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Gorgonzola n°20 – (l’Égouttoir – Déc 2014)

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Comment ça vous n’avez pas encore le dernier Gorgonzola !? Mais il faut vous le procurer de suite ! Pour ceux qui l’ignorent encore, Gorgonzola est le fanzine des éditions de l’Égouttoir, chapeauté par le sieur Maël Rannou. Alors bon, quand on dit fanzine, faut pas toujours s’attendre à du papier photocopié au noir et blanc baveux. Gorgonzola est beau, solide, coloré, généreux. La revue d’un fan, réalisée de manière professionnelle (en gros, un prozine), qui met tout en œuvre pour offrir aux auteurs invités un espace de diffusion respectueux de leur travail.

Vingt numéros en dix ans d’existence, c’est une belle évolution pour une revue auto-produite. Rannou a réussi à contacter et convaincre une kyrielle de bons dessinateurs pour participer à l’aventure. Au fil du temps, il s’est constitué un noyau dur d’auteurs réguliers, tout en laissant la porte ouverte à de nouvelles recrues. Maël nous l’explique : « … contrairement à beaucoup d’autres fanzines, nous ne sommes pas nés d’une bande d’école ou de vieux amis. Dès l’origine, il s’agissait avant tout de réunir des auteurs divers, inconnu ou non, de différents pays et styles, pour peu qu’ils aient une démarche d’auteur reconnaissable permettant de donner un aperçu de la diversité de la bande dessinée alternative ».

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Pour ce vingtième numéro, pas de célébration particulière ni d’auto-satisfaction démesurée. Seulement un contenu de qualité. Et il a raison, c’est ce qu’il fait de mieux. En regardant le menu dans le détail, la diversité des formes et des propos est bien là. Entre le minimalisme assumé de Tony et les récits sensibles de Simon Hureau, l’autobiographie sociale de Jean Bourguignon et les mondes absurdes d’Olivier Texier, les gaufriers expressionnistes de Vincent Lefèbvre et l’onirisme old school de Léo Quivreux, les planches quasi abstraites d’Alex Chauvel ou le superbe graphisme d’Yvang qui, avec ces effets de trame et ces textes en cartouches (en fait d’anciennes « rubriques de chiens écrasés »), évoquent les périodiques du début XXème… Le tout dans un noir et blanc riche de gris, sur du beau papier glacé. 192 pages au format A5 de belle facture (10euros seulement) ! Si vous le trouvez en librairie, retenez l’adresse, c’est une bonne librairie. Sinon, on peut se le (les) procurer chez l’Egouttoir.

Depuis le n°18, Maël y joint un dossier complet, focalisant sur un acteur essentiel de bande dessinée « autre ». Après la revue Viper et le dessinateur Poirier, c’est au tour de trois auteurs-créateurs de fanzines (Filipandré, Gerbaud et El Chico Solo) d’être mis en lumière. Des interviews qui retracent leurs riches parcours et nous permettent de cerner trois générations (70′, 80′ et 90′) de fanzinat. Petite info du chef, le prochain dossier concernera les éditions Artefact, une bonne idée.

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Yvang

Blankets, Manteau de Neige – Craig Thompson (Casterman écritures, 2004)

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Ce pavé de presque six cents pages se lit d’une traite, grâce à une narration fluide, avec certes quelques longueurs, mais sans temps mort.

Craig Thompson nous raconte dans ce Blankets sa première histoire d’amour. Mais cette romance n’est que le fil conducteur d’un récit qui l’amène à parler de ses souvenirs d’enfances, de la relation avec ses parents et son frère, d’un traumatisme vécu durant sa jeunesse… Il aborde (presque) sans tabous les doutes, les angoisses, les incertitudes qui semblent le submerger et ainsi forger sa personnalité. Craig Thompson est un jeune peu sûr de lui, qui vit en retrait par rapport aux autres de son âge. Il cherche des réponses, ainsi qu’une forme de rédemption (face à la tentation de la chair), au sein des textes bibliques. Mais cette quête constante lui apporte plus de doutes et d’indécisions que de réponses. C’est sa romance avec Raina qui l’aidera à franchir ce cap difficile…

A travers ce récit autobiographique très personnel et intime, Thompson aborde des thèmes universels. Car Blankets, c’est aussi un parcours initiatique, un récit sur l’évolution d’un jeune homme, sur la difficulté de grandir, de sortir de l’enfance et entrer dans l’âge adulte. C’est la période des possibles, de choix engageant l’avenir, et qui peuvent paralyser…

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Divisé en trois parties, la première nous raconte l’« avant-rencontre », ses souvenirs d’enfances avec son frère et ses parents. La deuxième aborde la rencontre avec Raina lors d’un camp de vacances et le séjour passé chez elle quelques temps après. Dans la troisième partie, Thompson nous raconte l’« après-rencontre », la séparation et ce qui en découle.

Thompson est en pleine possession de ses moyens. Un style réaliste légèrement caricatural. Un graphisme dynamique et plutôt expressionniste (proche de la gravure). Une maitrise admirable du noir et blanc, du clair-obscur. Des mises en pages usant de symboles, d’arabesque comme pour mieux illustrer les sentiments de bonheur, de plénitudes ressentis par les deux amants. Certaines planches flirtent même avec l’abstrait, l’onirisme.

Un spleen diffue se dégage de ce récit. On est triste de voir cette belle histoire d’amour se terminer, mais heureux de voir que Craig en sort grandi, serein et prêt à avancer dans sa vie. Ses derniers mots, alors qu’il marche seul dans la neige, en disent long : « quel plaisir de pouvoir laisser des traces sur une surface immaculée. De tracer une carte de mes pas… Peu importe si c’est temporaire. »

Un dessin subtil, sensible et brut, pour une histoire qui l’est tout autant…

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http://blog.dootdootgarden.com/

Bande Dessinée et Littérature

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Il faudrait qu’on m’explique un jour quel intérêt artistique peut-il y avoir à adapter un roman en bande dessinée ? Ce sont deux disciplines proches par le verbe, mais très éloignées dans leur narration. Ce genre d’adaptation apporte en général peu de choses, ni à l’œuvre de référence (qui par définition restera plus originale), ni à la bande dessinée, qui s’en trouve plutôt discréditée. Après tout, chacun fait comme il l’entend, mais je trouve que c’est un des problèmes de la production actuelle. Cette tendance littéraire (la plupart des grandes maisons ont leur collection « littérature » : Glénat, Vents d’Ouest, Casterman, Soleil, Delcourt… Voir en détail) illustre cette idée que l’histoire serait l’élément principal d’une bd, plus importante que le graphisme…

Je pense qu’à l’inverse, la bande dessinée, art de la narration, est avant tout un art plastique. Personnellement, je préfère les délires scénaristiques abscons associés à la virtuosité graphique d’un Moebius par exemple, que lire ces pseudos ouvrages littéraires. Comme si la BD (du moins, certains qui la font) avait encore des complexes (sous littérature ? art mineur ?) et devait trouver une légitimité artistique dans ces adaptations…

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A tous les amateurs de ce type de BD, je ne dirai qu’une chose : lisez le livre… C’est ce que je me suis dis en lisant Les marins perdu. C’est plaisant, mais l’adaptation de Clément Belin n’a, me semble t-il, rien apporté de plus à cette histoire de marins bloqués au port de Marseille. Au contraire, les images imposent la vision du dessinateur, alors que les mots laissent libre cours à l’imagination du lecteur. Dans ce cas, mieux vaut lire le roman de J.C.Izzo…

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Malgré tout, l’alliance BD-Littérature peut apporter de grande chose, quand le projet demeure original, quand le dessinateur a du talent. Je pense en particulier à la biographie de Kafka par Crumb, au Pinocchio de Winschluss qui ose prendre des libertés et nous propose une relecture originale… Lorsqu’un virtuose de la BD adapte l’œuvre d’un grand de la littérature, cela donne généralement de bons résultats quand celui-ci a le génie d’y transposer sa vision, d’y apporter sa touche personnelle qui enrichie l’adaptation. Je pense à Tardi avec le Nestor Burma de Léo Malet, Philippe Druillet et le Salammbô de Flaubert ou Breccia avec le Dracula de Stoker ou les contes de Poe…

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William Wilson par Breccia

Ce dernier ouvrage est d’une richesse incroyable. Breccia laisse éclater toute sa virtuosité, sa maîtrise des contrastes en noir et blanc, l’expressionnisme quasi abstrait de ses formes colorées. C’est par le graphisme pur qu’il adapte les nouvelles de Poe. Il va même jusqu’à raconter l’histoire, sur certaines planches, sans un seul phylactère, sans un seul mot… Du grand Art !

Une distance insondable semble séparer la géométrie laconique avec laquelle, en 1974, Alberto Breccia adapte, en noir et blanc, le Cœur révélateur d’Edgar Poe et la débauche d’arabesques colorées que lui inspire, 8 ans plus tard, le conte du Masque de la Mort rouge. Au premier regard seulement. Car entre ces extrêmes, les trois autres « Histoires extraordinaires » de Poe que Breccia choisit de mettre en images permettent de renouer le fil de la logique qui unit ces deux œuvres en apparence si opposées. [...]

Breccia, magnifiquement, transforme ce néant en matière. Il injecte au blanc obsédant, apparu dans l’entrebâillement de la porte poussée nuit après nuit par l’assassin du Cœur révélateur, les « phosphorescences de la pourriture », ces couleurs réduites à l’état de traces qui veinent la pâte blanche dont il cerne l’agonie de Monsieur Valdemar et les cadavres fauchés par la Mort rouge. Au vide final contre lequel se balance le pendu à la dernière page du Chat noir et où résonne ironiquement une chanson dans la pièce abandonné par William Wilson, Breccia substitue le relief d’une matière irisée des éclats de la décomposition toute proche. La blancheur stérile du néant, cette pure surface qui n’offrait aucune prise, devient soudain palpable. Les doigts effleurent sur la feuille la lente glaciation qui scande le récit du Masque de la Mort rouge. Mais la menace de ce gel charrie les débris d’une débâcle métamorphosée en lueurs boréales. Au-delà de l’horreur, la matière même du rêve. (Agnès Carbonell en préface).

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Le Coeur révélateur par Breccia

 

Les objets livre et BD sont semblables. Ils sont les enfants de Gutenberg. Une maison d’édition comme l’Association l’a très bien compris et nous livre, dès ses débuts, des albums de Bande Dessinée de belles factures, qui ont plutôt l’aspect et la qualité de beaux ouvrages que d’albums traditionnels (les fameux 48 pages, couvertures cartonnées) … Le roman graphique est par définition, et surtout grâce à ses meilleurs représentants (Eisner, Spiegelman, Moore, Menu, Burns, Satrapi, Miller…), l’alliance réussi entre la littérature et la bande dessinée. Un mode de narration original et créatif, qui offre des latitudes inédites…

 

Outre la création, le monde littéraire peut aussi apporter un enrichissement à la Bande Dessinée au niveau de la critique. Qu’un journal tel que Lire consacre des numéros entiers à des auteurs ou des héros de Bande Dessinées (Asterix, Hergé, Corto, Goscinny…) confirme l’idée, pas encore tout à fait répendue dans les milieux artistico-littéraires, que la Bande Dessinée est un Art majeur créée par des auteurs et des artistes majeurs ! C’est une très bonne chose que des chroniqueurs de presse littéraire proposent des analyses et des commentaires pointus, différents, sur la BD. Et surtout, qu’ils ne la réduisent pas à une simple sous-littérature mais la considère comme un Art, possédant ses propres codes esthétiques et narratifs.

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En fin de compte, je dirai que l’adaptation de roman en bande dessinée n’est pas une mauvaise chose en soi. Cela peut aboutir à des œuvres remarquables. Mais la majorité de ces adaptations ne sont pas convaincantes. Il me semble qu’elles correspondent plus à la tendance actuelle des éditeurs qu’à une vraie démarche artistique…

PEUR[S] DU NOIR – Collectif (DA Etienne Robial) 2008

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Dix auteurs de Bande Dessinée (dont Blutch, Pirus, Burns, Mattotti ou Dupuy & Berberian) se lancent dans un film d’animation, ayant pour thème la [les] peur[s] du noir, sous la direction artistique d’Etienne Robial ? C’est un projet inespéré pour tout fan de BD car, même si les exemples de passage à l’animation ne sont pas toujours concluant, les réussites de Joan Sfar (avec son petit vampire) ou de Satrapi avec son Persepolis m’incite à penser que ce Peur[s] du Noir sera un chef d’œuvre. Et il l’est ! La critique et les nombreux prix qu’il a reçu nous le confirme.

Un objet filmique qu’il me faudra revoir car mes souvenirs sont plus confus que précis. J’en retiens plutôt un ressenti global, diffus, une association d’images fortes et variées. Comme d’avoir vécu un rêve éveillé. Un mauvais rêve en six actes, dont deux (ceux de Blutch et Di Sciullo) s’enlacent entre les autres, servant de fils conducteur, ou plutôt de fils d’Ariane, dans ce labyrinthe des peurs les plus noires… Primale et primaire, la peur revêt plusieurs visages, propres à chaque auteur (d’où les crochets du titre). Mais elle est aussi universelle. C’est un sentiment qui se communique très bien.

Le passage à l’animation pour tous ces auteurs de BD est une réussite. Les procédés d’animation diffèrent d’un auteur à l’autre, de la technique traditionnelle (24 dessins à la seconde) à l’informatique, qui créé ces glissements en aplat. On passe du noir et blanc strict (McGuire, Di Sciullo ou Burns) à toutes les gammes de gris (Blutch, Caillou ou Mattotti)…

Plastiquement parlant, j’ai vraiment pris une claque par Blutch qui sculpte littéralement ses dessins. Il est plutôt dans une tradition des contes et des légendes. La peur du loup, de la bête (ici, le chien). Burns est égal à lui-même, psychanalytique, dérangeant. On y retrouve ses obsessions des plaies, des mutations, de l’incommunicabilité, de la solitude… Marie Caillou traite des angoisses infantiles, avec le symbole fort de araignée. Symbole que l’on retrouve aussi chez Richard McGuire, qui utilise un noir et blanc tranchant, suffoquant, illustrant  à merveille cette histoire « claustrophobique ». Les séquences de Pierre Di Sciullo sont un peu le leitmotiv du film. Abstraites, elles illustrent les propos en voix off de Nicole Garcia qui nous dresse un inventaire des peurs non plus infantiles, mais adultes : peur des responsabilités, de la société, de vieillir, de la mort… Mattotti aborde lui pleinement, avec son style expressionniste remarquable, la peur du noir.

Ces six séquences sont toutes visuellement remarquables et terriblement efficaces. Peur[s] du Noir est un film qui colle à la rétine et reste longtemps en mémoire…

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Le visage de la peur par Blutch


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