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L’été des Bagnold – Joff Winterhart (Çà & Là, 2013)

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Alors qu’il devait rejoindre son père aux Etats Unis, Daniel, un ado mal dans sa peau (légèrement asocial et fan de métal) va devoir passer la période estivale avec sa mère Sue, une jeune quinquagénaire mélancolique. Entre le présent stagnant de Daniel et le passé nostalgique de Sue, cet « été des Bagnold » est une succession de scènes du quotidien étalées sur six semaines, comme autant de chapitre du livre. Winterhart fait preuve d’un humour subtil, usant d’une voix off (le père de Sue ? L’auteur lui-même ?) qui commente les événements et permet d’installer une juste distance pour dédramatiser, ou apporter de l’intérêt à des scènes de vie familiale ordinaire (faites de banalités, de décalages et de non-dits) qui n’ont à priori rien de fascinantes.

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Joff Winterhart n’a pas son pareil pour raconter les petites subtilités de la vie, souvent invisibles pour les protagonistes, qui n’ont pas forcement conscience de leurs bonheurs. Des tranches de vie découpées en strips de six cases par page. Une contrainte structurelle qui devient un atout car comme il l’explique dans le Ka Boom n°4 : « La rigueur du découpage en six cases par page m’a finalement été d’une grande utilité pour accoucher le récit sous la forme qui m’intéressait […] La répétition du même découpage me faisait évidemment gagner de l’énergie sur la composition de chaque page. Mais devoir condenser une intrigue en six images et suffisamment peu de mots pour que ces images puissent respirer et être lisibles, m’obligeait parfois à trouver des solutions créatives, à épurer mes idées et les réduire à l’essentiel. Du coup, d’une idée un peu trop dense, j’en déduisais deux plus petites ». Cette structure en gaufrier créée une répétition de forme qui fait échos à la vie routinière des personnages. On les voit manger, dormir, changer de vêtements, même s’ils portent toujours les mêmes.

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Bien que centré sur cette relation mère-fils, le récit n’est pas fermé sur lui-même. Il s’ouvre sur d’autres temporalités (la jeunesse de Sue, l’enfance de Daniel) et d’autres personnages (Ky et sa mère, le père de Daniel, la sœur de Sue…). A ce titre, la scène du fast-food où Daniel et sa mère sont assis face à un couple père-fille qui semble vivre la même incompréhension générationnel qu’eux, peut être vu comme une case ouverte sur une autre histoire, la promesse d’un récit parallèle. J’aime beaucoup cette manière de présenter les choses. Malgré les apparentes solitudes, nous sommes nombreux à vivre les mêmes événements et ressentir les mêmes émotions.

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Son graphisme, aux formes exagérées sans être caricaturales, aux contours ‘baveux’ dut à l’utilisation de subtils lavis de gris, est d’une sensibilité juste. Son trait hésitant et pourtant terriblement précis s’attarde sur des attitudes et des expressions qui racontent les ressentis des personnages. S’il use du procédé « champ contre-champs » pour les scènes de dialogue, Winterhart sait s’arrêter sur des détails qui en disent long – pour la plupart des incrustations de photos, qui ancrent le récit dans la réalité. Une réelle beauté se dégage de ces visages pourtant disgracieux. Winterhart insuffle à ces héros de papier ce supplément d’âme qui les rends plus attachant que certaines « vraies » personnes. Une bien belle rencontre.

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Editions Çà & Là

Brèves de chroniques #1

 Une histoire d’hommes – Zep (Rue de Sèvres, 2013)

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Zep sort un album que bons nombres qualifient de « plus adulte ». Oui, dans la mesure où ce n’est pas du Titeuf, on peut en déduire qu’il souhaite élargir son lectorat et aspire à raconter des histoires de personnages plus matures, plus proches de ses propres préoccupations. S’il avait déjà abordé des thèmes plus adultes avec Découpé en tranches ou sa série des « Happy », la grande nouveauté est qu’il ne fait pas dans l’humour. Une histoire d’hommes nous raconte, sur un mode réaliste, les retrouvailles d’une bande d’amis musiciens devenus quadras. Joies, regrets, jalousies et pardons, tous les ingrédients de la fameuse « middle life crisis » sont présents. Zep maîtrise parfaitement l’art de l’ellipse et des non-dits . Ne boudons pas notre plaisir d’apprécier un album d’honnête facture.

 La tente sur le toit – Laure du Faÿ (Warum, 2009)

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Un homme perd tout ce qu’il a dans l’incendie de son appartement. Un ami qui ne peut l’héberger lui prête une tente et un duvet. Il décide alors de s’installer sur le toit de son lieu de travail… Laure de Faÿ s’est inspiré d’une nouvelle d’un auteur nippon (Shiina Makoto). Et bien qu’ avec son trait expressionniste, son noir et blanc charbonneux et ses formes stylisées, elle évite l’écueil d’un graphisme « à la japonaise », elle installe une ambiance narrative très naturaliste dont la sensibilité est proche de certains mangakas. Son récit muet (tout en impression, qui n’explique rien) repose sur la force d’évocation des images. La narration oscille entre enchaînements rapides de séquences, lorsque le personnage est dans la vi(ll)e active, et images contemplatives quand il est sur son toit. Une parabole sur l’ouverture d’esprit et d’horizons, salutaire face à ce monde préformaté.

Warum éditions

 The Joke – Luz (Les requins marteaux, 2013)

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S’il n’aime pas la chanson française, Luz adore The Fall. Groupe post punk anglais des années 70 qui malgré son nom (la chute) est toujours en activité. The Joke s’attarde essentiellement sur Mark E.Smith, le leader omnipotent (il vire régulièrement tous ses musiciens) qui chante comme un canard, ne s’exprime que par des « The Joke » (d’où le titre) et dont le taux d’alcoolémie dépasse largement le niveau de décibel. Adepte du comique de répétition et des comparaisons bien connes (Mark E.Smith est un croisement entre Dave et Popeye!), Luz enchaîne des anecdotes vraies (en concert ou en interview) et de bons gros délires, imaginant E.Smith croisant l’esprit d’Elvis Presley dans un chiotte, se faisant draguer par un canard ou rencontrant ses muses (dont il n’a rien à foutre). C’est sur qu’il vaut mieux connaître un minimum le groupe et aimer Luz pour apprécier cet album. Pour les autres, on ne peut rien faire…

Les requins marteaux

Rock’n'roll & chocolat blanc – Jackie Berroyer (Wombat, 2013)

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Jackie Berroyer a côtoyé de prêt les artistes les plus influent du rock français de la fin des années 70. Enfin, côtoyer est un bien grand mot. Approcher serait plus juste. S’il a rapidement sympathisé avec Kent et toute la clique des Starshooter, il aura mis un peu plus de temps à se faire sa place auprès de la bande des Téléphone (surtout avec Aubert). Sans parler du gros problème de communication avec Higelin père.

Berroyer se pose régulièrement la question de sa légitimité, non pas d’écrire sur ces groupes qu’il adore – en tant que chroniqueur à Charlie Hebdo et Rock & Folk, il en a les compétences et la liberté – mais de partager leur intimité afin de rendre compte de leur parcours. Sachant qu’il a négocié avec la maison de disques de ces trois groupes (Pathé), et non directement avec ses membres, son intégration est difficile, bons nombres de musiciens le regarderont d’un air suspicieux. Une situation qui le mettra mal à l’aise tout au long de son reportage. Une autre difficulté pour lui, est de retranscrire au plus juste la teneur des échanges, puisse qu’il n’enregistre aucuns entretiens ni dialogues informels avec les artistes. Du coup, la tache est plus difficile. Heureusement, il est passé maître dans l’art du ‘botter en touche’.

Ce que j’aime chez Jackie Berroyer, c’est qu’il ne triche pas. Il avoue tout, sans honte ni duperie. Il pratique l’autodérision comme d’autres la guitare : en virtuose. Car s’il s’amuse avec cette pseudo prétention à faire de la littérature (du moins à toucher le chèque d’un éditeur pour un livre à venir), et à rendre compte de cette révolution musicale qu’il est en train de vivre, il ne se prend jamais au sérieux. Même si on le sent attiré par la belle écriture et, sans flagornerie mal placée, il possède de grandes qualités formelles.

J’ai surtout aimé cette manière propre à brouiller les pistes temporelles de son récit. Cet ouvrage date des années fin 70. Pour cette réédition, il rédige une pré-préface (puisse qu’il avait déjà préfacé cet ouvrage à l’époque) datée de 2012. Cependant, elle s’inscrit dans une continuité de style et de ton qui crée une troublante mise en abyme, confrontant le Berroyer de 2012 à celui de 1979. Du coup, on ne sait pas quand commence le récit originel, mais on s’en moque. Et après lecture, au regard de sa manière de raconter, très anecdotique, se laissant porter par le déroulement du fil de sa mémoire affective (le fait de ne pas avoir pris de note « in situ » l’oblige à cette formidable gymnastique du rappel de souvenirs, qui amène inévitablement à la digression, à l’aparté qui comble les vides), on se rend compte que les repères temporels n’ont aucun intérêt. Ce qui compte, se sont les impressions, l’enchaînement des souvenirs, le rythme de la narration.

Berroyer a cette qualité rare de savoir nous rendre complice de ses souvenirs, de nous accrocher jusqu’au bout de son récit sans se foutre de notre gueule. Car c’est dans l’anecdote qu’il touche à l’essentiel : l’authenticité de ses sentiments. A ce titre, il fait assurément parti de la famille des Cavanna, Delfeil de Ton ou autres Léandri.

« La jeunesse de Berroyer, c’est le rock’n'roll. Il a trente-deux ans, Berroyer. Juste le recul qu’il faut pour bien parler de la chose. Y ajouter l’humour. Sans humour, pas de Berroyer. Sans Berroyer, grande baisse de la production d’humour, dans notre cher et vieux pays. Berroyer vient de publier un livre qui s’appelle Rock’n'roll et chocolat blanc. On peut le lire sans aimer le rock’n'roll ni le chocolat blanc, il n’y parle que de Berroyer. Il va devenir célèbre. » (Delfeil de Ton in Le Nouvel Observateur, 1979).

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Nouvelles éditions Wombat

Cinema Panopticum – Thomas Ott (L’Association, 2005)

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Je l’avoue, je n’avais jamais lu de Thomas Ott avant de me plonger dans ce Cinema Panopticum. Une expérience particulière. Lire n’est peut-être pas le bon terme, puise que les albums du maître de la carte à gratter sont toujours muets. Cependant, Ott nous raconte des histoires, perturbées et perturbantes, qui s’inscrivent dans la pure tradition des contes fantastiques, cruels et absurdes.

Les cinq protagonistes évoluent dans un univers kafkaïen (comme en atteste le symbole du cafard), pris au piège dans une impitoyable machinerie. Chaque destin est dirigé par une puissance supérieure (des cafards, des extra-terrestres, un médecin-fou ou la Mort elle-même), qui dans le fond n’est autre que Thomas Ott lui-même. Sa manière de considérer (le terme approprié serait ‘maltraiter’) ses personnages suscite chez le lecteur une drôle empathie, mélange de voyeurisme malsain et de pitié. Bien heureux de ne pas être à leur place.

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Se baladant dans une fête foraine aux allures de Barnum, une jeune fille n’ayant que cinq sous en poche ne peut se payer qu’une seule attraction : le Panopticum. Dans une pièce, se trouve cinq scopitones à un sou. Chacun porte un titre : The Girl, The Hotel, The Champion, The Experiment, The Prophet. On visionne donc les sketchs en même temps qu’elle. On se rend compte qu’on a déjà croisé les protagonistes dans la foule de la foire…

A la manière des Contes de la Crypte ou de la série La Quatrième Dimension, Ott développe un univers fantastique clos et structuré, comprenant la première nouvelle en ouverture, qui présente de contexte et les protagonistes, le déroulement des quatre autres, que l’on découvre en même temps que la fillette (clin d’œil au film Métal Hurlant ?) et un épilogue, qui revient au contexte du départ. Une mécanique imparable, aux ramifications multiples.

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Traditionnel dans sa mise en scène, Ott l’est également dans sa mise en images. Grattant ses petites vignettes (qui sont pour la plupart plus petites que les versions imprimées) tels les illustrateurs d’antan grattaient le bois. Son style est toutefois plus moderne, moins tranché, plus rond que celui des graveurs expressionnistes. Alors que cette technique repose sur les contrastes et la force des hachures pour signifier les formes, Ott a souvent recours aux traits de contours, propres à la bande dessinée, pour dessiner les silhouettes, les figures.

Chaque case est un tableau se suffisant à lui-même. On peut les admirer indépendamment, tant ils racontent beaucoup et regorgent d’une multitudes de détails, tout en devant les intégrer dans une lecture d’ensemble. Ott use d’un langage narratif plutôt classique, découpant l’action en séquences fluides, jouant peu d’ellipses qui trancheraient le récit.

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Nous devons malgré tout combler par nous même les non-dits de l’histoire. Qu’a donc pu voir la fillette dans cette cinquième séance ? A chacun de deviner. Mais vu la teneur des quatre premiers sketchs, je me demande si elle n’aurait pas pris connaissance d’une effroyable vérité : elle n’est qu’une chimère, un personnage de papier, le résultat de la créativité d’un auteur un peu sadique, qui ne manque pas d’humour noir…

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T.O.T.T.

En revues en voilà…

En revues en voilà... dans Presse et Revues aaarg-1-221x300

On peut se réjouir de voir apparaître en cette fin d’année quatre nouvelles revues de bande dessinée : Lapin, qui fait son retour attendu dans une formule mensuelle personnalisée, laissant carte blanche à un auteur/rédacteur pour choisir le thème et les participants. On commence avec Ayroles, suivront Baladi et Gerner. Papier chez Delcourt, revue créée par Trondheim, au format manga poche ‘cheap’. La Revue Dessinée, réunissant journalistes et auteurs partageant cette envie d’informer en bande dessinée. Une démarche réussie, proche de l’esprit du hors série du ‘Monde Diplo’ ou de la revue XXI. Et pour finir Aaarg, revue grand format initié par le scénariste Pierre Starsky. Dans la continuité de l’ouvrage collectif Aaarg… Je meurs, dont on retrouvera de nombreux collaborateurs. Ce qui s’annonce plutôt bon.

Un engouement quasi unanime (même dans la presse généraliste), saluant le salutaire retour des publications périodiques de bande dessinée. Certes, on peut s’en réjouir, mais il me semble nécessaire de préciser une chose : ces nouvelles revues – aux ambitions éditoriales différentes et complémentaires (du reportage à l’humour potache) – ne sont pas vendus dans les kiosques à journaux, mais en librairie spécialisée. Et de fait, s’adressent à un lectorat de connaisseurs. Ce n’est donc pas un retour de « la presse BD » comme on peut le lire partout, mais la sortie de revues spécialisées susceptibles de trouver rapidement leur lectorat (qu’ils partagerons, assurément). Les éditeurs ne prennent plus le risque de lancer un nouveau magazine au tirage plus important, moins confidentiel. Créer une revue spécialisée pour un lectorat spécialisé est moins risqué !

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Pour la nouveauté dans les kiosques, il faudra repasser. Certes Fluide glacial annonce une nouvelle nouvelle formule qui, bien heureusement, ne diffère pas fondamentalement de la précédente. Heureusement oui, car c’est ce que j’attends en tant que (vieux) lecteur de fouloude : pas trop de chamboulement dans mes bonnes vieilles et rassurantes habitudes (Leandri, reviens !)… Le dernier numéro double (avec un coté spécial Edika) est bien sympathique. Le psiko lui ne change pas et on ne s’en plaindra pas ! Autre fausse nouveauté, qui ravira les amateurs de grands classiques et les nostalgiques de plus de 50 ans : les Pieds Nickelés de Pellos sont réédités en album cartonné à dos toilé… Comme toujours avec ce genre de produit, on n’achètera que le premier numéro (qu’on retrouvera rapidement en foire à tout !).

Dommage pour les jeunes lecteurs de ne pouvoir découvrir, par hasard, chez leur buraliste, même un dimanche après-midi au fin fond du pays de Caux, ces magazines de bandes dessinées souvent passionnants et originaux ( je dis bien DE bande dessinée et pas SUR la bande dessinée, tels les Casemate et autres dBD). Comme j’ai pu le vivre avec les Corto, (A suivre), Pilote ou plus récemment Street life stories et autres Ferraille Illustré (derniers magazines BD découvert en kiosque, en 2003)…

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 Dessin de Gipi pour la Revue Dessinée

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