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Anthologie Imagex (The Hoochie Coochie, 2023)

images Antho

Maël Rannou l’avait annoncé il y a quelques années et ça y est, l’Anthologie d’Imagex est enfin sortie. Pas loin de dix années auront été nécessaires, entre l’intention initiale et le produit fini. Un vrai travail de fourmi pour retrouver les planches originales et remettre en valeur celles disparues. Car au fil de temps, et aux vues de sa production disparate, Imagex n’a pu tout conserver. D’où la gageure de pouvoir tenir entre nos main cette Anthologie.

Je ne vais pas bouder mon plaisir et cacher ma fierté d’avoir contribué au retour d’Imagex. Grâce à cet article de Mauvais Rêve, publié en 2008 - auquel Daniel Hochard lui-même avait réagi et de fait, donné de ses nouvelles. Je reste impressionné par les divers retours de tous ces passionnés, qui comme moi ont été marqués au fer rouge par les bandes d’Imagex.

Le travail des éditions The Hoochie Coochie est remarquable. Un grand format idéal et une qualité d’impression qui permet de savourer les moindres détails. Une immersion totale. De son propre aveu, Mael a estimé ne pas avoir les moyens de proposer l’écrin susceptible de mettre en valeur l’œuvre d’imagex. Ce qui, aux regards de ses indéniables qualités graphiques, aurait été dommage.

Si je connais par cœur son Mauvais rêves, j’avoue découvrir enfin son Colonie de vacanse, que je n’ai pas encore eu le plaisir de chiner en format X de Futuropolis. Il est des chefs d’œuvres que l’on connait de référence depuis toujours… Je prends enfin ma revanche, et ma grosse claque. Quelle histoire de dingue, et pour autant parfaitement cohérente.  Et quelle esthétique de malade, avec ces volumes gris qui sculptent cette matière charnelle. Ce traitement des formes qui flirte avec l’expressionnisme, contrastant parfaitement avec ces figures enfantines.

Ce qui contribue à la puissance de l’œuvre d’Imagex, c’est cette faculté à aborder des thèmes graves et insupportables (enfance et violence) avec une aisance et une légèreté déconcertante. Son humour ne sert pas à désamorcer le malaise des situations décrites, il en est le catalyseur, voire même le détonateur.

Outre ces deux albums, cette anthologie concentre absolument tout ce qu’a pu produire Imagex durant sa fulgurante carrière : des récits cours et des illustrations pour les revues Viper, Actuel ou (A Suivre)… 40 ans plus tard, l’œuvre d’Imagex est toujours aussi pertinente et percutante. Car les souffrances infligées aux enfants restent, malheureusement, encore à dénoncer… sans complaisance. C’est toute la force d’Imagex.

images imagex

Harlem River – Kevin Morby (Woodsist, 2013)

Kevin-Morby-Harlem-River

Tout comme pour Connan Mockasin, je me rappelle avoir découvert Harlem River de Kevin Morby au moment de sa sortie en 2013. J’ai bien aimé le morceau (quoique un peu long) mais pas apprécié le reste de ce premier album au titre éponyme. Trop « américain-country » à mon goût. Etant depuis passé à autre chose, c’est en voyant la programmation du Rush festival de Rouen de cette année que Kevin Morby s’est rappelé à mon bon souvenir. L’opportunité d’aller voir un bon auteur-compositeur-interprète indépendant se faisant rare, je me jette sur l’occasion et redécouvre un artiste pour le moins prolixe, qui depuis son premier opus a enchainé les albums à un rythme soutenu. Ses deux derniers en date sont de très bons crus et nous démontre que le garçon évolue sans se répéter ou chercher à reproduire la magie des débuts.

Car oui, Harlem River est un album magique, habité, dont l’orchestration dégage un léger parfum de sorcellerie cajun. Le morceau phare Harlem River n’est qu’une longue transe qui nous ballotte au gré des courants de cette rivière mystique. Un shuffle constant qui borde la sinuosité de la rythmique, une basse qui joue à champ/hors-champ, une guitare souvent présente de par son absence. Et ce chant tout en contraste clair-obscur, tantôt retenu, tantôt lâché… Une déclaration d’amour et d’envoutement au détroit de New-York… If You Leave, And If You Marry est une folksong remarquable (avec picking acoustique et chant enlevé), référencée, mais pour autant très originale. On se dit que le garçon a vraiment du talent. Il revisite plus qu’il ne renouvelle un genre pourtant très balisé.

« Americana » est le maitre mot de ce coup d’essai. Morby révise son folklore US et convoque les figures tutélaires de Bob Dylan et Neil Young. Mais malgré ces références évidentes, Morby possède une vraie personnalité et un sens de la composition remarquable. Tout en respectant le format imposé de la chanson, il sait y injecter une modernité par l’emploi de figures répétitives, d’ambiances minimalistes et de ruptures de rythmes qui nous fait dire que cet album et bien de notre temps. Rien de passéiste ou de poseur chez Morby, mais une vraie authenticité et un amour inconditionnel pour la musique Folk…

Avec ses deux derniers albums, This is a Photograph et More Photographs (A Continuum), Morby lorgne vers les figures du blues et gratte même jusqu’à l’os du Gospel. Ouvrant son album de famille, Morby nous parle de son père, sa mère, sa sœur, son enfance… Il s’en dégage une vraie proximité affective, inscrivant ses chansons  dans une réalité géographique précise (Bettersweet Tennessee, Mississipi, Memphis…) et cite des références qui nous parlent : Jeff Buckley, River Phoenix ou Tina Turner…  Et malgré la mélancolie qui se dégage de ses textes (goodbye the good times, kingdom of broken hearts…), les mélodies sont toujours paisibles, les arrangements chaleureux (violon, pedal steel…). Le contraste entre cette impression de minimalisme des mélodies et la richesse harmonique des arrangements est saisissant et m’évoque la démarche des canadiens de Timber Timbre sur leur Hot Dreams.

Voir Kevin Morby sur scène avec ses musiciens (tous accomplis et heureux d’être là) m’a permis de prendre la pleine mesure du talent du garçon. Une orchestration riche et variée (deux guitares, basse, batterie, clavier, violon et voie féminine, flute traversière et saxo…) qui met admirablement en valeur ses compositions. Et cette voix médium ! Posée, « facile », qui peut s’aventurer dans un large spectre de tessitures, sans jamais tomber dans les extrêmes. Morby devrait être prescris, tant il met du baume sur les bleus de l’âme…

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Jassbusters (Mexican Summer, 2018)

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Je me rappelle ne pas accrocher au désormais culte Forever Dolphin Love de Connan Mockasin sorti en 2010, trop psychédélique et bordélique… Mais depuis, j’ai croisé la route d’Ariel Pink…

Ce qui m’a fait plonger dans l’univers très particulier de ce néozélandais (qui a biberonné à Hendrix et a fabriqué lui-même sa première guitare), c’est son projet Jassbusters de 2018. Un pur chef d’œuvre.

On y trouve du blues, de la soul, du funk, de la pop, un soupçon de Jazz. Des accords dissonants, des harmoniques improbables, de subtiles mélodies, un groove de dingue, une voix de tête toujours sur le fil… Mais surtout, une âme.

Cette suite de chansons cache un album concept, possédant plusieurs niveaux d’écoute. D’une richesse incroyable, on peut être parfois déboussolé puis l’instant d’après, trouver des balises qui nous appellent, des ambiances qui nous sont familières. Un ensemble abstrait, en ce sens où les figures se dérobent chaque fois que l’on croit les cerner.

Cet aspect minimalisme (je m’en foutiste ?) disparait sous la complexité des arrangements. Un méta-album, qui semble se créer au moment où on l’écoute. Et on en redécouvre à chaque fois. Ce disque dégage une impression d’instantanéité hallucinante. Partant d’un projet de court métrage mettant en scène un apprenti musicien qui rencontre son mentor, l’album est jalonné de brefs dialogues, de bruitages, voire de didascalies, qui racontent une histoire et servent de fil conducteur…

Mockasin et ses acolytes ont sorti un deuxième volet de leurs aventures Jassbusters en 2021, qui tend à prolonger la magie…

jassbusters-two

Alien triste – Pedro Mancini (Insula, 2015)

alien triste

Découvert dans les pages du Gorgonzola de Maël Rannou, dont il est un régulier depuis le numéro 19, Pedro Mancini est un illustrateur et dessinateur argentin, féru de science-fiction, qui œuvre dans un registre autobiographique. Un grand écart qu’il maitrise parfaitement. Il a sorti trois albums depuis 2016, mais c’est cet Alien Triste qui m’a fait découvrir son univers particulier, perturbé jusqu’à l’absurde.

Pedro, alias Luis dans ses strips, s’incarne sous les traits d’un extraterrestre au visage longiligne recouvert d’yeux globuleux, dont l’expression figée vacille sous le coup de l’émotion. Comme pour retranscrire ce constant sentiment d’être étranger à lui-même et aux autres. Solitaire sentimental, loser alcoolique, fan des Grizzly Bear et de Moebius, en thérapie, ça fait beaucoup…

Maitrisant parfaitement les règles du récit en strips (constitués d’une à quatre cases), Mancini use de nombreuses ellipses et itérations qui apportent un rythme soutenu à l’ensemble. Il enchaine les séquences sans chercher la chute à chaque fois. Car il est en chute libre depuis des lustres le coco. Déboires sentimentaux, beuveries mettant à mal son pancréas, angoisse de la page blanche, carrière professionnelle quasi-inexistante, batteur raté… L’alien triste a toute les raisons de l’être. Pourtant, au-delà de cette succession de malaises et de frustrations quasi quotidiennes, il se dégage quelque chose à la lecture de ces strips. Le coté déprimant laisse place à une réelle compassion. On développe une sincère sympathie envers cet auteur qui retranscrit sans filtres son rapport décalé aux mondes (du travail, des relations sociales, des femmes…) qui l’entourent.

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Faites-moi rire, je pars dans quatre minutes – Avoine (B. Diffusion, 1980)

Avoine_Faitesmoirire_01

Ce qui saute aux yeux à la lecture de cet ouvrage, c’est qu’Avoine n’a pas peur de la page blanche. Bien au contraire, il en a fait son espace de prédilection. Vu de loin, on ne voit rien. Quand on s’approche, on voit le trait. Puis en avançant encore un peu, on voit les figures. Et à un moment donné, on comprend le sens. Pas forcément le sien, mais on y trouve le nôtre. A coup sûr.

On sent derrière ces dessins qu’il a dû très souvent ressentir l’angoisse de la page blanche. Car dans le fond, son univers n’est pas très rassurant. C’est à se demander si ce n’est pas pour signifier cette angoisse qu’il laisse autant de blanc dans ses compositions. Une certaine manière de raconter la vacuité de nos existences. Impression d’autant plus renforcée que ces personnages se retrouvent à chaque fois dans des situations inconfortables (à l’instar de la couverture, il pleut beaucoup dans ses dessins). Sujets à une grande solitude, certains tentent de mettre fin à leurs jours quand d’autres prennent des risques incontrôlés.

Son trait est d’une précision chirurgicale. Il maitrise les règles de la perspective comme personne, trouvant à chaque dessin des angles d’approches inédits. Il réinvente les lois de la physique, la pesanteur ne semblant pas exister. Sans aucun repère visuel (aucuns décors, très peu d’accessoires), il rend une impression de trois dimensions hallucinante. Avec lui, la page blanche possède une profondeur infinie. Egalement musicien, on sent l’obsession du rythme, du juste tempo des postures qui flirtent avec les chorégraphies du Slapstick.

L’humour d’Avoine est subtil, insaisissable. Tout en étant très censé, évident. Absurde, surréaliste, symbolique, décalé… il est difficile de désigner son univers, de trouver les termes justes pour le décrire. Il fait partie de ses précieux indéfinissables, qu’il faut savoir savourer avec toutes les incompréhensions qu’ils suscitent. Avoine est un magicien.

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