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La Lunette – Visions concaves & convexes du réel (revue, 2003)

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Il est des revues de grandes qualités qui vivent et meurent dans l’indifférence quasi générale. C’est le cas de La Lunette. C’est au hasard de mes recherches (sur un site de vente aux enchères connus de tous) que je découvre cette revue bordelaise totalement inconnue, mais regroupant de grands dessinateurs.La Lunette n’est pas une revue de bande dessinée de reportage, mais une revue de reportages, parfois réalisés en bandes dessinées. On trouve également des reportages photos plus traditionnels, des articles illustrés, des poèmes visuels, des roman-photos, des carnets de voyage… De sensibilité humaniste et écologique, la rédaction a la volonté de proposer de nouvelles formes de reportages illustrés. Car l’image, quelle que soit sa nature, est essentielle. « Visions concaves et convexes du réel ». Un sous-titre en forme de déclaration d’intentions : la revue privilégie l’originalité des regards subjectifs sur des faits objectifs… Regardons le sommaire en détail :

La Lunette - Visions concaves & convexes du réel (revue, 2003) dans Presse et Revues lalun1

Denis Vierge

Christophe Dabitch nous raconte son voyage au pays des serbes, le long du Danube. Un reportage à la première personne, illustré par David Prudhomme, qui nous en apprend sur la situation de cette région, où les populations serbes, croates ou albanaises réapprennent à vivre ensemble, dix ans après les massacres.

Dans Made in China, Sylvain Gérard nous raconte en bd, avec son style faussement enfantin, sa vision de l’expansion économique chinoise.

Christophe Dabitch et le photographe Rodolphe Escher nous emmènent cette fois-ci à la rencontre d’un jeune clandestin marocain fraichement débarqué à Bordeaux. Son périple, son arrivée, sa nouvelle identité, Dabitch nous raconte en détail la dure réalité de la condition d’un immigré clandestin qui n’aspire qu’à vivre simplement. Déraciné d’un coté et inexistant de l’autre, ce jeune s’est vu condamné à 3 mois de prison et un an d’interdiction de territoire pour avoir volé dans un magasin. Lui qui cherchait seulement à s’intégrer, trouver un boulot, payer un loyer…

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Tombés des mains du soleil

Les 10 pages de bande dessinée de Denis Vierge nous expliquent en détail la création et l’organisation de la ZOB : la Zebu Overseas Bank. Une manière utile et originale pour les riches occidentaux de venir en aide aux paysans pauvres de Madagascar, en leur confiant « l’usufruit d’un animal tout à la fois symbolique et outil de travail qu’ils n’ont pas les moyens financier d’acquérir ».

Charges et un poème de Yohan Radomski illustré (entre photomontages et dessins) par Julien Tardieu. Une ode à la faveur des chauffeurs routiers, véritables héros méconnus de nos temps modernes.

Bernard Brisé nous propose des portraits photographiques d’albinos africains. Les textes et photos sont issus de son ouvrage intitulé tombés des mains du soleil. « Occultant légendes et croyances ancestrales, l’humble objectif de son travail consiste à montrer l’albinos tel qu’il est : un être humain à part entière pouvant être associé, pour une fois, à une image voire un concept en rapport avec la notion de Beau ».

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Nos trois carnets crétois

Jean François Hautot, David Prudhomme et Troub’s pratiquent un exercice pour le moins original. Nos trois carnet crétois est une synthèse dessinée de leur voyage commun en Crète. Un enchevêtrement des pages de leurs carnets respectifs. Les planches de ce récit sont composées de différentes manières. Certaines sont des suites de leurs dessins structurées de manière séquentielle. D’autres sont des superpositions de leurs croquis représentant les mêmes motifs, une manière de confronter leurs points de vue tout en créant des effets de mise en abime très intéressant. Sur d’autres planches, les auteurs ont pratiqué une sorte de cadavres exquis dans lequel chacun prolonge le dessin de l’autre. Il se dégage une incroyable cohérence dans ces assemblages de croquis pris sur le vif. On ne distingue pas clairement les dessinateurs, tant leurs styles respectifs et les techniques sont très proches. C’est là la grande force de ce récit dessiné. Une manière vraiment originale et réussie de pratiquer le carnet de voyage à plusieurs mains.

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Etienne Davodeau

Laurent Bonnaterre et Manuel Lo Cascio, respectivement chargé des relations publiques et rédacteur en chef de la revue, ont interviewé Etienne Davodeau (en 2001 et 2002) à l’occasion de la sortie de son ouvrage Rural (en 2001), rare spécimen de reportage en bande dessinée. Davodeau explique : « L’idée initiale était d’utiliser la bande dessinée pour raconter une histoire vraie qui soit une vraie histoire, quitter le domaine de la fiction dans lequel la bande dessinée est traditionnellement exploitée. J’ai donc cherché un sujet de reportage, ou de documentaire – je ne sais pas ce que c’est exactement, un peu des deux à mon avis. Je suis finalement tombé sur ce sujet sans avoir l’envie à priori de parler ni de l’agriculture bio et ni des autoroutes. Il se trouve que ces mésaventures arrivent à un ami agriculteur qui m’a dit « On est passé en bio et on apprend que notre exploitation est coupée en deux par une autoroute… ». Moi ce que je cherchais, c’était un sujet qui, d’une part, soit racontable en bande dessinée et, d’autre part, dépasse ses propres péripéties et anecdotes. Dans la confrontation des deux événements je me suis dit qu’il y avait peut-être un sujet à creuser. » C’est donc volontairement que Davodeau use des potentialités originales du médium vers la voie du reportage,  et non parce que l’histoire l’y aurait amené. Un positionnement qui correspond parfaitement aux intentions de La Lunette. « Faire un reportage c’est essayer d’explorer un petit champ supplémentaire, ce n’est pas une idée révolutionnaire. Je pense que la bande dessinée a des capacités pour ça. D’abord, sa légèreté technique, et puis le fait qu’elle impose une distance d’emblée par rapport au sujet ».

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Baudoin

Baudoin se souvient de sa première visite de Paris. Après avoir essuyé deux refus auprès d’éditeurs, il erre dans le quartier Oberkampf en attendant son train pour Nice. Cette courte histoire autobiographique nous démontre une nouvelle fois que Baudoin est un dessinateur libre, qui mélange les motifs avec une maestria inégalée, son visage se confondant souvent avec les monuments qu’il découvre. Son graphisme lâché et cependant très maitrisé, ce noir et blanc charbonneux (exécuté au pinceau et fusain) conviennent à merveille pour décrire ce spleen urbain.

Sauvage est l’attente est une bande dessinée à la forme originale. Les auteurs, Church et Nicolas Global, détournent des images de diverses natures. Des photos ou des cases de bd standard (genre Elvifrance) sont ré-agencée de manière séquentielle (avec présence de phylactères) afin de dénoncer par l’absurde la pseudo-liberté apportée par la voiture.

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Church & Nicolas Global

François Ayroles nous parle lui de La végétation dans la ville, pour le moins méprisée par les urbanistes et trop souvent ignorée les citadins. Il en distingue 3 types : La végétation préhistorique, présente avant le bitume, qui si elle n’est pas encore malade, voit son espérance de vie de plus en plus réduite…  La végétation orthodoxe, conçue avec la ville. Ce sont ces allées tristes de platanes ou ces carrés de gazon en kit. Donnant l’impression que les urbanistes cherchent à se donner bonne conscience. Et enfin la végétation pirate, non désirée. Symbole d’une nature qui tente de reprendre ses droits, à l’image de ces touffes d’herbes qui poussent entre les pavés. Une analyse illustrée sensible et intelligente.

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François Ayroles

On peut constater sur le site officiel que La Lunette s’est arrêté en 2005, au numéro 6. Dommage, car ses qualités formelles sont indéniables. Cependant, même si elle n’existe plus, les thèmes abordés sont toujours d’actualité et ne sentent malheureusement pas la poussière. Le choix des sujets et leurs traitements rendent la lecture de cette revue encore pertinente, presque dix ans après sa sortie. J’ai bien l’intention de me procurer d’autres numéros…

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La Lunette

Monsieur Rouge – Olivier Ka / Alfred (Petit à Petit, 2002 à 2004)

Monsieur Rouge - Olivier Ka / Alfred (Petit à Petit, 2002 à 2004) dans Chroniques BD monsieurrouge0125022003

Depuis cette première collaboration, Alfred et Olivier Ka n’ont cessé de produire de bonne chose ensemble (dont le magnifique Pourquoi j’ai tué Pierre). Il faut dire que le graphisme dynamique et précis d’Alfred convient à merveille pour illustrer l’univers loufoque et parfois dramatique de Ka. Des auteurs qui assument pleinement leurs cotés infantiles, entre naïveté et cruauté. C’est pourquoi Monsieur Rouge est une bd jeunesse qui s’adresse à tous les enfants, petits et grands…

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Surréaliste, Monsieur Rouge joue avec les codes narratifs et iconiques de la bd en faisant interagir le fond et la forme. Par exemple quand Rouge s’endort, un morceau de la buche lui tombe sur la tête. Le symbole de la buche sciée (universellement reconnu pour signifier le ronflement) intervient directement dans l’histoire et devient l’élément déclencheur du gag. Rouge se cogne parfois le nez contre le coin de la case, il dessine un bonhomme qui prend vie et s’empare d’une gomme pour effacer son créateur. Il a même mis le feu à une page de l’album… Il déambule dans l’espace étroit de la page duquel il aimerait bien sortir, mais sera toujours confronté à ses limites physiques (dureté du cadre, fragilité du papier, du dessin…)

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Entre dessins et photomontages, monsieur Rouge évolue dans un univers abstrait, dont les décors sont faits d’incrustation de motifs en liens directs avec l’histoire (feuille à carreaux sur lequel Rouge dessine, tapisserie fleurie quand il offre des fleurs, papier à musique sur lequel il chante, billet de train lorsqu’il voyage, catalogue de grande surface quand il fait ses courses… Dans le troisième album de la série (le génialement con Monsieur Rouge contre Docteur Slip !) les auteurs n’hésitent pas à se mettre directement en scène et interviennent dans le déroulement de l’histoire, pour démêler (au sens propre et figuré) un conflit entre Rouge et Slip… 

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Ces trois albums sont de petites perles d’absurdité graphique. Alfred et Ka sont des gamins qui réinventent les règles du Strip et s’amusent avec les possibilités infinies de la narration séquentielle.

Un bruit circule comme quoi les éditions Petit à Petit auraient mis la clé sous la porte. Ce serait bien dommage…

http://olivierka.blogspot.com/

Breakdowns – Art Spiegelman (Casterman, 2008)

Breakdowns - Art Spiegelman (Casterman, 2008) dans Chroniques BD artspiegelman

Cet album grand format, sous-titré Portrait de l’artiste en jeune %@~*!, est un recueil des premières publications d’Art Spiegelman, à l’époque où il était diffusé dans les comix underground (bien avant d’avoir fondé la revue Raw). L’ouvrage est découpé en trois partie. La première, servant de prologue, a été réalisée récemment. Spiegelman nous raconte en bande dessinée la genèse de sa passion des comics et de sa vocation d’artiste. Comme de nombreux auteurs de sa génération, il pris conscience de (et dans la gueule) la puissance et la subversivité du dessin humoristique dans les pages de Mad Magazine. Il ne nous cache rien de ses sentiments familiaux et nous raconte des histoires que la plupart aurait préféré oublier et encore moins raconter dans un ouvrage. Mais on le sait, les souffrances des uns sont bien plus intéressantes que leurs plaisirs. Et se raconter de la sorte possède des vertues thérapeutiques indéniables.

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La deuxième partie est l’anthologie en elle même, regroupant tous ses travaux édités entre 1972 et 1977, dont une première ébauche de Maus (3 pages qui préfigurent les 300 de son chef-d’oeuvre). Un livre dans le livre, relié par une couverture souple et cartonnée. Ce recueil fut publié en 1978 en grand format luxueux car Spiegelman avait « besoin de voir [ses] histoires dans un autre cadre que les publications underground où elles avaient vu le jour« . Breakdowns marque la volonté d’un auteur de bd d’être considéré (et se considérer lui-même) comme un artiste à part entière. En dernier lieu, la postface dans laquelle Spiegelman retrace, avec moultes détails et dessins d’époque, le contexte de l’aventure Breakdowns : « J’envie le jeune artiste, buveur d’encre au regard fou, qui a fait, il y a trente ans, les histoires rassemblées dans Breakdowns. Lorsqu’on parcourt aujourd’hui ce mince volume, il est dur de comprendre le contexte – voire le manque de contexte – dans lequel ce jeune artiste a commencé d’explorer les possibilités qu’il entrevoyait dans ce mode d’expression qu’il aimait. J’admire son ambition, son enthousiasme, sa détermination – et sa minceur ! Il était tout feu tout flammes, à l’écart et méconnu, mais avait l’arrogance de croire que son livre occuperait une place centrale dans l’histoire du Modernisme. Le désintérêt de la plupart des lecteurs et des autres auteurs de BD ne fit que le renforcer dans sa conviction de tenir quelque chose d’absolument neuf. Dans le milieu de la BD underground, qui s’enorgueillissait de briser les tabous, il brisait l’ultime tabou : il osait se donner le nom d’artiste et nommer art son travail. »(Art Spiegelman)

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Dessinateur underground, inspiré par Crumb pour la dimension autobiographique de ses récits, Art est avant tout un plasticien, un esthète qui maitrise diverses approches picturales, entre expressionnisme en noir et blanc, psychédélisme coloré, humoristique, hyperéalisme ou stylisation façon cubisme… Un auteur qui pousse le langage du médium dans ses retranchements et propose une réflexion sur le sens même de la narration séquentielle (il joue beaucoup avec l’implication du lecteur, le rapport au temps…).

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Spiegelman explore les possibilités techniques et esthétiques du récit dessiné. Il s’inspire sans complexes des avant-gardes artistiques (expressionnisme, cubisme, surréalisme, pop-art, sans oublier ses fréquentes références à Picasso…) et peut aisément changer de style d’une case à l’autre afin d’illustrer au mieux les changements d’émotions de ses personnages. Dans l’histoire « The malpractice suite », il utilise des cases de comics standards (genre production Elvifrance) et les détourne en prolongeant le dessin hors-cadre. Artiste oubapien avant l’heure, il termine l’histoire « Cracking Jokes » par une « itération iconique » (utilisation de la même case et du même texte) sur presque deux planches… « Mais si les pages gagnées de haute lutte que notre morveux suffisant assembla dans Breakdowns ont été parmis les premières à ouvrir à la bande dessinée les portes des librairies, des bibliothèques, des musées et des universités aujourd’hui, le morveux en question ne courait pourtant pas à l’époque après la respectabilité culturelle. A partir du moment où les autres auteurs eurent laché leurs démons bariolés dans le médium, jusqu’ici gentillet, de la BD, il put se concentrer sur la grammaire de ce langage et mettre le doigt sur ses propres démons. Grand Art et art mineur. Mots et images. Fond et forme… Tout cela peut paraître sec et académique, mais – MERDE ! – à cette époque-là, c’était pour moi une question de vie ou de mort. » (Art Spiegelman)

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édition de 1977

Le terme « breakdown » peut s’interpréter comme « rupture », « défaillance ». C’était surtout le moyen idéal pour Spiegelman d’extérioriser ses névroses et obsessions (personnelles et artistiques) et ainsi éviter le fameux « nervous breakdown ». Ceux qui comme moi ne connaissaient Art Spiegelman qu’à travers Maus, découvriront grâce à ce Breakdowns un auteur à multiples facettes, maitrisant tous les styles et toutes les techniques (encres, fusain, crayons, peintures) de l’art invisible. Un bel ouvrage, complet, magistral, pour un auteur incontournable du 9ème art.

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auto-Spiegelman…

Art Spiegelman sur Bedetheque

Les Sous-sols du Révolu – Marc-Antoine Mathieu (Futuropolis/Musée du Louvre éditions, 2006)

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J’ai découvert Marc-Antoine Mathieu grâce au collectif Le retour de dieu, dans lequel il nous raconte l’ascension physique et spirituelle d’un homme, au sein d’une cathédrale hors normes. Mathieu vient de sortir un album au thème plutôt similaire : Dieu en personne (ou si Dieu revenait sur terre, le reconnaitrions et comment réagirions-nous ?). Les sous-sols du Révolu (Extraits du journal d’un expert) est le deuxième album issu de la collaboration entre le Musée du Louvre et les éditions Futuropolis, dont le projet est de demander à des auteurs de bande dessinée de nous raconter leur Musée du Louvre. Après De Crecy, qui ouvrait le bal avec son remarquable Période Glaciaire, Mathieu prend la relève.

Dans cette histoire, nous suivons les pérégrinations d’un expert et de son second, qui sont chargé de répertorier toutes les salles du musée. Un périple qui durera exactement dix-huit mille cent trente-quatre jours, tant le Louvres est un véritable labyrinthe sans fond. Mathieu nous décrit un Louvres imaginaire, qui se rapproche de l’image que l’on peut se faire de l’un des plus grand musée du monde (il faudrait plus d’une semaine pour en faire le tour !). Les personnages y déambulent comme dans un espace mental, s’y perdant, passant d’une salle à l’autre, d’un palier à l’autre… Tel un rêve… Tout comme dans Le Retour de Dieu, le périple de son personnage est autant physique que spirituel.

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Eudes le volumeur et son compagnon Léonard sont chargés de répertorier toute les collections du Musée du Révolu (bel anagramme ! Tout l’ouvrage en regorge). Ils commencent par les fondations (qui sont en fait le sommet de la construction), puis les immenses galeries techniques dans lesquelles l’expert se rends compte que sa mission prendra plus de temps que prévue. S’ensuit « La galerie inondée » rassemblant les oeuvres pompiers, où ils font la connaissance de l’ancienne gardienne devenue passeuse. « Le dépôt des moules » se situant encore plus bas au huitième sous-sol, comprenant tous les moules de toutes les sculptures du musée, dont certaines oubliées de tous depuis des siècles… « La salle des fragments » où des ouvriers tentent de reconstituer un puzzle géant, en fait une immense sculpture de ce qu’ils pensent être un cyclope ! « L’atelier de restauration », véritable salle d’opération pour tableau et sculptures, est une sacrée cuisine. On y apprend une vérité paradoxale : la lumière est l’ennemie des couleurs, qui ne peuvent être vues sans elle… « Le département des copies » nous permet de faire la distinction entre une copie et un faux (« les faux issus de copies sont remarquables car ce sont des faux désintéressés… Ils ont leur part de vérité. »). « La réserve du tableau » (intitulé « Le musée du voleur ») donne le vertige par son « habile mise en scène de [la] mise en abime ». « Les archives » nous entrainent dans un délire visuel digne du grand Masse… « L’expert le vieux », où la rencontre avec un vieux collègue qui lui remet son registre d’expertise, permettra à Eudes de prendre conscience que ce travail de volumeur a pris, et prendra plusieurs vies avant d’être achevé (d’ailleurs, nos deux héros vieillissent au fil des pages)…

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« L’entrepôt des cadres » corrobore l’idée que l’encadrement est un Art à part entière. Mais face à la simplification à l’extrême du cadre, le responsable de l’entrepôt imagine de nouvelles voies. En l’occurrence « une suite de tableaux se succèdant chronologiquement de telle sorte à former un récit ». Ce qu’il nomme « une narration picturale séquentielle » ! Un clin d’oeil malicieux à la bande dessinée… La « Bricabracologie » renferme les plus anciennes collections du musée. Eudes et Léonard y croisent un groupe de gardiens de musée en séminaire, qui apprennent à maitriser le « tss tss tss », indispensable outil pour tout gardien voulant reprendre les visiteurs curieux qui touchent les oeuvres exposées… La salle de « L »icône » est occupée par un vieil homme (ressemblant étrangement à Léonard de Vinci). Ce dernier nous apprend qu’il existe en fait plusieurs versions de la Joconde, dans lesquelles seul son sourire change. Chacune est exposé à tour de rôle sans que personne ne s’en aperçoive… « Par ce stratagème, le maître voulait représenter le mystère même de la représentation ». Une subtile réflexion sur la subjectivité du regard. « Le très grand dessein » est l’avant-dernière étape du périple de Eudes. Son compagnon Léonard l’a quitté (Il a trouvé sa place dans le quartier des historiens). C’est donc seul qu’il explore les plans des sous-sols du musée. Il découvre que l’ensemble de ces sous-sols forment une pyramide, dont le sommet pourrait se situer en surface, sur l’esplanade… « Le dernier chapitre » nous montre un Eudes le volumeur en fin de vie, qui a le temps de remettre ces registres à un jeune expert, avant de s’éteindre…

Les Sous-sols du Révolu - Marc-Antoine Mathieu (Futuropolis/Musée du Louvre éditions, 2006) dans Chroniques BD soussolsplanche26

L’univers de Mathieu est ici plus que jamais poétique et absurde. Il y a du Masse dans son graphisme, avec ses personnages à lunettes rondes et chapeau melon. Ainsi que dans les situations absurdes vécues par le personnage principal. Du Fred également, par le détournement de certains codes narratifs et la poésie ambiante qui se dégage à chaque page. Ses formes arrondies et contrastées me font parfois penser à du Tardi. Certains visages expressifs à du Willem… Mathieu est pour moi un des meilleurs dans la maitrise du noir et blanc, tout en clair-obscur. Ses gris sont remarquables d’intensité et de subtilité (voir le chapitre « Le dépôt des moules » où les personnages s’enfonce de plus en plus dans l’obscurité). Un album bourré d’idées graphiques, et surtout narratives, plus géniales les unes que les autres. Un voyage magique, métaphorique, qui nous emmène dans les méandres de la mémoire de l’Art…

revolu dans Chroniques BD

Marc-Antoine Mathieu

Viviane, Simone et les autres – Loustal (Collection X Futuropolis, 1985)

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Cet album est sorti à une époque où Loustal n’était pas encore Loustal, où son style n’était pas celui de maintenant. Son trait est ici plus chargé, plus expressif, comparé à sa ligne clair classieuse actuelle. Ses formes et ses hachures me font fortement penser à un Gahan Wilson… Un album qui à l’époque, ne pouvait être édité que par Futuropolis, tant cette bande dessinée n’en est pas vraiment une. La première histoire « Cheap Heroes » est plutôt une succession de plan-séquences, de scènes fixes agrémentées d’un texte en voix-off (tout en vers, écrit par Max Fournier) nous dressant le portrait de personnages, pour la plupart des loosers, des paumés : Lucien, un pourri qui se prend pour James Dean, Murtala Ali un dealer de haschisch et de drogues dures, Enrico, un ouvrier métallurgiste…Une poésie urbaine et déglinguée.

De par sa narration séquentielle et la présence de quelques phylactères, la deuxième histoire « Les Cafards » ressemble plus à une bande dessinée. Même si elle n’est composée que d’un dessin par page (on est encore ici proche de l’illustration). Remi emmène Jane boire un verre chez lui mais malheureusement pour eux, des cafards se sont également invités à la soirée… Un album qui, de par son style pas tout à fait maitrisé, ses histoires plutôt anecdotiques et sa narration décousue, peut décevoir ou agacer les fans de l’actuel Loustal. Je le trouve cependant digne d’intérêt (surtout le « Cheap Heroes ») tant on y découvre le potentiel d’un auteur qui deviendra par la suite un maitre de l’illustration, un dessinateur libre, qui a toujours évité de s’enfermer dans les structures narratives plutôt rigides de la bande dessinée…

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Loustal !!!

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Du beau, du bon, des bds…

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