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Festival BD Normandiebulle (Darnetal, 2016)

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Quand j’ai vu l’affiche de cette 21ème édition du normandiebulle (Bouzard invité d’honneur), je me suis dis que je n’allais pas avoir le temps de rencontrer tous les auteurs qui me plaisent. La bonne bayday n’est qu’une question de goût et mazette, la liste des auteurs présents que j’affectionne est incroyablement longue…

J’avoue surtout être impressionné à l’idée de les rencontrer. Qu’ai-je à leur dire, si ce n’est que j’aime beaucoup ce qu’ils font. Je sais que pour nombre d’entre elles-eux, l’exercice de la dédicace est hypocrite. Ce que je comprend. Croiser cette masse informe qui, le temps d’une gribouille, prend la figure d’un individu totalement inconnu – qui de par le fait d’avoir lu et acheté votre livre, se croit permis de vous taper sur l’épaule et vous demander de dessiner pour lui – a de quoi fatiguer les plus chevronnés (bien sur, c’est l’idée que je m’en fait et les auteurs ne pensent sûrement pas tous comme ça).

J’ai su prendre mon courage à deux mains et affronter ces gladiateurs de la chose dessinée. Et me rendre rapidement compte que ces artistes sont tous sincèrement disponibles. Une belle moisson de rencontres et de dédicaces, même si j’en ai loupé quelques unes… Un très bon cru 2016.

Dans l’ordre : Lisa Mansel (HP), Felder et Besseron (Snack), Florence Cestac (La véritable histoire de Futuropolis), Bouzard (Autobiography of Me Too), Gilles Rochier (TMLP).

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Delirium – Philippe Druillet & David Alliot (Les Arènes, 2014)

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Druillet fait son Cavanna. Dans le bon sens du terme, tant il arrive à raconter de manière concise et directe une multitude de détails et d’anecdotes, des choses légères et des choses graves qui, resituées dans leur chronologie, forment ce qu’on appelle une existence. Car Druillet existe, dans le sens sartrien du terme (« l’existentialisme considère l’homme comme un être unique et libre qui est responsable de ses actes et de son destin, mais également – pour le meilleur comme pour le pire – des valeurs qu’il décide d’adopter »).

C’est peu dire que Druillet a toujours agit comme un artiste libre de créer et rencontrer comme bon lui semble. Fan d’illustrés depuis l’enfance, Druillet a toujours été fidèle à la bande dessinée (ses maîtres sont Jacobs et Hergé), même s’il en a explosé les codes. Sa puissance de création et sa forte personnalité l’amènent à s’aventurer dans d’autres domaines tels que l’illustration, la création de mobilier, la céramique, la conception de décors, la réalisation, etc (sans oublier le chinage, passion qu’il partage avec sa copine Florence Cestac). Et peu importe le médium, Druillet reste Druillet. Refusant tout corporatisme, et tout prédéterminisme, il papillonne entre les milieux et les disciplines sans jamais se perdre en route. Il est ce fils de la concierge qui peut dîner avec le président de la république.

«  Je suis un mal-né, c’est le drame de ma vie. Je voulais être prince ou mécène. Je suis né fils de concierge. Je n’ai pas eu neuf vies, j’en ai eu quatre-vingt-dix-neuf. Je fais tout en même temps. Je dessine, je conduis et je brocante. J’ai un goût inné pour la beauté. J’ai besoin de vivre entouré de belles choses ».

Druillet ne renie rien de son passé. Même s’il lui aura fallu attendre ses soixante dix ans pour enfin mettre des mots sur son histoire familiale et cet honteux héritage. Avoir des parents collabos zélés, faisant allégeance au maréchal Pétain (d’où son prénom) ça laisse des traces et forge une personnalité. Viscéralement humaniste et indépendant, il ressort de la lecture de ces mémoires le portrait d’un artiste bien plus terrien que son œuvre hors norme, monstrueuse et mystique ne donnait à penser.

 

J’aime pas… (éditions Hoëbeke)

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La sympathique collection J’aime pas des éditions Hoëbeke donne carte blanche aux auteurs pour se lacher sur un sujet qui les insupporte.

On le sait depuis son claudiquant sur le dance floor, Luz n’aime pas n’importe quelle musique. Il n’aime surtout pas la chanson française. Non pas ses grands classiques qui, de Gainsbarre à Brassens, jusqu’à Dominique A ou Arthur H, méritent notre estime. Non, plutôt cette « nouvelle nouvelle chanson française », incarnée par le plus insupportable de tous : Vincent Delerme, le chantre de l’insignifiant, qui nous assène à longueur d’albums sa litanie des petites préoccupations de l’intime. Les scènes de dialogues entre Delerme et son nombril Bibile sont, à ce titre, fort savoureuses. Benabar, Biolay, Cali, Obispo, Raphael, Aubert, Renaud, mais aussi Yvette Horner, tous en prennent pour leur grade. Que du bonheur…

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Florence Cestac n’aime pas les gens qui se la pêtent et se prennent pour ce qu’il ne sont pas. Le mari parfait, la psy de service, l’adolescente blessée, l’écolo modèle, le grand artiste, le détenteur du bon goût français… Avec son humour gentillement mordant (et son inimitable style « gros nez »), Cestac nous venge de tous ceux qui nous pourrissent la vie au quotidien. Ces insupportables qu’on aimerai remettre à leur place, mais nos bonnes manières (plus surement notre manque de courage) nous en empêche.

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Alévêque et Large eux, n’aime pas la crise. Comme tout le monde me direz-vous. Cependant, les textes d’Alévêque nous confortent dans l’idée que ce n’est pas la crise pour tout le monde, que certains s’en goinfrent royalement, que les plus touchés sont encore et toujours les plus démunis.

S’il pensait nous faire rire, c’est plutôt raté. Non pas qu’Alévêque soit mauvais, au contraire, il est actuellement l’un des meilleurs humoristes politiques engagés (avec Didier Porte et Thierry Rocher), usant de cette prose redoutablement lucide et de ce sens aigu de la chute qui, pour nous faire sourir, nous renvoie à notre condition de pauvre (con). Ce sont les thèmes qu’il aborde qui ne prêtent pas à rire. Heureusement que Large apporte un peu de couleurs à cette grisaille.

Alévêque n’invente rien. Il fait des liens, met en corrélation des informations pour nous éclairer sur les réels enjeux de cette crise, pointant les aberrations de nos classes dirigeantes (politique, finance), dénonçant les dérives du système libéral. On peut ne pas être d’accord, dire qu’il fait des raccourcis. Perso, j’adhère pleinement à sa manière de présenter les choses. Alévêque est un véritable humoriste, espèce rare. Il ne nous brosse pas dans le sens du poil, il nous colle un bon coup de pied au cul !

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Rire contre le racisme – collectif (Jungle, 2006)

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Rire contre le racisme est un ouvrage collectif comme je les affectionne (un cadeau reçu lors d’un ‘petit noël entre amis’). Une belle brochette d’auteurs réunis autour d’un thème fédérateur, qui nécessite de se mobiliser… Rire contre le racisme, une déclaration d’intention ! Car l’humour demeure une arme redoutable pour lutter contre la connerie.

Margerin nous propose d’inverser les rôles, en se mettant dans la peau un français de souche qui subit toutes les discriminations quotidiennes (au travail, face à la police…) que vivent en général les personnes qui portent sur eux leur différence.

Florence Cestac nous raconte avec sa tendresse habituelle une joute verbale entre deux ados amis qui se termine par la défaite de l’un, lorsqu’il dérape et sort une vanne raciste.

Rias Sattouf se remémore les réflexions racistes (venant de tous horizons) qu’il a pu entendre depuis sa jeunesse. Ce racisme quotidien et inconscient qu’il est plus que nécessaire de dénoncer et ne pas banaliser.

Rico aborde le thème de la discrimination positive dans le milieu professionnel, ses limites et ses absurdités, en particulier quand son personnage, d’origine africaine, doit collaborer avec un blanc daltonien.

Binet nous emmène en classe de découverte avec des élèves de primaire. On y découvre surtout que la connerie se transmet très facilement de pères en fils. Heureusement que l’amitié est là pour contrecarrer tout ça !

Le texte ‘Xénophobie’ de Raymond Devos devrait être lu dans toutes les écoles de France et de Navarre. D’autant plus quand il est illustré par Moebius.

Avec deux dessins et une planche, Kichka nous amuse tout en balançant des vérités qu’il est bon d’entendre souvent (en particulier les stéréotypes véhiculés par les contes de fées).

Cabu fait appel à son beauf moustachu et facho pour dénoncer les difficultés d’intégration d’un jeune d’origine maghrébine ou les abus du travail clandestin.

En un dessin, Maïtena en dit long sur le racisme ambiant chez les bobos et corrobore l’idée que racisme et jalousie sont intimement liés.

Fab & Aurel illustrent une mésaventure de Toufik, le personnage d’Elie Semoun qui, après avoir subit la discrimination d’un videur de boite de nuit, se confronte à son propre racisme.

Jean-Philippe Peyraud adapte un sketch du génial Alex Metayer, ‘Hymne à la joie’, dans lequel un père de famille exprime à ses enfants sa fascination pour les allemands. Cependant, entre fascination et fascisme, il n’y a qu’un pas que la connerie franchit allègrement.

Luis Rego et Willem nous raconte ‘la journée d’un fasciste’ et éprouvent presque de la compassion pour ce petit être plus fragile qu’il n’y parait. Il n’est en effet pas si facile que cela de vivre son fascisme en toute tranquillité.

Lionel Koechlin met en scène un chien et un chat qui prennent conscience de la stupidité de leurs réflexions racistes.

Didge et Van Linthout mettent en image un sketch de Chevalier et Laspalès qui dénoncent par l’absurde, en accumulant les clichés racistes que l’on entend malheureusement trop souvent dans la rue ou au café.

Alex Metayer encore, adapté cette fois par le non moins génial Alfred. ‘Mohamed apprend le français’, ou du moins il essaye. Mais ce n’est pas facile de maitriser toutes les subtilités de la langue de Racine…

Jul nous apprend que le racisme ordinaire sévis également dans le monde de la bande dessinée.

Quelle  joie (jusqu’au cou !) de retrouver le trait magique d’Alexis, associé aux mots de son ami Gotlib. Ces deux gai-lurons ont trouvé une solution qui, si elle ne nous débarrasse pas du racisme de manière radicale, a le mérite de supprimer la souffrance de ceux qui en sont sujets…

Eric Cartier et Pierre Palmade aborde le racisme bourgeois qui accumule les clichés et les stéréotypes. Le personnage principal n’est pas raciste, puisque son ‘meilleur ami’ est maghrébin. Enfin, il ne sort pas tout le temps avec lui non-plus. Pourtant, il dit parfois des choses intelligentes…

Emmanuel Guibert illustre admirablement un texte de René Goscinny (‘Je ne suis pas raciste, mais…’) dans lequel ce dernier dresse une liste des « formules sournoisement amicales » utilisées par des ‘racistes prudents’…

En un dessin, Pétillon en dit long sur les désillusions des jeunes des cités.

Plantu lui, nous parle du décalage vécu par les jeunes issus de l’immigration, entre le discours d’un professeur et la réalité policière.

Zou adapte un texte de Michel Boujenah, qui nous raconte la vie tourmentée d’un enfant juif-arabe…

Cet album se referme sur une réflexion pertinemment absurde du chat de Geluck.

Rire contre le racisme est avant tout un spectacle comique (qui en est à sa 8ème édition). C’est pourquoi on retrouve des adaptations en bd de sketch écrits pour la scène. C’est d’ailleurs le point faible de cet album. Ces adaptations ne sont pas convaincantes. Ce n’est pas un exercice facile et seul Alfred s’en sort haut la main. Les éditions Jungle sont spécialisées dans ce genre d’ouvrages qui, il faut bien le dire, sont pour la plupart très mauvais (en particulier celui sur Desproges !). Celui-ci est tout de même bien meilleur, grâce à la présence de grands auteurs et dessinateurs de bande dessinée, qui relèvent le niveau.

Florence Cestac – Exposition (Hôtel de Région / Rouen)

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C’est dans une grande salle flambant neuve de l’Hôtel de Région, de forme ovale et très lumineuse, que se situe l’exposition Florence Cestac. J’y suis seul et le resterai tout le temps de ma visite. Etonnant. J’avais envie d’interpeller les passants à travers la baie vitrée, leur dire de venir profiter des œuvres originales de cette artiste bourrée de talent. Et puis non. Après tout, il y a de grandes affiches à l’entrée et en plus, c’est gratuit. Alors, tant pis pour eux, et tant mieux pour moi. Je suis seul à profiter de cette exposition, à passer le temps que je veux devant ces œuvres. Pas de bruits ni bousculades. Très agréable.

Une bonne centaine d’oeuvres au total. De nombreuses planches originales en noir et blanc sont alignées le long d’un mur. Les Déblok, Le démon de midi, Super Catho, La véritable histoire de Futuropolis, Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps… Mêmes s’ils ne sont pas datés, ses dessins sont de différentes époques. On observe une évolution dans les formes de ses personnages, ils deviennent plus ronds, leurs visages moins étirés. Son trait se fait plus souple, plus fluide et elle semble moins utiliser le noir (ses premières planches sont plus contrastées, avec des fond noirs). Quelques tables vitrées nous présentent des illustrations en couleurs. Cestac est autant à l’aise avec la couleur que le noir et blanc. En face, on peut admirer ses sculptures (ses cactus ou ses personnages aux gros nez…), une tapisserie, ainsi que des détournements de vieilles peintures (le genre de croutes « biches dans la nature » qu’on trouve en foire à tout). Par exemple, elle peint un Mickson en deltaplane sur une vieille toile représentant une rivière entourée d’arbre, ou Don Quichotte et Sancho devant un chalet tyrolien. Des idées que n’auraient pas reniées les surréalistes.

Ses personnages sont attachants et dégagent beaucoup de sensualité. Florence Cestac possède une sensibilité particulière pour l’adolescence, qu’elle décrit à merveille. Une exposition vraiment sympa qui me donne envie d’en lire plus encore.

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Nuit câline

http://cestac.com/

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