique, la dédicace par procuration. C’est Fred qui a fait le lien avec le sieur Salch et l’en remercie encore… J’avoue apprécier grandement son commentaire car oui, je suis fan!

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C’est le Dominique A écrivain que nous croisons avec des amis après une belle conférence à l’Armitière, lors d’une petite séance de dédicace bien sympathique. Je le remercie pour ce qu’il m’apporte et lui demande si on pourrait se boire un verre avec l’ami Jeff après le concert. Ça aurait été avec plaisir, mais ils repartaient la nuit en bus pour Bruxelles. Pas grave, ce sera pour la prochaine fois ! Lors de sa tribune, Dominique nous raconte une anecdote. Alors qu’il rejoignait un animateur qui œuvrai sur une adaptation chorégraphique de ses chansons avec un groupe d’ados, il est fasciné de voir ces jeunes improviser une danse libre et virtuose. Il leur explique qu’il est surpris de les voir en transe sur sa musique. Ces derniers lui répondent que ce n’est pas sur sa musique qu’ils dansent, mais sur ses mots. Une révélation. Depuis, il se considère comme auteur plutôt que musicien. A la lecture de Regarder l’Océan, cela ne fait aucun doute.

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Le havrais Sirou expose à Rouen de manière confidentielle. Heureusement que Fred et Olivier ont mis une affiche chez eux, sinon je serai passé à coté. Comme je l’ai déjà dit, j’aime ce que fait Sirou. Du coup je vais voir l’expo le dernier jour, organisée par l’association « Collectif d’en face » qui a bien fait les choses. Je ne l’ai donc pas croisé, dommage… Mais l’un des organisateurs me propose de lui laisser mon album Presqu’ïle (dans lequel il relate son aventure rouennaise), ce qui me permet d’effectuer une deuxième dédicace par procuration. Je suis prêt à accepter de te confier mon apparte Sirou, après en avoir parlé avec ma femme…

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Pierre-Julien de la librairie Funambules a eu la bonne idée d’inviter trois auteurs incontournables de Fluide Glacial, histoire de marquer le coup pour les 40ans de la revue de Marcel. L’occasion pour moi de rencontrer enfin Maître Léandri (dont la prose m’influence encore et toujours) et me faire dédicacer son superbe ouvrage « On enterre bien les Dinky Toys ». J’en profite pour lui dire tout le bien que je pense de lui (il est mon nouvelliste préféré avec Olivier Ka) et me procure la suite de ses mémoires « Nous nous sommes tant marrés », que j’ai dévoré d’une traite. Je n’ai pas eu de gribouille du sieur Mo/Cdm (trop de monde), mais je suis bien content d’avoir pu discuter avec Jake Raynal, un dessinateur que j’apprécie depuis des lustres. En particulier cette dernière série des « Nouveaux Mystères », un pic de l’humour noir absurde et distancié ! Je n’avais pas le temps de leur proposer d’aller boire un verre après la séance, tant pis, ce sera pour une prochaine fois… Il y aura d’autres occasions, c’est sûr.

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Absconcités – Klub (Rannou/Facéties, 2015)

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Dès sa première parution dans le Psikopat il y a deux-trois ans, j’ai tout de suite adhéré à l’univers loufoque et déjanté de Klub. Je souhaitais en parler, mais il n’avait pas encore sorti d’album. C’est maintenant chose faite grâce au camarade Maël qui inaugure sa collection Facéties avec ces fameuses Absconcités.

Klub nous démontre que le bon humour con est toujours pertinent. Que l’absurde, quand il est finement employé, apporte un recul salutaire et ravageur sur les choses absconses de l’existence (la vie, la mort, la religion, la folie, la politique, l’écologie…). Son humour  est souvent cynique et cruel (comme notre monde d’ailleurs), ne lésinant pas sur le gore et le scato. En contre-point, il use de jeux de mots foireux et de calembours à la con (genre : « Jeanne Darc Vador »). Son style « gros-nez trash » n’est pas sans évoquer ces camarades du Psiko, Ivars, Caritte ou Carali.

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Klub dénonce nos comportements « panurgiens » de primates civilisés (une formule qui n’est pas flatteuse pour les grands primates d’ailleurs), obnubilés que nous sommes par l’assouvissement de nos besoins les plus primaires et nos pulsions les plus inavouables. Mine de rien, il en dit beaucoup avec une formidable économie de moyen, touchant à chaque fois l’essence même du gag. Cadrages, attitudes, expressions des personnages, dialogues… tout ces éléments sont placés au millimètre.

Qu’elles soient réelles ou fictives, Klub convoque et revisite les figures mythiques de notre culture moderne (Babar, Batman, Darth Vador, le Diable, Dracula, Godzilla, Hitler, sorcières, extra-terrestres…). Il a une affinité particulière avec Jesus, lui consacrant une bonne dizaine de gags bien corsés. En cette période tristounette, lire du Klub devrait être prescrit.

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Editions Rannou

Megaskull – Kyle Platts (Nobrow, 2012)

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Durant les années 60-70, bon nombre de dessinateurs undergrounds ont expérimenté la bande dessinée sous prise d’acides (relire d’anciens numéros d’Actuel). C’était la grande époque du psychédélisme et des fanzines marginaux (aux Etats Unis et en Europe). Le résultat était la plupart du temps illisible, tant au niveau de la forme (planches totalement déstructurées, des formes et des figures improbables) que de la narration, qui se perd dans une succession incohérente de scènes ne répondant à aucune logique, si ce n’est celle du trip de l’auteur. De fait, la plupart de ces productions n’ont d’intérêt que comme « performances », à resituer dans leur contexte (même celles de Crumb).

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Le Megaskull de Kyle Platts évoque à plus d’un titre cette BD sous stupéfiants. Avec ces couleurs flashy et acidulées qui ne respectent rien, ces compositions hyper saturées (aucun espaces, aucun blancs), ces figures toutes droites sorties d’un cerveau déjanté (avec ces gueules improbables à la dissymétrie dérangeante). Mais là où s’arrête la comparaison, c’est dans la maitrise du médium. Car Kyle Platts sait parfaitement ce qu’il fait. Certes ses histoires et ses personnages sont plutôt perturbés et perturbants, ils n’en demeurent pas moins cohérents. Un univers qui se suffit à lui-même, entre autofiction et science-fiction, abordant par l’absurde les thèmes graves de l’aliénation, du temps qui passe, de la mort…

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« Un amoureux transi aux yeux puants, un Forrest Gump du cyclisme, une tragédie à l’ANPE de l’espace, la véritable histoire de la conquête de l’Ouest américain (en juste 5 pages!), plusieurs opérations chirurgicales de l’extrême, et 22 façons pour un hamster d’en finir avec la vie. » (Site de l’éditeur). Ces courtes histoires « qui tuent » – mettant en scène des losers, déviants, freaks et autres extraterrestres – passent au crible nos comportements de primates conditionnés. Platts use de ce graphisme « maladivement » enfantin (qui m’évoque des dessinateurs du Psiko tels qu’Ivars, Caritte, Texier ou Sirou) et de cet humour noir « so british » (très distancié), pour nous jeter en pleine face toute la laideur de notre monde moderne.

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En revues en voilà…

En revues en voilà... dans Presse et Revues aaarg-1-221x300

On peut se réjouir de voir apparaître en cette fin d’année quatre nouvelles revues de bande dessinée : Lapin, qui fait son retour attendu dans une formule mensuelle personnalisée, laissant carte blanche à un auteur/rédacteur pour choisir le thème et les participants. On commence avec Ayroles, suivront Baladi et Gerner. Papier chez Delcourt, revue créée par Trondheim, au format manga poche ‘cheap’. La Revue Dessinée, réunissant journalistes et auteurs partageant cette envie d’informer en bande dessinée. Une démarche réussie, proche de l’esprit du hors série du ‘Monde Diplo’ ou de la revue XXI. Et pour finir Aaarg, revue grand format initié par le scénariste Pierre Starsky. Dans la continuité de l’ouvrage collectif Aaarg… Je meurs, dont on retrouvera de nombreux collaborateurs. Ce qui s’annonce plutôt bon.

Un engouement quasi unanime (même dans la presse généraliste), saluant le salutaire retour des publications périodiques de bande dessinée. Certes, on peut s’en réjouir, mais il me semble nécessaire de préciser une chose : ces nouvelles revues – aux ambitions éditoriales différentes et complémentaires (du reportage à l’humour potache) – ne sont pas vendus dans les kiosques à journaux, mais en librairie spécialisée. Et de fait, s’adressent à un lectorat de connaisseurs. Ce n’est donc pas un retour de « la presse BD » comme on peut le lire partout, mais la sortie de revues spécialisées susceptibles de trouver rapidement leur lectorat (qu’ils partagerons, assurément). Les éditeurs ne prennent plus le risque de lancer un nouveau magazine au tirage plus important, moins confidentiel. Créer une revue spécialisée pour un lectorat spécialisé est moins risqué !

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Pour la nouveauté dans les kiosques, il faudra repasser. Certes Fluide glacial annonce une nouvelle nouvelle formule qui, bien heureusement, ne diffère pas fondamentalement de la précédente. Heureusement oui, car c’est ce que j’attends en tant que (vieux) lecteur de fouloude : pas trop de chamboulement dans mes bonnes vieilles et rassurantes habitudes (Leandri, reviens !)… Le dernier numéro double (avec un coté spécial Edika) est bien sympathique. Le psiko lui ne change pas et on ne s’en plaindra pas ! Autre fausse nouveauté, qui ravira les amateurs de grands classiques et les nostalgiques de plus de 50 ans : les Pieds Nickelés de Pellos sont réédités en album cartonné à dos toilé… Comme toujours avec ce genre de produit, on n’achètera que le premier numéro (qu’on retrouvera rapidement en foire à tout !).

Dommage pour les jeunes lecteurs de ne pouvoir découvrir, par hasard, chez leur buraliste, même un dimanche après-midi au fin fond du pays de Caux, ces magazines de bandes dessinées souvent passionnants et originaux ( je dis bien DE bande dessinée et pas SUR la bande dessinée, tels les Casemate et autres dBD). Comme j’ai pu le vivre avec les Corto, (A suivre), Pilote ou plus récemment Street life stories et autres Ferraille Illustré (derniers magazines BD découvert en kiosque, en 2003)…

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 Dessin de Gipi pour la Revue Dessinée

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Du beau, du bon, des bds…

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Mag’ & revues disponibles…

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