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Megaskull – Kyle Platts (Nobrow, 2012)

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Durant les années 60-70, bon nombre de dessinateurs undergrounds ont expérimenté la bande dessinée sous prise d’acides (relire d’anciens numéros d’Actuel). C’était la grande époque du psychédélisme et des fanzines marginaux (aux Etats Unis et en Europe). Le résultat était la plupart du temps illisible, tant au niveau de la forme (planches totalement déstructurées, des formes et des figures improbables) que de la narration, qui se perd dans une succession incohérente de scènes ne répondant à aucune logique, si ce n’est celle du trip de l’auteur. De fait, la plupart de ces productions n’ont d’intérêt que comme « performances », à resituer dans leur contexte (même celles de Crumb).

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Le Megaskull de Kyle Platts évoque à plus d’un titre cette BD sous stupéfiants. Avec ces couleurs flashy et acidulées qui ne respectent rien, ces compositions hyper saturées (aucun espaces, aucun blancs), ces figures toutes droites sorties d’un cerveau déjanté (avec ces gueules improbables à la dissymétrie dérangeante). Mais là où s’arrête la comparaison, c’est dans la maitrise du médium. Car Kyle Platts sait parfaitement ce qu’il fait. Certes ses histoires et ses personnages sont plutôt perturbés et perturbants, ils n’en demeurent pas moins cohérents. Un univers qui se suffit à lui-même, entre autofiction et science-fiction, abordant par l’absurde les thèmes graves de l’aliénation, du temps qui passe, de la mort…

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« Un amoureux transi aux yeux puants, un Forrest Gump du cyclisme, une tragédie à l’ANPE de l’espace, la véritable histoire de la conquête de l’Ouest américain (en juste 5 pages!), plusieurs opérations chirurgicales de l’extrême, et 22 façons pour un hamster d’en finir avec la vie. » (Site de l’éditeur). Ces courtes histoires « qui tuent » – mettant en scène des losers, déviants, freaks et autres extraterrestres – passent au crible nos comportements de primates conditionnés. Platts use de ce graphisme « maladivement » enfantin (qui m’évoque des dessinateurs du Psiko tels qu’Ivars, Caritte, Texier ou Sirou) et de cet humour noir « so british » (très distancié), pour nous jeter en pleine face toute la laideur de notre monde moderne.

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Dix questions pour une bibliothèque #3 : Terreur Graphique

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Difficile de croire que Terreur Graphique n’ait sorti son premier album qu’en 2010. Il semble faire partie du « paysage bédé d’humour » depuis bien plus longtemps : Psikopat, Fluide Glacial, Jade, mais aussi Aaarg ou Alimentation Générale, dont il est à l’initiative. Et il n’en manque pas, d’initiative. Prolifique, il multiplie les projets et les collaborations et, l’air de rien (avec beaucoup de travail tout de même), peaufine son art au fil de ses publications.

Bien installé dans le registre de l’humour (souvent trash et sûrement absurde), il ne s’y réduit pas pour autant. J’ai déjà eu l’occasion de dire le bien que je pensais de son Rorschach (pas encore en détail, mais ça ne saurai tarder). En attendant, Terreur a accepté de répondre à mon petit questionnaire (on se rend compte sur sa page fb que c’est un sujet qu’il affectionne). Des réponses franches, sans fioritures. Tout à son image (son site s’intitule Minimun Syndical !).

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Grande ! Un grand mur entier de haut en bas et de droite à gauche (ou inversement).

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…) ?

Un gros bloc dans le salon qui est grand ( 30m²)et qui est aussi mon bureau + 3 étagères dispersées dans la maison + un tas dans les toilettes évidemment.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ?

Oui, en ce moment on classe les livres par couleur (oui la déco j’avoue) mais c’est plus complexe que ça : couleur/collection/ taille/ auteur/éditeur tout ça rentre en ligne de compte. qui a dit psychopathe ? Oui on change tous les 6 mois.

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..?

Essentiellement des bandes dessinées et des romans.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

70/30.

6) Tes ouvrages sont-ils plutôt rangés à l’horizontale ou la verticale ?

Verticale sauf dans les toilettes, et sauf la collec’ de vieilles revues BD…

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Oui, table de chevet à côté du lit puis rangement ou lorsque que j’ai trop de retard j’ai une petite caisse de vin à part pour les mettre en transit.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Je trouve toujours que j’ai pas tel ou tel livre indispensable, mais ça va.

9) Qu’y manquerait-il ?

Un peu plus de beaux livres sur autre chose que la bd…

10) Comment la vois-tu évoluer ?

Je la vois devenir obèse.

[Entretien réalisé par courrier électronique le 27 avril 2014]

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Cinema Panopticum – Thomas Ott (L’Association, 2005)

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Je l’avoue, je n’avais jamais lu de Thomas Ott avant de me plonger dans ce Cinema Panopticum. Une expérience particulière. Lire n’est peut-être pas le bon terme, puise que les albums du maître de la carte à gratter sont toujours muets. Cependant, Ott nous raconte des histoires, perturbées et perturbantes, qui s’inscrivent dans la pure tradition des contes fantastiques, cruels et absurdes.

Les cinq protagonistes évoluent dans un univers kafkaïen (comme en atteste le symbole du cafard), pris au piège dans une impitoyable machinerie. Chaque destin est dirigé par une puissance supérieure (des cafards, des extra-terrestres, un médecin-fou ou la Mort elle-même), qui dans le fond n’est autre que Thomas Ott lui-même. Sa manière de considérer (le terme approprié serait ‘maltraiter’) ses personnages suscite chez le lecteur une drôle empathie, mélange de voyeurisme malsain et de pitié. Bien heureux de ne pas être à leur place.

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Se baladant dans une fête foraine aux allures de Barnum, une jeune fille n’ayant que cinq sous en poche ne peut se payer qu’une seule attraction : le Panopticum. Dans une pièce, se trouve cinq scopitones à un sou. Chacun porte un titre : The Girl, The Hotel, The Champion, The Experiment, The Prophet. On visionne donc les sketchs en même temps qu’elle. On se rend compte qu’on a déjà croisé les protagonistes dans la foule de la foire…

A la manière des Contes de la Crypte ou de la série La Quatrième Dimension, Ott développe un univers fantastique clos et structuré, comprenant la première nouvelle en ouverture, qui présente de contexte et les protagonistes, le déroulement des quatre autres, que l’on découvre en même temps que la fillette (clin d’œil au film Métal Hurlant ?) et un épilogue, qui revient au contexte du départ. Une mécanique imparable, aux ramifications multiples.

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Traditionnel dans sa mise en scène, Ott l’est également dans sa mise en images. Grattant ses petites vignettes (qui sont pour la plupart plus petites que les versions imprimées) tels les illustrateurs d’antan grattaient le bois. Son style est toutefois plus moderne, moins tranché, plus rond que celui des graveurs expressionnistes. Alors que cette technique repose sur les contrastes et la force des hachures pour signifier les formes, Ott a souvent recours aux traits de contours, propres à la bande dessinée, pour dessiner les silhouettes, les figures.

Chaque case est un tableau se suffisant à lui-même. On peut les admirer indépendamment, tant ils racontent beaucoup et regorgent d’une multitudes de détails, tout en devant les intégrer dans une lecture d’ensemble. Ott use d’un langage narratif plutôt classique, découpant l’action en séquences fluides, jouant peu d’ellipses qui trancheraient le récit.

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Nous devons malgré tout combler par nous même les non-dits de l’histoire. Qu’a donc pu voir la fillette dans cette cinquième séance ? A chacun de deviner. Mais vu la teneur des quatre premiers sketchs, je me demande si elle n’aurait pas pris connaissance d’une effroyable vérité : elle n’est qu’une chimère, un personnage de papier, le résultat de la créativité d’un auteur un peu sadique, qui ne manque pas d’humour noir…

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T.O.T.T.

Ariol, le maître chien – Guibert & Boutavant (Bayard Editions, 2012) / Le guide du mauvais père – Guy Delisle (Delcourt, 2013)

Ariol, le maître chien - Guibert & Boutavant (Bayard Editions, 2012) / Le guide du mauvais père - Guy Delisle (Delcourt, 2013) dans Chroniques BD eariol-1

Ces deux petits albums ont en commun de raconter l’enfance, les enfants, le fait d’être parent… Si Emmanuel Guibert et Marc Boutavant abordent le sujet du point de vue d’Ariol, un môme bien de son époque, Guy Delisle préfère rendre compte de ces petits événements qui rythment la vie d’un père 2.0.

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Guibert et Boutavant usent d’un style humoristique anthropomorphique qui illustre à merveille la vie d’un gosse de huit ans, ses rêves, ses tracas, ses joies et ses déceptions. Entre ses parents (il est fils unique), sa mamie, ses copains et copines d’école, son instituteur, son idole le Chevalier Cheval, Ariol mène une vie palpitante. Il est à cet age magique où tout se crée, où tout n’est que découverte. Son imagination fertile lui permet de vivre les plus folles aventures au coin de la rue, à table (avec l’aide de papa !) à l’école ou dans sa chambre… Tous les personnages sont attachants et bien dessinés, à l’image de cette scène quand sa mère lui parle de son grand père qu’il n’a jamais connu, lui disant : « Vous vous seriez bien aimés »… Les auteurs dressent des portraits et des situations bien plus subtils que ne pourrait le laisser penser (au premier abord) ce style enfantin. Fin dans sa forme et son propos, ce petit album a tout d’un grand. Il aurait pu (du ?) obtenir le prix jeunesse d’Angoulême 2013…

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Delisle est dans une démarche plus anthropologique et autobiographique, rendant compte de cette dure réalité d’être père d’une famille de deux enfants. L’air de rien, il pose la vraie question : jusqu’où peut-on mentir ou dire la vérité à un enfant ? Il n’y a pas de réponse bien entendu, seules l’expérience, les situations vécues et les erreurs commises nous rapprochent de la vérité. Pas facile d’être parent, pas facile d’être père quand vos enfants de moins de six ans vous demandent si la petite souris ou les cloches de Pâques existent… Delisle se met en scène presqu’en temps réel, comme peut le laisser supposer ce graphisme leste, épuré, plus proche d’une écriture que du pur dessin. On y retrouve son humour bon enfant, légèrement absurde et parfois cruel, ce sens aigu de la chute, cette économie de moyens et d’effets qui lui permet d’aller à l’essentiel.

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Deux approches bien différentes mais somme toute complémentaires. J’avoue une petite préférence pour la démarche de Guibert et Boutavant, qui me semble plus aboutie (normal, puisse que c’est une série) que celle plus immédiate et brute (mais non dénuée de bon sens et d’humour) du « one-shot » de Delisle.

Le Tampographe Sardon (L’Association, 2012)

 Le Tampographe Sardon (L'Association, 2012) tampographe2-235x300

Prenant la forme d’un journal de bord, cet ouvrage est une succession chronologique d’articles de diverses natures, illustrés, datés et commentés. Une sorte de « work in Progress » étalé sur quatre ans (du 11 septembre 2007 au 20 août 2011).

« La vérité, c’est que je sais pas pourquoi je fais des tampons. C’est venu comme ça. Ça a poussé tout seul, ça a pris presque toute la place, ça a réduit en poussière tout ce que je faisais d’autre. J’étais dessinateur, avant ça. Pour des journaux sérieux, pour des revues de bande dessinée exigeantes. Plus rien à foutre. Comme ça, brutalement, un jour, j’ai plus pu. Je pouvais plus les blairer : les journaux, les auteurs, leurs gnagnagnas étalés sur des pages et des pages. Je me suis enfermé et j’ai créé le Tampographe. Je n’ai pas d’anecdote significative à raconter, pas de cause première. Je peux juste constater que le Tampographe a tout envahi comme une ronce, tout bouffé, qu’il ne reste que des trognons de mes aspirations premières et de mon goût pour le dessin. J’aimerais bien avoir une belle anecdote bien fondatrice. Mais non. » (extrait de la préface)

En introduction, Vincent Sardon nous présente le matériel nécessaire et le mode opératoire pour réaliser ses tampons. D’une activité ludique commencée en 1993, Sardon s’est lancé pleinement dans cette discipline (qui pue le caoutchouc) durant les années 2000, faisant de lui le seul et unique artiste Tampographe.

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Le Tampographe est sous-commisaire des tampons du collège de pataphysique. D’où ses régulières références à Monsieuye Ubu. Le décalage, le détournement et l’absurde sont récurrents dans son œuvre qui, loin de se réduire à la conception de tampons, s’ouvre sur une multitude de champs.

Le Tampographe était un dessinateur de bande dessinée et illustrateur pour la presse. Il n’en garde d’ailleurs pas de bons souvenirs et ne se gêne pas pour cracher son venin sur les auteurs de « bédé autobio » (en particulier les éditions Ego comme x avec lesquels il a collaboré) ou les journalistes de Libération. Il ne mâche pas ses mots, emprunts de rancœur mais non dénués d’humour.
Bande dessinée et « tampographie » sont des pratiques pas si éloignées que ça : reproductibilité (lien avec l’imprimerie), absence de notion d’œuvre originale (le tampon n’a aucun sens en soi, si on ne l’utilise pas), successions des motifs… les points communs sont nombreux et touchent à l’essence même de ces deux disciplines.

Le Tampographe est un bon pointilliste. Ayant édité un ouvrage à ce sujet, il nous présente ici les bons points qu’il a transformé en tampon, histoire de les cumuler à l’infini.

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Le Tampographe est un accumulateur d’objets insolites servant à la fabrication de ses tampons (boites d’emballages, sacs de nouvelles montures, produits toxiques) et un collectionneur de choses plus immatérielles (vielles photos de photomaton ou clichés pornographiques en argentiques récupérés auprès d’un ancien employé de la fnac).

Le Tampographe est aussi photographe, rendant compte ainsi de ses divers déplacements, prenant des clichés pseudo-artistiques dans lesquels s’y trouve inséré son nom. Il s’est fait une spécialité des safaris-photos organisés lors de manifestations (politiques ou artistiques), afin de chasser les beaux spécimens de colliers de barbe ou de mèche-visières cachant les calvities. Une pratique dangereuse (comme en atteste ses commentaires), mais le résultat vaut bien toutes les prises de risques. Une démarche qui frôle le burlesque et confirme l’idée que le beau est en toute chose, il suffit seulement de savoir quel angle choisir pour le percevoir et le mettre en valeur (voir le portrait d’endives cuites !). Et Sardon ne manque pas de points de vues.

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Le Tampographe est un faussaire, permettant de (re)produire des œuvres d’artistes reconnus (Yves Klein, Ben, Dubuffet, Gaston Chaissac, Bernard Buffet…), au résultat souvent bluffant, pour un prix bien plus attractif qu’un original.

Le Tampographe est un grossier polyglotte, qui s’amuse à fabriquer des tampons vulgaires dans toutes les langues (français, anglais, allemand, roumain, japonais, argentin, russe…).

Le Tampographe est tricoteur, créant ainsi des doudous à l’effigie du père Ubu ou d’Adolf Hitler.

Le Tampographe est pâtissier, confectionnant des gaufrettes déprimantes qui « feront merveilles les lundis matins de rentrée, auprès de vos amis dépressifs qui se cherchent encore une bonne raison de passer à l’acte ».

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Le Tampographe serait un garçon un peu dépressif. Mais ça, on s’en tamponne (je prends des risques, car il n’aime pas non plus les jeux de mots foireux!)…

Le Tampographe fait de la politique. Et pour ceux qui se demanderaient si l’art doit être politique, ils trouveront une réponse dans ce magnifique ouvrage, le plus beau que j’ai pu lire venant de l’Association (qui n’en manque pas).

Le Tampographe est un agent provocateur, et c’est tant mieux pour nous. Pour lui aussi : « Je fabrique des tampons, je les vends et avec les sous je m’achète à boire ».

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Le Tampographe Sardon

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