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Nicole et Franky (Cornelius, 2015)

Nicole et franky

J’aime bien Franky, mais personnellement, je préfère Nicole. Il ne faut pas y voir là une réflexion d’hétéro primaire, c’est simplement que Nicole répond bien au delà des intentions annoncées par cette revue bicéphale et transsexuelle.

Le contenu de ce deuxième opus est aussi riche et polymorphe que le premier. Des bandes dessinées de haut niveau qui montrent l’exigence graphique et narrative d’une nouvelle génération d’auteurs plutôt originaux, aux patronymes pourtant très communs : Adrien Demont, Simon Roussin, Renaud Thomas, Jérôme Dubois. Ces p’tits jeunes sont pour la plupart formés aux écoles d’art, il n’en sont pas pour autant intello-chiants. Si leurs bandes dessinées peuvent être une expérience de lecture qui bouscule les habitudes et explore les limites de la narration séquentielle, ces derniers n’en oublient pour autant pas de raconter des histoires. Cette nouvelle garde supporte aisément la proximité des plus anciens qui, s’ils n’ont plus rien à prouver, nous démontre une sacrée vitalité. On peut toujours compter sur les Texier, Raynal, Burns, Ayroles, Crumb, Winshluss, Lumineau… On trouvera aussi des bandes issues du patrimoine (terme pompeux, mais j’ai pas le courage de chercher un synonyme), qui trouveront toute leur place ici (le Pepito de Bottaro, Bwana, le seigneur de la futaie de Lob ou le Papa Dindon de Martinet et Petit-Roulet). Belles découvertes avec Giacomo Nanni, Delphine Panique (quel beau nom!), Zuo Ma, Valfret, Donatien Mary ou Vincent Pianina.

Si je préfère Nicole, c’est qu’elle n’a pas peur des mots (j’entends déjà quelques réflexions déplacées du genre : « c’est normal, c’est une femme, bla bla bla »). Le rédactionnel est cette fois ci présent, entre une introduction revenant sur les événements à Charlie Hebdo ; une longue présentation des albums qui ont valu le coup en 2014 ; une riche interview du rare Blexbolex ou une plus courte mais tout aussi passionnante de Jake Raynal ; des textes absurdes à l’humour pince-sans-rire de JL Capron, sans oublier des présentations sommaires mais précises (merci Wikipédia!) des auteurs, en haut de chacune de leurs pages.

Franky et Nicole forment un joli couple, – faisant chacun la promotion de leurs auteurs maisons (et d’autres amies, telles que 6 pieds sous terre, Atrabile ou Arbitraire…) qui sont pour beaucoup les mêmes – j’ai hâte de découvrir leur progéniture.

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Petit-Roulet

Chez Cornelius

40 days dans le Désert B – Jean Giraud Moebius (Edition Stardom – Moebius Production, 1999)

40 days dans le Désert B - Jean Giraud Moebius (Edition Stardom - Moebius Production, 1999) 40jours1-300x198

Il est des ouvrages difficiles à raconter, d’en faire la présentation pertinente et juste par rapport à nos émotions. 40 days dans le désert B est de cette trempe. L’œuvre majeure d’un artiste qui n’en manque pas. Moebius restera pour toujours un monstre du neuvième art, car durant sa longue et prolifique carrière, il n’a jamais perdu cette puissance graphique, cet esprit d’explorateur de mondes imaginaires et du vocabulaire même de la bande dessinée.

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Moebius transcende le réel, s’appuyant sur des événements personnels pour en tirer quelque chose d’universel, susceptible de toucher la sensibilité de chacun. Selon Thierry Groensteen, Moebius aurait conçu ces dessins durant une période de sevrage de fumage d’herbe : «  …le désormais fameux ‘Désert B’ qui, depuis les 40 Days, est cette étendue vierge où l’imaginaire moebiusien se déploie et vient peupler le vide, où les plus improbables chimères reçoivent par le dessin une manière d’accréditation. [...] Désert B / désherber : le sens de ce jeu de mots est moins univoque qu’il n’y paraît. […] s’il est un sol qu’aucun jardinier n’a besoin de désherber, c’est bien celui, aride, du désert ».

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Les pages de ce recueil sont à voir comme autant de fenêtres ouvertes sur un monde imaginaire et halluciné, d’où foisonnent une multitude de détails, de portraits et de symboles (archers, lignes d’horizon, crânes, monolithes… ). Une succession d’angles et de points de vue (du très gros plan aux vues d’ensemble) qui forment la cartographie d’une dimension nouvelle.

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Un ‘espace/temps’ mental (comme en attestent ces nombreux objets flottants non-identifiés), où les lois de la physique sont bien différentes de celles que l’on connaît (la pesanteur ne semble pas exister).

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 40 days dans le désert B est bien plus qu’un simple recueil d’illustrations diverses de l’auteur. Il doit être lu comme autant de clichés d’un monde irréel mais ô combien cohérent. Chaque case-monde, d’une richesse incroyable, suffirait à poser les jalons d’un univers à part entière.

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Moebius reproduit des formes et des figures (et use parfois d’itérations iconiques), conférant ainsi une dimension séquentielle à la lecture. Son trait minutieux lui permet de charger ses compositions d’une multitudes de détails et de matières (chairs, textiles, minéraux…), sans jamais tomber dans la saturation.

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Si l’ensemble raconte une histoire dont le sens nous échappe constamment, chaque tableau (épuré ou surchargé) est un arrêt sur image invitant à imaginer l’ailleurs, l’avant et l’après. Tout se joue dans le ‘hors-cadre’…

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Je ne connais pas encore toute son Œuvre, mais ce livre (reproduction au format original du carnet de l’auteur) est pour moi ce qu’il a fait de mieux… Magique, astral, magistral…

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Point de vue de l’Ami Nantua

L’horreur est humaine Vol.2, N°1 (Editions Humeurs, 2008)

L'horreur est humaine Vol.2, N°1 (Editions Humeurs, 2008) dans Presse et Revues hh22-201x300

Revue hors norme des éditions Humeurs, L’horreur est humaine est un ouvrage collectif de dingues, qui repousse les limites du bon/mauvais goût en images.

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David Sandlin

Bandes dessinées décalées et loufoques (Charlie Schlingo, Basil Wolverton, Peter Bagge, Robert Crumb, Charles Burns) ; des illustrations (pages de garde de Blanquet, les Cauchemars d’Yves Chaland, les portraits hachurés de Matthias Lehmann) ; les photographies tendance voyeurisme de Romain Scolombe ; des tableaux (les portraits excessivement réalistes d’Alexis Lemoine ou l’érotisme morbide d’Ohta Keiichi) ; des expérimentations de narration séquentielle (Ruppert et Mulot, Morgane Navarro, Tobias Schalken, l’itération iconique d’Ethan Persoff)…

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Marko Turunen

Une succession d’auteurs aux horizons divers et variés (en genres, époques, origines ou disciplines) qui partagent cette affolante faculté à bousculer les conventions et mettre l’art du beau dessin et de la belle image dans ses retranchements, d’en exploser les codes. Que ce soit les tableaux naïfs et illuminés de David Sandlin, le trait vif et outrancier d’un Carlos Nine, la fantasy expressionniste de Marko Turunen (qui met en scène un Thor en colère car son pote Intrus ne lui a pas rendu son cd de Kate Bush!), le surréalisme panique d’une Medi Holtrop, les bandes expérimentales et quasi abstraites d’Elles Sont De Sortie, l’onirisme dérangeant de Ludovic Debeurme, les cruelles illustrations de Gustave Doré, les nues aquarelles et planches abstraites de Pyon, les strips existentialistes de Pascal Girard ou ceux limites déviants d’Olivier Texier…

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 Tobias Schalken

L’horreur est humaine  interpelle, bouscule, choque, uppercute ses lecteurs. Sûr que cela ne plaira pas à ceux qui n’aiment que les jolis dessins et les histoires bien racontées…

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Yves Chaland

A voir

Tintin au Congo – Hergé (Casterman, 1937)

Tintin au Congo - Hergé (Casterman, 1937) dans Chroniques BD tintincon

Bon, au delà des bruyantes polémiques, que reste-t-il de cette deuxième aventure de Tintin en ce 21ème siècle ?

1) Un témoignage des mentalités et des mœurs de son temps, à savoir la petite bourgeoisie bruxelloise, royaliste, colonialiste et conservatrice des années 20.  Le mot nègre est régulièrement employé dans la version de 1931. Bien qu’il n’avait pas la même connotation à l’époque, j’avoue avoir du mal à chaque fois que je lis ce terme péjoratif et dégradant. Tout comme l’est la posture paternaliste et condéscendante de Tintin envers ces « pauvres » congolais (ah, le coup du chapeau coupé en deux !). Hergé a eu beau atténuer les clichés colonialiste de l’album en le redessinant en 1946, rien n’y fait. Cela transparait à chaque case.

2) Un récit d’aventure confondant de naïveté, voire limite crétin à certains moments. Une fiction qui prend énormément de libertés avec la réalité du continent africain. Une accumulation de scènes incohérentes, reposant sur une chance insolente, qui amène nos deux héros à s’en sortir à chaque fois, contre toute logique narrative (voir le passage où les singes les aident en jettent des noix de coco contre le méchant).
Un univers qui se veut réaliste, mais qui n’est qu’un déroulement d’événements fantaisistes, une successions d’absconses situations  (quand Tintin se déguise en singe ou en girafe). Sans parler de cette manie pour le moins agaçante qu’ont Tintin et Milou à faire des commentaires sur ce qu’ils vivent, au moment même où ils le vivent (par exemple, quand Milou tombe à l’eau et le requin attaque Tintin).

3) L’œuvre de jeunesse d’un futur géant de la bande dessiné, qui essuie les plâtres de sa pratique de la narration séquentielle (en cela, la version originale est bien plus intéressante). Ce qui distingue Hergé de ses contemporains, et ce dont témoigne cet album, c’est l’utilisation des phylactères et la suppression des cartouches en dessous des dessins. Un procédé pour le moins nouveaux à l’époque, qui fera école. Autre particularité du jeune Hergé, c’est cette constante impression de mouvement. Très influencé par le cinéma, il n’hésite pas à décomposer les gestes de ses personnages de manière quasi chronophotographique, ce qui apportent un rythme soutenu à ses planches (voir la scène de combat en haut de la falaise).

4) Tintin est un des premiers héros à vivre des histoires « réalistes ». La plupart des séries contemporaines développaient des univers fantaisistes ou fantastiques (Little Nemo, Krazy Kat, Mandrake, Zig et Puce, Bibi Fricotin…) Le fait de choisir un héros reporter, allant à la découverte de pays exotiques, inscrivait les aventures de Tintin dans une réalité géographique et historique. D’un point de vue naïf et caricatural dans les premiers albums, c’est à partir du Lotus Bleu qu’Hergé effectuera un travail documentaire conséquent, qui apporta une réelle authenticité aux situations décrites, jamais démentie jusqu’à sa dernière aventure.

Pour conclure, je citerai Benoit Peeters dans Tintin et le monde d’Hergé : « Paradoxalement d’ailleurs, c’est peut-être dans ce côté stéréotypé que réside aujourd’hui le principal attrait de Tintin au Congo. Des missionnaires aux chasses aux lions, des mines de diamants aux crocodiles, l’album constitue un fort bon répertoire des clichés colonialistes. Et l’on finit par se dire que, si le livre n’a rien d’une peinture très authentique du Congo de l’époque, il constitue par contre un excellent document sur l’imaginaire africain qui occupait alors les esprits européens ».

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What’s the news in Fouloude ?

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Une couverture d’Edika est toujours un plaisir (et la garantie de bonne vente du numéro !). Un dessin d’une grande sentimentalité (Edika est un sensible), dans lequel pointe malgré tout les détails absurdes et cons qui font la marque de fabrique du dessinateur ET du journal. Une couverture d’Edika (en moyenne une à deux par an) est indispensable pour conserver le fil avec « l’Umour Fluidien » originel.

« Fouloude Glôzial » évolue plutôt bien depuis ses débuts en 1975. Cette ‘continuité dans le changement’, tout en conservant l’esprit des fondateurs est la marque de fabrique du journal, et explique son incroyable longévité. Cependant, depuis l’arrivée du nouveau rédac’ chef Goffette (qui me semblait au départ une très bonne chose), on ne peut qu’observer une baisse de la qualité générale, des modifications dans la ligne éditoriale qui empêchent les lecteurs de s’y retrouver. L’apparition de nouvelles rubriques qui n’ont plus trop de liens avec l’esprit du journal (je ne suis pas contre les chroniques rock ou ciné, mais encore faut-il qu’elles s’inscrivent dans la logique  ‘Umour et Bandessinée’), de nouvelles séries plutôt médiocres, que ce soit Duc Béton de Conrad et Frissen ou la quête de Fluide de Frizou et Dubuisson. Sans parler de l’étonnant licenciement d’Eric Deup, pour un article (jamais publié) soi-disant diffamant envers la nouvelle direction du journal (tous les détails ici). Peut-être faut-il être indulgent, et prendre le temps de s’habituer à ces changements ?

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Heureusement, on trouve encore les incontournables Lindingre, Julien et Mo Cdm, Thiriet, James, Margerin, Gaudelette, Lefred-Thouron et bien sur Edika. Sans oublier les inaltérables rubriques de Frémion, Léandri, Casoar ou Fioretto. Espérons que cette baisse de régime ne soit que temporaire, et que le journal puisse renouer avec ses qualités intrinsèques. Je pensais que l’esprit sans concessions de Goffette s’adapterait bien à l’esprit fluidien, sans le dénaturer… Pourtant, Goffette a de bonnes idées, comme l’invité du mois. Dommage de n’y consacrer qu’une page en début de journal et ne pas, par exemple, les impliquer dans la conception des marges de la gazette, qu’ils aient la possibilité de commenter le contenu du journal… Dans son édito, Goffette annonce deux numéros spéciaux à venir sur/avec les Monty Python, puis Groland. Souhaitons que ces deux monstres étalons du genre puissent redonner du peps au journal…

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Mais revenons au génialement fou Edika. Il triture comme personne le langage BD et crée des mises en abyme de dingue, des histoires à tiroirs qui nous plongent littéralement « dans » le système structurel de la narration séquentielle (ça en jette comme formule !). Il nous balade entre les dimensions (la deuxième, la troisième, la quatrième…), incrustant ses personnages dans des décors photos ou les laissant se casser la gueule sur la rigidité du cadre ou de la planche. Un auteur qui joue et se joue des spécificités du médium, se mettant en scène en train de réaliser l’histoire qu’il est en train de nous raconter, toujours perturbé par ses personnages qui l’interpellent pour décider d’eux-mêmes, ou refuser, ce qui doit leur arriver. Un créateur qui se fait constamment débordé par ses créatures. C’est la dure vie d’un auteur. Une virtuosité graphique au service de délires narratifs, Edika arrive à décliner son savoir-faire sans donner l’impression de se répéter. A l’image du journal de Gotlib !

 « Dans les périodes de doute, c’est toujours à la référence Gotlib que l’équipe revient. Quand cette référence ne sera plus compréhensible par ceux qui font le journal, il n’y aura plus de journal. » (Yves Fremion, tirée du numéro spécial 30 ans de Fluide)

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Edika

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