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Megaskull – Kyle Platts (Nobrow, 2012)

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Durant les années 60-70, bon nombre de dessinateurs undergrounds ont expérimenté la bande dessinée sous prise d’acides (relire d’anciens numéros d’Actuel). C’était la grande époque du psychédélisme et des fanzines marginaux (aux Etats Unis et en Europe). Le résultat était la plupart du temps illisible, tant au niveau de la forme (planches totalement déstructurées, des formes et des figures improbables) que de la narration, qui se perd dans une succession incohérente de scènes ne répondant à aucune logique, si ce n’est celle du trip de l’auteur. De fait, la plupart de ces productions n’ont d’intérêt que comme « performances », à resituer dans leur contexte (même celles de Crumb).

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Le Megaskull de Kyle Platts évoque à plus d’un titre cette BD sous stupéfiants. Avec ces couleurs flashy et acidulées qui ne respectent rien, ces compositions hyper saturées (aucun espaces, aucun blancs), ces figures toutes droites sorties d’un cerveau déjanté (avec ces gueules improbables à la dissymétrie dérangeante). Mais là où s’arrête la comparaison, c’est dans la maitrise du médium. Car Kyle Platts sait parfaitement ce qu’il fait. Certes ses histoires et ses personnages sont plutôt perturbés et perturbants, ils n’en demeurent pas moins cohérents. Un univers qui se suffit à lui-même, entre autofiction et science-fiction, abordant par l’absurde les thèmes graves de l’aliénation, du temps qui passe, de la mort…

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« Un amoureux transi aux yeux puants, un Forrest Gump du cyclisme, une tragédie à l’ANPE de l’espace, la véritable histoire de la conquête de l’Ouest américain (en juste 5 pages!), plusieurs opérations chirurgicales de l’extrême, et 22 façons pour un hamster d’en finir avec la vie. » (Site de l’éditeur). Ces courtes histoires « qui tuent » – mettant en scène des losers, déviants, freaks et autres extraterrestres – passent au crible nos comportements de primates conditionnés. Platts use de ce graphisme « maladivement » enfantin (qui m’évoque des dessinateurs du Psiko tels qu’Ivars, Caritte, Texier ou Sirou) et de cet humour noir « so british » (très distancié), pour nous jeter en pleine face toute la laideur de notre monde moderne.

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Spaghetti Brothers Vol.2 – Mandrafina & Trillo (Vents d’Ouest, 1995)

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La bande dessinée argentine est aussi vieille que ces consœurs américaines et européennes, leurs parcours sont similaires et contemporains. D’un simple divertissement diffusé dans la presse quotidienne et hebdomadaire du début du vingtième siècle, elle prend de l’importance aux yeux des lecteurs d’après guerre, au point de posséder ses propres revues spécialisées, et d’être enseignée dans les écoles (avec Hugo Pratt ou Alberto Breccia comme professeurs à la fameuse Escuela Panamericana de Arte). De grands maîtres du neuvième sont argentins, des humoristiques (Quino, Copi, Mordillo…) aux réalistes (Breccia et Oesterheld, Salinas…). Sans oublier des francs-tireurs comme Munoz et Sampayo. Trillo et Mandrafina assurent magistralement la relève.

Spaghetti Brothers, un titre plutôt caricatural et réducteur. Car au-delà du clin d’œil à cette spécialité culinaire qui précise l’origine des protagonistes (surnom péjoratif répandu à l’époque), c’est oublier que la famille est plus large et comprend également deux sœurs (Caterina et Carmela) et un neveu (James), qui ont toute leur importance dans l’histoire.

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Après, il est vrai que cette saga – une suite de petites histoires qui s’entrecroisent et dressent un panorama plutôt savoureux des drames vécus par une famille italienne installée à New York – met principalement en scène les trois frangins, représentant chacun les trois pouvoirs de la cité : L’ainé, Amérigo Centobucchi, est un gangster patriarche, craint et réputé. Tony le benjamin est policier, plutôt loser. Quant à Frank, qui régule et tempère les situations, pas étonnant qu’il soit curé. Il est la caution morale face aux dérives des membres de sa famille.

Mandrafina perpétue cette manière de faire si caractéristique de l’école argentine : une rapidité d’exécution (issue du rythme soutenu des publications périodiques), un trait nerveux qui va à l’essentiel. Une mise en scène dynamique, d’une grande lisibilité. Les visages sont expressifs, racontant en un coup d’œil les émotions vives des personnages. Le noir et blanc est strict (pas de gris) et contrasté.

Un graphisme dit réaliste, mais qui à bien y regarder, oscille entre une représentation quasi hyper-réaliste (pour les décors ou les postures) ou caricaturale – pour mettre en exergue les situations extrêmes ou en accentuer le côté burlesque.

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Le rythme de la narration est l’un des atouts de cette série. Prenant le temps de développer les situations et la psychologie (plutôt agités) des personnages, tout en apportant un découpage elliptique qui renforce la dimension feuilletonnesque de l’ensemble. Sur fond de règlement de compte mafieux avec le clan des irlandais, ce deuxième volume de Spaghetti Brothers raconte avant tout un drame fraternel : deux frères sont amoureux de la même femme, qui décide de se marier avec le plus fortuné, Amerigo, plutôt qu’avec celui qu’elle aime, Tony.

Une série dont le contexte (le milieu mafieux des années trente aux USA), la forme très théâtrale (avec cette succession de scénettes) et le ton tragi-comique n’est pas sans m’évoquer le génial Torpedo. D’ailleurs, Trillo a collaboré régulièrement avec Bernet. On ne serait pas étonné de voir Torpedo travailler pour Amerigo…

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Brèves de chroniques #1

 Une histoire d’hommes – Zep (Rue de Sèvres, 2013)

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Zep sort un album que bons nombres qualifient de « plus adulte ». Oui, dans la mesure où ce n’est pas du Titeuf, on peut en déduire qu’il souhaite élargir son lectorat et aspire à raconter des histoires de personnages plus matures, plus proches de ses propres préoccupations. S’il avait déjà abordé des thèmes plus adultes avec Découpé en tranches ou sa série des « Happy », la grande nouveauté est qu’il ne fait pas dans l’humour. Une histoire d’hommes nous raconte, sur un mode réaliste, les retrouvailles d’une bande d’amis musiciens devenus quadras. Joies, regrets, jalousies et pardons, tous les ingrédients de la fameuse « middle life crisis » sont présents. Zep maîtrise parfaitement l’art de l’ellipse et des non-dits . Ne boudons pas notre plaisir d’apprécier un album d’honnête facture.

 La tente sur le toit – Laure du Faÿ (Warum, 2009)

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Un homme perd tout ce qu’il a dans l’incendie de son appartement. Un ami qui ne peut l’héberger lui prête une tente et un duvet. Il décide alors de s’installer sur le toit de son lieu de travail… Laure de Faÿ s’est inspiré d’une nouvelle d’un auteur nippon (Shiina Makoto). Et bien qu’ avec son trait expressionniste, son noir et blanc charbonneux et ses formes stylisées, elle évite l’écueil d’un graphisme « à la japonaise », elle installe une ambiance narrative très naturaliste dont la sensibilité est proche de certains mangakas. Son récit muet (tout en impression, qui n’explique rien) repose sur la force d’évocation des images. La narration oscille entre enchaînements rapides de séquences, lorsque le personnage est dans la vi(ll)e active, et images contemplatives quand il est sur son toit. Une parabole sur l’ouverture d’esprit et d’horizons, salutaire face à ce monde préformaté.

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 The Joke – Luz (Les requins marteaux, 2013)

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S’il n’aime pas la chanson française, Luz adore The Fall. Groupe post punk anglais des années 70 qui malgré son nom (la chute) est toujours en activité. The Joke s’attarde essentiellement sur Mark E.Smith, le leader omnipotent (il vire régulièrement tous ses musiciens) qui chante comme un canard, ne s’exprime que par des « The Joke » (d’où le titre) et dont le taux d’alcoolémie dépasse largement le niveau de décibel. Adepte du comique de répétition et des comparaisons bien connes (Mark E.Smith est un croisement entre Dave et Popeye!), Luz enchaîne des anecdotes vraies (en concert ou en interview) et de bons gros délires, imaginant E.Smith croisant l’esprit d’Elvis Presley dans un chiotte, se faisant draguer par un canard ou rencontrant ses muses (dont il n’a rien à foutre). C’est sur qu’il vaut mieux connaître un minimum le groupe et aimer Luz pour apprécier cet album. Pour les autres, on ne peut rien faire…

Les requins marteaux

La belette – Comès (Casterman, 1983)

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Depuis son coup de maître Silence, Comès ancre ses histoires dans sa Wallonie natale. La belette ne déroge pas à la règle. Comès y confronte les mœurs et traditions séculaires à la modernité urbaine. Un couple de citadins (et leur enfant autiste) s’installent dans la campagne profonde et se confronte rapidement aux villageois qui, pour la plupart, se comportent bien étrangement. Malgré un sentiment de persécution et de nombreuses morts inexpliquées, l’héroïne trouvera sa place grâce à la belette, une jeune femme mystérieuse qui, avec son père, vouent un culte à la Déesse Déméter. S’écartant de plus en plus d’un mari égoïste et carriériste, elle décide de rester dans le village d’Amercoeur pour ainsi prendre la relève de la belette…

Le récit repose sur les oppositions : rîtes païens à la Déesse Mère contre religion catholique vouant son culte au Dieu unique (et craint). Opposition entre pulsions de vie incarnées par la mère enceinte et pulsions de mort représentées par le curé sanguinaire. Les mentalités étriqués et la précarité culturelle des uns (qui cèdent à la jalousie et la convoitise) font face au idées progressistes des autres, en particulier l’émancipation des femmes (les deux seules présentes sont des femmes fortes et indépendantes !). Le lourd héritage de la guerre est aussi présent, incarné par le Boche qui, tout comme la famille de citadins, suscite la peur chez les autochtones. Peur de l’étranger, peur de ce qui est différent (autisme, rites païens…)

Le graphisme de Comès joue de ce contraste fort du noir et blanc strict. Influencé par Pratt, Tardi ou Munoz, il possède toutefois une forte personnalité. Aucunes droites, toutes les lignes sont courbes, flottantes. Cette impression de fait à la main levée confère un charme particulier à l’esthétique de Comès. La stylisation de ses figures également (les citadins ressemblent à des elfes). Ces trognes de villageois (le voisin, le curé…), à la limite de la caricature, sont impeccables.

Ode à la nature, aux  richesses insoupçonnées de la terre face aux comportements inconscients et destructeurs de l’être humain, La belette est un récit à part, envoûtant, parfois dérangeant, mais jusqu’au bout fascinant.

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Sous le signe du Capricorne – Hugo Pratt (Casterman, 1979)

Sous le signe du Capricorne - Hugo Pratt (Casterman, 1979) dans Chroniques BD cortomaltesenbbroche03-223x300

Sous le signe du Capricorne est le premier Corto que j’ai lu. J’y ai découvert la magie du noir et blanc pur, la beauté des contrastes forts. Un univers onirique et envoûtant que je ne cesserai jamais d’aimer.

Pratt est un incontournable, un des rares – en particulier à partir de la création de Corto – à s’être pleinement affranchi des codes traditionnels de la narration figurative (et de l’influence d’un Milton Caniff), parvenant ainsi à développer une manière très personnelle de raconter une histoire en images et en mots. Un nouveau vocabulaire en somme, qui va au-delà du simple agencement de textes et de dessins. «Pour moi, aujourd’hui, le graphisme part de la nécessité d’un trait pour aller à l’impératif de la parole». Avec lui, narration et figuration établissent un nouvel ordre, le dessin se faisant signe quant les mots deviennent vecteurs d’images.

Pratt est un explorateur de la narration et un extraordinaire dessinateur (n’en déplaise à certains…). Son trait est brut, excessif, approximatif dans ses représentations, et pourtant terriblement précis dans ses intentions. A l’image des mouvements raides et maladroits de ses personnages lors des scènes de bagarres qui, pour peu «réalistes» soient-elles, possèdent une forte puissance d’évocation. Pratt ne se préoccupe pas de faire «vrai», puisse qu’il nous raconte sa vérité.

 

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« Comme toute grande œuvre, l’œuvre de Pratt est éminemment philosophique. Elle propose une vision du monde et de l’homme qui a quelque chose de nietzschéen. La complexité du réel, la multiplicité des hommes et des valeurs, place d’emblée le lecteur par-delà le bien le mal. Le jugement moral s’efface : l’étonnement prime. De cette confusion des sentiments se dégage un immense OUI. Oui à la vie, oui à sa beauté, oui à sa violence, oui à sa douceur, oui à sa cruauté, oui à ses illusions et à ses rêves. L’œuvre est toute entière placée sous le signe du désir. » (Grégoire S. PRAT in En Verve Hugo Pratt – Horay, 2004)

Intuitif et dilettante (pour un marin, il passe beaucoup de temps à terre), Corto semble être l’archétype même de l’anti-héros, se laissant balader par les événements, donnant l’impression de ne rien maîtriser. Mais ce n’est qu’une apparence. Corto est un homme d’action («Ce sont les faits qui comptent et non les paroles» dit-il à Tir Fixe), qui s’en sort toujours avec une chance et une nonchalance insolentes. Il est né sous une bonne étoile, sans forcement y croire d’ailleurs. Ce mysticisme refoulé fait la force du personnage qui, souvent par contradiction, conserve un esprit rationnel lorsqu’il est confronté à des événements oniriques et surnaturels.

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Corto est un séducteur craintif, qui se méfie bien plus des femmes qu’il croise que de ses pires ennemis («les femmes seraient merveilleuses si tu pouvais tomber dans leurs bras sans tomber entre leurs mains»). Son dialogue avec Bouche dorée est à ce titre éloquent : «-Ici tu aurais trouvé tout ce que tu cherches… Mais tu es aveugle comme une taupe… -C’est bien possible, Bouche Dorée… mais c’est à moi de m’en apercevoir

Raconter ne sert à rien, il faut le lire, se laisser guider par le maître d’aventure… Sous le signe du Capricorne est le véritable premier acte des aventures de Corto. Tous les personnages centraux de la saga y sont présents (professeur Steiner, Bouche Dorée, Raspoutine…). Une mise en place qui ouvre sur des récits fascinants…

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