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Brèves de chroniques #10

J’aime pas la musique – David Snug (Les Enfants Rouges, 2011)

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Davis snug est un authentique punk qui ne s’ignore pas. Plutôt monomaniaque dans son genre, il reste fidèle à ses premiers émois musicaux qui sont les bérus, les bérus et les bérus. Comme tous collégiens, il n’aime pas la musique. Car on le sait tous, les profs de musique sont des sadiques. Jouer de la flute devant toute la classe reste un traumatisme pour plusieurs générations. David Snug lui, ce qui lui plait, c’est le dessin. A tel point qu’il décide d’en vivre. Ou du moins, d’aller en Arts Appliqués, ce qui lui permet  de quitter sa cambrousse (Bayeux) pour s’installer dans une grande ville (Caen). Mais il déchante rapidement. Ses profs et ses camarades de lycée sont aussi nuls que ceux du collège. Il rencontre tout de même un bon pote qui partage son goût pour la musique bizarre (Stooges, Velvet, Suicide…). Il décide même de lancer un groupe de punk, avec guitare sèche et carton pour la batterie…M’enfin, c’est le geste qui compte.

Le graphisme de Snug est comme la musique qu’il écoute (et joue surement) : hyper saturé, limite dégueulasse, fortement contrasté mais terriblement efficace. Une ode à l’indépendance.

L’âge dur – Max de Radiguès (L’employé du Moi, 2010)

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L’âge dur nous raconte l’histoire d’un groupe de collégiens dont le quotidien n’est fait que de doutes, de désirs, de frustrations. Encore un énième récit sur l’adolescence. Mais à l’instar d’un Charles Forsman (édité dans la même collection chez l’employé du moi) Max de Rodriguès reste à distance de ses sujets. Il ne cherche pas à expliquer ou s’étaler sur les états d’âme de ses personnages. Il n’y a pas besoin, car nous savons intuitivement ce qui se joue chez ces ados qui vivent leurs premiers émois, leurs premières expériences, leurs premiers râteaux. Le minimalisme du trait (aucuns décors, les personnages évoluent dans des cases vides) et la mise en page sommaire conviennent parfaitement pour décrire ce sentiment de flottement et cette absence de cadre (pas un adulte à l’horizon), typiques de cet âge ingrat.

Schnock n°42 (La Tengo Editions, 2022)

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Schnock commence à se faire vieux mais est toujours présent dans les kiosques, et c’est tant mieux. La revue des vieux de 27 à 87 arrive à nous surprendre à chaque numéro en dénichant des dossiers et des interviews toujours aussi passionnants. Le dernier en date est sorti il y a peu (n°45 avec Defunès en couverture), mais je m’arrête sur ce numéro 42 et son superbe dossier sur Patrick Dewaere. Comme à chaque fois, on croit tout connaitre sur ces personnages publics (Coluche, Desproges, Marielle…) et on en découvre beaucoup. Grâce à cette capacité (que dis-je, cet Art !) de dénicher des témoignages auprès d’interlocuteurs qui les ont bien connus, mais à qui on ne fait jamais tribune.

On y retrouve des interviews (la chouette Brigitte Fontaine) et ces dossiers qui font notre joie, comme ce top 15 des publicités en bandes dessinées qui nous renvoie à nos jeunes années et fait émerger cette honteuse idée du « c’était mieux avant » ! Mais non, ce n’était pas mieux avant. Car avant, on n’avait pas Schnock.

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Encore Topor, évidemment. Il manquerait plus que ça. On le retrouve au sommaire de deux excellentes revues, actuellement en kiosque. Et c’est bien.

Les Arts Dessinés #16. Est-il besoin de revenir sur les qualités tant esthétiques qu’éditoriales de ce trimestriel qui fait la part belle au graphisme sous toutes ses formes. Actualité oblige -car Roland sera toujours d’actualité- Stéphane Corréard se fend d’un beau quatre pages à l’occasion de deux expositions parisiennes qui ont eu lieu en octobre… Il rappelle en introduction que Topor veut dire Hache en polonais. Un patronyme qui annonce la couleur (ou plutôt les hachures). J’adhère pleinement à son idée d’une « Pléiade Topor », même si la tâche parait impossible, tant l’œuvre de Roland est dispersée dans de multiples domaines.

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Les pieds dans la mayonnaise n’est pas une revue, et ne se trouve pas en kiosque. C’est une sorte de livre-hors-série à commander en librairie (sauf si c’est une bonne, qui l’aurait en office) fomenté par l’équipe de Rockyrama. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’encenser cette chouette revue ciné qui arrive à survivre malgré une confidentialité autant incompréhensible que salutaire (c’est le prix de l’indépendance d’esprit !). Un aspect fanzine, tant par son approche passionnée du 7ème art que par sa maquette, à l’esprit sans concessions pleinement assumé. Proche cousin de la revue Schnock, Les pieds dans la mayonnaise joue la carte de la nostalgie joyeuse, puisant dans le background culturel des presque quinquagénaires que nous sommes. Vielles pubs, catalogue de vieux jouets, films, émissions de télé… c’est tout l’esprit des années fin soixante-dix début quatre-vingt qui ressurgit dans ces pages, « cette culture de la naïveté et de la légèreté ». Alexandre Vuillaume-Tylski décortique les contributions audiovisuelles et cinématographiques de Roland dans un article richement documenté. Il a entièrement raison lorsqu’il répond à la question Qui est Roland Topor ? : « N’aurait-il pas inventé son propre « courant » : lui-même ? ».

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Je profite de cet article, une fois n’est pas coutume, pour faire une petite auto-promo, histoire de contribuer à l’actualité toporienne. Je me suis fendu d’un petit essai sur Roland, Ma Non Topor, que j’ai posté sur ce blog. J’en ai « fanziné » une vingtaine d’exemplaires papiers que j’offre à mes amis. Si cela vous tente, laissez-moi un message. Je suis curieux de voir si j’ai quelques lecteurs inconnus qui seraient intéressés par mes petites bafouilles…

Topor et le cinéma – Daniel Laforest (Nouvelles éditions Place, 2020)

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Les Nouvelles Editions Place ont lancé une remarquable « Collection des poètes », qui propose des éclairages sur les rapports qu’entretiennent des artistes iconoclastes (Duchamp, Breton, Picabia, Prévert, Pérec, Queneau…) avec le cinéma. Heureuse initiative que d’avoir mis Roland Topor au casting de cette collection. Daniel Laforest nous présente un ouvrage passionnant, dressant ainsi un panorama complet de toutes les contributions de Roland au 7ème Art.

Prenant la forme d’une monographie, cet opus décortique les rapports ambigus et pourtant passionnés qu’entretenait Roland avec le monde du cinéma. Des relations placées sous le signe de l’attraction-rejet. Car Roland, maitre incontesté de l’image fixe, creusant sans relâche les potentialités infinies du dessin, se méfiait grandement des images en mouvement. Ce n’est pas anodin d’ailleurs de constater que ses premières contributions cinématographiques sont des apparitions de ses dessins (donc des images fixes) dans la séquence de la lanterne magique du Casanova de Fellini ou aux génériques de Qui Etes-vous Poly Maggoo de William Klein et Viva la Muerte d’Arrabal. Survolant ses compositions, seule la caméra est en mouvement.

Ses collaborations avec René Lalloux démontrent une défiance pour l’animation classique, au profit d’un travail sur le mouvement plus « primitif », générant une impression de « dessins qui bougent ». Ce qui sera la marque de fabrique des films d’animation de Roland.

Sa contribution au cinéma l’est aussi par l’écriture. De l’adaptation de son premier roman par Polanski à la participation à la co-scénarisation des films de Lalloux. Sans oublier ses collaborations télévisuelles avec ses amis Ribes, Gébé et Gourio pour Merci Bernard et Palace.

Daniel Laforest aborde également le rapport particulier qu’entretenait Roland avec la pantomime et les marionnettes (de Téléchat à Marquis), qui lui permettent de bousculer une fois encore cette représentation du mouvement cinématographique classique. Même lorsqu’il fait l’acteur (pour le Nosferatu d’Herzog par exemple), ses personnages sont excessivement expressif, outrancier, exagérant les mouvements et attitudes jusqu’à l’absurde.

Présentation de l’éditeur : « Roland Topor a été dessinateur, écrivain, plasticien, illustrateur, peintre, chroniqueur satiriste, décorateur scénique, marionnettiste, scénariste télévisuel. Or, lui qui se moquait des clivages artistiques a entretenu une méfiance singulière vis-à-vis du cinéma. Mais comme le génie du dilettantisme tient dans la contradiction, la méfiance ne l’a pas empêché de déployer une vaste activité en lien avec le monde cinématographique. D’abord à travers des commandes publicitaires, puis des projets d’animation, enfin l’adaptation par Roman Polanski de son premier roman. En parallèle sont apparues des co-scénarisations, quelques seconds rôles et une pléthore de figurations. Activités auxquelles la coréalisation en 1989 d’un film remarqué,  quoique encore mal compris, a apporté le point d’orgue. La rencontre de Topor et de l’art cinématographique évoque celle de l’enfance et du jouet. Celui-ci instille en effet dans le cinéma un poison qui le secoue, un certain ébahissement de l’enfance qui a autant partie liée avec le rire aux éclats qu’avec les terreurs nocturnes. »

METAL HURLANT (2021)

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Metal Hurlant revient et je ne sais pas vraiment quoi penser de cette résurrection. De la revue en elle-même et de l’engouement quasi unanime de la presse généraliste.

Le futur est parmi nous, c’est un fait qui se vérifie tous les jours (mondes virtuels, crise écologique, transhumanisme…). Les concepteurs de ce nouveau Métal (issus de l’équipe des cahiers de la bande dessinée) inventent à leur manière le voyage dans le temps, en nous faisant apparaitre la revue Metal Hurlant en 2021, dans des kiosques à journaux qui existent encore… Sauf qu’on se croirait dans retour vers le futur II quand Marty atterrit dans un présent parallèle (Biff land). C’est un même objet, qui a le même nom. Mais c’est un fake. Comme pour les éditions Futuropolis, reprendre un nom évocateur et prestigieux ne garantit pas une filiation de qualité.

Alors à quoi bon ? Coup marketing pour attirer les vieux nostalgiques (friqués de surcroit, car 20€ quand même) ? A leur décharge, s’attaquer à un mythe, dont la portée n’était absolument pas calculée mais dont l’onde de choc résonne encore maintenant dans les arts visuels (cinéma, bande dessinée, manga mais aussi littérature, art contemporain, street art ou jeu vidéo…) est sacrément osé. Et amène d’inévitables comparaisons…

Je n’ai pas connu Métal Hurlant à sa sortie. Je ne peux qu’imaginer l’impact qu’il a eu à son époque. Par contre, j’en ai pris plein la gueule depuis. Et comme beaucoup, on ne peut qu’adouber cette revue, ceux qui y ont contribué et leurs bandes incroyables. Une certaine vision sans concessions du futur…

En fait, ce qui me dérange, c’est le côté trop propre et trop pro de ce nouveau Métal. Les articles et interviews (au demeurant très intéressantes) sont impeccablement menées. Trop. On ne retrouve pas la dimension amateur et foutraque qui faisait la particularité des éditos, des articles et de la maquette du premier Métal. Ça manque d’improvisation et de fantaisie tout ça. Niveau contenu c’est la même chose, j’espérais découvrir du bizarre, du dérangeant, du bousculant, et je ne trouve que du conventionnel, du prévisible, du rassurant. Bablet, Berliac, Sillard, Alfred et Ugo Bienvenu (qui signe la couverture) s’en sortent le mieux, mais ça reste esthétiquement bien sage tout ça (si l’on compare avec les planches hallucinantes et hallucinées des Corben, Druillet, Nicollet, Moebius, Caza, Voss ou autres Liberatore…). SF réaliste, humoristique, manga, comics, roman graphique en noir et blanc, on sent la volonté de respecter une diversité de styles, – qui était la marque de fabrique du premier Métal (avec la « ligne claire » et « ligne crasse ») – histoire de plaire à tout le monde. Mais ça, ce n’était pas la marque de fabrique du Métal historique.

Ce nouveau nouveau premier numéro (n’oublions pas le retour foiré de Métal Hurlant au début des années 2000 par les Humanoïdes Associés) est un pétard mouillé. Laissons une chance au deuxième numéro, qui sans risques et pour bien enfoncer le clou de la filiation, devrait compiler des planches du Métal historique…

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Mathieu Bablet

Festival BD Normandiebulle (Darnetal, 2021)

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Affiche de EMEM

Le festival Normandiebulle a rouvert ses portes ce dernier weekend de septembre et ça fait plaisir. Une reprise en douceur, dans un contexte qui explique cette programmation presqu’exclusivement normande (à l’exception notable de la venue de Mézières). De fait, on constate la relative notoriété de la bande dessinée made in Normandie, avec Fred Duval et Emem, Steve Baker, Jean-Marie Minguez ou Julien Hugonnard-Bert. Cette bande dessinée conçue dans la pure tradition du genre n’est pas ma tasse de thé. Mais je reconnais les qualités et la sincérité de ces auteurs. J’ai donc fait le déplacement pour rencontrer Hughes Barthe, Emmanuel Lemaire et Jérôme Sirou. Des auteurs qui œuvrent dans un registre qui me conviens mieux.

Hughes Barthe (que je connaissais pour avoir animé des ateliers BD à la librairie Funanbulles de Rouen). J’avais bien aimé ses deux albums  L’été 79 et L’automne 79 et me procure son dernier Hugo est gay. Un échange sympathique autour des auteurs nord-américains qui influencent son travail : les canadiens Seth, Chester Brown, Rabagliati ou Joe Matt, qui a sa préférence. Mais son auteur de prédilection, c’est Chris Ware… What else ?

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Emmanuel Lemaire, dont j’ai déjà dit le bien que je pensais de son Rouen par cent chemins différents. Il a eu l’occasion de lire mon article et aux vues de sa réaction, j’en déduis ne pas avoir dit trop de conneries. Il m’explique qu’un journaliste lui avait reproché de ne pas reconnaitre Rouen dans son album. Il n’a pas compris que Lemaire a simplement dessiné SA ville et pas LA ville de tout le monde… J’aurai parié qu’il avait fait des études d’archi mais non. Il se considère comme un autodidacte, qui a tout de même pris des cours du soir aux Beaux Arts avec son ami Olivier.

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Et enfin, Sirou. Jérôme de son prénom. Un auteur que j’affectionne depuis des lustres (d’abord dans les pages du Psiko, puis avec ses livres autoédités), mais que je rencontre pour la première fois. On a eu cette impression commune de se connaitre depuis longtemps (« on s’est déjà vu ?» me dit-il). En fait, j’ai déjà eu une dédicace de lui, mais faite par procuration. Et depuis le temps que je lis ses mésaventures, je peux dire que je le connais bien. Lui aussi a eu l’occasion de lire mes petits articles le concernant, et ça fait plaisir de savoir qu’il les a appréciés. 3 dédicaces, pour les 3 ouvrages qui me manquaient. Bref, cette rencontre a confirmé ce que je pensais de Sirou : c’est un gars authentiquement sympathique ! (je te confirme que je n’ai trouvé aucune réponse à tes jeux !).

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