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Chronique K.BD – Moi René Tardi, Prisonnier du Stalag IIB

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Qu’elle soit le sujet principal ou la toile de fond de ses récits, la Der des Ders hante Jacques Tardi depuis des lustres, de Brindavoine à C’était la guerre des tranchée, sans oublier les deux volumes de Putain de guerre ! Si au fil du temps, Tardi est devenu un spécialiste en la matière, on ne peut réduire son œuvre à cela et occulter tous les autres aspects de son incroyable production (adaptations littéraires, saga feuilletonesque, récits fantastiques, illustrations… Nous ne sommes pas étonnés de le voir enfin s’attaquer à la Seconde Guerre mondiale. Et quel meilleur prétexte pour aborder la « 39-45 » que de raconter le vécu de son propre père. Un travail de mémoire, toujours, mais également un travail de réhabilitation, de compréhension. Comprendre enfin ce qui a pu rendre ce père si aigri envers ses semblables, si haineux de la nation.

A la différence de ses autres récits de guerre, celui-ci l’implique directement, puisqu’il concerne son père, à qui il a demandé de raconter son expérience de prisonnier de guerre. « J’ai lu ces trois cahiers d’écolier couverts d’une écriture fine, quelquefois difficile à déchiffrer, avec des croquis explicatifs pour combler ce que les mots laissent d’imprécis et que seul le dessin pouvait rendre évident. J’ai lu ces trois cahiers, les ai rangés dans une boite avec des photos qui avaient un rapport avec cette époque. Je me suis dit qu’un jour j’en ferais quelque chose, que je raconterais tout ça en mettant des images sur son texte… »
L’ouvrage ne s’appuie pas que sur un travail de recherche (domaine dans lequel il excelle), il se rapproche plus du témoignage direct illustré. Il évite ainsi l’écueil du documentaire en y induisant une dimension romanesque.

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B est un récit de guerre, mais aussi un récit du monde carcéral, vu de l’intérieur. C’est pourquoi il trouve sa place dans cette thématique de mai. L’humiliation, le confinement, la routine, la misère, la faim, les maladies, les souffrances de l’enfermement, l’espoir de la fuite… les conditions de vie d’un camp de prisonniers sont authentiquement décrites. Un témoignage précieux, emprunt d’émotions graves, qui ne manque pas de drôlerie pour autant. Zaelle apprécie le ton parfois léger du récit, quand par exemple « René Tardi raconte les mille et une petites choses que les prisonniers de guerre avaient imaginé pour rendre fous leurs gardiens ». Lunch a raison : « le récit ne se veut pas défaitiste, volontiers amer et rancunier certes, mais il entretient toujours une notion d’espoir et de lucidité sans s’apitoyer sur des conditions de vie déplorables ».

Les choix narratifs de Tardi soulignent cette dimension émotionnelle et intime, lui permettant de mettre en scène un dialogue filial qui n’a jamais eu lieu. Il s’implique directement dans l’histoire, se représentant sous les traits du jeune homme qu’il était à l’âge où il se posait ces questions, qu’il n’a jamais eu l’occasion d’aborder avec son géniteur. Une posture de Candide qui l’autorise à des propos naïfs, appelant un char un tank, insistant lourdement sur l’hypothétique évasion du paternel…

Cet échange père-fils comme principe de narration est le seul point de cet album qui ne fasse pas l’unanimité. Zaelle et moi-même trouvons cette approche riche et originale, Badelel est admirative devant ce joli tour de passe-passe qui nous sauve d’une voix off qui aurait pu être plate. Yvan et Legof eux, n’ont pas accroché et ont préféré la deuxième partie du récit, plus descriptive. Lunch trouve ce dialogue post-mortem plutôt troublant.

De cette manière, Tardi installe une distance juste et confortable pour raconter dans les détails les conditions d’incarcérations de ces nombreux prisonniers. Yvan souligne qu’à la différence de ses autres récits de guerre, il nous met ici dans une posture de spectateur plutôt appréciable. Nous sommes les témoins indirects des événements décrits, sans induire de phénomène d’identification forte au personnage principal. Même si Legof a raison d’évoquer de fait qu’il est fort possible qu’au moins un membre de notre famille ait connu cela sans qu’on ne le sache vraiment.

Cette mise en page stricte de trois cases panoramiques par planche me semble une bonne idée. Car cette contrainte l’oblige à jouer sur les focales (plan d’ensemble, plan américain, gros plan…), ce qui rend la lecture fluide et dynamique. A l’inverse, Badelel considère que « le découpage systématique en trois bandes par page assez habituel chez Tardi maintient un côté statique et documentaire à l’ensemble qui n’aide pas intégrer la dimension émotive du discours ». Il se dégage une impression de succession de photos d’époque. Impression d’autant plus renforcée par le choix d’une coloration (réalisée par sa fille Rachel) faite de marron-gris et d’ocres, conférant un aspect sépia, vieillot et sombre qui colle parfaitement à l’époque.

Graphiquement parlant, Tardi a depuis longtemps abouti à son vocabulaire pictural. Cette ligne claire qui s’attarde sur les sombres aspects de l’âme humaine. Même si ici, il focalise peu sur les horreurs et s’intéresse plus aux vivants. Car nous connaissons le dénouement de l’histoire, nous savons que son père s’en sortira. Mais à quel prix ? Seul Tardi et les siens le savent réellement. Et nous surement, dans le deuxième volume en préparation. Car en effet, comme l’évoquent très justement Lunch et Badelel, c’est seulement à la dernière case que l’on prend connaissance d’une suite, qui n’a été annoncée ni par l’auteur, ni par l’éditeur.

Si, au niveau de la forme et des choix narratifs de Tardi, les avis divergent, nous sommes tous d’accord pour dire que cet album est un témoignage précieux, sortant de l’oubli un pan peu glorieux de notre histoire moderne.

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 Lire l’article sur K.BD

Alack Sinner / Nicaragua – Muñoz & Sampayo (Casterman, 1988)

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Les trois albums que j’ai lu font parti des quatre contenus dans le deuxième volume de l’intégrale sortie en 2007, intitulé L’âge des désenchantements. Ce titre correspond tout à fait à l’idée que je peux me faire du personnage. Commencer par le désenchantement plutôt que par « l’innocence » d’Alack Sinner ne pose pas de problème en soi. Découvrir sa personnalité plutôt que ses faits d’armes m’intéresse bien plus. Car Alack est un héros qui évolue, vieillissant au fil des années et des albums (voire des cases du même album). En même temps que ses créateurs d’ailleurs qui, tel Hitchcock, n’hésitent pas à se mettre en scène à chaque épisode (à nous de les retrouver !), comme pour marquer leur présence et rendre compte de leur propre évolution (philosophique, esthétique…) à travers leur œuvre.

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Dans l’album Nicaragua, Alack Sinner trempe dans le milieu de la politique internationale. Charger par un membre de l’ONU d’enquêter sur un éventuel attentat à l’encontre du premier ministre par des rebelles Sandinistes du Nicaragua, il semble plus préoccupé par ses petits tracas de l’intime que par son enquête dans le monde diplomatique. Ayant la garde partagée de sa fille, on découvre un personnage complexe, en quête de bonheurs simples. Amours, amitiés, paternité, ses aspirations s’opposent à l’univers dans lequel il baigne. Plus passif qu’actif, il se désintéresse des affaires, se laissant ballotter par les événements, sans jamais prendre la main. Pour résumer, cet ancien flic devenu détective privé, abandonne les affaires des autres, voire politiques (donc publiques) pour revenir à ses propres « histoires privées ».

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Une tendance qui se confirmera dans les épisodes suivants. Car au fil des albums, ses enquêtes deviennent secondaires, au profit de ses états d’âmes et de ses préoccupations personnelles. Dans La fin d’un voyage, il parcours l’Amérique pour retrouver l’amour de sa vie, Sophie. Durant ce périple, il deviendra un témoin indirect d’événements dramatiques survenant aux personnes qu’il croise (dont un dessinateur de bande dessinée – au traits de Muñoz lui-même – qui veut régler ses comptes avec un plagiaire). Histoires privées porte très bien son nom, puisse que Sinner, devenu chauffeur de taxi new-yorkais, doit enquêter sur un meurtre soi-disant commis par sa fille Cheryl.

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De cette façon, Muñoz et Sampayo apportent un renouveau dans la bande dessinée policière. Plutôt que de dérouler l’intrigue du point de vue exclusif de l’enquêteur, ils parsèment des éléments importants de l’enquête de diverses manières (coupures de journaux, écrans de télévision, dialogues de second plan…), nous amenant à en prendre connaissance en même temps que Sinner (voire avant lui). Par exemple, dans Nicaragua, nous découvrons les tenants et aboutissants de l’affaire diplomatique qui se trame entre le Nicaragua et ses pays voisins (État Unis, Argentine et Honduras) alors qu’ils sont contés par les marionnettes d’un théâtre de guignols – spectacle auquel assiste Sinner et sa fille, le rendant ainsi spectateur des événements. On se demande même d’ailleurs s’il comprend bien tout ce qui se passe. Les auteurs privilégient la dimension existentialiste et intimiste de leur personnage, plutôt que d’en décrire les actes de manière opératoire.

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Sampayo a cette faculté particulière d’égarer le récit, d’aller vers d’autres personnages (les tenants de l’intrigue ou de parfaits inconnus), nous permettant de découvrir ce qu’ils pensent (parfois en espagnol, bonne idée du traducteur Dominique Grange), qui n’a souvent aucun rapport direct avec l’histoire. Ce qui pourrait parasiter la lecture sert en fait de décorum, une façon de rendre compte des mentalités de l’époque. Et toujours cette idée de confronter des événements sociaux aux préoccupations individuelles.

Muñoz donne l’impression de dessiner comme certains écrivent : à la va-vite. Il faut scruter, décrypter ses dessins pour en capter le sens, tout comme on le ferait pour comprendre une lettre mal écrite, en saisissant certains mots-clés. Au bout d’un moment, on comprend le sens sans forcément en saisir toutes les formes. Comme pour toute calligraphie, c’est dans les imperfections que l’on découvre la personnalité de l’auteur. Et Muñoz n’en manque pas, de personnalité.

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Proche d’une écriture automatique, il semble se laisser aller à ses délires graphiques pour représenter les figures. Certains de ses personnages relèvent de la cour des miracles. Il dessine l’urbanité maladive comme personne. Un trait vif générant des formes expressives, flirtant parfois vers l’abstraction. Ce qui développe un étrange rapport entre signifiant et signifié, entre ce qui est dessiné et ce que cela représente. Tout comme son maître Pratt (dont il était l’élève à la Escuela Panamericana de Arte de Buenos Aires), Muñoz est plus préoccupé par sa propre vérité que de « faire vrai ». Même si avec le temps, son trait s’est assagi, devenant plus précis dans ses intentions. Tout en conservant cette puissance du noir et blanc pur et contrasté. La solidité du découpage et de la technique narrative, jointe à la profonde humanité des personnages, en font une œuvre à part.

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Glaces sans tain – Soluto (Le dilettante, 2013)

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Après Vies à la ligne, superbe recueil illustré, Soluto vient de sortir un deuxième ouvrage, Glaces sans tain, dans lequel il a abandonné ses crayons pour n’utiliser que des mots. Mais rassurez vous, on y perd pas au change, tant la prose de Soluto possède de grandes qualités. Sensible et d’une incroyable précision, son écriture nous emmène, l’air de rien, dans les méandres de la folie ordinaire.

Les trois premières nouvelles nous racontent des tranches de vie de personnes plutôt perturbées. Soluto sonde la part obscure de ses personnages, sans pour autant tomber dans l’étude de cas clinique. Trois destinées qui ne répondent à aucune logique – si ce n’est la leur – et corroborent cette idée que rien n’est joué à l’avance, que les événements antérieurs n’influent pas automatiquement sur les actes à venir. La prédestiné n’existe pas. Chacun peut encore agir en fonction de son libre arbitre, mais plus sûrement en fonction de ses pulsions.

Dans L’île aux bœufs, le narrateur est une personne ordinaire, qui dans sa jeunesse commettra un crime pour lequel il ne sera jamais puni. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir une vie tout à fait normale (médecin, marié, des enfants), sans jamais reproduire cet acte ignoble. Il ne justifie rien et ne semble avoir aucun remords : « J’étais bien là, en pleine conscience, et je ne l’ai pas tué malgré moi. J’étais au contraire en parfait accord avec l’instant et l’univers tout entier. Un sentiment d’inébranlable puissance me portait. »

Dans Fausses reconnaissances, le personnage principal est un schizophrène, paranoïaque et violent, persuadé d’avoir reconnu Elvis Presley dans un bar parisien. Et que ce dernier fomente un complot avec l’aide du gouvernement. Bien sur, il fera tout son possible pour empêcher ça, sans prendre conscience des conséquences…

Quelques couvercles soulevés, titre magnifique pour une nouvelle que j’ai particulièrement apprécié, tout autant que la première. Je les considère comme des contraires, se faisant face à travers la glace sans tain. L’un passe à l’acte alors qu’il n’a a priori aucune raison de le faire. Quand le deuxième a toutes les raisons, mais ne le fait pas. Le plus troublant est que le moins perturbé des deux est celui qui a franchi le pas.

La quatrième et dernière nouvelle, la ménagère apprivoisée, se distingue des autres pour plusieurs raisons. La première est que Soluto se met directement en scène. L’emploi de la première personne est pour le coup on ne peut plus justifié. A la différence des trois premières, cette nouvelle est placée sous le signe d’Eros (avec des scènes superbement racontées, jamais vulgaires). Cependant, nous savons depuis Freud qu’Eros et Thanatos sont intiment liés. En effet, si Soluto semble avoir de la considération pour l’autre, cette dernière n’est dans le fond qu’un objet lui permettant d’assouvir ses pulsions. Un objet qu’il tue symboliquement, sans grands remords.

Soluto a choisi de nous mettre dans la peau de ses personnages. Une pleine immersion dans la personnalité complexe de ces individus. Ecrire à la première personne est un choix audacieux et risqué, dans la mesure où il est plus difficile pour le lecteur d’installer une distance avec ces personnages peu recommandables. Cependant, à aucun moment Soluto n’excuse, ni ne juge les actes de ses protagonistes. Il reste sur un mode opératoire, descriptif, nous laissant toute latitude pour interpréter par nous même ce qui se joue chez ces personnages.

La virtuosité de Soluto nous emporte, impossible d’abandonner le fil de ses récits. Certains évoquent Flaubert. Pour ma part, Soluto s’inscrit plutôt dans une filiation avec Maupassant. Outre le format nouvelle, par cette faculté à inscrire ses histoires dans une localité géographique précise (Oissel, le Havre, Rouen…) tout en leur apportant une teneur universelle. Par cette impression très diffuse qu’un événement incongru (voire fantastique) n’apparaisse à chaque nouvelle page.

Tout à la fois biographie, fiction, autobiographie et autofiction, ce Glaces sans tain est un exercice littéraire original et réussi. Cette manière de faire corrobore l’idée que l’écriture puise dans de nombreux champs (du fait divers, de l’imaginaire, du fantasme…) et que la véracité des tenants et aboutissants n’est qu’anecdotique. On se moque de savoir si ces histoires sont vraies ou pas. Ce qui est sur, c’est qu’elles nous parlent, nous provoquent, nous bousculent, nous questionnent sur la nature humaine… Rassurant, ça prouve qu’on est encore vivant !

http://soluto.free.fr/

Le dillettante

Le Vaisseau de pierre – Bilal & Christin (Les Humanoïdes Associés, 1976)

Le Vaisseau de pierre - Bilal & Christin (Les Humanoïdes Associés, 1976) dans Chroniques BD bilal-le-vaisseau-de-pierre

Duo emblématique de la bande dessinée, Christin et Bilal nous proposent depuis leur première collaboration (La croisières des oubliés), une œuvre riche et foisonnante, qui a fortement contribué à rendre la bande dessinée plus « mature », attirant, de part ses thèmes, un lectorat peu habitué aux petits mickeys.

Le vaisseau de pierre, leur deuxième album, possède déjà toutes les caractéristiques de leur œuvre commune. Un récit de science fiction inscrit dans une réalité historique et sociale. Entre légende celtique, conte écologique et réalité économique, Le vaisseau de pierre est un cri de révolte contre la modernité galopante qui fait table rase des cultures ancestrales.

Des promoteurs immobiliers peu scrupuleux décident de transformer une région séculaire en un complexe hôtelier. Pour ce faire, ils doivent déloger la population d’un village portuaire breton et démonter pierre par pierre le château millénaire qui surplombe la région. Mais c’est sans compter sur la résistance des habitants (le vieux Joseph en particulier) soutenus par l’ankou, le sorcier vivant au château…

Comme toujours chez Christin, passé, présent et futur sont intimement liés. Les faits présents s’inscrivent dans la continuité de ceux passés, qui auront des répercussions sur l’avenir… Le vaisseau de pierre est un manifeste sur les origines, la mémoire, la transmission… Eternels recommencements de la civilisation…

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Questionnement philosophique sur la lutte des plus faibles pour leur survie, les guerres de territoire, les conflits d’intérêts… Bien que la dimension politique soit sous jacente (au profit du fantastique), elle annonce le diptyque Les phalanges de l’ordre noir/Partie de chasse à venir…

Le graphisme du jeune Bilal est chargé, accumulant les modelés hachurés. Un procédé qu’il maitrise parfaitement (et abandonnera au fil du temps pour un style plus épuré). Ses couleurs sont glauques, le contraste ocre-orangé et bleu-gris verdâtre domine. Ce qui apporte une teneur minérale à l’ensemble, qui sied parfaitement à l’histoire. Ces personnages sont aussi durs que la roche bretonne.

Au fil du temps, Bilal s’est détaché des codes « bd » (découpage linéaire de l’action, très « cinématographique », son autre domaine de prédilection) pour développer un vocabulaire narratif plus personnel, entre séquences et illustrations. A l’instar d’un Masse, un Rochette ou un Barbier, Bilal est un plasticien exigent, qui aborde chaque case comme un tableau se suffisant à lui même, certes inscrit dans une continuité, mais possédant son propre équilibre de composition.

Cette œuvre de jeunesse possède la maturité suffisante pour conserver sa puissance évocatrice. Ce deuxième essai demeure un coup de maitre, tant il ne donne pas l’impression d’être le fruit de son époque, mais au contraire, une œuvre intemporelle.

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Piero – Baudoin (Le Seuil, 1998)

Piero - Baudoin (Le Seuil, 1998) dans Chroniques BD 691175_8863835

Dans cet album, Baudoin nous raconte son enfance, sa complicité créative avec son petit frère, la genèse de sa vocation de dessinateur. Vivant heureux à la campagne, mais à l’écart de tout, les deux frangins se refugient dans le dessin, parfaite porte d’entrée au monde de l’imaginaire. Ils s’inventent des histoires, dans lesquelles ils croisent un extra-terrestre dont le vaisseau spatial ne fonctionne qu’avec des rêves pour carburant…

Cette émulation mutuelle les a amenés, sans s’en rendre compte, à devenir de bons dessinateurs. Seulement, ils ne pourront suivre tous les deux des études dans ce domaine et aussi surprenant que cela puisse être, c’est Piero et non Edmond qui ira aux Beaux Arts de Paris. Cependant, Piero lui transmettra tout son savoir. Mais la réalité aura raison des idéaux de Piero, qui rangera ses dessins dans ses cartons, définitivement (c’est tout de même lui qui a dessiné la couverture !).

« Si Piero arrêtait, qui allait continuer le rêve ? […] Moi, j’ai quitté la comptabilité pour dessiner… pour aller dans le rêve… pour continuer l’enfance… peut-être juste pour faire ce livre… » (Edmond Baudoin)

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Baudoin explique dans un bref passage sa découverte fondamentale de la trame. En scrutant une photo de journal à la loupe, il comprit que l’image n’est en fait qu’une succession de points noirs. Cette manière de représenter le réel – non plus par des traits et des lignes qui expliquent, mais uniquement par des taches – l’obsédera toute sa vie. « Depuis notre balcon, Piero continuait à voir le dessin des voitures. Je ne voyais plus que des taches et des reflets. » (Edmond Baudoin)

Qu’il produise des histoires aux formats courts ou longs, de l’intime ou de la fiction, du noir et blanc ou de la couleur, Baudoin ne triche jamais. C’est un sincère, un authentique, qui crée d’abord pour lui (par nécessité ?) plutôt que pour faire plaisir à ses lecteurs. Et c’est ce qui me plait chez lui.

Petit par son format, mais grand par sa sensibilité et sa générosité, Piero est une petite perle, que seul un artiste du calibre de Baudoin peut nous offrir.

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Edmond Baudoin

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