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Ma non Topor

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(collage et gouaches sur billot de bois, par Mr Rêve)

Derrière ce jeu de mot un peu foireux – car on aura jamais assez de Topor-, l’intention de cette page est de partager mes impressions et réflexions sur l’univers de Roland (permettez que je l’appelle par son prénom). Je m’y intéresse depuis plus de 15 ans et je n’en perçois toujours pas les contours (est-ce possible ?). C’est aussi ce que j’aime, en découvrir « ad vitam ». Car il serait prétentieux de prétendre tout connaitre de son œuvre (avec un grand o).

Ce que l’on ne peut pas m’enlever, c’est l’intimité que je développe avec lui. Oh, je ne l’ai jamais rencontré ni aucuns de ses proches. Pourtant, il me semble le connaitre un peu plus chaque fois que je découvre ses romans, ses nouvelles, ses illustrations, ses peintures, ses dessins de presse, ses dessins, ses films d’animations, ses pièces de théâtre, ses chansons, ses affiches, ses rôles, ses adaptations… Je ne m’en lasse pas. Mais plus j’en découvre, plus la compréhension de ses intentions et leitmotivs s’éloignent. Plus j’essaie de cerner l’artiste (avec un grand a) et plus je m’égare…

Ce que j’ai compris au fil du temps, c’est que Roland est une bête humaine, qui agit selon son instinct, ses envies, ses non-envies, ses désirs, ses dégouts. Lui-même n’a jamais su (voulu ?) se définir et c’est en cela qu’il est grand. Au-delà de sa « poly-pratique » artistique reconnue, je suis sûr qu’il ne savait pas ce qu’il allait faire, ni de quelle manière, au moment de le faire. Même s’il répondait aux commandes, il n’a jamais eu de plan de carrière et se laissait guider par l’instant, plus que par l’instinct.

Roland est une bête de somme. Pour lui, rêver c’est travailler. Le rire physique de Roland est de notoriété. Il écrase tout. Faisant écho au vide intersidéral qui nous habite. Son humour est froid, brulant, distancié, touchant, décalé, très sensé… Suscitant des fous rires salvateurs et paniques. La panique justement, qu’ils ont transformée en manifeste, est le moteur de toute création. Ce qui nous pousse à trouver du sens là où il n’y en a pas. Et Roland l’a très bien compris. Il est sans aucun doute l’artiste le plus lucide sur cette question, considérant les Arts et la poésie comme seuls rempart à l’insupportable finalité de l’existence. Le rire et l’amour des plaisirs charnels comme seules résistances. C’est pourquoi il est essentiel.

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Burlesque

On emploi souvent le terme « surréaliste » pour qualifier l’univers de Roland Topor. C’est une erreur. Derrière un aspect surréel, Topor ne fait que se confronter -et nous confronter – à la réalité de la condition humaine… Burlesque conviendrait mieux. En littérature, le Burlesque se caractérise par l’emploi de termes comiques, familiers ou vulgaires pour traiter de sujets nobles et sérieux. Selon une définition plus moderne : « le burlesque est un comique physique, violent qui emploie notamment le coup, la chute, la tâche, la glissade, la collision… Des qualificatifs qui lui siéent parfaitement.

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Panique

On le sait, Roland et ses amis Arrabal et Jodorowsky ont créés le faux mouvement Panique (qui a failli s’appeler Burlesque !) en réaction à leur rencontre avec leur idole André Breton, devenu un odieux gardien du temple rétrograde et réactionnaire. Ce qu’il a fait de ce mouvement d’avant-garde, (dénigrant les arts populaires tels que la bande dessinée, la musique rock ou le cinéma de genre) ne leur a suscité que du mépris. «  Avec Arrabal, on n’aimait que des choses que les autres trouvaient sans intérêt, certains polars de Série Noire, par exemple. C’était assez honteux de dire qu’on aimait cela à l’époque. On aimait les machines à sous, le yé-yé. Arrabal adorait le yé-yé. […] J’aimais la chanson populaire. Panique, c’était en réaction contre le côté exaspérant du Surréalisme, des procès, de la légitimité de la parole. […] Le mouvement “Panique” n’avait aucune réalité. Mais ça paraissait bien d’en avoir une par rapport aux institutions, aux acheteurs. Un groupe, ça devient historique. Il est bon d’être historique et national. Alors on s’est dit, on va faire semblant » (source).

Traumatisé par l’occupation nazie et son exode en Savoie lorsqu’il était enfant (« je n’avais pas cinq ans que j’avais déjà toutes les polices de France à mes trousses »), Roland a conservé cette peur viscérale de la mort (« Je n’avais qu’un seul souci, celui de rester en vie »). Elle transparait en filigrane dans ces créations et motive cette fuite en avant dans l’hédonisme et l’épicurisme.

La panique chez Roland s’inscrit dans un double mouvement. Sur le principe des vases communicants, il exhale sa panique dans ses créations et génère en réaction ce même sentiment chez ses admirateurs. Car les peurs archaïques qui l’animent sont également les nôtres. C’est pourquoi il dérange autant qu’il fascine.

S’il l’est parfois avec ses personnages, Roland n’est pas un sadique avec son public. Ce n’est pas pour assouvir une intention perverse qu’il créé ses images dérangeantes, mais parce qu’il n’a pas d’autre échappatoire à ses angoisses. Il se moque de savoir comment seront reçues ses productions [même si, comme beaucoup, il cherche à être apprécié pour son Art] et respect le libre-arbitre de chacun. Et rien ne nous oblige à nous y confronter, si ce n’est l’ « attraction-rejet » qu’elles suscitent. Plonger dans son œuvre n’est pas sans conséquences. On sait ce qu’on y perd (des illusions, de la tranquillité…), surtout ce qu’on y gagne (de la lucidité, de la mise à distance, du rire…).

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Réalité

A la différence de son ami de collège Boris Cyrulnik, Roland n’est pas un thérapeute. Tous deux ont vécu les mêmes drames durant leur enfance mais ne l’ont pas encaissé de la même manière. Boris développe  le concept de Résilience, comme un pied de nez optimiste aux traumatismes de l’enfance. Roland lui, a passé sa vie à s’y confronter. Non par masochisme (bien que ce soit une thématique récurrente chez lui, voire le titre de son premier ouvrage), mais pour mieux les exorciser. Bien qu’il accorde une importance essentielle au rêve comme vivier inépuisable d’idées créatives, Roland s’intéresse peu à l’inconscient et toute la symbolique psychanalytique. Son champ d’action (de réaction plutôt) est le principe de Réalité.

Roland vit dans notre monde. Pourtant, il ne le perçoit pas comme nous. Il saisit des détails, des éléments pour nous insignifiants, qui en disent long sur la vacuité de nos existences. Il restera cet impitoyable révélateur de nos travers et veuleries, de l’absurdité de nos petites vies, centrée sur nos petites préoccupations matérielles.

A l’extrême opposé [qui ont cette fameuse tendance à s’attirer] de son camarade panique Alejandro Jodorowsky -qui face au principe de réalité pratique le « pas de côté », en explorant les territoires de l’ésotérisme, la science-fiction ou la psychomagie-  Topor lui, a un rapport frontal au réel, dans ce qu’il a de plus impitoyable, de plus violent. Ça se vérifie dans son œuvre picturale, plus encore dans ses écrits. Quand Jodorowsky contourne le mur de la réalité pour en cerner les limites, Topor tape dedans pour en ressortir toute la bêtise grouillante…

Cette confrontation au réel passe inévitablement par le corps, les corps, l’anatomie, les organes, les viscères, les sécrétions…. Soit tous ces éléments biologiques qui permettent d’interagir avec le monde extérieur, mais également au monde extérieur de modifier l’équilibre de l’organisme, souvent de manière intrusive.  Roland s’attarde également sur les agressions psychologiques du Réel : angoisses de morcellement, sentiments de dislocation, d’intrusion, perte de contrôle, troubles identitaires, de genre…

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Matière

Preuve s’il en est que l’univers de Roland ne permet aucune catégorisation. En prêtant attention à ses productions, on peut légitimement affirmer que Roland (mal)traite le corps par le biais de l’image, quand la psyché l’est sur le terrain de l’écriture. C’est un fait, le dessin est quelque chose de physique (le crayon salit et le papier coupe), qui permet une représentation du monde physique (voire les dessins d’observation d’après modèles). Là où l’écriture favorise l’introspection et convient bien mieux pour rendre compte du fil de la pensée, des dérives de la psyché.

Le motif essentiel de ses Dessins Paniques est le corps humains, représenté dans son ensemble ou par les détails. Dans nombre de ses romans ou nouvelles (le locataire chimérique, L’ambiguë, Journal in Time…), il nous expose au psychisme plutôt perturbé de ses personnages (qui sont souvent les narrateurs, parfois lui-même). Et bien que cela se vérifie, on ne peut réduire les choses à ça, au risque de passer à côté de beaucoup. Les nombreux contre-exemples nous incitent à jeter cette catégorisation avec l’eau du bain :

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Ce dessin des trois gusses péchant dans un « crâne-mare » est une pure image mentale. Elle évoque bien plus les errances de la pensée que les turpitudes du corps humain. Ces pêcheurs vont-ils à la pêche aux neurones ? Aux idées ? Le bonhomme est-il Roland ? Que cherche-t-il au fond de son cerveau ? Que va-t-il y trouver ? Libre à chacun d’interpréter…

« Encore heureux que la plante des pieds et des mains, les coudes et les genoux soient dépourvus de poils.

Ce ne serait pas drôle de découvrir par hasard un long poil blanc d’entre mes lèvres. Je tire, il résiste. Au toucher, il paraît aussi robuste qu’un crin de cheval. Je m’approche tout contre le miroir et constate en retroussant les babines qu’il pousse sur l’incisive. J’assure ma  prise et l’arrache d’un coup sec. Une onde de douleur me transperce comme s’il s’agissait non d’un poil, mais d’un nerf implanté dans le cœur. » (Jachère-Party, p 42-43)

La force d’évocation de cet extrait est indéniable. On ressent la douleur décrite plus encore que si elle nous était montrée.

Dans le fond, même si elles entretiennent un rapport de dualité et entrent souvent en conflit, matière organique et matière grise  ne font qu’un chez Roland. Je dirais même plus, pour lui qui ne dresse aucune hiérarchie entre les composantes de l’être humain, la psyché est un organe comme un autre, tout aussi important que l’orteil ou la vésicule biliaire.

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Roland 

« J’aurais aimé être capable de prendre en sténo les visages et les lieux entrevus au cours de ma brève excursion terrestre. Mais à quoi bon ? Le dessin-sténo a été avantageusement remplacé par l’appareil photo, la caméra de vidéo ou de cinéma. D’ailleurs mon souci principal n’a jamais été de représenter le monde, mais plutôt de l’imaginer autrement, de me foutre de sa sale gueule, de lui faire un bras d’honneur, de me venger.

La réalité ne me traite pas plus amicalement que mon espèce, il ne faut pas compter sur moi pour l’embellir. Je me contrefiche de figurer à mon tour sur les pages tombales des livres d’art, emballés en cadeaux de Noël.

En revanche, si je parvenais à me rendre l’existence moins oppressante, si quelques heures de récréation réussissaient à me distraire de la corvée de l’agonie, ce ne serait déjà pas si mal. 

Pourtant, à force de dessiner par nécessité, je risquais l’écœurement.

J’écrivais pour sauvegarder mon plaisir de dessiner.

Et aussi pour me tailler en jouant avec les mots un territoire gratuit, sans dieu ni mort, dépourvu de morale et de gravité.

Un aire de jeux hors des lois du monde.

Le talent que j’ai eu, qui me reste, que l’on me reconnaît, ne m’importe ni plus ni moins que le renouvellement de leur carte de séjour ne préoccupe mes amis étrangers. Il incarne une formalité tracassière et dérisoire, inventée pour brimer les déplacés.

Et puis ces questions devraient cesser de m’importuner.

Puisque je suis en jachère, elles ne me concernent plus. »

(in Jachère-Party, p 46-47) 

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S’il se met très rarement en scène dans ses dessins, Roland a souvent le premier rôle de ses écrits. Mémoires d’un vieux con, journal in Time, Jachère-Party… Roland prend la première personne dans ses récits où fiction et réalité s’entremêlent de telle manière qu’on ne peut distinguer le faux du vrai. Mais de toute façon, l’écriture sera toujours fausse, approximative et inexacte. L’autobiographie est une vue de l’esprit, de l’auteur, mais aussi des lecteurs. Partant de ce postulat, les récits autobio de Roland sont authentiquement faux, donc on-ne-peut-plus justes.

A la lecture du Journal in Time, on a l’impression que Roland est plus cruel avec lui-même qu’il ne l’est avec ses semblables. Il ne s’épargne pas et ne se montre pas à son avantage, alors qu’il en avait la possibilité. C’est dire s’il ne triche pas ! Il est ici moins « squizophénique » et semble mieux assumer sa personnalité, jouant de son statut d’artiste incompris à forte notoriété pour se moquer de ses fans et des marchands d’art qui spéculent sur ses œuvres. Car en tant qu’ « Homme Elégant », il « préfère une tache de sauce sur sa veste qu’une décoration ». L’intimité que Roland partage n’est ni impudique, ni nombriliste : « Quand l’Homme Elégant montre son nombril, c’est uniquement la faute de sa chemise ».

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Autoportrait, 1976

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Quand un prof de français a bon goût et organise tout un programme sur Roland pour ses élèves de terminal… Les chanceux ! Document improbable de 1980 déniché par Mr Rêve.

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Boucherie

Que ce soit en gros, demi-gros ou à la pièce, Roland aime débiter les corps. A ce jeu du démembrement et du désossage, on distingue nettement deux types d’images. Il y a d’un côté ces « images mentales » qui évoquent une idée ou un concept. Elles font écho à des angoisses profondes. Et de l’autre les « images physiques », qui représentent très clairement les limites du corps humain. Elles suscitent l’horreur et l’effroi.

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Dans le premier type d’images, les corps sont découpés net, les membres taillés comme des rondins de bois, parfois effacés avec une gomme. On y trouve aucune trace de la chair ou de sang. Dans le deuxième type, Roland y va franchement dans le gore. Les corps sont déchiquetés, arrachés, éviscérés… Le sang et les matières fécales coulent à foison.  Il était tout désigné pour illustrer la collection Gore des éditions fleuve noir. Si ces images sont très souvent allégoriques, elles possèdent une dimension clairement cathartique.

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Dans sa « cuisine cannibale », l’homme devient un animal comme les autres, fait de chair et d’abats qui se préparent à toutes les sauces. Pour le philosophe Roland, l’Homme est une viande pour l’Homme. « L’homme est assez difficile à conduire à l’abattoir car il est capricieux et peu intelligent ».

Pour rester dans la thématique, on ne s’étonnera pas de voir Roland collaborer avec Francois Hadji-Lazaro, membre fondateur des Garçons Bouchers et de Boucherie Production, dans François détexte Topor. Chansons que l’on retrouve dans le Topor Pavé.

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Absurde

Roland est un maitre de l’absurde. Selon le petit Robert, cet adjectif définit « ce qui est contraire à la raison, au bon sens, à la logique ». En effet, détestant le raisonnable et le bon sens commun, il trace sa route contre toute logique connue. Et pourtant, son univers en est pleinement pourvu, de logique…

L’absurde de Roland se situe aux abords du surréalisme à la belge, de la pataphysique et du non-sens à l’anglo-saxonne. Avec une bonne dose d’humour froid des pays de l’Est. Ses points cardinaux sont René Magritte, Alfred Jarry, Gogol et Lewis Caroll.

Il aime à mettre ce grain de sable qui fera insidieusement basculer l’ambiance du normal à l’anormal. Les décalages viennent autant des attitudes des personnages, de l’environnement dans lequel ils évoluent que des interactions entre eux. Ces sujets, environnements et interactions sont multiples et infinies : les corps dans l’environnement extérieur, les organes dans l’environnement corporel, des traits de personnalités dans l’environnement psychique…

Dans une séquence du Journal in time, des personnes agissent normalement face à une situation qui ne l’est pas (Roland est invité à un repas de famille perturbé par la présence d’un tigre dans le séjour. Ils font toutefois comme si la bête n’était pas là). Dans Joko fête son anniversaire, les personnages se comportent étrangement (ils se montent les uns sur les autres !) dans un environnement banal (la ville, les rues…). Dans Le locataire chimérique, le protagoniste agit et réagit bizarrement (comme s’il était persécuté) dans un environnement étrange (ses voisins ont tous l’air d’être contre lui). Bref, chez Roland, rare sont les personnages se comportant normalement dans un environnement normal. C’est incompatible avec son dégoût de la normalité.

Interactions décalées entre l’intérieur et l’extérieur, entre le corps et l’esprit, entre les diverses partie de l’anatomie, entre les différentes faces d’une personnalité (dans le Locataire, le protagoniste est-il un homme qui se croit femme, ou une femme qui se croit homme ?). Une main à la place du pied, une énorme oreille, un petit visage sur une grosse tête, un homme à trois jambes, des doigts vivants… Les décalages absurdes de Roland ont toujours un sens caché, parfois accessible, d’autre fois abscond. Mais jamais gratuit. Même si on ne le comprend pas, on devine qu’il y a quelque chose derrière l’image. Tel un cochon cherchant la truffe, il nous faut gratter pour le trouver.

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Pornographie

L’œuvre de Roland parait mortifère, alors qu’elle n’est qu’expulsion de vie. La sexualité est présente. Normal puisse que Plaisirs et Chair sont les deux mamelles (« la plus belle paire de seins du monde » !) de son corpus artistique. Roland n’a pas peur de la pornographie, mais s’il en use, ce n’est pas pour satisfaire de quelconques pulsions libidineuses (il n’est pas putassier et ne s’abaisse pas flatter les bas instincts de son public). Plus surement pour  bousculer notre rapport au corps (déformation, intrusion, soumission …) et nous tourner en ridicule, renvoyant l’acte sexuel à ce qu’il est : une pratique primitive et animale.

Décrites ou dessinées, ses scènes de sexes n’ont rien d’excitantes (à la différences de celles de ses camarades Siné, Tetsu ou Wolinski). Elles sont bien souvent réduites à un acte froid et mécanique. A croire que pour lui, l’image porno est aussi fausse que l’image publicitaire, faisant la promesse d’un plaisir qui ne sera jamais aussi vrai et intense que l’annonce voudrait nous le faire croire. Vouloir susciter du désir en représentant l’acte sexuel est une tromperie. C’est peut-être pourquoi ces images sont rares car, dans le fond, elles lui apparaissent insignifiantes.

Toutefois, Roland n’est pas insensible à l’érotisme. Il a bossé pour la revue LUI (illustrant des chroniques gastronomiques) et a créé le livre-jeu érotique Le jeu des seins (faites des paires). Il pratiquait aussi le détournement d’images pornographiques. Partant d’un matériau brut et explicite, il recherchait des formes et des figures qu’il soulignait au feutre ou au pinceau, créant ainsi de nouveaux motifs. Cette pratique en dit long sur le respect qu’il peut avoir pour ce type d’images, les considérant comme des déchets qui peuvent être réutilisés et transformés en quelque chose de beau.

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De A à Z

Roland aime les lettres. Dans Le courrier des lettres, elles ont leur existence propre et se passent volontiers de mots pour se faire comprendre. Il met ici l’alphabet dans tous ses états. Preuve s’il en faut que pour Roland, graphisme et graphème sont fait du même geste, du même sang.

Dans Alice au pays des lettres, ces dernières ont le premier rôle. Alice ne tombe pas ici dans un terrier, mais littéralement dans les pages du livre sur lequel elle s’est endormie. Les lettres prennent vie et se rendent toutes à la bibliothèque. Elles cherchent à être engagées dans une pièce de théâtre. Alice les suit, discute avec un Z qui est triste de ne pas avoir été retenu au casting, puis assiste au spectacle. En sortant, elle croise un M qui va être jugé pour faute d’orthographe par les deux tyrans que sont la Grammaire et la Syntaxe. Une émeute s’en suivra en soutien à ce pauvre M… Après avoir renversé les tyrans, les lettres font une grande fête, se mélangent sans aucunes règles pour former des mots incompréhensibles qui « ne manquaient pas de fantaisie, mais risquaient de donner la migraine ». C’est en criant « assez !» qu’Alice se réveille… et va chercher des escargots dans le jardin.

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Roland est dans le dictionnaire. Encore heureux. En 1997, les éditions Hachette ont été on-ne-peut plus réactives, indiquant l’année de son trépas survenu à peine deux mois avant la sortie du dico. Ca force le respect envers cette institution. Il est marrant de constater que dans ce dico généraliste, Topor se situe entre Toponyme (nom de lieu) et toquante (la montre). Inscrit pour toujours entre l’espace et le temps…

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Dans les pages des Noms Propres du Grand Larousse Illustré de 2014, Roland apparait entre Topffer (reconnu comme l’inventeur de la bande dessinée) et le dieu Tor (qui s’écrit aussi Thor, comme le héros  des comics). Mais aussi entre Topkapi (haut lieu de la religion islamique) et Torah (textes fondateur du Judaïsme). Un comble pour le mécréant qu’il était.

Niveau définition, le Hachette n’évoque que le Roland dessinateur d’humour noir au style académique, là où le Larousse le présente également comme écrivain, précise ses origines et parle de son style absurde et décapant. Des définitions très succinctes, qui démontrent la difficulté à résumer son œuvre et l’impossibilité de le ranger dans une case.

Le mieux, c’est de consulter directement Le dictionnaire Topor, rédigé par Laurent Gervereau et édité chez Alternatives… Un ouvrage admirable.

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Enfance

Certes, une grande part de la production de Roland n’est pas à mettre entre toutes les mains. Pour autant, son univers dégage un petit quelque chose d’enfantin. Par cette naïveté et cette cruauté qu’il peut avoir sur les choses et les hommes. Par cette volonté farouche de s’amuser et rire de tout, quoi qu’il en coute. Pour survivre, Roland s’est accroché à cette créativité folle que chaque enfant possède, mais que la grande majorité des adultes perdent. Il a conservé et entretenu ce regard distancé et pourtant très acéré de l’enfance, comme pour mieux se protéger du monde des grands et à jamais refuser d’en faire partie.

Quand il se lance dans la création d’un programme pour enfants (répondant à la demande des créateurs belges initiaux du projet Henri Xhonneux et Eric Van Beuren), Roland se tiendra à un principe fondamental : ne pas prendre les mioches pour des débiles. Moche, cruel, effrayant, rigolard, loufoque… les qualificatifs pour définir cette émission sont légions. Téléchat est un programme court de marionnettes prenant la forme d’un journal télévisé, animé par les deux présentateurs vedettes (Groucha et Lola) et ponctué de divers reportages qui mettent en scène un casting improbable (Duramou, Brossedur, Léguman, Micmac, Pubpub…). Sans oublier le génial Gluon, particule la plus fondamentale permettant de donner la parole à n’importe quel objet.

L’idée essentielle – qui fait écho à la vision animiste des enfants – est que les objets et les animaux ont leur existence propre, vivent et parlent comme les humains. Leurs préoccupations sont les nôtres et ils expriment des revendications bien ordinaires (grèves des galets sur la plage, migration des parapluies…). Le constant décalage absurde qui se dégage de Téléchat  tient au fait que l’on s’identifie facilement à ces personnages improbables et extraordinaires.

Grandir en ayant biberonné à Téléchat n’est pas sans conséquences (et a inconsciemment motivé ma passion pour Roland). Cela a contribué (chez moi et chez beaucoup d’autres je pense) à développer et entretenir une méfiance vis-à-vis des soi-disant vérités des adultes et de la tristesse de leur monde. Car oui, les animaux et les objets ont une âme !

La plus belle collaboration artistique de Roland fut avec son fils Nicolas, alors âgé de cinq ans. Sorti en 1972, Un Monsieur Tout Esquinté est composé de dessins et de textes, tout simplement réalisés par deux enfants.

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Invitation à la Danse – Danijel Zezelj (Mosquito,1999)

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S’il faut citer de grands maitres du noir et blanc en bande dessinée, on pense aux brillantes figures du genre, tels que Hugo Pratt, Will Eisner, Alberto Breccia, Georges Pichard, Edmond Baudoin, Frank Miller, Jacques Tardi… Mais il ne faut pas être dupes, il en est d’aussi indispensables qui restent malheureusement dans l’ombre. Zezelj est clairement de ceux-là !

Ce sont deux articles (12) de Jean-Pierre Dionnet (sur son blog, qu’il n’a plus alimenté depuis un an, depuis la sortie du premier volume de sa saga Des dieux et des hommes !) qui m’ont attiré l’œil sur ce dessinateur exceptionnel.  Il n’est donc pas surprenant de voir Zezelj dessiner le troisième volume Des dieux et des hommes, qui vient de sortir chez Dargaud.

« Zezelj est encore un secret bien gardé, il oeuvra pendant le millénaire précédent mais il, on peut l’espérer, va enfin être révélé car il correspond pile aux temps passionnants que nous vivons désormais : il n’était par exemple pas dans les indispensables de l’année à Angoulême et il est édité depuis des années par ce formidable éditeur qu’est Mosquito.

Ce n’est certes pas un gamin. Il est né à Zagreb, en Croatie, dans une période troublée, et a été publié dès la fin des années 80. Là-bas d’abord, puis ensuite en Italie où il travailla pour Amnesty International et pour la télévision italienne et Federico Fellini que je cite, le remarqua immédiatement : « je suis fasciné par les perspectives menaçantes et fantomatiques de Zezelj et par la manière dont il utilise les histoires et les personnages pour exprimer une mélancolie générale et une destinée forcément fatale pour les personnages ».

Son dessin élégant, minimaliste, est digne des grands argentins des années 80, d’Alberto Breccia surtout, mais il est définitivement du troisième millénaire car il raconte, en nous faisant croire que c’est de la science fiction, ce qui se passe tous les jours, dans notre monde explosé. » (Dionnet, mars 2010)

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Cet Invitation à la danse, recueil de quatre nouvelles, constitue une très bonne porte d’entrée à l’univers de Zezelj, dont les références sont clairement affichées (Octavio Paz, Pasolini et Kafka). La puissance de son graphisme ne peut laisser indifférent. Ce contraste entre noirs intenses, parfois charbonneux, et blanc léger nous percute littéralement. Rarement la symbolique de ces non-couleurs n’aura été si subtilement employée : matière-lumière, présence-absence, Eros-Thanatos…

Zezelj joue sur les focales, entre des gros plans qui virent à l’abstraction, et des cadrages très cinématographiques, traités de manière quasi hyperréaliste. Son découpage vif apporte un rythme soutenu à des histoires urgentes.

El Sud, c’est l’histoire d’un déserteur qui sait à la veille de son exécution, grâce à la présence de sa bien-aimée, que la mort n’existe pas. Remarquable d’intensité, la véracité des scènes de combats se confronte à l’onirisme des sentiments partagés entre les amants.

Dans Le bouquet bleu (d’après une nouvelle d’Octavio Paz), Zezelj nous démontre toute sa virtuosité narrative. Un sombre quiproquo – un homme s’en sort in extremis, parce qu’il a la chance de ne pas avoir les yeux bleus ! – nous est raconté par une alternance de cases dessinées et de ‘cases textes’. Des doubles pages aux allures de damiers d’échiquier… Sur la dernière planche, un travelling avant nous emmène littéralement dans le papier, jusqu’au noir…

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Un attaquant de foot ne marque pas de but, car ça ne l’intéresse pas. Trois mafieux fomentent un mauvais coup. Deux marionnettes blaguent entre-elles. Un boxeur et son coach parlent métaphysique au coin d’un ring. Le parrain attend un message important. Un cartomancien reçoit une visite attendue. Un chat court jusqu’à 6, deux amants se disent au revoir dans un terrain vague. Un avion balance des poèmes… Il Volo – hommage à Pier Paolo Pasolini, est une succession de scènes magnifiques, sans liens, apparemment…

Un médecin de campagne est l’adaptation de la terrible nouvelle de Franz Kafka. Zezelj use d’une narration séquentielle plus linéaire, dans un genre expressionniste tranchant, qui sied à merveilles pour donner corps à l’univers absurde et fantastique de l’écrivain pragois.

Pour conclure sur cet ouvrage, une citation de Kafka lui-même, convenant parfaitement : « Il me semble d’ailleurs qu’on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un bon coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire  (…) Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois. » (Lettre de Kafka à son ami Oskar Pollak en 1904.)

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Dévorez des livres…

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Il est vrai que je ne chronique que rarement les livres sans images que je lis. Pourtant, j’en lis. Plusieurs en même temps d’ailleurs. Ce qui n’est pas forcement simple… Une biographie, un roman, un recueil de sketches et une lettre ouverte, voici donc mes lectures de cet été :

pixiesmaxi Pixies – les ovnis du rock (Camion Blanc, 2005)

Biographie intéressante pour découvrir l’histoire de ce groupe rock majeur de la deuxième moitié des années 80. Les Pixies ont développé une manière originale de composer, qui a inspiré bon nombre de groupe depuis, Nirvana ou Pavement entre autres : des couplets lents et retenus, associés à des refrains puissants et explosifs. Hurlements de Black Francis, contre-chants de Kim Deal. Sans oublier ce jeu de guitare particulier de Joey Santiago. Black Francis, devenu Frank Black après le split du groupe (sans vraies raisons apparentes) est un auteur-compositeur singulier. Et même si l’auteur précise que le point faible des chansons de Black viendrait de ses textes plutôt abscons, qu’il semble bâcler, toute une génération de fan s’y reconnait et adore ses paroles énigmatiques.

La particularité de cette biographie est que l’auteur nous raconte également l’histoire de Vicky, fan des Pixies depuis leurs débuts, qui est devenue de plus en plus obsédée par le groupe, puis par Franck Black, au point de suivre une thérapie spécialisée pour les fan-addicts. Une manière de décrire cette génération perdue de la fin des années 80 (la fameuse génération X), qui trouve dans les groupes de rock un soutient et une considération de leurs malaises, que la société est incapable de comprendre.

978laroutelivredecormac La Route – Cormac McCarthy (Edition de l’Olivier, 2008)

C’est après avoir vu le film que j’entreprends la lecture de ce prix Pulitzer 2007 de Cormac McCarthy. La comparaison s’impose bien évidemment, et je ne peux m’empêcher d’avoir les images du film en tête à chaque scène décrite dans le livre. Cependant, cette histoire d’un père se rattachant à son fils autant qu’à ce qui reste de son humanité, décidant d’aller au sud par la route dans un pays en cendre, est parfaitement retranscrit dans l’adaptation cinématographique, sans parler de la prestation physique, tout en intensité retenue de Viggo Mortensen.

L’aspect sombre, le style brut, sec, sans fioritures ni excès, l’absence de repères spatiaux et temporels… Tous ces éléments font de cette odyssée pour la survie, faite de rencontres dangereuses et impromptues, une œuvre sans concessions remarquable, qui en dit long sur notre monde actuel.

978g Merci Bernard – Le livre (Balland, 1984)

Ce recueil de sketches écrits en grande partie par le trio d’enfer Gébé, Jean-Michel Ribes et Topor (sans oublier Jean-Marie Gourio ou François Rollin) me permet de revisiter cette série culte de la télé française des années 80, à laquelle ont participé une kyrielle de grands comédiens (Michel Blanc, Jacques Villeret, Tonie Marshall, Micheline Presle, Luis Rego, Daniel Prévost, Claude Piéplu, Michael Lonsdale, Philippe Khorsand…)

Cet humour surréaliste et con ne vieilli pas d’une ride. Car notre société n’a pas beaucoup évoluée depuis cette époque et ces textes restent toujours pertinents, tant ils dénoncent par l’absurde nos comportements de primates civilisés.

9782226069252g Lettre ouverte aux culs-bénits – Cavanna (Albin Michel, 1994)

Cavanna s’adresse ici aux croyants de tous poils. A tous ceux qui vivent selon les préceptes d’un culte quelconque. Avec sa verve franche et sensible, il leur explique sous toutes les coutures en quoi les religions les manipulent et les crétinisent par leurs absconses sottises, en particulier le catholicisme, qu’il a bouffé durant son enfance.

Ce livre convient aussi aux athées, qui comme moi jubilerons à la lecture de phrases aussi salutaires que : « Quoi qu’il en soit, on ne peut pas croire toute sa vie au père Noël. Moi, en tout cas. Vint un moment où, à la première question du catéchisme : « Qu’est-ce que Dieu ? » j’eusse répondu par : « Le père Noël des grandes personnes. » Et aussi : « Une religion dite « universelle » n’est qu’une secte qui a réussi commercialement parlant ». Ou encore : « Je préfère mon inquiétude pas toujours confortable à leurs certitudes d’imbéciles. » Un régal…

Ciné-concert John Carpenter (Le 12 février 2011 à l’Omnia)

Ciné-concert John Carpenter (Le 12 février 2011 à l'Omnia) dans Evenements culturels lbdc85584167e402cb3c90f

Soirée spéciale John Carpenter organisée par le cinéma Omnia et Le 106, ce samedi dernier. Une superbe occasion de voir The Fog et New York 1997 sur grand écran et dans leur jus, avec craquements, bandes qui sautent et une bande son qui parfois déraille. Apres visionnage de ces deux films, la soirée se poursuit par la projection du court-métrage qui sert d’introduction à la prestation du groupe Zombie Zombie. Un duo (claviers et batterie) qui revisite à la sauce « krautrock » la musique de Carpenter. Une musique électronique minimaliste dont l’intensité monte crescendo, reposant sur quelques accords répétitifs et la superposition de boucles rythmiques. Halloween, The Fog, New York 1997, Christine… Même The Thing, dont la BO n’est pas de Carpenter mais d’Ennio Morricone, est revisité par le groupe, dans le cadre du court métrage d’animation absolument génial : Driving this road until death sets you free, un remake de The Thing fait avec des GI Joe !

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La séance débute donc avec The Fog, troisième film du réalisateur, sorti en 1980. Un film « mineur » dans sa filmographie, mais qui concentre tout le savoir faire du Maitre : éléments fantastiques qui s’immiscent dans un quotidien des plus banal, ambiance oppressante qui monte crescendo, réalisation sobre, aux effets maitrisés. Film d’un grand classicisme (aucun second degré), tant dans sa forme que son contenu. Cette histoire de fantômes pirates, venus récupérer leur or volé cent ans auparavant par les descendant de la communauté d’Antonio Bay, s’inscrit dans la grande tradition de la littérature fantastique du 19ème siècle, avec les thèmes classiques de la trahison, du complot, du crime odieux, de la vengeance d’outre tombe… Le film s’ouvre d’ailleurs sur une citation d’Edgar Alan Poe. Le brouillard est ici un personnage à part entière, dont les apparitions rendent le climat de plus en plus intense, oppressant. Un film à l’esthétique vraiment superbe.

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New York 1997 est rapidement devenu un film culte, un des meilleurs dans le genre anticipation « post-apocalyptique », sorti à cette époque post-punk (1981), dont l’attitude nihiliste de Snake Plissken reflète parfaitement l’esprit. Dans ce film, Carpenter fait cette fois preuve d’ironie, de dérision. Une référence clairement affichée au Western, par la présence de Lee Van Cleef. Snake est l’archétype même de l’antihéros, individualiste, qui n’agit que dans son propre intérêt, ou sous contraintes. Le discours politique que sous-tend le film reste d’une effrayante actualité. Comment ne pas voir en ces prisonniers reclus sur l’île-prison une allusion directe aux exclus et aux opprimés de nos sociétés modernes. Sans parler de l’aspect « prémonitoire » de la scène d’ouverture où des terroristes détournent l’avion présidentiel pour s’écraser sur une tour. Un film fort, sans concessions, dont les ambiances nocturnes servent parfaitement la dimension « crépusculaire » du récit… 

Avec le temps, il s’avère que le cinéma de Carpenter, qui était à l’époque un cinéma de genre, est devenu un cinéma « classique », prisé par les intellectuels. Alors que ses intentions premières n’étaient certainement pas de devenir un artiste incontournable du 7ème art, mais un artisan produisant des œuvres honnêtes et efficaces. Mais l’un n’empêche pas l’autre et il est clair que « Big John » a permis d’apporter ses lettres de noblesses au genre fantastique, et influencera encore de nouvelles générations d’artistes…

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Nietzsche, Se créer liberté – Onfray & Le Roy (Le Lombard, 2010)

 

 

Nietzsche, Se créer liberté - Onfray & Le Roy (Le Lombard, 2010) dans Chroniques BD nietzsche01106072

Michel Onfray scénariste de bande dessinée ? Cela peut paraître impromptu. Sauf que le sujet est tout à fait dans ses cordes : Frederik Nietzsche est l’un de ses maitres à penser. Ce script était d’abord conçu pour un projet cinématographique. Mais sa rencontre avec le dessinateur Maximilien Le Roy, qui cherche à concilier bande dessinée et philosophie, a changé la donne. Je n’ai pas lu Onfray dans le texte (son traité d’athéologie attend sur mon étagère des moments plus calme pour être lu). Cependant, je ne manquais aucune de ces chroniques hebdomadaires parues dans Siné Hebdo. J’aime bien Onfray, même s’il me parait parfois abscons. Je n’adhère pas forcement à tout ce qu’il peut dire, mais j’apprécie sa philosophie de l’hédonisme, cette pensée libertaire sans concessions, pratiquant le « pas de coté » salutaire…

fredo2b dans Chroniques BD

Nietzsche, héros de bande dessinée… Pourquoi pas. On aurait pu s’attendre à un récit froid et mécanique de son parcours, de sa philosophie. Mais pas du tout. Nietzsche, Se créer liberté est un album tout en impressions. Aux vues de la complexité du personnage et de l’hermétisme de sa pensée, on pouvait craindre un ouvrage analytique et bavard. Sauf que le médium est ici subtilement utilisé pour privilégier les émotions. Les auteurs savent prendre le temps de poser une ambiance. Certaines planches sont totalement muettes, en particulier celles, remarquables, représentant les crises d’angoisse du philosophe. Beaucoup de silences, de descriptions impressionnistes, reposant sur la force et la finesse des images, ces cadrages et mises en page d’une précision chirurgicale.

Les grandes étapes du parcours de Nietzsche sont présentes : la découverte de la pensée de Schopenhauer, son amitié fâchée avec Wagner, l’importance de la musique (il composait aussi), « Dieu est mort », sa rencontre symbolique avec Zarathushtra, le surhomme… Rien n’est expliqué, tout est suggéré.

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Le graphisme de Le Roy contribue pour beaucoup à cette approche sensible plutôt qu’intellectuelle. Un dessin léger, subtil soulignant des formes brutes, torturées. Un trait qui évoque Schiele. Mais Le Roy n’abuse pas du décorum de l’époque. Pas de références marquées aux mouvements picturaux d’alors (Symbolisme, Art Nouveau, ni même la Sécession viennoise de Klimt… L’utilisation des couleurs est remarquable. Parfois vives, fauves, contrastées, parfois sombres, tout en nuances. Certains de ses dessins sont d’un trait brut, expressionniste, comme pour mieux illustrer la rage (la folie ?) qui anime parfois le philosophe…

Cette forme narrative privilégiant l’émotion, l’intuition, entre en résonance avec le fond de la pensée de Nietzsche. Car comme nous le rappelle le philosophe Jean Granier : « Il faut, affirme Nietzsche, cesser d’accorder crédit à la conscience et se tourner vers le corps. Car c’est le corps qui est seul en mesure de nous instruire sur la valeur de notre personnalité profonde. » (Nietzsche – Que sais-je ? PUF)

Cette bande dessinée n’a pas prétention à devenir une biographie officielle ou une anthologie de l’œuvre de Nietzsche. Elle nous donne l’occasion d’entrevoir ce que pouvait-être l’existence d’un philosophe majeur et fondateur de notre époque. Sa vie nous en apprend sur sa philosophie. Cependant, j’ai l’impression d’avoir rencontré l’homme plutôt que le philosophe, de l’avoir côtoyé le temps d’une belle lecture...

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Michel Onfray

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