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Ma non Topor

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(collage et gouaches sur billot de bois, par Mr Rêve)

Derrière ce jeu de mot un peu foireux – car on aura jamais assez de Topor-, l’intention de cette page est de partager mes impressions et réflexions sur l’univers de Roland (permettez que je l’appelle par son prénom). Je m’y intéresse depuis plus de 15 ans et je n’en perçois toujours pas les contours (est-ce possible ?). C’est aussi ce que j’aime, en découvrir « ad vitam ». Car il serait prétentieux de prétendre tout connaitre de son œuvre (avec un grand o).

Ce que l’on ne peut pas m’enlever, c’est l’intimité que je développe avec lui. Oh, je ne l’ai jamais rencontré ni aucuns de ses proches. Pourtant, il me semble le connaitre un peu plus chaque fois que je découvre ses romans, ses nouvelles, ses illustrations, ses peintures, ses dessins de presse, ses dessins, ses films d’animations, ses pièces de théâtre, ses chansons, ses affiches, ses rôles, ses adaptations… Je ne m’en lasse pas. Mais plus j’en découvre, plus la compréhension de ses intentions et leitmotivs s’éloignent. Plus j’essaie de cerner l’artiste (avec un grand a) et plus je m’égare…

Ce que j’ai compris au fil du temps, c’est que Roland est une bête humaine, qui agit selon son instinct, ses envies, ses non-envies, ses désirs, ses dégouts. Lui-même n’a jamais su (voulu ?) se définir et c’est en cela qu’il est grand. Au-delà de sa « poly-pratique » artistique reconnue, je suis sûr qu’il ne savait pas ce qu’il allait faire, ni de quelle manière, au moment de le faire. Même s’il répondait aux commandes, il n’a jamais eu de plan de carrière et se laissait guider par l’instant, plus que par l’instinct.

Roland est une bête de somme. Pour lui, rêver c’est travailler. Le rire physique de Roland est de notoriété. Il écrase tout. Faisant écho au vide intersidéral qui nous habite. Son humour est froid, brulant, distancié, touchant, décalé, très sensé… Suscitant des fous rires salvateurs et paniques. La panique justement, qu’ils ont transformée en manifeste, est le moteur de toute création. Ce qui nous pousse à trouver du sens là où il n’y en a pas. Et Roland l’a très bien compris. Il est sans aucun doute l’artiste le plus lucide sur cette question, considérant les Arts et la poésie comme seuls rempart à l’insupportable finalité de l’existence. Le rire et l’amour des plaisirs charnels comme seules résistances. C’est pourquoi il est essentiel.

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Burlesque

On emploi souvent le terme « surréaliste » pour qualifier l’univers de Roland Topor. C’est une erreur. Derrière un aspect surréel, Topor ne fait que se confronter -et nous confronter – à la réalité de la condition humaine… Burlesque conviendrait mieux. En littérature, le Burlesque se caractérise par l’emploi de termes comiques, familiers ou vulgaires pour traiter de sujets nobles et sérieux. Selon une définition plus moderne : « le burlesque est un comique physique, violent qui emploie notamment le coup, la chute, la tâche, la glissade, la collision… Des qualificatifs qui lui siéent parfaitement.

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Panique

On le sait, Roland et ses amis Arrabal et Jodorowsky ont créés le faux mouvement Panique (qui a failli s’appeler Burlesque !) en réaction à leur rencontre avec leur idole André Breton, devenu un odieux gardien du temple rétrograde et réactionnaire. Ce qu’il a fait de ce mouvement d’avant-garde, (dénigrant les arts populaires tels que la bande dessinée, la musique rock ou le cinéma de genre) ne leur a suscité que du mépris. «  Avec Arrabal, on n’aimait que des choses que les autres trouvaient sans intérêt, certains polars de Série Noire, par exemple. C’était assez honteux de dire qu’on aimait cela à l’époque. On aimait les machines à sous, le yé-yé. Arrabal adorait le yé-yé. […] J’aimais la chanson populaire. Panique, c’était en réaction contre le côté exaspérant du Surréalisme, des procès, de la légitimité de la parole. […] Le mouvement “Panique” n’avait aucune réalité. Mais ça paraissait bien d’en avoir une par rapport aux institutions, aux acheteurs. Un groupe, ça devient historique. Il est bon d’être historique et national. Alors on s’est dit, on va faire semblant » (source).

Traumatisé par l’occupation nazie et son exode en Savoie lorsqu’il était enfant (« je n’avais pas cinq ans que j’avais déjà toutes les polices de France à mes trousses »), Roland a conservé cette peur viscérale de la mort (« Je n’avais qu’un seul souci, celui de rester en vie »). Elle transparait en filigrane dans ces créations et motive cette fuite en avant dans l’hédonisme et l’épicurisme.

La panique chez Roland s’inscrit dans un double mouvement. Sur le principe des vases communicants, il exhale sa panique dans ses créations et génère en réaction ce même sentiment chez ses admirateurs. Car les peurs archaïques qui l’animent sont également les nôtres. C’est pourquoi il dérange autant qu’il fascine.

S’il l’est parfois avec ses personnages, Roland n’est pas un sadique avec son public. Ce n’est pas pour assouvir une intention perverse qu’il créé ses images dérangeantes, mais parce qu’il n’a pas d’autre échappatoire à ses angoisses. Il se moque de savoir comment seront reçues ses productions [même si, comme beaucoup, il cherche à être apprécié pour son Art] et respect le libre-arbitre de chacun. Et rien ne nous oblige à nous y confronter, si ce n’est l’ « attraction-rejet » qu’elles suscitent. Plonger dans son œuvre n’est pas sans conséquences. On sait ce qu’on y perd (des illusions, de la tranquillité…), surtout ce qu’on y gagne (de la lucidité, de la mise à distance, du rire…).

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Réalité

A la différence de son ami de collège Boris Cyrulnik, Roland n’est pas un thérapeute. Tous deux ont vécu les mêmes drames durant leur enfance mais ne l’ont pas encaissé de la même manière. Boris développe  le concept de Résilience, comme un pied de nez optimiste aux traumatismes de l’enfance. Roland lui, a passé sa vie à s’y confronter. Non par masochisme (bien que ce soit une thématique récurrente chez lui, voire le titre de son premier ouvrage), mais pour mieux les exorciser. Bien qu’il accorde une importance essentielle au rêve comme vivier inépuisable d’idées créatives, Roland s’intéresse peu à l’inconscient et toute la symbolique psychanalytique. Son champ d’action (de réaction plutôt) est le principe de Réalité.

Roland vit dans notre monde. Pourtant, il ne le perçoit pas comme nous. Il saisit des détails, des éléments pour nous insignifiants, qui en disent long sur la vacuité de nos existences. Il restera cet impitoyable révélateur de nos travers et veuleries, de l’absurdité de nos petites vies, centrée sur nos petites préoccupations matérielles.

A l’extrême opposé [qui ont cette fameuse tendance à s’attirer] de son camarade panique Alejandro Jodorowsky -qui face au principe de réalité pratique le « pas de côté », en explorant les territoires de l’ésotérisme, la science-fiction ou la psychomagie-  Topor lui, a un rapport frontal au réel, dans ce qu’il a de plus impitoyable, de plus violent. Ça se vérifie dans son œuvre picturale, plus encore dans ses écrits. Quand Jodorowsky contourne le mur de la réalité pour en cerner les limites, Topor tape dedans pour en ressortir toute la bêtise grouillante…

Cette confrontation au réel passe inévitablement par le corps, les corps, l’anatomie, les organes, les viscères, les sécrétions…. Soit tous ces éléments biologiques qui permettent d’interagir avec le monde extérieur, mais également au monde extérieur de modifier l’équilibre de l’organisme, souvent de manière intrusive.  Roland s’attarde également sur les agressions psychologiques du Réel : angoisses de morcellement, sentiments de dislocation, d’intrusion, perte de contrôle, troubles identitaires, de genre…

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Matière

Preuve s’il en est que l’univers de Roland ne permet aucune catégorisation. En prêtant attention à ses productions, on peut légitimement affirmer que Roland (mal)traite le corps par le biais de l’image, quand la psyché l’est sur le terrain de l’écriture. C’est un fait, le dessin est quelque chose de physique (le crayon salit et le papier coupe), qui permet une représentation du monde physique (voire les dessins d’observation d’après modèles). Là où l’écriture favorise l’introspection et convient bien mieux pour rendre compte du fil de la pensée, des dérives de la psyché.

Le motif essentiel de ses Dessins Paniques est le corps humains, représenté dans son ensemble ou par les détails. Dans nombre de ses romans ou nouvelles (le locataire chimérique, L’ambiguë, Journal in Time…), il nous expose au psychisme plutôt perturbé de ses personnages (qui sont souvent les narrateurs, parfois lui-même). Et bien que cela se vérifie, on ne peut réduire les choses à ça, au risque de passer à côté de beaucoup. Les nombreux contre-exemples nous incitent à jeter cette catégorisation avec l’eau du bain :

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Ce dessin des trois gusses péchant dans un « crâne-mare » est une pure image mentale. Elle évoque bien plus les errances de la pensée que les turpitudes du corps humain. Ces pêcheurs vont-ils à la pêche aux neurones ? Aux idées ? Le bonhomme est-il Roland ? Que cherche-t-il au fond de son cerveau ? Que va-t-il y trouver ? Libre à chacun d’interpréter…

« Encore heureux que la plante des pieds et des mains, les coudes et les genoux soient dépourvus de poils.

Ce ne serait pas drôle de découvrir par hasard un long poil blanc d’entre mes lèvres. Je tire, il résiste. Au toucher, il paraît aussi robuste qu’un crin de cheval. Je m’approche tout contre le miroir et constate en retroussant les babines qu’il pousse sur l’incisive. J’assure ma  prise et l’arrache d’un coup sec. Une onde de douleur me transperce comme s’il s’agissait non d’un poil, mais d’un nerf implanté dans le cœur. » (Jachère-Party, p 42-43)

La force d’évocation de cet extrait est indéniable. On ressent la douleur décrite plus encore que si elle nous était montrée.

Dans le fond, même si elles entretiennent un rapport de dualité et entrent souvent en conflit, matière organique et matière grise  ne font qu’un chez Roland. Je dirais même plus, pour lui qui ne dresse aucune hiérarchie entre les composantes de l’être humain, la psyché est un organe comme un autre, tout aussi important que l’orteil ou la vésicule biliaire.

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Roland 

« J’aurais aimé être capable de prendre en sténo les visages et les lieux entrevus au cours de ma brève excursion terrestre. Mais à quoi bon ? Le dessin-sténo a été avantageusement remplacé par l’appareil photo, la caméra de vidéo ou de cinéma. D’ailleurs mon souci principal n’a jamais été de représenter le monde, mais plutôt de l’imaginer autrement, de me foutre de sa sale gueule, de lui faire un bras d’honneur, de me venger.

La réalité ne me traite pas plus amicalement que mon espèce, il ne faut pas compter sur moi pour l’embellir. Je me contrefiche de figurer à mon tour sur les pages tombales des livres d’art, emballés en cadeaux de Noël.

En revanche, si je parvenais à me rendre l’existence moins oppressante, si quelques heures de récréation réussissaient à me distraire de la corvée de l’agonie, ce ne serait déjà pas si mal. 

Pourtant, à force de dessiner par nécessité, je risquais l’écœurement.

J’écrivais pour sauvegarder mon plaisir de dessiner.

Et aussi pour me tailler en jouant avec les mots un territoire gratuit, sans dieu ni mort, dépourvu de morale et de gravité.

Un aire de jeux hors des lois du monde.

Le talent que j’ai eu, qui me reste, que l’on me reconnaît, ne m’importe ni plus ni moins que le renouvellement de leur carte de séjour ne préoccupe mes amis étrangers. Il incarne une formalité tracassière et dérisoire, inventée pour brimer les déplacés.

Et puis ces questions devraient cesser de m’importuner.

Puisque je suis en jachère, elles ne me concernent plus. »

(in Jachère-Party, p 46-47) 

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S’il se met très rarement en scène dans ses dessins, Roland a souvent le premier rôle de ses écrits. Mémoires d’un vieux con, journal in Time, Jachère-Party… Roland prend la première personne dans ses récits où fiction et réalité s’entremêlent de telle manière qu’on ne peut distinguer le faux du vrai. Mais de toute façon, l’écriture sera toujours fausse, approximative et inexacte. L’autobiographie est une vue de l’esprit, de l’auteur, mais aussi des lecteurs. Partant de ce postulat, les récits autobio de Roland sont authentiquement faux, donc on-ne-peut-plus justes.

A la lecture du Journal in Time, on a l’impression que Roland est plus cruel avec lui-même qu’il ne l’est avec ses semblables. Il ne s’épargne pas et ne se montre pas à son avantage, alors qu’il en avait la possibilité. C’est dire s’il ne triche pas ! Il est ici moins « squizophénique » et semble mieux assumer sa personnalité, jouant de son statut d’artiste incompris à forte notoriété pour se moquer de ses fans et des marchands d’art qui spéculent sur ses œuvres. Car en tant qu’ « Homme Elégant », il « préfère une tache de sauce sur sa veste qu’une décoration ». L’intimité que Roland partage n’est ni impudique, ni nombriliste : « Quand l’Homme Elégant montre son nombril, c’est uniquement la faute de sa chemise ».

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Autoportrait, 1976

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Quand un prof de français a bon goût et organise tout un programme sur Roland pour ses élèves de terminal… Les chanceux ! Document improbable de 1980 déniché par Mr Rêve.

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Boucherie

Que ce soit en gros, demi-gros ou à la pièce, Roland aime débiter les corps. A ce jeu du démembrement et du désossage, on distingue nettement deux types d’images. Il y a d’un côté ces « images mentales » qui évoquent une idée ou un concept. Elles font écho à des angoisses profondes. Et de l’autre les « images physiques », qui représentent très clairement les limites du corps humain. Elles suscitent l’horreur et l’effroi.

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Dans le premier type d’images, les corps sont découpés net, les membres taillés comme des rondins de bois, parfois effacés avec une gomme. On y trouve aucune trace de la chair ou de sang. Dans le deuxième type, Roland y va franchement dans le gore. Les corps sont déchiquetés, arrachés, éviscérés… Le sang et les matières fécales coulent à foison.  Il était tout désigné pour illustrer la collection Gore des éditions fleuve noir. Si ces images sont très souvent allégoriques, elles possèdent une dimension clairement cathartique.

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Dans sa « cuisine cannibale », l’homme devient un animal comme les autres, fait de chair et d’abats qui se préparent à toutes les sauces. Pour le philosophe Roland, l’Homme est une viande pour l’Homme. « L’homme est assez difficile à conduire à l’abattoir car il est capricieux et peu intelligent ».

Pour rester dans la thématique, on ne s’étonnera pas de voir Roland collaborer avec Francois Hadji-Lazaro, membre fondateur des Garçons Bouchers et de Boucherie Production, dans François détexte Topor. Chansons que l’on retrouve dans le Topor Pavé.

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Absurde

Roland est un maitre de l’absurde. Selon le petit Robert, cet adjectif définit « ce qui est contraire à la raison, au bon sens, à la logique ». En effet, détestant le raisonnable et le bon sens commun, il trace sa route contre toute logique connue. Et pourtant, son univers en est pleinement pourvu, de logique…

L’absurde de Roland se situe aux abords du surréalisme à la belge, de la pataphysique et du non-sens à l’anglo-saxonne. Avec une bonne dose d’humour froid des pays de l’Est. Ses points cardinaux sont René Magritte, Alfred Jarry, Gogol et Lewis Caroll.

Il aime à mettre ce grain de sable qui fera insidieusement basculer l’ambiance du normal à l’anormal. Les décalages viennent autant des attitudes des personnages, de l’environnement dans lequel ils évoluent que des interactions entre eux. Ces sujets, environnements et interactions sont multiples et infinies : les corps dans l’environnement extérieur, les organes dans l’environnement corporel, des traits de personnalités dans l’environnement psychique…

Dans une séquence du Journal in time, des personnes agissent normalement face à une situation qui ne l’est pas (Roland est invité à un repas de famille perturbé par la présence d’un tigre dans le séjour. Ils font toutefois comme si la bête n’était pas là). Dans Joko fête son anniversaire, les personnages se comportent étrangement (ils se montent les uns sur les autres !) dans un environnement banal (la ville, les rues…). Dans Le locataire chimérique, le protagoniste agit et réagit bizarrement (comme s’il était persécuté) dans un environnement étrange (ses voisins ont tous l’air d’être contre lui). Bref, chez Roland, rare sont les personnages se comportant normalement dans un environnement normal. C’est incompatible avec son dégoût de la normalité.

Interactions décalées entre l’intérieur et l’extérieur, entre le corps et l’esprit, entre les diverses partie de l’anatomie, entre les différentes faces d’une personnalité (dans le Locataire, le protagoniste est-il un homme qui se croit femme, ou une femme qui se croit homme ?). Une main à la place du pied, une énorme oreille, un petit visage sur une grosse tête, un homme à trois jambes, des doigts vivants… Les décalages absurdes de Roland ont toujours un sens caché, parfois accessible, d’autre fois abscond. Mais jamais gratuit. Même si on ne le comprend pas, on devine qu’il y a quelque chose derrière l’image. Tel un cochon cherchant la truffe, il nous faut gratter pour le trouver.

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Pornographie

L’œuvre de Roland parait mortifère, alors qu’elle n’est qu’expulsion de vie. La sexualité est présente. Normal puisse que Plaisirs et Chair sont les deux mamelles (« la plus belle paire de seins du monde » !) de son corpus artistique. Roland n’a pas peur de la pornographie, mais s’il en use, ce n’est pas pour satisfaire de quelconques pulsions libidineuses (il n’est pas putassier et ne s’abaisse pas flatter les bas instincts de son public). Plus surement pour  bousculer notre rapport au corps (déformation, intrusion, soumission …) et nous tourner en ridicule, renvoyant l’acte sexuel à ce qu’il est : une pratique primitive et animale.

Décrites ou dessinées, ses scènes de sexes n’ont rien d’excitantes (à la différences de celles de ses camarades Siné, Tetsu ou Wolinski). Elles sont bien souvent réduites à un acte froid et mécanique. A croire que pour lui, l’image porno est aussi fausse que l’image publicitaire, faisant la promesse d’un plaisir qui ne sera jamais aussi vrai et intense que l’annonce voudrait nous le faire croire. Vouloir susciter du désir en représentant l’acte sexuel est une tromperie. C’est peut-être pourquoi ces images sont rares car, dans le fond, elles lui apparaissent insignifiantes.

Toutefois, Roland n’est pas insensible à l’érotisme. Il a bossé pour la revue LUI (illustrant des chroniques gastronomiques) et a créé le livre-jeu érotique Le jeu des seins (faites des paires). Il pratiquait aussi le détournement d’images pornographiques. Partant d’un matériau brut et explicite, il recherchait des formes et des figures qu’il soulignait au feutre ou au pinceau, créant ainsi de nouveaux motifs. Cette pratique en dit long sur le respect qu’il peut avoir pour ce type d’images, les considérant comme des déchets qui peuvent être réutilisés et transformés en quelque chose de beau.

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De A à Z

Roland aime les lettres. Dans Le courrier des lettres, elles ont leur existence propre et se passent volontiers de mots pour se faire comprendre. Il met ici l’alphabet dans tous ses états. Preuve s’il en faut que pour Roland, graphisme et graphème sont fait du même geste, du même sang.

Dans Alice au pays des lettres, ces dernières ont le premier rôle. Alice ne tombe pas ici dans un terrier, mais littéralement dans les pages du livre sur lequel elle s’est endormie. Les lettres prennent vie et se rendent toutes à la bibliothèque. Elles cherchent à être engagées dans une pièce de théâtre. Alice les suit, discute avec un Z qui est triste de ne pas avoir été retenu au casting, puis assiste au spectacle. En sortant, elle croise un M qui va être jugé pour faute d’orthographe par les deux tyrans que sont la Grammaire et la Syntaxe. Une émeute s’en suivra en soutien à ce pauvre M… Après avoir renversé les tyrans, les lettres font une grande fête, se mélangent sans aucunes règles pour former des mots incompréhensibles qui « ne manquaient pas de fantaisie, mais risquaient de donner la migraine ». C’est en criant « assez !» qu’Alice se réveille… et va chercher des escargots dans le jardin.

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Roland est dans le dictionnaire. Encore heureux. En 1997, les éditions Hachette ont été on-ne-peut plus réactives, indiquant l’année de son trépas survenu à peine deux mois avant la sortie du dico. Ca force le respect envers cette institution. Il est marrant de constater que dans ce dico généraliste, Topor se situe entre Toponyme (nom de lieu) et toquante (la montre). Inscrit pour toujours entre l’espace et le temps…

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Dans les pages des Noms Propres du Grand Larousse Illustré de 2014, Roland apparait entre Topffer (reconnu comme l’inventeur de la bande dessinée) et le dieu Tor (qui s’écrit aussi Thor, comme le héros  des comics). Mais aussi entre Topkapi (haut lieu de la religion islamique) et Torah (textes fondateur du Judaïsme). Un comble pour le mécréant qu’il était.

Niveau définition, le Hachette n’évoque que le Roland dessinateur d’humour noir au style académique, là où le Larousse le présente également comme écrivain, précise ses origines et parle de son style absurde et décapant. Des définitions très succinctes, qui démontrent la difficulté à résumer son œuvre et l’impossibilité de le ranger dans une case.

Le mieux, c’est de consulter directement Le dictionnaire Topor, rédigé par Laurent Gervereau et édité chez Alternatives… Un ouvrage admirable.

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Enfance

Certes, une grande part de la production de Roland n’est pas à mettre entre toutes les mains. Pour autant, son univers dégage un petit quelque chose d’enfantin. Par cette naïveté et cette cruauté qu’il peut avoir sur les choses et les hommes. Par cette volonté farouche de s’amuser et rire de tout, quoi qu’il en coute. Pour survivre, Roland s’est accroché à cette créativité folle que chaque enfant possède, mais que la grande majorité des adultes perdent. Il a conservé et entretenu ce regard distancé et pourtant très acéré de l’enfance, comme pour mieux se protéger du monde des grands et à jamais refuser d’en faire partie.

Quand il se lance dans la création d’un programme pour enfants (répondant à la demande des créateurs belges initiaux du projet Henri Xhonneux et Eric Van Beuren), Roland se tiendra à un principe fondamental : ne pas prendre les mioches pour des débiles. Moche, cruel, effrayant, rigolard, loufoque… les qualificatifs pour définir cette émission sont légions. Téléchat est un programme court de marionnettes prenant la forme d’un journal télévisé, animé par les deux présentateurs vedettes (Groucha et Lola) et ponctué de divers reportages qui mettent en scène un casting improbable (Duramou, Brossedur, Léguman, Micmac, Pubpub…). Sans oublier le génial Gluon, particule la plus fondamentale permettant de donner la parole à n’importe quel objet.

L’idée essentielle – qui fait écho à la vision animiste des enfants – est que les objets et les animaux ont leur existence propre, vivent et parlent comme les humains. Leurs préoccupations sont les nôtres et ils expriment des revendications bien ordinaires (grèves des galets sur la plage, migration des parapluies…). Le constant décalage absurde qui se dégage de Téléchat  tient au fait que l’on s’identifie facilement à ces personnages improbables et extraordinaires.

Grandir en ayant biberonné à Téléchat n’est pas sans conséquences (et a inconsciemment motivé ma passion pour Roland). Cela a contribué (chez moi et chez beaucoup d’autres je pense) à développer et entretenir une méfiance vis-à-vis des soi-disant vérités des adultes et de la tristesse de leur monde. Car oui, les animaux et les objets ont une âme !

La plus belle collaboration artistique de Roland fut avec son fils Nicolas, alors âgé de cinq ans. Sorti en 1972, Un Monsieur Tout Esquinté est composé de dessins et de textes, tout simplement réalisés par deux enfants.

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La preuve par l’image

L’idée de cet article est d’établir des liens évidents ou incongrus entre des images issues des Arts visuels (Bd, Cinéma, Peinture, affiches, pochettes…). Des références volontaires, involontaires, des coïncidences, des liens connus ou reconnus, ou tirée par les cheveux… Pour illustrer l’idée que rien ne vient vraiment par hasard…

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Nuls doutes possibles que cette couverture du numéro 47 de l’Echo  (déc. 1978), dessinée par l’inénarrable Solé, ait fortement influencé les créateurs des Crados (Garbage Pail Kids) pour leur personnage de Robin des Doigts (Handy Randy) créé au début des années 80.

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Avec ce superbe dessin récemment publié sur sa page fb, Jean-Michel Thiriet revisite ce gag de l’immense Claude Serre… Une belle poésie dans les deux cas…

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La couverture de l’album Fix Me d’Arnaud Rebotini n’est pas sans évoquer certaines de Steve Reich. Une référence musicale et esthétique reconnue…

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Le hollando-californien Benny Sings vient de sortir le superbe City Pop, un album pop-funk aux références multiples : Bill Withers, The Buggles, Michael Jackson… mais aussi Joe Jackson, période Night and Day…

La référence à l’anglo-newyorkais est assumée jusque dans la composition de la pochette du disque : Un trait leste et stylisé, le musicien est devant  son piano, l’instrument est au centre de la composition, avec la ville en arrière-plan…

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Encore un bel exemple de copinage d’idée de gag. Inutile de chercher à savoir qui de Géluck ou Delambre aurait copié l’autre… Ce sont deux grands dessinateurs humoristiques qui oeuvrent dans le dessin d’actualité depuis des lustres. Réactifs, ils partagent un regard acéré et un sens de l’humour absurde et caustique. Ce ne serait pas étonnant qu’ils aient trouvé ce gag chacun de leur coté…Une bonne idée peut se partager sans le vouloir. Un beau cas de synchronicité…

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Ce n’est surement pas un hasard si ces deux groupes phares de la scène rock belge sortent à un an d’interval un album à la pochette quasi identique. On peut voir celle du Everest des Girls in Hawaii comme une réponse au Following Sea de dEUS : après le calme, la tempète. La composition (3/4 eau, 1/4 ciel) et le noir et blanc bleuté sont similaires, seul l’état de la mer change.

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On le sait au moins depuis Picasso, les grands artistes sont aussi de grands copieurs, trouvant chez leurs contemporains (ou dans le patrimoine) des idées qu’ils savent se réapproprier, au point de parfois croire qu’elles sont le fruit de leur folle créativité. Topor ne fait pas exeption. La citation et la copie font même partie intégrante de son oeuvre. Je ne suis donc pas surpris de constater que l’idée dingue de son dessin « les otages » (de 1976), mettant en scène les doigts d’une main prenant vie (et dont le pouce prend les autres en otages), lui soit surement venue de la série intitulée « Fingers of Fear », créée en 1952 par Murphy Anderson pour la revue Sensation Comics.

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Les Otages (Topor, 1976)

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Couverture de Carmine Infantino et première page de Murphy Anderson (1952)

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Une couverture mythique (pour les américains) inévitablement reprise par d’autres…

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Cette pochette de Creep on creepin’ on (sorti en 2011) des canadiens Timber Timbre n’est pas sans m’évoquer celle de Londinium, le premier album des anglais Archive sorti en 1996. Deux photographies prises en extérieur, à l’ambiance crépusculaire. Même profondeur de champ crée par le motif central (la pyramide et la planche de néons) qui amène le regard sur l’élément principal de la composition (la croix et le projecteur). Sans oublier ces collines en arrière plan…

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Creep on creepin’ on

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Londinium

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La sortie de revues périodiques n’est pas une science exacte. D’inévitables retards et autres couacs éditoriaux peuvent amener à l’annonce de numéros fantômes. Des couvertures qui circulent sur le net mais que l’on ne trouvera jamais dans les librairies. C’est le cas dernièrement du numéro 8 de Mon Lapin de David B qui devait sortir en septembre 2014, mais pour des raisons que j’ignorent, s’est vu prendre sa place par le Mon Lapin de Killoffer, véritable numéro 8 daté d’Octobre. Du coup, le David B devient le numéro 9, garde sa couverture et est annoncé pour novembre 2014.

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Dans son remarquable et remarqué Carnation, Xavier Mussat enchaîne les références et les citations graphiques. Je retiendrai en particulier la page 135, dans laquelle il se réapproprie de fort belle manière quelques dessins de Topor. Quoi de mieux pour illustrer un sentiment de panique…

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Peu importe l’outil et l’angle choisi, le résultat est le même !

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Mana Neyestani, 2009

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Moolinex, 2003

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Alors, qui a inventé les patins à roulettes électriques, Tournesol ou Lagaffe ?

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On ne saurait jamais vraiment si Hergé cite volontairement ou inconsciemment le fameux « carré noir sur fond blanc » de Malevitch, dans son premier album « chez les Soviets ». S’il est maintenant acquis qu’Hergé était un grand amateur d’Art moderne, c’est surtout vers la fin de sa carrière qu’il se passionnera pour la création contemporaine. Malevitch a crée cette oeuvre phare du suprématisme en 1915. Selon lui, ce carré noir sur fond blanc est la synthèse même de la représentation picturale : forme la plus évidente, contraste le plus pur. Hergé lui, use de cette case noire en 1929. Exemple type de la non-case qui ne représente rien, puisse qu’elle suggère l’absence totale de lumière. Elle s’inscrit dans une logique narrative propre à la BD, en continuité avec la précédente et la suivante. Là où Malevitch recherche la pure abstraction, Hergé demeure dans la signification.

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Malevitch, 1915

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Hergé, 1929

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Dans son dernier album (Vois comme ton ombre s’allonge), Gipi dresse un portrait dont le traitement graphique (à base de réseaux de traits et de hachures ) qui n’est pas sans évoquer certains dessins de son presque compatriote Giacometti.

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Gipi

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Giacometti

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Les deux journaux complices sont une nouvelle fois pris en flagrant délit de copinage d’idée de gag. Qui de Decressac dans la gazette de Frémion du Fluide 451, ou de Carali pour la couverture du psiko 260 (tous deux de janvier 2014) a inspiré l’autre pour ce gag ? En tout cas, ils nous démontrent qu’on peut raconter un même gag de différente manière…

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Carali

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Decressac

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Dans son hallucinant dessin de couverture du fluide glacial d’août 2013 (446), Solé représente une scène de plage pour le moins loufoque et absurde, dans laquelle il accumule les détails et les gags. En particulier celui du requin qui prolonge sa nage jusque sous le sable…

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Un gag qui n’est pas sans rappeler celui de l’immense Claude Serre dans son ouvrage « les Vacances ». Joli clin d’œil !

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Jamais mieux servi que par soi-même…

On en découvre tout les jours ! Merci à Mr Thanagra pour cette flagrante évidence : Hergé n’hésitait pas à reprendre ses propres bonnes idées. Un exemple qui saute tellement aux yeux que je n’avais jamais fait le rapprochement jusqu’alors…

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Jo, Zette et Jocko, 1952

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Tintin, 1976

Même cadrage, même composition, même posture des personnages, même décors…

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Je viens de lire le premier tome de Dungeon Quest, la folle saga de Joe Daly. Dans ce recit d’héroic fantasy underground, on croise plusieurs personnages haut en couleurs (et bien barrés) qui constituent une communauté et partent à l’aventure. Parmis les héros, un certain Lash Penis (tout un programme !) qui, de par ce physique bodybuildé, ce petit nez, ce gros menton et cette coupe de cheveux ridicule, me fait fortement penser à un cousin éloigné du Cowboy Henk (Jean pour les frenchy) de Herr Seele et Kamagurka.

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Lash Penis

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Cowboy Henk

La filiation entre les deux gus est d’autant plus frappante qu’ils partagent ce même gag visuel. Vous prendrez bien une bonne tranche de steaks !

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La démarche de Marc Antoine Mathieu, consistant à imprimer sur la couverture une planche de l’album, n’est pas nouvelle. Rochette l’a déjà expérimenté en 1980 pour son album Les dépoteurs de chrysanthèmes édité chez Futuropolis. Si Rochette débute son histoire dès la couverture, Mathieu lui, commence son récit par la page 7… 

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Le réalisateur Claude Duty est un inconditionnel des Enervés de Jumièges, auquel il a même consacré un court-métrage. Il y dédie une grande partie de son blog (les dérives des énervés), dans lequel il recense un maximum de citations (issues du cinéma, de la photographie, de la peinture…) au tableau d’Evariste-Vital Luminais. Ce dernier a réalisé au moins quatre versions (tous les détails).

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Etude de 1880

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Etude avec un troisième personnage, 1880

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Les fils de Clovis II, exposé à Sydney, 1880

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Les énervés de Jumièges, exposé à Rouen

Aimant ce tableau depuis des lustres (visible au musée des beaux Arts de Rouen) et étant intéressé par la démarche de Duty, je ne peux qu’être interpellé en lisant La ruche de Charles Burns. Dans cette dernière oeuvre, Burns cumule les clin d’œils (Tintin, Le festin Nu, etc.). Plus confidentielle, mais non moins évidente, est la référence aux Enervés de Jumièges. Déjà dans Toxic, au moment où le héros s’apprête à s’endormir, il se retrouve flottant à la dérive sur son lit, au milieu des eaux boueuses des égouts…

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Dans La ruche, la référence est encore présente. Doug se retrouve une nouvelle fois à la dérive sur son lit, immobile, dépendant des mouvements de l’eau : « je glisse tout du long, sans pouvoir m’arrêter. »…

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Inspirée de l’histoire des fils de Clovis (condamnés par leur père au supplice d’énervation et à dériver le long de la Seine sur un lit flottant jusqu’à la mort), cette scène mythologique – représentée de manière très naturaliste – fascine autant qu’elle dégage quelque chose d’insidieusement malsain. Pas étonnant alors qu’elle ait interpellé Mister Burns… Ainsi que Mister Jarmush pour son Dead Man

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Les énervés de Duty

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Difficile de savoir qui du jeune anglais ou du groupe allemand aurait copié l’ autre pour sa pochette d’album ? Car les deux albums sont sortis la même année, 1979. Certes The Achterbahn Band est un groupe plutôt confidentiel, mais à ses débuts, Joe Jackson n’était pas beaucoup plus connu… Sûrement que pantalon noirs et pompes blanches pointues étaient à la mode à l’époque !

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The Achterbahn Band – « Richmond Road Riot »

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Joe Jackson – « Look Sharp! »

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L’album qui n’était que plagiat

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Dans l’Eprouvette n°2, Bernard Joubert nous parle de « L’album qui n’était que plagiat ». Souvenirs d’avenir est une bédé d’un certain Jesus Cela, qui n’est qu’un sampling de mauvais goûts, dont chacune des cases est purement et simplement copiée sur d’autres bandes dessinées, malheureusement pour lui bien meilleures et bien plus connues. Il faut être sacrément malhonnête et culotté (et surtout prendre les gens pour des con !) pour pomper autant de monde (Mezières, Serpieri, Gimenez, Manara, ainsi que bon nombres de dessinateurs de la revue Ere comprimé), sans douter que les lecteurs puissent se rendre compte de la supercherie. Cependant, le pire est que l’éditeur lui, (collection Special USA de Glénat quand même !) ne semble avoir rien capté du traquenard de Cela.

Merci encore à Bernard Joubert et à l’Eprouvette pour cet article fou, richement illustré ! Merci au forum Enculture pour les images (et bien d’autres encore !). Petit florilège…

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De la Fuente

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Jesus Cela

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Serpieri

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Jesus Cela

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Juan Gimenez

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Jesus Cela

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Alex Nino (Ere Comprimée)

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Mezières

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Jesus Cela (deux en un, c’est plus malin !)

Petit clin d’œil à JC Menu et sa nouvelle structure. Jesus Cela avait-il anticipé le nom ? Menu aurait-il eu l’idée de ce nom en lisant cet album ?  La connexion est amusante :)

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Le fantastique Füssli restera à jamais dans nos mémoires (et notre inconscient collectif) pour cette fameuse représentation de cauchemar…

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Logiquement intitulé The Nightmare, Füssli a peint d’autres versions de son tableau, dont celle-ci, tout aussi célèbre que l’originale, qui inspira le père Crumb (dessin que l’on peut voir au MAM)…

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Forest et la censure

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Forest est le premier auteur de bande dessiné français à avoir subit les foudres de la censure, avec son Barbarella. Trop osé pour son époque, il dû recouvrir la nudité de son héroïne sur bon nombre de ses dessins, ceci afin d’éviter la faillite de son éditeur Losfeld.

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Puis la tempête passée, il put la re-dévêtir. Mais ayant perdu ses originaux, il fût obliger de redessiner les cases incriminées. D’où cette différence de trait et de formes…

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Tous les détails sur neuvième art 2.0

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Pour la création de Bender, le plus beauf des robots, Matt Groening se serait inspiré de Tik-Tok, personnage du roman éponyme de John Sladek, qui partage avec Bender un goût prononcé pour la provocation et l’insoumission.

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Physiquement, Bender doit pas mal à Hickory, l’homme de fer du magicien d’Oz de Victor Fleming…

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Mais en fait, c’est Caritte (sur son blog) qui a retrouvé l’ancêtre de Bender. La ressemblance est frappante !

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Chef d’œuvre du cinéma des années 2000, summum du style impressionnisme de Gus Van Sant, Elephant est un film magnifique. L’affiche reflète bien la sensibilité à fleur de peau de l’adolescence.

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Le dessinateur mulhousien Hugues Baum en a fait un remarquable détournement. De la maladresse du pachyderme à la violence  du taureau, il n’y a qu’un pas… Que certains franchissent sans états d’âme…

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Hugues Baum travaille souvent d’après affiches et autres pochettes de disques… Voir sur son blog.

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Avec 3 secondes, Marc Antoine Mathieu nous propose un album original et ambitieux, nous racontant une histoire en temps réel, d’une durée de 3 secondes.

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Ses planches noires et blanches sont remarquables, et me font fortement pensée à celles de Breccia issues de son adaptation du « coeur révélateur » d’Edgard Poe. En particulier ce découpage du mouvement de manière chronophotographique et ce jeu subtil du champ – contrechamps…

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J’ai déjà eu l’occasion de présenter Stanislas Bouvier, illustrateur surréaliste de grande classe. Son travail s’appuie sur de subtiles références à de grands dessinateurs, tant au niveau des thèmes, du graphisme, des ambiances, des motifs, de la composition… Des clins d’œil qui l’inscrivent en digne héritier. En voici quelques uns qui m’interpellent…

Magritte bien sûr :

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Bouvier

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Magritte

Mais aussi MC Escher :

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Bouvier

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M.C. Escher

Ainsi que Topor :

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Bouvier

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Topor

Ou Man Ray :

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Bouvier

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Man Ray

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Ca arrive même aux meilleurs. Winsor Mc Cay, le génial précurseur de la bande dessinée moderne est pris en flagrant délit de plagiat par l’excellent site Töpfferiana.  Bon, ça n’enlève rien à ce qu’il a apporté au 9ème Art, avec ses prouesses techniques, esthétiques et poétiques. Mais ça la fout un peu mal de constater que le point de départ à cette immense oeuvre n’est ni plus ni moins qu’un plagiat. M’enfin, il ne sera pas le seul…

[...] Cette planche de Job rappelle étonnament l’une que ce dessinateur américain [Winsor mcCay] donna près de vingt années après. Et pas n’importe laquelle, la toute première de Little Nemo in Slumberland : le premier épisode de la série publié dans le supplément illustré dominical du New York Herald le 15 octobre 1905…

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Planche de Job, 1886

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Planche de McCay, 1905

La ressemblance entre les planches de Job et McCay est assez troublante. Le scénario des histoires est globalement le même et les vignettes de chacune se répondent l’une l’autre :

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Quand deux maîtres du graphisme pur, deux génies du dessin humoristique et de la bande dessinée, nous proposent le même gag… Cela nous démontre qu’ils étaient proches au niveau de leur sensibilité, partageant ce goût subtil pour un humour absurde et noir…

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La Saga des Baffes, 1982

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Serre… Les Vacances, 1984

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Sur le site Le monde de Tintin, ce très bon article à propos de l’art graphique d’Hergé nous apprend qu’Hergé était un adepte du « sampling graphique ». D’un album à l’autre, où sur le même album, il reprenait souvent les mêmes motifs, redessinait les mêmes scènes… Comme le précise l’auteur de l’article, Hergé pratiquait de la sorte dans un but humoristique (comique de répétition avec les Dupondt). Egalement dans un but narratif, afin de créer du rythme. Mais aussi pour jouer avec ses lecteurs (petit canaillou !) et ainsi créer une complicité particulière… Quelques exemples :

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Dans L’Oreille Cassée (page 43), L’Ile noire (page 30) et Le Temple du Soleil (page 15), bien que les raisons diffèrent, sauter du pont semble une pratique récurente chez Tintin …

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Dans L’Oreille Cassée (page 9) et Le Sceptre d’Ottokar (page 44),
Tintin résout un problème grâce un à « déclic » devant une vitrine…

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Dans Le Trésor de Rackham Le Rouge, malgré leurs vacances à la
campagne, les Dupondt n’échappent pas à la corvée de pompage !

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Dans L’Etoile mystérieuse (page 4 et 5), Hergé illustre le principe
« avant-après », que l’on retrouve très souvent en publicité…

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Dans Les 7 boules de cristal (page 2 et 50), la
ressemblance est frappante !

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La boucle est bouclée…

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Des cercles dans l’eau, version expressionniste de Dino Battaglia dans Woyzeck (année 60 ou 70)…

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Ou version « ligne claire » de M.C. Escher, de 1950…

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Restons avec Escher et cette drôle de corrélation. Cette photographie (prise par Opportunity en 2004) d’une roche martienne baptisée « Escher » nous montre des fissures surement formées par l’évaporation de l’eau, qui ressemble étrangement à une empreinte de pneu…

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Escher, empreinte, présence d’eau.. Ça me fait drôlement penser à ce dessin de M.C. Escher… Sans compter la forme même de l’empreinte et l’angle d’inclinaison des fissures. Il est des coïncidences étonnantes. Est-ce pour cette raison qu’ils auraient baptisé cette roche Escher ?

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Puddle, 1952

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Cette série de tableaux d’Edward Hopper donne une impression de « déjà vu ». On observe ici une certaine constante (obsession ?) dans son œuvre. Il semble fasciné par ce sens de composition particulier, où la lumière extérieure venant de la droite (qui s’oppose parfois à celle intérieure issue de la gauche) renforce la dynamique des ombres portées et impose à notre œil un sens de lecture droite-gauche. Dans le fond, au-delà des variations des motifs et détails, Hopper peint toujours le même tableau…

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Chop Suey, 1929

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Room in Brooklyn, 1932

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Summer Evening, 1947

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Rooms by the sea, 1951

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Morning Sun, 1952

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Sun in a Empty Room, 1963

L’angle des diagonales (partant d’en haut à droite pour descendre en bas à gauche), ce jeu avec le hors champs, la confrontation intérieur-extérieur (le « paradoxe de l’isolement dans la transparence »), ces espaces vides énigmatiques, ces silhouettes parfois fantomatiques… Ces éléments de composition évoquent certaines toiles de De Chirico…

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Place d’Italie, 1912

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L’énigme d’un jour, 1914

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Dans son chef d’œuvre Into the Wild, Sean Penn s’est servi du dernier auto-portrait de Christopher McCandless, réalisé peu de temps avant de disparaître. Il a fait une véritable copie de la photo, respectant le cadrage, le décor, les couleurs, la posture (assis contre le bus, la jambe gauche repliée sur le genou droit)…

Seule l’expression d’Alex diffère. Christopher aborde un franc sourire. On le sent bien, certes amaigri, les joues creuses, mais heureux, dans un état proche de la béatitude. Alors qu’ Emile Hirsch est plutôt absorbé par ses pensées et sa lecture. Il ne souri pas mais semble tout de même paisible.

Penn et Hirsch ont l’intelligence de ne pas imiter l’attitude de Christopher. Comme pour nous offrir une autre séquence de cet événement et ainsi prolonger un peu l’existence d’Alex Supertramp…

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Stéphane Blanquet est un dessinateur génial. Un artiste plutôt indéfinissable et très particulier. Un plasticien, qui laisse son empreinte dans de nombreux domaines : bande dessinée, films, illustrations, installations, peinture sur corps… Les personnages de Blanquet évoluent dans des univers cauchemardesques, surréalistes et trash, que n’aurait pas renié le (non)mouvement Panique…

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Ces silhouettes noires m’évoquent (dans un souvenir lointain) la série animée en ombres chinoises des contes de Grimm. Mais dans une version pervertie par les délires « psychotiques » de l’auteur. Moi qui trouvais cette série déjà assez inquiétante…

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Le Sleeveface ou « tête de pochette » est un procédé bien sympathique (et facile à faire) qui consiste à se prendre en photo en cachant son visage, ou une partie du corps, par une pochette de disque 33 tours (ou bien un magazine). Ce qui crée un décalage souvent amusant, parfois bluffant. Selon quelques sources trouvées sur le net, le Sleeveface connait un buzz important durant cette deuxième partie des années 2000…

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Alors que ce procédé est plutôt ancien, comme en attestent par exemple ces photographies du génial René Maltête, qui datent des années 60…

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Le dessinateur-illustrateur hollandais Joost Veerkamp rend ici hommage à deux piliers de la culture graphique belge : Hergé et Magritte…

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Le Chef d’oeuvre ou les mystères de l’horizon (1955)

Esthète de la ligne claire, Veerkamp parodie depuis de nombreuses années les couvertures des aventures de Tintin afin de rebondir sur l’actualité… En savoir plus

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Charles Burns vient de sortir l’intrigant ToXic, dans lequel – dès la couverture – il pervertit l’univers de Tintin. Un album en couleur d’une soixantaine de page, avec une couverture cartonnée. Ca rappelle quelque chose…

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La couverture de Burns est l’exact négatif de celle d’Hergé. Outre l’inversion clair-obscur des couleurs (et le contraste de complémentaires entre le jaune de Tintin et le violet de Doug), les éléments s’opposent. La roche est remplacée par des débris de bois et la mer par des ruines. L’eau est tout de même présente chez Burns, mais elle est fermée et croupie. Alors que chez Hergé, elle est claire et s’étend jusqu’à l’horizon.

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La composition de l’image est identique : la partie du ciel où est inscrit le titre de l’album (avec une belle croix à la place de l’étoile) est proportionnellement identique (presque la moitié du dessin). Les premiers et deuxièmes plans sont de même proportion également. L’oeuf de burns se situe à l’exact emplacement du pied du champignon. Inversion également dans la position des personnages. Tintin est en situation de contre-plongée vis à vis du champignon, alors que Doug est au dessus de l’oeuf, le regard baissé. Tous deux sont surpris de ce qu’ils voient…

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Cette séquence (au centre) peut être vue comme le prolongement de celles issues du Secret de la Licorne. En fait Burns nous propose des plans intermédiaires. Chez Hergé, on ne voit pas Tintin s’engouffrer dans le trou. La posture de Doug est dans le prolongement du mouvement de Tintin. Burns dessine des cases fantômes…

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Je découvre sur le site The Comics Reporter, ce dessin de Bernard Krigstein, tiré de l’histoire « From eternity back to here ! » publié à l’époque dans Mad Magazine.

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Un dessin qui me fait fortement penser aux travaux de l’immense MC Escher.

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Il est difficile de dire qui aurait influencé l’autre. Bernard Krigstein a dessiné cette histoire, sur un scénario de Harvey Kurtzman, entre 1954 et 1955. « La Profondeur », gravure sur bois de Escher a été réalisé en 1955. Cependant, Escher travaillait déjà sur la perspective et en particulier sur « l’équipartition spaciale ».

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Cette lithographie date elle de 1952. Krigstein est avant tout un artiste peintre qui n’a fait de la bande dessinée que durant une dizaine d’année (de 46 à 55). Il devait surement connaitre l’oeuvre d’Escher…

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De même que Schuiten, comme on peut le constater en particulier dans « La fièvre d’Urbicande »…

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Parmis toutes celles qu’il a dessiné, la case préféré d’Hergé est celle de la fuite des pillards dans les dunes, qui se trouve page 38 du « Crabes aux pinces d’or » : « Sur une seule case, une succession de mouvements décomposés et repartis entre plusieurs personnages. Cela pourrait être le même bonhomme, à des mouvements successifs, qui est couché, qui se relève doucement, qui hésite et qui s’enfuit. C’est en somme, un raccourci d’espace et de temps. »

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A la fin de sa vie, Hergé se plait à décrire cette case comme une copie volontaire du « Nu descendant un escalier » de Marcel Duchamp (1912)…

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Marcel Duchamp, 1912

… qui s’est lui-même inspiré des travaux de Eadweard Muybridge :

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Muybridge, 1884-1885

Mais comme le souligne très justement Pierre Assouline dans sa biographie d’Hergé : « Une telle comparaison ne lui serait jamais venue à l’esprit avant. D’autant qu’elle paraît moins adéquate que la référence à la « Parabole des aveugles » de Bruegel l’Ancien, puisqu’il se pose les mêmes problèmes narratifs que lui ».

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Bruegel l’Ancien 

                                                                               

Trouvé sur le blog Le DESSIN ! cette affiche plutôt célèbre, qui a inspiré Giraud pour l’une de ses couvertures les plus mythique…

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Pour résonner avec l’actualité (triste) de Siné Hebdo, revenons sur une de ses couvertures faisant directement référence à celle mythique de l’Hebdo Hara-Kiri. Comme pour revendiquer sa filiation directe…

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En fait, cette idée du « Val tragique » vient de Maester (qui collabore à Siné Hebdo), pour soutenir Siné à l’époque de son éviction de Charlie Hebdo…

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Difficile de trouver l’image où le Pale Man dévore une des fées (je n’ai pas les moyens de faire une capture d’écran), mais la référence au chef d’œuvre de Goya (enfin, un de ses chef d’œuvres) est évidente, d’autant plus assumées et revendiquées par Guillermo Del Toro… Son Labyrinthe de Pan nous démontre qu’il est un digne héritier du Maitre espagnol.

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Superbe affiche de Devil’s Reject, le film dingue du dingue Rob Zombie. Est-ce que le concepteur s’est volontairement, ou inconsciemment, référé à cette toile d’Edward Hooper ? Ou est-ce seulement moi qui y vois une référence ? Les points communs sont nombreux, entre la perspective, l’angle d’inclinaison du parquet, le jeu des ombres portées, le rythme des verticales, le cadre de la porte sur la gauche…

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Pierre Pinoncelli est un artiste dadaïste qui n’hésite pas à bousculer le petit monde bien rangé de l’art moderne. Le scandale qu’il a provoqué pour avoir brisé et souillé l’urinoir de Marcel Duchamps reste son fait d’arme le plus célèbre. La citation, le détournement d’œuvre est pour lui une manière de questionner, de provoquer, de déranger les esprits bien pensant du monde des Arts… Un anartiste !

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Penseur ou penchieur..?

                                                                               

 

Lovage – Music to make love to your old lady by est un superbe album de Nathaniel Merriweather, alias Dan The Automator, avec la présence de beau monde : Jennifer Charles (d’Elysian Fields), Mike Patton ou encore Damon Albarn, excusez du peu !

 

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La référence (et révérence) à Serge Gainsbourg est évidente pour ce qui est de la pochette. Elle l’est moins au niveau de la musique. Quoi que, la sensualité débordante qui transpire de l’album, avec des morceaux tels que Sex (I’m a) ou Book of the Month et ce jeu torride entre Jennifer Charles et Mike Patton, nous renvoi inévitablement au Je t’aime moi non plus, ou La décadence du duo Jane-Serge…

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Album également sorti en version instrumental, pochette à l’avenant…

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De par sa monstrueuse notoriété, U2 est certainement le groupe le plus critiqué, décrié par ses anciens fans et surtout par les « jamais-été-fan-du-tout ». Loin de moi de vouloir en rajouter, car même si je ne les suis plus depuis longtemps, je reconnais toujours aimer certains de leurs albums, Achtung Baby et Zooropa en particulier…

Tout ça pour dire qu’avec leur notoriété et leurs moyens, ils auraient pu éviter de littéralement plagier la pochette de l’album de Richard Chartier (compositeur électroacoustique et plasticien américain) réalisé en 2006 sur le label 12K/Line avec Taylor Dupree (figure respectée de la musique électronique d’avant-garde new yorkaise), pour illustrer leur dernier album No Line On The Horizon… 

Plus de détail de l’affaire sur : http://musique.fluctuat.net/blog/35602-u2-soupconne-de-plagiat-par-un-label-new-yorkais-d-avant-garde.html 

Et comme le remarque très justement le chroniqueur : Brian Eno, producteur de No Line on the Horizon et grand connaisseur de la musique électronique et du travail de 12K serait-il à l’origine du plagiat ? Les membres de U2 eux-mêmes sont-ils au courant de l’affaire (on peut raisonnablement en douter vu les séparations bien nettes qui existent aujourd’hui entre composition, production et business musical) ? Pour l’instant, personne n’a rebondi sur la constatation de Taylor Dupree. Reste qu’il faut avouer que la coïncidence est un peu forte !

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Richard Chartier (2006)

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U2 (2009)

                                                                               

 

Un vil plagiat !

Qu’un auteur en mal d’inspiration pique quelques idées à un autre, pour enrichir son histoire, passe encore. Mais le cas de ce Francisco Ibañez est tout bonnement scandaleux ! Bon, je sais qu’il faut resituer dans le contexte de l’époque où la censure franquiste bloquait l’entrée de toutes bandes dessinées européennes, dont bien entendu Gaston Lagaffe. Mais quand même…

Dans sa série Mortadelo y Filémon (un nom piqué à Fred ?) crée dans les années 70, cet espagnol a pompé dans les moindres détails la plupart des idées (de génie) du Gaston de Franquin. D’une part, le physique du personnage (même visage, pull trop court, corps élastique), qui porte étonnamment un costume de groom rouge (ça me rappelle quelqu’un !). Et d’autre part (et non des moindres) les protagonistes (le chef, la secrétaire…), les plans et cadrages et surtout les gags ! Pas un ou deux, non. Une multitude, comme nous le démontre cet article : http://lagaffemegate.free.fr/franquin/copiage/copiage.htm

Voici quelques exemples frappants (Franquin en premier) :

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Nighthawks d’Edward Hopper est certainement le tableau made in US le plus célèbre de la planète. Et le plus copié, plagié, cité… Le clair-obscur, la baie vitrée, les personnes autour du bar, l’angle de la façade… Ce tableau regorge de détails reconnaissables entre mille.

Deux exemples parmi d’innombrables références : the Simpson et Tintin (il est vrai que l’univers graphique d’Hergé n’est pas très éloigné de celui de Hopper)…

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Bien d’autres encore sur : http://madmegblog.blogspot.com/2008/09/nighthawks.html 

                                                                        

Geoff Barrow, l’homme à tout faire de Portishead (composition, claviers, samples, batterie, guitare, production…) vient de sortir un nouveau projet, au nom incisif de Beak>. Un très bon album, ouvertement influencé par ce que l’on nomme bêtement le « Krautrock », à savoir ce rock allemand des années 70 aux structures répétitives et aux ambiances plutôt atmosphériques (que j’affectionne particulièrement), dont les groupes phares étaient Can et Neu!. Pour sa pochette, Beak> se réfère directement à ce dernier : le nom du groupe inscrit de biais, en blanc sur fond noir. La filiation est plus qu’évidente…

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Petite curiosité trouvée sur le site http://les-mangeurs-dimages.blogspot.com/search/label/Meta-Baron%20et%20Incal

Il s’agit de l’initiation de Sans Nom, le Meta-Baron, dessinée par Juan Gimenez. La mutilation du Meta-Baron est le point d’entrée dans la série best seller de Jodorowsky, mais cette anecdote fondatrice avait déjà été illustrée par Mœbius pour le hors série Les Mystères de l’Incal.

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Gimenez…

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Moebius…

                                                                               

Dans le tome 4 des aventures de Giuseppe Bergman, Revoir les étoiles, Milo Manara enchaine les références. Ce qui n’arrange pas son affaire par rapport à certains critiques, qui l’on toujours considéré comme un pilleur, un plagiaire (dans un vieux Métal Hurlant, Philippe Manœuvre le désignait comme un « Moebius de Prisunic »). Personnellement, j’aime beaucoup Manara et ne le considère pas comme un pâle copieur. Tout bon dessinateur s’est toujours inspiré de styles déjà existants avant de trouver sa « patte ». Manara ne fait pas exception. Il n’en demeure pas moins un très grand dessinateur qui techniquement parlant, peut absolument tout représenter. Dans Revoir les étoiles, il rend hommage de belle manière à ces artistes qui l’ont influencé…

Sandro Botticelli d’abord, pour la couverture…

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Gustave Doré, à plusieurs reprises, d’après ses illustrations de La Divine Comédie de Dante…

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Edouard Manet et son Déjeuner sur l’herbe

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Images tirées du site KiCswiLA?

                                                                               

Les grands esprits de rencontrent. Les deux mensuels amis, Fluide Glacial et le Psikopat, nous proposent, pour leur dernier numéro de l’année, une couverture plutôt similaire. Actualité grippale oblige, c’est un homme qui nous éternue à la face… On y retrouve l’esprit de chaque journal car si Fluide joue comme toujours, la carte de l’humour absurde, le Psikopat y inclus une dimension plus politique… 

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Le site Aref-Adib (http://www.aref-adib.com/) s’amuse à faire des liens entre deux images. Des liens souvent involontaires, parfois absurdes, mais certaines associations sont saisissantes… En voici quelques exemples parlant…

Quand une icone en remplace une autre, cela en dit beaucoup sur l’évolution de notre civilisation…

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Venus de Willendorf ou Bibendum ?

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A chacun son totem…

On y a tous pensé, non ?

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Scènes de rue en Iran, confrontées aux dessins de Marjane Satrapi…

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Dans le monde de la Bande Dessinée, les références aux grandes œuvres de la Peinture, plus ou moins fidèles, pertinentes ou justifiées, sont nombreuses. Art plastique figuratif, il est (heureusement ?!) normal que des dessinateurs de BD s’inspirent des grands maitres. Après tout, ils font à la base le même métier : dessinateur. Sans oublier que de nombreux auteurs ont suivis une formation en école d’Art…

Prenons l’exemple du Radeau de la Méduse de Géricault, avec ces quelques clins d’œil de grands auteurs de BD…

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Le Radeau de la Méduse (Géricault)

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Philémon, Le Naufragé du A (Fred, Dargaud)

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De cape et de crocs – « Le maître d’armes » (Masbou et Ayroles, Delcourt)

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Pravda la survireuse (Peellaert et Thomas, Losfeld)

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Astérix Légionnaire (Uderzo et Goscinny, Hachette)

 

Certains voient une référence à ce tableau dans la couverture de Coke en Stock. Mouais, pourquoi pas. Même si la composition du dessin ne s’en inspire pas, le thème est semblable.

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De plus, Tintin y fait directement référence…

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Jochen Gerner est un bon. Ses personnages deviennent de plus en plus typés, reconnaissables entre mille par leurs formes particulières, associations de figures géométriques simples : le visage est un rectangle (ou un carré), le crane un demi-cercle et le nez un triangle…

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Aussi, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant les personnages de Max Capa, un dessinateur underground italien, tirés de son album Toi, un robot, datant de 1971… Capa est toujours actif, voir sur son site : http://capa-max.20six.fr/

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Miyazaki dit être très influencé par des écrivains occidentaux, tels que Lewis Carroll ou Antoine de St Exupéry. Il est aussi ami avec Moebius, dont on sent l’influence réciproque de leur travail… Miyazaki connaissait-il ce Cornebuse & Cie du dessinateur et scénariste Guy Sabran (sorti en 1945), lorsqu’il a imaginé l’avion de Porco Rosso ?

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Voir Cornebuse et Cie en détail sur : http://bibigreycat.blogspot.com/search/label/livre%2011

                                                                                 

Hergé, copieur ?

On le sait, surtout grâce au superbe ouvrage de Mickael Farr Tintin, le rêve et la réalité, Hergé utilisait, pour réaliser ses albums, une somme incroyable de documents divers et variés (photos de magazine, gravures d’époque, illustrations…). Hergé n’est pas un pâle copieur. Ces références sont des ressources documentaires. Elles lui permettent avant tout d’étayer son histoire, d’être le plus juste possible par rapport à la réalité.

Cependant, il se laisse parfois aller à reprendre des idées picturales et esthétiques de certains de ses contemporains.

Voici deux exemples qui me semblent les plus significatifs de cette tendance d’Hergé à la référence et au plagiat (ça y est, le mot est lâché !) :

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Couverture de l’hebdomadaire A-Z du 25 septembre 1932

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Dessin de couverture de la version noir et blanc de 1936 

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Dessin de Riou, transposé en gravure par Montaut, illustrant Les aventures du capitaine Hatteras (vers 1896). 

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Tintin au Tibet (1960), Page 31, case 10.

                                                                                 

Valérian Vs Star Wars !

C’est un fait maintenant connu de beaucoup, mais que l’un des intéressés semble toujours nier (devinez lequel) : il y a beaucoup de Valérian dans Star Wars ! Quelques exemples frappant, tirés essentiellement de L’empire des mille planètes, qui date de 1970…

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JC Mézières ne s’en formalise pas, au contraire il s’en amuse, comme nous le montre ce dessin…

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Mezières a souvent collaboré pour le cinéma, sur le cinquième élément de Luc Besson par exemple, auxquel il a apporté de nombreuses trouvailles visuelles : les taxis volants, le New York futuriste…  

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Plus de détails encore sur KiCswiLA?

                                                                                 

La case la plus copiée !

C’est dans le premier numéro de l’Eprouvette que j’ai définitivement compris qu’il existait de nombreux tacherons de la BD, oeuvrant essentiellement dans la série B et Z (du genre des productions Elvifrance), qui n’hésitent pas à piller sans vergogne ce que font, évidemment bien mieux, les autres.

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L’exemple de la récupération de ce dessin de Cuvelier, tiré de son Epoxy (1968) est édifiant, il a été copié par de nombreux dessinateurs (essentiellement italiens) dans plus d’une trentaine d’album…  Le sens de l’image, le style, la situation, et les tenues changent, mais c’est bien le même dessin (avec ce raccourci de la jambe droite si caractéristique)…

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Plus d’exemples sur le forum BD Trash

                                                                                 

C’est en tombant chez mon libraire (aïe !), sur des numéros de cette vieille revue (version d’avant-guerre) que j’ai éprouvé un petit choc visuel. J’ai déjà vu cette mise en page, ces ornements, cette calligraphie et ces couleurs quelque part…

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Mais oui, c’est ce coquin de Moebius qui n’en fini pas d’aller puiser dans notre inconscient collectif, en s’inspirant de la couverture de Bernadette pour son Chasseur Déprime… Comme pour illustrer ce sentiment de nostalgie qu’éprouve le Major Gruber ?..

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Astérix & Cie… Entretiens avec Uderzo – Numa Sadoul (Hachette, 2001)

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Je termine ce livre au moment même où l’on fête les 50 ans d’Asterix. Belle coïncidence. J’aime bien Astérix, c’est une série sympathique et très bien faite. Mais je ne la classe pas au même niveau qu’un Gaston, un Philémon ou un Tintin… A chacun son panthéon ! Pourtant j’admire vraiment l’œuvre de Goscinny, et le dessin d’Uderzo m’a toujours bien plu.

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La réussite d’un recueil d’entretiens tient aux qualités de l’interviewé, mais également à celles de l’intervieweur. Numa Sadoul (frère de Jacques Sadoul, sacrée famille !) est passé maitre dans l’échange avec les auteurs de bd (Hergé, Franquin, Gotlib, Moebius, Tardi…) depuis sa participation aux Cahiers de la bande dessinée. Numa Sadoul n’est pas un journaliste, mais un artiste. Un auteur, metteur en scène, comédien de théâtre et d’Opéra. Cela se ressent dans sa manière d’enchainer des questions, ainsi que dans leur contenu. Ce qui l’intéresse, ce sont les origines de la vocation du dessinateur, son parcours, ce qui l’a amené à être ce qu’il est aujourd’hui… En bref, la genèse de l’artiste. D’ailleurs, Uderzo commence l’entretien en lui disant : – Tu vas me psychanalyser !  Chose à laquelle répond Sadoul : - Il y a un certain nombre de questions inévitables, prévues ; puis d’autres qui viendront au fur et à mesure, c’est comme ça que je procède toujours. Numa Sadoul s’attache uniquement au processus de création, aux influences, aux faits marquants de la carrière. Il ne s’aventure que rarement dans la vie intime des auteurs. Cet ouvrage contient trois entretiens réalisés sur 3 jours de février 1999, chez Albert Uderzo. En annexe, on trouve l’entretien réalisé en 1973 pour les cahiers de la Bande Dessinée.

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Uderzo est un dessinateur mésestimé. Cette situation est due à plusieurs choses. D’abord, Albert est un homme discret, qui s’est toujours accommodé du fait que Goscinny soit plus reconnu que lui. Sa référence (et révérence) envers Walt Disney lui a été aussi mainte fois reproché par les « grands esprits » de la bande dessinée. Il a aussi été critiqué pour avoir continué l’aventure Astérix sans Goscinny (en assurant lui-même le scénario). Son procès gagné contre la maison Dargaud pour récupérer les droits d’Astérix, a enfoncé le clou et contribué à ce qu’il devienne « persona non-grata » dans le landernau de la Bande Dessinée. Il attendra 2000 pour recevoir un prix à Angoulême (le Prix du Millénaire, décerné par Boucq).

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Beaucoup pensent qu’Uderzo n’a fait qu’Astérix, et qu’Astérix a fait Uderzo. Et bien que cela soit vrai depuis la fin des années 60, on ne peut pas ignorer ses autres œuvres. C’est un immense dessinateur, autodidacte, qui peut quasiment tout représenter. Un bosseur acharné, qui dans les années 50 réalisait jusqu’à 9 planches par semaine (entre ses 3 séries phares : Astérix, Oumpah-Pah et Tanguy) Bien que préférant le style humoristique (Oumpah-Pah, Belloy), il a su s’atteler avec brio au style réaliste (Tanguy, Bill Blanchard). Il a même dessiné des planches de Captain Marvel Jr pour l’édition francophone. Il a travaillé avec les plus grands dessinateurs et scénaristes de son époque (Goscinny bien sur, mais aussi Charlier, Hubinon, Greg, Jijé, Paape…). Ses amitiés ne sont pas mal non plus : Franquin, Tibet, Morris, Mulatier, Tabary…

On apprend aussi qu’Uderzo possède des caractéristiques physiques plutôt exceptionnelles pour un dessinateur : il est né avec 6 doigts à chaque main et est daltonien (il ne distingue pas les dominantes de même couleurs). Cela ne l’a pas empêché de devenir un excellent dessinateur. Mais depuis quelques années, un problème à la main l’empêche de conserver sa virtuosité d’antan.

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Il ne cite que trois influences fondamentales : Walt Disney et Pat Sullivan (Felix-le-chat) pour le dynamisme et les formes rondes, ainsi le français Calvo (qui l’a pris sous son aile) pour le sens de la composition. Il admire Franquin, comme beaucoup… Uderzo reste humble face au succès mondial d’Astérix. Il n’entretient aucune rancœur envers ses détracteurs. Il ne règle aucun compte dans ses entretiens. Ce qui nous démontre qu’il est aussi un grand homme. Comme le dit Numa Sadoul en avant-propos : – Ma mémoire conservera le bonheur d’avoir confectionné ce livre dans un climat de confiance et de complicité sans nuage avec un artiste qui a fait preuve, depuis le début, de ce que l’on appelle « la grande classe ».

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Avec ses complices…

Site officiel : http://www.asterix.com/index.html.fr

Les illustrations viennent du site : lambiek

La Jonque Fantôme vue de l’Orchestre – Jean Claude Forest (Casterman, 1981)

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Magnifique texte que j’aurai bien aimé écrire, tant j’en ressens presque les mêmes impressions… Il est de mon ami Vidocq, qui m’a fait découvrir ce joyau. Un artiste aussi… 

Qu’est ce qu’un chef d’oeuvre ? ”Œuvre capitale, parfaite en son genre” (dictionnaire hachette… ) On pourrait ajouter : Exemple : ” La jonque fantôme vue de l’orchestre ” de J.C Forest. Personnellement , elle est la première bd qui m’ai fais découvrir la puissance évocatrice de la narration dessinée. C’est ma Madeleine de Proust : j’y reviens toujours, à un moment ou à un autre.

Forest est partie trop tôt, en 1998. Quand j’ai appris sa mort j’ai éprouvé une réelle tristesse. La jonque fait partie de sa dernière phase créative, la plus féconde à mon sens. Barbarella , publiée en 1962 fut un événement par la liberté narrative et sociologique ( la place nouvelle de la femme ) dont il témoignait. La Bande dessinée entrait dans l’âge adulte … ça fait longtemps que je ne l’ai pas relu mais il me semble qu’elle est – malgré ses qualités , et parce qu’elle s’inscrit dans une époque – un peu datée. Ses derniers albums – Enfants, c’est l’hydragon qui passe ou Ici même dessiné par Tardi et la jonque – sont sans doute des œuvres plus universelles parce que hors du temps, bercées d’une poésie et d’un onirisme assez rares.

Le titre lui-même, mystéreux, intrigant, ouvert, est une invitation à s’égarer dans un récit très original : ” Au début du XXe siècle, le jeune soldat déserteur Gaston Gamine échappe de peu à la noyade et se retrouve sur les rives serbo-croates (en Saravonie Argovine, entendez la Yougoslavie). Il rencontre presque aussitôt Winnic Radbod, un vendeur de « fenêtres hygiéniques », de celles qui donnent sur des univers parallèles. Il les vend, là, en pleine guerre, à ceux qui veulent encore rêver. Et Gaston est de ceux-là. Il devient l’apprenti du commerçant et finit par basculer de l’autre côté du miroir dans un ailleurs où l’attend une femme étrange.” ( sources : cndp.fr )

Dans un style parfois très expressionniste, rappelant certaines gravures anciennes des beaux livres d’antan Forest donne vie à ce récit en laissant libre court à l’imaginaire le plus débridé. Grand dessinateur il use d’une plume nerveuse et dynamique , mariant noir et blanc à la perfection jouant assez peu sur les aplats et lui préférant des compositions hachurées qui participent au dynamisme du récit. Forest est alors au sommet de son art et il y a de la jubilation dans son trait.

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Ce plaisir ne serait rien s’il n’était servi par un texte inventif qui témoigne d’un sensibilité profonde. Littéraire mais sans redondance, Forest aime écrire et cela se sent. Il y a parfois du Céline dans la gouaille de Gaston Gamine. Le texte est dense et la collection ” roman A suivre ” dans lequel il fut publié se justifie totalement.

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Osez enjamber la fenêtre : passez de l’autre coté. C’est ce à quoi vous invite ce mariage heureux du plaisir d’écrire et de dessiner. Un quoi déjà ? Ah oui : un chef d’œuvre !

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RETOUR AU COLLEGE – Riad Sattouf (2005 – Hachette Littératures)

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On le sait, le sympathique Riad Sattouf est un fin observateur des mœurs de son époque. Il décrit comme personne les comportements et attitudes de ses contemporains. Il suffit de lire sa chronique dans Charlie Hebdo pour s’en convaincre. Ce « Retour au collège » ne déroge pas à la règle. C’est sensible, drôle, et un peu flippant quand même… Vrai, quoi !

C’est parce qu’il en garde un mauvais souvenir qu’il décide de retourner au collège pour voir si ce monde adolescent est aussi terrible que ça !
Et il l’est, bien entendu ! Mais cette fois-ci, Sattouf n’est plus directement impliqué. Sa position de chroniqueur-observateur lui convient à merveille car se replonger dans cet univers impitoyable évoque en lui de vieux souvenir enfouis, qu’il se serait bien gardé de se rappeler (faire parti du « club des pédés », ça marque, forcement). M’enfin, il est grand maintenant, finis les complexes… Etant rapidement accepté par les jeunes de la classe de 3èC, il lui arrive même de jouer le rôle de grand frère un peu moralisateur… Belle revanche personnelle…

Sur une idée d’un ami, et parce qu’il vient d’un milieu populaire, Sattouf préfère observer de l’intérieur un collège « de riches ». Et le constat est sans appel : qu’ils viennent d’un milieu aisé ou pas, les adolescents sont tous les mêmes ! Il y a les gars qui assurent et les pauvres nazes, les filles cool et les filles « molles »… Tous recherchent plus ou moins les mêmes choses : les dernières fringues ou portables à la mode, sortir avec untel ou une telle et surtout, être intégré dans le groupe. Le sentiment d’exclusion est la pire chose à vivre quand on est ado. Et ça, Riad Sattouf l’a finement retranscrit.

Avec son style faussement caricatural (mais réellement précis), il nous dresse des portraits (pas très avantageux) d’adolescents attachants ou têtes à claques, souvent les deux à la fois. Bien sur, il croque aussi le personnel de direction et certains professeurs, mais « le retour au collège » n’est à aucun moment une critique du système scolaire.
Jamais méchant, Sattouf a une réelle affection pour cette jeunesse qu’il nous décrit. Et on en redemande !


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