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Nietzsche, Se créer liberté – Onfray & Le Roy (Le Lombard, 2010)

 

 

Nietzsche, Se créer liberté - Onfray & Le Roy (Le Lombard, 2010) dans Chroniques BD nietzsche01106072

Michel Onfray scénariste de bande dessinée ? Cela peut paraître impromptu. Sauf que le sujet est tout à fait dans ses cordes : Frederik Nietzsche est l’un de ses maitres à penser. Ce script était d’abord conçu pour un projet cinématographique. Mais sa rencontre avec le dessinateur Maximilien Le Roy, qui cherche à concilier bande dessinée et philosophie, a changé la donne. Je n’ai pas lu Onfray dans le texte (son traité d’athéologie attend sur mon étagère des moments plus calme pour être lu). Cependant, je ne manquais aucune de ces chroniques hebdomadaires parues dans Siné Hebdo. J’aime bien Onfray, même s’il me parait parfois abscons. Je n’adhère pas forcement à tout ce qu’il peut dire, mais j’apprécie sa philosophie de l’hédonisme, cette pensée libertaire sans concessions, pratiquant le « pas de coté » salutaire…

fredo2b dans Chroniques BD

Nietzsche, héros de bande dessinée… Pourquoi pas. On aurait pu s’attendre à un récit froid et mécanique de son parcours, de sa philosophie. Mais pas du tout. Nietzsche, Se créer liberté est un album tout en impressions. Aux vues de la complexité du personnage et de l’hermétisme de sa pensée, on pouvait craindre un ouvrage analytique et bavard. Sauf que le médium est ici subtilement utilisé pour privilégier les émotions. Les auteurs savent prendre le temps de poser une ambiance. Certaines planches sont totalement muettes, en particulier celles, remarquables, représentant les crises d’angoisse du philosophe. Beaucoup de silences, de descriptions impressionnistes, reposant sur la force et la finesse des images, ces cadrages et mises en page d’une précision chirurgicale.

Les grandes étapes du parcours de Nietzsche sont présentes : la découverte de la pensée de Schopenhauer, son amitié fâchée avec Wagner, l’importance de la musique (il composait aussi), « Dieu est mort », sa rencontre symbolique avec Zarathushtra, le surhomme… Rien n’est expliqué, tout est suggéré.

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Le graphisme de Le Roy contribue pour beaucoup à cette approche sensible plutôt qu’intellectuelle. Un dessin léger, subtil soulignant des formes brutes, torturées. Un trait qui évoque Schiele. Mais Le Roy n’abuse pas du décorum de l’époque. Pas de références marquées aux mouvements picturaux d’alors (Symbolisme, Art Nouveau, ni même la Sécession viennoise de Klimt… L’utilisation des couleurs est remarquable. Parfois vives, fauves, contrastées, parfois sombres, tout en nuances. Certains de ses dessins sont d’un trait brut, expressionniste, comme pour mieux illustrer la rage (la folie ?) qui anime parfois le philosophe…

Cette forme narrative privilégiant l’émotion, l’intuition, entre en résonance avec le fond de la pensée de Nietzsche. Car comme nous le rappelle le philosophe Jean Granier : « Il faut, affirme Nietzsche, cesser d’accorder crédit à la conscience et se tourner vers le corps. Car c’est le corps qui est seul en mesure de nous instruire sur la valeur de notre personnalité profonde. » (Nietzsche – Que sais-je ? PUF)

Cette bande dessinée n’a pas prétention à devenir une biographie officielle ou une anthologie de l’œuvre de Nietzsche. Elle nous donne l’occasion d’entrevoir ce que pouvait-être l’existence d’un philosophe majeur et fondateur de notre époque. Sa vie nous en apprend sur sa philosophie. Cependant, j’ai l’impression d’avoir rencontré l’homme plutôt que le philosophe, de l’avoir côtoyé le temps d’une belle lecture...

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maxleroy.fr & maxleroy.blogspot.com

Michel Onfray

SUPERWEST COMICS – Mattioli (l’Echo des Savanes/Albin Michel, 1986)

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La plupart des dessinateurs italiens font preuve d’une grande rigueur académique au niveau de leur graphisme, de l’anatomie. Manara, Giardino, Serpieri, Liberatore, Magnus… Tous sont les héritiers directs des grands peintres de la Renaissance. Leurs représentations des corps les inscrivent dans l’héritage plastique d’un Raphaël ou d’un Michel-Ange… Représentation charnelle de la matière, puissance des corps, pureté des gestes…

Il y a bien sûr des exceptions à cette tradition. Mattioli lui, s’exprime dans un genre purement humoristique et stylisé, à l’opposé de la représentation réaliste des auteurs sus-cités. Il s’inspire plutôt de l’art moderne et de la contre-culture (New Wave, cinéma bis… Dans son Superwest Comics, parodie absurde de Superman, il utilise des couleurs vives très Pop-art, détourne des images de films (souvent interdits aux mineurs) et s’amuse avec les codes de la bd (narration, séquençage…) afin de nous raconter six histoires plus loufdingues les unes que les autres, flirtant avec le « porno-gore-scato » et fortement jubilatoires.

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Dans Panic in the city, Superwest tente de sauver les citadins d’un méchant scientifique qui transforme les trottoirs en sables mouvants. Scanner est une référence directe au film de Cronenberg. Porno massacre porte bien son nom, Superwest enquêtant sur la mort d’une actrice… Very hot dogs nous raconte l’histoire de saucisses tueuses qui sont en fait fabriquées à base de loup-garou. Cartoons hold-up, un braquage organisé par Riri, Fifi et Loulou déguisé en Woody Wood Pecker, ou l’inverse… Et The Shadow raconte l’histoire d’une ombre tueuse dont seule l’idée lumineuse de Superwest arrivera à venir à bout.

Mattioli privilégie une approche absurde, ludique, surréaliste et poétique du médium. Que ce soit avec son génial M le Magicien (avec lequel il se joue des codes, tel un Fred), son Squeak the Mouse (bd muette, du Tex Avery sous acide qui influencera très fortement Matt Groening pour son Itchy et Scratchy) ou ce Superwest, ses planches sont de véritables dessins animés en deux dimensions. Mattioli privilégie le mouvement dynamique et dynamite, ce qui rend ses bd toujours aussi modernes plus de 20 ans après leur création…

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Itchy et Scratchy ? Nan, Squeak the Mouse ! 

Chroniques Birmanes – Guy Delisle (Delcourt Shampooing, 2007)

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Après la Chine et la Corée du Nord, Guy Delisle et sa petite famille s’installent cette fois-ci au Myanmar (nom officiel de la Birmanie), toujours pour raisons professionnelles, sa femme est en mission sur place pour Médecins Sans Frontières.

Delisle nous décrit son installation, sa vie quotidienne de père au foyer, sa découverte des us et coutumes locales… Bien qu’ils soient à l’autre bout du monde (dans un pays plutôt instable), ils vivent à l’occidentale (achat d’ordinateur, soirée cocktail à l’Australian club, réunions de parents d’élèves… Ils font parti de la communauté occidentale de la ville, mais on en apprend tout de même beaucoup sur la situation politique et sociale du  pays.

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Sans exotisme ni sensationnalisme, Delisle aborde tous les événements avec la même distance. Les tracas de la vie quotidienne, la joie d’observer les progrès de son fils, le dégoût suscité par la visite d’une léproserie, l’émerveillement et la peur lors d’un voyage en zone contrôlée, ses inquiétudes pour un de ses élèves (il donne des cours de dessin)… Toutes ces émotions sont rapportées avec la même intensité, sans ordre d’importance. C’est la grande originalité de ce carnet de voyage à la première personne, il n’y a pas de hiérarchie entre les événements vécus. Tout est raconté sur le même plan.

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Delisle maîtrise parfaitement le médium BD. Sa narration est fluide, sans temps morts ni longueurs. Ces séquences muettes, dans lesquelles il s’impose une structure de page en gaufrier, sont remarquables. Ses gammes de gris sont superbes, notamment les scènes de nuit. Son dessin (quasi humoristique) me plait un peu moins, trop stylisé. Surtout les décors. Ni trop réaliste, ni trop simplifié, son graphisme colle cependant parfaitement avec son point de vue, ni trop impliqué, ni trop détaché. Delisle nous raconte simplement ses impressions sur ce qu’il vit au jour le jour. Il n’exprime que rarement ses sentiments profonds et ne porte que peu de jugements de valeurs sur ce qu’il observe. Il fait preuve d’une certaine neutralité, ce qui lui permet d’aborder tous les événements avec un maximum d’objectivité.

Ce point de vue plutôt neutre fait que j’adhère moyennement à son récit (je préfère la subjectivité d’une Satrapi ou d’un Menu). On survole ses aventures mais on n’y est pas émotionnellement impliqué. Divertissant, intéressant, mais pas transcendant… Même si je n’ai pas eu le «coup de coeur», je lirai volontiers ses autres aventures…

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Guy Delisle


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