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Léon la came – De Crecy & Chomet (Casterman, 1995)

 

Léon la came - De Crecy & Chomet (Casterman, 1995) dans Chroniques BD leonlacame01-222x300

Après une absence de trente ans, Léonce, un pépé bientôt centenaire, revient auprès des siens. Et ce ne sera pas sans conséquences, car Léon le rouge (communiste de la première heure) bouscule le train-train bien rodé de la famille Houx-Wardiougue (pour le plus grand plaisir de son petit-fils Géraldo-Georges) et risque d’en compromettre l’avenir. Au grand dam de son fils Aymard, le nouveau patriarche de l’entreprise familiale de cosmétique, qui fera tout pour le mettre au placard, après avoir essayé de l’utiliser pour amadouer de potentiels actionnaires nippons. Mais en vain, il ne pourra rien contre cet électron libre (plutôt vicelard), qui tirera sa révérence par un dernier pieds de nez des plus remarquable, sonnant ainsi le glas des affaires familiales.

Entre satire politique et chronique familiale, Léon la came est une farce burlesque qui traite des thèmes de la filiation (ses mythes, ses secrets, ses membres), une critique acide de la haute bourgeoisie industrielle, du monde des affaires, de la lutte des classes. C’est surtout une ode à la vieillesse, qui n’est pas automatiquement synonyme de décrépitude et d’inadaptation. Qui ne souhaiterait pas vieillir comme Léon, conserver cet esprit indépendant, rebelle, fantaisiste ?..

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La narration parcellaire de Chomet met en exergue la dimension satirique du récit, et bouscule les habitudes. Dans sa dernière partie, les personnages interpellent directement le lecteur, afin de commenter les événements de leurs points de vue, bien différents les uns des autres. L’histoire nous est contée par Gégé, le petit fils de Léon (leur relation permettra au premier de s’émanciper du joug paternaliste), jusqu’à ce que son frère ne lui coupe la parole pour raconter à sa façon la suite des événements… Une manière non-conventionnelle de raconter une histoire. A l’image du personnage principal.

Entre caricature et réalisme excessif, De Crecy est un physionomiste hors pair. En quelques traits vifs, fauves, percutants, il dit beaucoup sur la personnalité complexe de ses protagonistes. Regards perçants, faciès improbables, attitudes flirtant avec le Slapstick et la pantomime… De la bonhomie de Gégé au visage sillonné de Léon, chaque portrait raconte le personnage. On lit en eux comme dans un livre ouvert.

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Rien n’est lisse, rien n’est droit. Un dessin à la limite de l’approximatif, une succession de trait qui laisse libre court à chacun de cerner les formes comme il l’entend (les voit, plutôt). Ce qui fait de De Crecy l’un des rares à se situer dans cet entre-deux de l’exagération et du quasi hyperréalisme (n’oublions pas Blutch).

Le traitement de la couleur est pour le moins expressionniste, en ce sens où celle-ci accompagne ou accentue l’état d’esprit des personnages, l’humeur des situations. Dans Léon la came, le rouge orangé peut être glauque et le vert pâle chaleureux. Une esthétique proche d’un Ensor, en particulier lors de la séquence de délire de Léon…

Bien qu’étant d’un esprit de contradiction, ayant toujours un doute lorsqu’une œuvre ou un artiste ne fasse l’unanimité, je ne peux qu’être totalement d’accord en ce qui concerne De Crecy. Je le considère comme le meilleur dessinateur de bande dessinée contemporaine.

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