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La Vie est Belle malgré tout – Seth (Delcourt, 2009)

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J’avais eu l’occasion de lire cette bd il y a une petite dizaine d’année, lorsqu’elle était éditée par les Humanoïdes Associées, dans la collection Tohu Bohu. Je la recherchais depuis mais ne fut pas facile à trouver en occasion. Je suis donc très content que Delcourt la réédite, dans un format comics et surtout, sur du papier sépia, qui lui confère un aspect vieillot qui sied à merveille à cette histoire emprunt de nostalgie et d’une certaine mélancolie.

Récit autobiographique, Seth nous raconte son existence de dessinateur-illustrateur rêveur (qui à chaque fois qu’il prend le train pense à Tintin), un peu passéiste, passionné de vieux livres, de beaux dessins, d’une vieille expo de dinosaures, de vieux vinyls… Un dessinateur au look année 50, souvent en décalage par rapport au monde qui l’entoure.

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Un album tout en finesse, en subtilité. Seth est un maitre pour ce qui est de raconter ces petites choses imperceptibles de la vie de tous les jours, ces non-dits du quotidien (lors des repas en famille, des échanges avec son ami dessinateur, sa rencontre et sa vie de couple, ses recherches à propos d’un vieux dessinateur)… Ce qu’il nomme « les Plaisirs minuscules ». Une légèreté accentuée par ce style simple mais non simpliste, une ligne claire tout en arabesques, inspiré par Dupuy et Berberian sans en être une pale copie. Par ce gris bleu qui contraste admirablement avec ce « blanc-sépia » (bonne idée de Seth lui-même, chargé du Design graphique de cette réédition). 

La formidable idée de ce récit, c’est cette mise en abîme de ce jeune dessinateur qui recherche des dessins et tente d’en savoir plus sur Kalo, un ancien dessinateur du New Yorker découvert par hasard. Il n’hésite pas, sur plusieurs années, à effectuer un travail d’archéologue, à sonder un nombre incalculable de piles (de strates) de livres chez les bouquinistes. De remonter dans le passé de ce dessinateur, en allant à la rencontre de sa ville natale, de sa famille…

Seth ne cherche-t-il pas à aller au fond de sa propre existence, de sa propre passion du dessin, par l’intermédiaire de ce dessinateur oublié ?  Surement. Il est d’autant plus troublé par le style de Kalo qui est étonnamment très proche du sien. On peut y voir (et lui certainement) comme une sorte de filiation, de lien invisible qui l’incite à en savoir toujours plus, en découvrir toujours plus…

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Une œuvre riche, admirable, qui sans en avoir l’air aborde les thèmes profonds du temps, de la mémoire, de l’existentialisme…  

SUPERWEST COMICS – Mattioli (l’Echo des Savanes/Albin Michel, 1986)

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La plupart des dessinateurs italiens font preuve d’une grande rigueur académique au niveau de leur graphisme, de l’anatomie. Manara, Giardino, Serpieri, Liberatore, Magnus… Tous sont les héritiers directs des grands peintres de la Renaissance. Leurs représentations des corps les inscrivent dans l’héritage plastique d’un Raphaël ou d’un Michel-Ange… Représentation charnelle de la matière, puissance des corps, pureté des gestes…

Il y a bien sûr des exceptions à cette tradition. Mattioli lui, s’exprime dans un genre purement humoristique et stylisé, à l’opposé de la représentation réaliste des auteurs sus-cités. Il s’inspire plutôt de l’art moderne et de la contre-culture (New Wave, cinéma bis… Dans son Superwest Comics, parodie absurde de Superman, il utilise des couleurs vives très Pop-art, détourne des images de films (souvent interdits aux mineurs) et s’amuse avec les codes de la bd (narration, séquençage…) afin de nous raconter six histoires plus loufdingues les unes que les autres, flirtant avec le « porno-gore-scato » et fortement jubilatoires.

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Dans Panic in the city, Superwest tente de sauver les citadins d’un méchant scientifique qui transforme les trottoirs en sables mouvants. Scanner est une référence directe au film de Cronenberg. Porno massacre porte bien son nom, Superwest enquêtant sur la mort d’une actrice… Very hot dogs nous raconte l’histoire de saucisses tueuses qui sont en fait fabriquées à base de loup-garou. Cartoons hold-up, un braquage organisé par Riri, Fifi et Loulou déguisé en Woody Wood Pecker, ou l’inverse… Et The Shadow raconte l’histoire d’une ombre tueuse dont seule l’idée lumineuse de Superwest arrivera à venir à bout.

Mattioli privilégie une approche absurde, ludique, surréaliste et poétique du médium. Que ce soit avec son génial M le Magicien (avec lequel il se joue des codes, tel un Fred), son Squeak the Mouse (bd muette, du Tex Avery sous acide qui influencera très fortement Matt Groening pour son Itchy et Scratchy) ou ce Superwest, ses planches sont de véritables dessins animés en deux dimensions. Mattioli privilégie le mouvement dynamique et dynamite, ce qui rend ses bd toujours aussi modernes plus de 20 ans après leur création…

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Itchy et Scratchy ? Nan, Squeak the Mouse ! 

INSOMNIE & 32 HISTOIRES – Adrian Tomine (Delcourt,2008 / Le Seuil, 2004)

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La bande dessinée made in US, ça n’est pas que du comics de super-héros. C’est aussi (et heureusement) une bd plus intimiste, plus proche de la notion d’auteur à l’européenne. Sans oublier l’importance de l’Underground ou du Graphic Novel, les bandes de Tomine paraissent influencées par la BD européenne, la ligne claire en particulier. Elles n’en restent pas moins ancrées dans la culture américaine : ses quartiers résidentiels, ses villes de banlieue avec ses fast-food, ses snacks, ses supermarchés, ses bagnoles…

Tomine s’attarde sur les difficultés relationnelles d’une génération en décalage par rapport au monde qui l’entoure. Proche de l’univers d’un Burns ou d’un Clowes, il nous emmène sans en avoir l’air, vers les territoires du polar, du sordide, du fantastique, sans jamais y entrer vraiment. Des situations toujours sur le fil du rasoir…

Ses nouvelles nous parlent de l’incommunicabilité entre les êtres, des problèmes d’intégration. Sans aucun jugement, il nous dresse des portraits de gens qui n’arrivent pas à exprimer leurs sentiments. Des gens à limite de la pathologie mentale et sociale, mais avant tout attachants, fragiles, humains…

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Insomie, est un recueil qui porte bien son nom. Ces histoires de trentenaires provinciaux se déroulent souvent la nuit. Il y aborde son thème de prédilection : la solitude de personnes incapables de s’intéresser aux autres…

32 Histoires regroupe toutes ses planches parues à l’époque dans son fanzine Optic Nerve. On y découvre un auteur en train de chercher (et trouver) son style. Un auteur adepte de l’auto-fiction, qui n’hésite pas à raconter certaines de ses histoires vécues sous les traits d’une femme.

Ses meilleures histoires sont les plus courtes. En une, deux ou trois pages maxi, il sait nous dépeindre une ambiance, nous décrire une situation. Un auteur qui implique le lecteur dans la narration, l’obligeant à combler les vides, à imaginer le début et la suite de l’histoire… Tout en impressions, en intuition, en finesse. A ce titre, sa nouvelle Traces est un véritable bijoux !

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Ses deux ouvrages nous permettent de constater que Tomine est depuis longtemps arrivé à maturité, maîtrisant pleinement son mode d’expression, aussi bien au niveau du style (entre expressionnisme et manga) que de la narration. Un auteur remarquable…

WATCHMEN – Zack Snyder (2009) / THE DARK KNIGHT – Christopher Nolan (2008)

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Nés à la même époque, le Cinéma et la Bande Dessinée sont des Arts hybrides, au croisement de l’image, du texte (et du son pour le cinéma). Leur principale particularité est de proposer une narration par l’image. Ce qui les distingue, c’est le rapport au temps : un film impose au spectateur son rythme, un temps limité et bien défini. Alors que le lecteur détermine lui-même le rythme de lecture de l’œuvre. La Bande Dessinée a énormément apporté au Cinéma, tant sur le fond (des auteurs, des personnages, des univers…) que sur la forme (l’apport des comics est indiscutable pour l’évolution du cinéma animation). L’inverse se vérifie moins… Le passage du 9ème Art au 7ème Art est souvent délicat. Une chose est sure, de grandes bandes dessinées peuvent faire de grand films (le Persepolis de Satrapi en est un parfait exemple) mais aucun bon film n’a donné de bonne BD (c’est plus un produit de merchandising qu’une œuvre à part entière, merci Star Wars !)

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Jusqu’alors, la plupart des adaptations de comics ne m’ont jamais vraiment convaincu. Ce sont des films manichéens, bien gentils (voire carrément nunuche), s’adressant essentiellement à un public adolescent (X-men, Iron-man, Dardevil, Hulk, Les 4 fantastiques, ElektraLes films de super-héros sont-ils exclusivement réservé à un public jeune ou peuvent-ils aussi s’adresser à un public adulte ? Et si oui, peuvent-ils être de grands films ou seront-ils toujours cantonné au cinéma de genre ? 

Tim Burton, Sam Raimi et Guillermo Del Toro sont de véritables auteurs, possédant un univers particulier, riche. Lorsqu’ils se lancent dans une adaptation de comics, ils savent y intégrer leur « patte », leur esthétique, leurs obsessions. Les Batman de Burton, les Hellboy et le Blade 2 de Del Toro, ainsi que la trilogie de Spiderman de Raimi sont des réussites, car ces auteurs ont su transcender le matériau de base (tout en y restant fidèle) pour en faire une œuvre personnelle (et grand public, ce n’est pas incompatible). Le fait qu’ils aient travaillé en étroite collaboration avec les créateurs (Del Toro avec Mignola et Raimi avec Stan Lee) a fortement contribué à la qualité de leurs adaptations.

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Un bon roman graphique ne fait pas automatiquement un bon film. Les adaptations des œuvres d’Alan Moore en sont de parfaits exemples. La ligue des Gentlemen est une catastrophe. From Hell et V pour Vendetta sont divertissants, mais décevants comparativement aux œuvres de référence. Watchmen s’en sort mieux. C’est certainement la meilleure adaptation d’un comics de Moore. Le plus fidèlement retranscrit. Zack Snyder (qui a superbement adapté le 300 de Miller) a pris le temps d’aborder la psychologie complexe des protagonistes, d’installer l’intrigue sans la simplifier. Il n’a pas cherché à adapter le graphic novel de Moore pour tout public (ce n’est pas pour les enfants). Il n’est pas besoin non plus d’être un aficionado de l’œuvre originale pour adhérer à l’univers du film. Pour ma part, je ne l’ai pas encore lu mais j’ai vraiment apprécié le film. Des amis fans me garantissent qu’il n’y a aucune trahison, ni simplification de la part du réalisateur. Si tous les films de super-heros pouvaient être de ce calibre…

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Franck Miller a plus de chance. Ses œuvres s’adaptent parfaitement au 7ème Art. Homme d’images, ses graphic novels sont à la base plus visuels, plus cinématographiques que ceux de Moore (qui est un homme de lettres !). De plus, Miller s’investie d’avantage dans la production et la réalisation de ces adaptations, alors que Moore s’en désintéresse… Sin City ou 300 sont des réussites du genre (par contre, son adaptation du Spirit est apparemment décevante. A voir…). The Dark knight n’échappe pas à la règle. Le film de Nolan est un chef d’œuvre du genre (le casting est monstrueux !).

Globalement, l’univers de Batman se prête assez bien à une transposition cinématographique : des personnages haut en couleur et psychologiquement torturés, un univers réaliste et stylisé, pas de super pouvoirs (donc peu d’effet spéciaux)… Même si les versions de Tim Burton sont remarquables, ce Dark Knight est de loin la meilleure transposition des aventures de l’homme chauve-souris. Nolan a réalisé non pas un film fantastique (comme le sont tous les films de super-héros) mais un polar urbain, noir, très noir… Il me semble qu’avec le Sin City de Rodriguez (qui est aussi un polar hard-boiled !), ces deux films sont les plus aboutis, les plus subversifs, sans concessions, s’adressant uniquement à un public adulte (l’esthétique de Miller s’y prête à merveille). Et ils n’ont pas loupé leur cible !

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Miller et Marv…

Bandes Dessinées made in Normandie

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Mon libraire (« Le Rêve de l’escalier » rue Cauchoise à Rouen) a eu la bonne idée d’organiser une rencontre avec deux dessinateurs (et scénaristes) normands. J’ai eu droit à de belles dédicaces (et porte-folios) de Thierry Olivier sur Affreusement Votre et Histoires et Légendes Normandes (collectif). Il a un style sympa, influencé par la bonne héroic fantasy (Corben ou Buscema) et les EC comics (contes de la crypte). Et Christophe Depinay, avec son héros Bruce Conventry qui, selon l’auteur, est un Michel Vaillant qui a fait des conneries et cherche à les réparer. Son style réaliste est un peu moins ma tasse de thé, mais ces mises en pages et ses couleurs sont bien sympa.

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On a donc parlé BD bien sur, de leurs projets et aussi de la difficulté d’être auteur de Bande Dessinée, de se faire éditer et pouvoir en vivre… Ils m’expliquent qu’ils s’y sont mis tardivement (à la trentaine). Christophe Depinay fait ça en amateur, en plus de son boulot. Thierry Olivier en vit un peu mieux. Il dessine actuellement la série Zembla et collabore quelques fois au journal Pif Gadget. Il met aussi en place des ateliers dessins avec des associations ou l’éducation nationale. Nous sommes d’accord sur le fait que la saturation du marché, les mauvaises politiques éditoriales ou le peu de bons magazines (servant de tremplin aux nouveaux auteurs) ne leur facilitent pas la tache… Olivier est édité par l’ ANBD (association normande de bande dessinée) ou par le département de l’Eure. Depinay est lui aux éditions Drivers (basé à Toulouse) spécialisés dans les ouvrages d’automobiles. C’est leur première bd au catalogue mais l’auteur ne sait pas s’il sortiront un deuxième album…

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Ce fut une rencontre bien sympathique. Ca me réconforte dans l’idée que le monde de la Bande Dessinée reste avant tout, un monde de passionnés !

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