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Feu de Paille – Adrien Demont (6 Pieds sous Terre, 2015)

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Il est rare de sortir d’une lecture avec un sentiment de jamais lu. Feu de Paille est un album de bande dessinée qui ne ressemble à aucun autre. L’auteur s’amuse à brouiller les pistes et les genres avec une étonnante fluidité, entre des éléments fantastiques qui s’immiscent dans le quotidien, vieilles légendes et science-fiction, chronique familiale et récit sur l’enfance. Bien sûr, cet univers clos et l’ambiance étrange (et légèrement flippante) qui s’en dégage ne sont pas sans rappeler certains épisodes de la Quatrième Dimension ou des Contes de la Crypte. Ces personnages aux formes longilignes et au yeux vides m’évoque ceux d’un Jason. Cependant, dans l’ensemble, on ne ressent aucune références flagrantes.

Une famille de citadins abandonne son ancienne vie pour s’installer à la campagne, dans le village d’enfance du père. On comprend rapidement que, suite à un grave accident, ce dernier a subit une lourde opération du cœur qui a profondément modifié son rapport au monde. Ce retour au source ravivera en lui de vieux souvenirs (son amitié avec Hugo, un camarade plus que troublant) et le confrontera à d’anciennes légendes oubliées (en particulier celle de l’homme-paille). De son coté, son fils unique découvre un nouvel environnement, dans lequel il semble parfaitement à l’aise.

Le fond et la forme sont indissociables. Il est indiqué en 4ème de couv’ : « Il arrive qu’un événement bouscule l’ordre établi et provoque de graves interférence capables de bouleverser notre perception de la réalité ». C’est ce que fait Adrien Demont avec son récit. Entre séquences oniriques, souvenirs, hallucinations ou réalité, il nous entraîne dans une succession de scènes (aux époques diverses et multiples protagonistes) qu’il nous faut resituer dans leur temporalité. Deux récits principaux se font échos et semble se répéter : la jeunesse du père et le présent de son fils. Au delà de ce décorum fantastique, Feu de paille aborde les thèmes de la transmission, du temps qui passe, de la fin de l’insouciance…

Adrien Demont ne cache pas les artifices. Il aime les décors de carton-pâte très théâtraux, qui sentent la mise en scène, le fictif. Outre le père qui fut réparé comme une vulgaire machine (il possède un cœur artificiel), certains personnages-automates répètent leurs textes de façon mécanique (tel le facteur-robot), sans âme. Les décors en sont plus pourvus que les personnages. Les chimères plus vivantes que les vivants…

Ses choix esthétiques et narratifs sont judicieux. Son noir & blanc contrasté, riche de gris, ce graphisme stylisé au trait fin et précis soulignent parfaitement ces formes et figures bizarres (son bestiaire est formidable, en particulier le chien-niche). Sa mise en page est relativement classique, linéaire. Ce sont les contenus de chaque cases qui apportent du dynamisme. Champs contre-champs, plongée contre-plongée, cadre hors-cadre, intérieur-extérieur… Demont se joue de l’espace avec une remarquable dextérité. La gravité ne semble pas exister, les personnages ou les objets flottent comme en apesanteur.

L’étrangeté diffuse qui persiste tout au long de la lecture vient aussi du fait qu’on ne sait à quoi s’attendre à chaque nouvelle page, comment finira ce récit à tiroirs, aux multiples ramifications. Le mieux est de lâcher prise… Feu de Paille est un livre qu’on garde longtemps en soi, qui amènera quelques relectures…

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Adrien Demont

Plageman – Bouzard (6 pieds sous terre, 1997)

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Supermurgeman de Mathsap dans le Psikopat, Super chien de Blexbolex dans Ferraille Illustré, et bien sur, notre Plageman national de notre Bouzard national dans Jade… bon nombres d’auteurs de bédé indé d’humour des années 90, qui ont sûrement biberonné aux comics, ont produit des séries de super héros a la sauce poilade et déconnade. Non pas des sauveurs surpuissants, plutôt des super-losers, dans la lignée des « losers sont des perdants » de Guerse et Pichelin.

Digne fiston de Superdupont, Plageman a lui des ambitions plus réduites. Non pas protéger notre pays des méchants de l’Anti-France, mais plutôt sauvegarder sa plage des beaufs. Ce qui dans le fond, n’est pas moins difficile. Entre les clients du camping, les vacanciers envahissants, les moutards chiards ou les entraînements des rugbymen, Plageman a du boulot pour débarrasser sa plage des intrus.

S’il n’a pas de super pouvoirs, l’homme-plage est tout de même sujet à une terrible malédiction : son masque (qui n’est qu’un bête ballon de beach volley) ne peut plus s’enlever, au risque de le défigurer. Il ne peut reprendre son apparence normal et se retrouve prisonnier de sa nouvelle identité. La plage devient alors son seul territoire, obligé d’y passer le reste de son temps. Et la plage en hiver est un lieu hostile. Heureusement pour lui, il n’est pas seul. Comme tout vrais super-héros, il a trouvé un fidèle compagnon, le super Pennak, un clochard céleste croisé au bar de la plage. Entre combats perdus et tentatives de survie, les deux compères ont fort à faire pour conserver ce qu’il leur reste de dignité et d’amour propre.

Bouzard lâche les chevaux et nous en balance plein la gueule. Il prend des libertés avec les règles anatomiques et la perspective (les mouvements de ses personnages sont excessivement désarticulés), et c’est tant mieux. Cela apporte un dynamisme et une puissance incroyables à son graphisme. Son trait vif et épais souligne parfaitement ces formes outrancières. Ça percute la rétine !

Une parodie de super-héros qui ne fait pas dans la finesse. Et c’est pour ça qu’on l’aime ! Pilier de la revue Jade, Plageman est logiquement devenu le héros culte des éditions 6 Pieds sous terre.

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Léon-La-Terreur – Wim T. Schippers & Théo Van Den Boogaard (Les Intégrales Drugstore, 2009)

Léon-La-Terreur - Wim T. Schippers & Théo Van Den Boogaard (Les Intégrales Drugstore, 2009) dans Chroniques BD llt

Découvert dans les pages de l’Echo des Savanes au début des années 80, Léon-La-Terreur est une star de la télévision aux Pays Bas, avant d’être un héros de bande dessinée. Sjef Van Oekel (Léon-La-Terreur) est une sorte de Benny Hill flamand, crée par Wim T. Schippers et incarné par l’animateur Dolf Brouwers. Aux vues de son succès, Schippers propose à Théo Van Den Boogaard de travailler à l’adaptation en bandes des aventures du terrible Léon.

Roi de l’humour scatologique et du non-sens bien débile, Léon-La-Terreur est, sous des dehors respectables de quinqua propre sur lui, un grossier personnage. Un égocentrique, libidineux et cruel, sans foi ni loi, qui ne possède aucune pudeur. Un triste sire que l’on n’aimerait pas rencontrer. Sûrement parce qu’il nous revoie de manière excessive à nos propres comportements de primates civilisés.

Van Den Boogaard est un maître de la ligne claire. Cependant, à bien y regarder, il pervertie le style hérité du père Hergé pour y apporter un dynamisme soutenu (voire excessif) qui illustre parfaitement la folie ambiante des scénarii. L’influence de Franquin et de Crumb s’en ressent. Un graphisme d’un grand classicisme qui contraste avec des histoires (gag en strips ou sur quelques pages) et des propos pour le moins vulgaires.

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« Le design de Léon la Terreur rappelait celui de Monsieur De Mesmaeker dans Gaston Lagaffe. Mais rapidement, j’ai adopté un dessin beaucoup plus « ligne claire », à la manière d’Hergé, tout en conservant l’énergie du trait de Franquin. Je n’avais pas étudié à proprement parler le style de Georges Remi mais celui-ci m’avait influencé de manière inconsciente à l’époque ou j’étudiais la composition. » (Théo Van Den Boogaard in ActuaBD)

De part son petit format, cette intégrale réalisée par Drugstore ne rend pas justice à l’esthétique de Van Den Boogaard , en particulier ces grands plans d’ensemble bourrées de détails, cette insolente maitrise des lois de la perspective. Un sens de la composition remarquable qui contribue à une parfaite lisibilité de la planche dans son ensemble. Dommage que cela ne soit pas mis en valeur, car Léon-La-Terreur vaut surtout pour ce graphisme prodigieux.

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Akira (L’Autoroute) – Katsuhiro Otomo (Glénat, 1990)

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Premier manga à avoir connu le succès en France, Akira a collé une claque à nous autres, amateurs de bande dessinée de science fiction. Pour ma part, j’y ai découvert toute la puissance d’évocation du médium.

Otomo a su transcender le traumatisme de la bombe nucléaire en une histoire totalement délirante mais ô combien cohérente, à forte teneur émotionnelle. Y apparait en toile de fond le contexte politique et social du Japon des années 80, ses angoisses héritées d’Hiroshima et Nagasaki, la fuite en avant dans le développement des nouvelles technologies. La thématique principale du récit est proche des concepts de Biomécanique ou de « Nouvelle Chaire » chères à Giger et Cronenberg. Sans oublier l’esthétique steampunk du film Tetsuo de  Shinya Tsukamoto. Katsuhiro Otomo dénonce les dérives du transhumanisme, qui tend à désincarner l’humain, le transformant en une mécanique incontrôlable… C’est la morale de cette histoire : se prendre pour Dieu et vouloir maitriser ce qui nous échappe n’est jamais sans conséquences. L’Histoire nous l’a démontré à maintes reprises…

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Arrêtons-nous sur la scène d’ouverture, qui annonce les grands axes du récit à venir : Les rapports entre Kaneda et Tetsuo. Le premier, chef incontesté de la bande, est le modèle du second, le frêle petit du groupe, qui subit l’infantilisation de ses camarades, de Kaneda en particulier ; Le choc, l’explosion de la collision, sur le site même de la première déflagration nucléaire, qui sera le point de départ des transformations et mutations de Tetsuo ; L’apparition énigmatique et la disparition spectrale du numéro 26, première rencontre avec un membre de la famille des mutants, et premier élément surnaturel d’une histoire qui en regorgera ; L’intervention pour le moins obscure des militaires, qui arrivent avec un temps d’avance sur les autorités « officielles ». Ce qui corrobore cette idée de complot…

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Dans ce premier volume, apparaissent tous les tenants (Kaneda et Tetsuo, le colonel et ses sbires, Kay et son frère Ryu, Takashi, Masaru et Kiyoko, même Akira est évoqué…) et aboutissants (la quête d’une surhumanité, le despotisme des militaires, l’impuissance des scientifiques à contrôler leurs créations…) de cette histoire de dingue, qui annoncent de purs moments de délires narratifs et esthétiques. Influencé par les dessinateurs occidentaux (Moebius surtout), Otomo fait preuve d’une virtuosité graphique remarquable de dynamisme et de précision. Un sens du rythme dans ses séquences et mises en pages plutôt éloigné du manga traditionnel. Ce qui explique surement son succès auprès des lecteurs occidentaux de l’époque, pas encore habitués au vocabulaire du manga (peu d’ellipses, surabondance de tirets de mouvements…) et à sa lecture inversée.

Un chef d’œuvre qui n’a rien perdu de son intensité.

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Las Rosas – Anthony Pastor (Actes Sud – l’An 2, 2010)

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J’ai commencé la lecture de cet album avec je l’avoue, une certaine appréhension, due en particulier à cette couverture digne d’un mauvais roman de gare. Définir Las Rosas comme un « Western tortilla à l’eau de rose » n’a à priori rien d’heureux. Mais faisons confiance à Thierry Groensteen, qui assure que « Las Rosas est un récit touffu qui se déguste lentement, un roman graphique choral et fascinant ; assurément l’œuvre d’un grand auteur désormais en pleine possession de ses moyens. »

En effet, Anthony Pastor nous raconte un ensemble de petites histoires qui s’entrecroisent et se complètent. Bien que nous commençons par faire la connaissance de la jeune Rosa – une fille de la ville, protégée du bon flic Flecha, qui doit se cacher d’un mec violent – on se rend vite compte que le personnage principal est Las Rosas, un village en bordure du désert, constitué exclusivement de femmes paumées et laissées pour compte. Un lieu de transite pour certaines, un pied à terre pour d’autres. Toutes sous la protection du bienveillant Florentino Flecha.

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Le scénario n’a rien de véritablement attrayant. On n’imagine même pas ce que cela pourrait donner en film, ou pire, en série télé. Cependant, c’est avec ce type d’ouvrage qu’on se rend compte de la richesse du médium bande dessinée. A savoir rendre passionnant un récit très plan-plan (voire cul-cul) par un découpage alternant longueurs et ellipses, un développement narratif générant un rythme linéaire et soutenu à la fois. L’implication du lecteur est ici plus que favorisée. A nous d’imaginer les voix des personnages, leurs dynamismes, leurs failles, leurs secrets… Ce qui génère une complicité particulière et favorise une identification forte. On se reconnaît un peu dans tous ces personnages : le placide Flecha, la rebelle Rosa, la mystérieuse Marisol, la naïve yoli, le salaud Pedro Cuervo…

Le graphisme de Pastor est un régal. Par ce trait vif, direct et précis, ce travail des volumes jouant du clair-obscur, il arrive à donner une ampleur à ses personnages, un charisme qui les rend immédiatement identifiable. On se prend d’affection pour ces personnages aux gueules burinées, tannées par le soleil et les coups durs de la vie. On a envie de partager du temps avec eux. C’est la force de cet album : une virtuosité graphique au service d’une histoire à forte teneur émotionnelle, abordant l’air de rien les thèmes de la filiation, de la quête identitaire, de la rédemption…

Anthony Pastor vient de sortir un nouvel album, Castilla Drive, qui s’annonce aussi bon. Un auteur à suivre.

 

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