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MAC DEMARCO – Le Trabendo (16 Mai 2014, Paris)

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Dessin de Inaniel Swims

Bon, il est temps de faire mon petit compte rendu du concert de Mac Demarco au Trabendo, il y a trois mois déjà. D’autant que l’ami Bruce a déjà fait le sien (avec la set-list), et que le camarade Roubignole de WeWant2Wigoler vient d’écrire une petite bafouille dans laquelle il ne tarie pas d’éloges à propos du sieur Demarco ! Mac est un Dieu dit-il, je suis bien d’accord avec lui.

J’avoue que je conserve un souvenir plutôt éthylique de cette soirée (le Monkey Shoulders était gouleyant!). Mais pas au point de ne plus m’en rappeler. Ce concert fut surtout l’occasion de passer un superbe week-end avec mon frangin Bruce. On a bien bu, bien mangé, bien discuté, écouté et partagé du bon son… et marché aussi  ! (ah cette balade dans le 19ème!) Un week-end riche en émotions… J’arrive au Trabendo en étant partagé entre la joie de le découvrir enfin en vrai (photo à l’appuie!), et la déception que ce ne soit pas deux ans plus tôt, pour la sortie de son album 2 qui demeure pour moi son chef d’œuvre. Je ne sous-entend pas être déçu par son Salad Days, qui est un très bon album, mais je rejoint Woubignole sur son aspect fourre-tout qui manque un peu en cohérence, comparativement à 2.

M’enfin, je suis bien content de l’apercevoir avant d’entrer (il joue dehors en acoustique pour une webtv), de le croiser brièvement dans la salle et de le voir enfin à l’œuvre. Ce fut un sacré bon concert, qui confirme Mac Demarco comme un grand groupe, à la configuration parfaite (chant, deux guitares, basse-batterie, chœurs et un peu de clavier). Une bouffée de bonnes vibrations rock. J’en ai pris plein mon saoule sur Salad Days, Passing Out Pieces, Cooking Up Something Good, Brother, Chamber Of Reflection, Still Together ou les incontournables Ode to Viceroy et Freaking Out The Neighborhood. Mais je reste un peu sur ma faim. À certains moment, j’ai senti comme un ronronnement. Certains morceaux du dernier album me semblaient un peu léger sur scène, ça tourne, mais ça transcende pas (Treat Her Better, Let My Baby Stay). Comparativement à ceux de 2, dont je regrette de n’avoir pu entendre certaines perles ce soir, en particulier les inaltérables Dreamin’ et My Kind of Women.

Mais ne soyons pas bégueule, j’ai apprécié ce chouette concert et cette rencontre. Car le Mac a assuré le show, sortant blagues et bouffonneries à répétition (slamer comme un fou, faire le singe sur le rail de spots…). Une attitude naturelle et bien rodée chez lui, ce mec est un comédien, un clown (il suffit de voir ses clips et nombreuses vidéos pour s’en convaincre). Je regrette seulement de ne pas lui avoir dit : « My children love your music » quand on l’a croisé avant le concert. J’ai manqué d’à propos. Je lui ai juste dit merci pour la photo et « good luck !», pour le concert et la suite de sa carrière…

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Myself & Mac

Spaghetti Brothers Vol.2 – Mandrafina & Trillo (Vents d’Ouest, 1995)

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La bande dessinée argentine est aussi vieille que ces consœurs américaines et européennes, leurs parcours sont similaires et contemporains. D’un simple divertissement diffusé dans la presse quotidienne et hebdomadaire du début du vingtième siècle, elle prend de l’importance aux yeux des lecteurs d’après guerre, au point de posséder ses propres revues spécialisées, et d’être enseignée dans les écoles (avec Hugo Pratt ou Alberto Breccia comme professeurs à la fameuse Escuela Panamericana de Arte). De grands maîtres du neuvième sont argentins, des humoristiques (Quino, Copi, Mordillo…) aux réalistes (Breccia et Oesterheld, Salinas…). Sans oublier des francs-tireurs comme Munoz et Sampayo. Trillo et Mandrafina assurent magistralement la relève.

Spaghetti Brothers, un titre plutôt caricatural et réducteur. Car au-delà du clin d’œil à cette spécialité culinaire qui précise l’origine des protagonistes (surnom péjoratif répandu à l’époque), c’est oublier que la famille est plus large et comprend également deux sœurs (Caterina et Carmela) et un neveu (James), qui ont toute leur importance dans l’histoire.

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Après, il est vrai que cette saga – une suite de petites histoires qui s’entrecroisent et dressent un panorama plutôt savoureux des drames vécus par une famille italienne installée à New York – met principalement en scène les trois frangins, représentant chacun les trois pouvoirs de la cité : L’ainé, Amérigo Centobucchi, est un gangster patriarche, craint et réputé. Tony le benjamin est policier, plutôt loser. Quant à Frank, qui régule et tempère les situations, pas étonnant qu’il soit curé. Il est la caution morale face aux dérives des membres de sa famille.

Mandrafina perpétue cette manière de faire si caractéristique de l’école argentine : une rapidité d’exécution (issue du rythme soutenu des publications périodiques), un trait nerveux qui va à l’essentiel. Une mise en scène dynamique, d’une grande lisibilité. Les visages sont expressifs, racontant en un coup d’œil les émotions vives des personnages. Le noir et blanc est strict (pas de gris) et contrasté.

Un graphisme dit réaliste, mais qui à bien y regarder, oscille entre une représentation quasi hyper-réaliste (pour les décors ou les postures) ou caricaturale – pour mettre en exergue les situations extrêmes ou en accentuer le côté burlesque.

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Le rythme de la narration est l’un des atouts de cette série. Prenant le temps de développer les situations et la psychologie (plutôt agités) des personnages, tout en apportant un découpage elliptique qui renforce la dimension feuilletonnesque de l’ensemble. Sur fond de règlement de compte mafieux avec le clan des irlandais, ce deuxième volume de Spaghetti Brothers raconte avant tout un drame fraternel : deux frères sont amoureux de la même femme, qui décide de se marier avec le plus fortuné, Amerigo, plutôt qu’avec celui qu’elle aime, Tony.

Une série dont le contexte (le milieu mafieux des années trente aux USA), la forme très théâtrale (avec cette succession de scénettes) et le ton tragi-comique n’est pas sans m’évoquer le génial Torpedo. D’ailleurs, Trillo a collaboré régulièrement avec Bernet. On ne serait pas étonné de voir Torpedo travailler pour Amerigo…

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2013, l’année du Rêve…

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Mickael et Jéméry sont bien plus que de simples libraires. De vrais acteurs (activistes?) culturels, organisant de nombreux événements tout au long de l’année, qui vont bien au-delà du monde du livre et s’ouvrent à d’autres domaines artistiques. Musique, cinéma, illustration, bande dessinée, photographie, arts plastiques, etc. La liste est sans fin, tant ils demeurent d’éternels curieux, à l’affût de tout ce qui est authentiquement bon et beau. Pas de clivages ni de snobisme dans leur démarche. Au contraire, tout est fait pour le plaisir du partage, de l’échange, de la rencontre humaine et artistique.

Les trois concerts auxquels j’ai assisté (j’en ai malheureusement loupé quelques uns) auront été des moments riches en découvertes et bonnes vibrations. L’espace exiguë (qui peut accueillir une petite centaine de personnes) mais convivial crée une proximité avec les musiciens, favorise la complicité et fait tomber les barrières. On prend plaisir à écouter de la bonne musique, tout en buvant un petit coup, pour ensuite discuter et trinquer avec les artistes…

Le mercredi 19 juin : LES TOMBSTONE’S BROTHERS (Dominique Bonaffini and co), un duo guitare-chant qui a pour ambition d’enterrer le Rock. Une première partie au Rêve de l’Escalier, puis on se dirige en chantant, à pieds (en croisant des chiens), pour un petit pot entre ami(e)s à la Galerie MONA Bertereau, rue des Bons Enfants. Une double prestation dans lesquelles les deux compères revisitent les standards du rock : de Buddy Hollie à Amy Winehouse, en passant par les Rolling Stones, The Doors, Lou Reed et Iggy Pop, sans oublier les Talking Head, The Stranglers ou les Cramps… Une chose est sûre, le Rock bande encore !

Le 19 septembre, au tour du trio formé de Boule, Nicolas Lelievre et Christophe Ecobichon de nous offrir un très beau moment, une prestation musicale à partir du film de Alain Resnais « toute la mémoire du monde ». Une illustration sonore riche en sons et émotions, qui se marie admirablement avec les images de Resnais. Magique.

Le lundi 4 novembre, c’est au tour de Jeff et ses amis de nous émerveiller avec leur pop-rock psychédélique et raffinée. MY FRIEND JEFF est une formation de quatre gaillards (Jeff Hallam au chant et basse, Csaba Palotaï à la guitare, Boris Boublil au clavier et Emmanuel Marée à la batterie) qui composent de superbe chansons, respectant le format pop-rock standard, mais pour mieux le pervertir de l’intérieur. Du rockabilly aux ambiances technos, les références sont multiples, sans pour autant dénaturer leurs compos. La grande Classe !

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Merci les amis, et continuez comme ça, on en redemande pour 2014 !

(ah oui au fait, Le Rêve de l’Escalier se trouve Rue Cauchoise à Rouen, pour ceux qui l’ignoraient…)

BECK Le Loser magnifique – Julian Palacios (Camion Blanc, 2005)

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Ce qui est passionnant dans cette biographie (version française de Beck, Beautiful Monstruosity sorti en 2000)- au-delà de nous raconter le périple incroyable de Beck qui, venant du milieu underground, a rencontré un succès planétaire dès son premier single, le mythique Loser – c’est que l’auteur ne s’arrête pas uniquement sur son parcours. Julian Palacios n’oublie pas d’aborder la vie de bohème de sa mère Bibbe (qui a été entre autre égérie de Warhol) et surtout celle de son grand père Al Hansen, artiste dadaïste, membre du mouvement Fluxus, qui a eu une énorme influence sur le jeune Beck, lui transmettant une vision et une approche non-académique de l’art.

Une anecdote assez révélatrice : « un jour qu’il farfouillait dans le sous-sol, Al dénicha un cheval en plastique, couvert de poussière, et qui avait appartenu à Beck. A la stupéfaction de ce dernier, Al lui en offrit cinq dollars. Quelques jours plus tard, Beck eu le choc de sa vie en découvrant ce que son grand-père avait fait du jouet de son enfance. Il l’avait décapité, puis recouvert de peinture d’argent et de mégots de cigarettes. Beck se souvient encore de sa réaction : « J’étais horrifié mais également fasciné : alors comme ça, on pouvait en même temps massacrer et ressusciter quelque chose ! ». Tout un programme !

Joueur invétéré de country et de folk (Woody Guthrie, Mississippi John Hurt, Bob Dylan…), fan inconditionnel du mouvement Rap (ce n’est pas anodin s’il collabore avec les Dust Brothers sur Odelay), Beck a vécu une adolescence atypique qui a fortement contribuer à forger son caractère et sa musique hors-normes. Côtoyer des Punks californiens dans les années 1983, qui travaillaient avec sa mère et son grand père et squattaient son jardin, ça marque, forcément…

« C’est la chanson « Loser » qui a fait connaître Beck Hansen du grand public. De piètre qualité technique, ce morceau qui allie blues, hip-hop et musique d’ambiance, est immédiatement devenu l’hymne d’une génération. Considéré, au départ, comme l’homme d’un seul succès, Beck a pourtant surpris tout le monde en devenant l’idole du millénaire à venir. En mélangeant les styles musicaux actuels à ceux du passé, il a créé un son inimitable. Ses albums ont été acclamés par les critiques et les fans du monde entier.
Avec BECK, Le Loser magnifique, on a enfin une biographie sérieuse de l’artiste. L’histoire est complète et si elle va chercher du côté de la mythologie, c’est parce que la vie de Beck est déjà une légende. »
(note de l’éditeur).

Une biographie très enrichissante (bien sur, il faut aimer le monsieur) et j’en profite pour saluer le superbe travail des éditions Camion Blanc (et son alter-égo Camion Noir), qui nous proposent depuis une bonne quinzaine d’années, une collection d’ouvrages sur le Rock sous toutes ses formes et les cultures alternatives (voire déviantes), devenue une référence en la matière.

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http://www.beck.com/

DIRTY COMICS (éditions Delta Plus, 1979)

 

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Une curiosité que je voulais acheter il y a quelques années, mais manque de chance, le libraire a fermé avant que je ne me décide… Je n’ai donc pas hésité longtemps quand je l’ai vu récemment chez mon crémier habituel. D’abord sorti dans leur version française en 3 volume aux éditions Transite, de 1978 à 1981, puis chez Delta Plus, ces Dirty comics furent réédité en 2004 en « petite collection » chez Allia.

Les Dirty Comics ont fait leur apparition aux Etats-Unis suite à la crise de 1929. Petites bédés vendues sous le manteau, elles se présentaient sous la forme de parodies pornographiques (très explicites) des comics traditionnels. Dessinés par des auteurs bien évidemment restés anonymes, voire sous pseudonymes, comme « Mister Prolific ».

Subversifs, mal dessinés et imprimés à la va-vite, ces Dirty comics sont les véritables ancêtres de la contre culture américaine. Ils sont aussi connus sous le nom de Eight-pagers, Bluesis, Jo-Jo Books, Two-by-fours, Gray-Backs, Tillie-and-Mac Books, Jiggs-and-Maggie Books, Tijuana Bibles, ou plus simplement Fuck Books. Très dynamiques, à la fois hilarantes et irrespectueuses, ces courtes histoires mettent en scène des stars hollywoodiennes (Marx Brothers) ou des héros de bandes dessinées de l’époque (Popeye).

La profonde injustice de cette situation est propice à la violence et au cynisme. La vie culturelle est bouillonnante et l’humour se fait plus âpre. Pas étonnant, donc, que les Dirty Comics naissent dans ce contexte. Egalement appelés « eight pagers » (huit page), ils sont dessinés à la sauvette, imprimés avec les moyens du bord et font l’objet d’un commerce florissant. Leur petite taille et leur prix modique les destinait aux plus déshérités. Ils sont vendus de la main à la main et leurs éditeurs anonymes se déplacent de ville en ville, pour échapper au zèle inquisiteur de la police. Leur scénario est immuable et se moque de toute les célébrités de l’époque : réelles ou imaginaires, stars cinématographiques ou politiciens, hommes ou femmes, les Dirty Comics n’épargnent personne, et les montre en proie aux passions les plus crues. Oubliés pendant des décennies, les Dirty Comics sont aujourd’hui redécouverts comme les ancêtres de la libérations des mœurs, et un exemple unique dans l’histoire de la bande dessinée populaire. Savoureux témoignages d’une époque révolue, les Dirty Comics sont les enfants de la crise de 29. Nés à cause d’elle, ils moururent à cause d’elle. (Préface de l’ouvrage)

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