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Les Meufs Cool – Eric Salch (Les Rêveurs, 2015)

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Eric Salch a la cote et c’est tant mieux. Découvert dans la revue Street life stories, il a depuis épuré son graphisme pour aboutir à ce minimalisme qui n’est pas sans rappeler Reiser. En quelques traits, il va à l’essentiel pour retranscrire efficacement les expressions et attitudes de ses personnages. Son découpage vif et son sens du dialogue apportent un rythme soutenu à l’ensemble, accentué par l’usage de bulles jaunes, de petits cœurs rouges et de graphèmes (types gouttes de sueur et tirets de regards). A l’instar d’un Fifi avec ses Chroniques Wallonnes, Salch développe un langage graphique qui lui est propre. Une écriture particulière. L’intérêt ne réside pas tant dans ce qu’il raconte que dans sa manière de le raconter. Une authentique démarche d’auteur.

Autobiographique et auto-parodique, Les Meufs Cool aborde les difficultés de la relation amoureuse. Divorcé après dix ans de mariage, Salch redécouvre les joies du célibat et de la rencontre des meufs cool. Sauf qu’il est difficile de garder son indépendance et ne pas retomber dans la routine conjugale. Aucune réflexions sexistes de sa part, Salch est bien plus critique vis à vis de lui même que des filles qu’il rencontre. Il ne se montre pas à son avantage, et n’hésite pas à dévoiler des aspects peu glorieux de sa personnalité : il est peu sûr de lui, dépressif, pleurnicheur, parfois lâche et légèrement feignant. Comme tout le monde en fait. C’est pourquoi on s’identifie facilement.

Son humour n’est pas si ravageur que son graphisme pourrait le laisser penser. Eric Salch est un grand sensible, voire « fleur-bleue ». Comme il le dit lui même dans le strip Mon cœur saigne : « écrire sur « les Meufs Cool » quand on est tombé amoureux, ça devient un peu plus compliqué… ». Il est constamment tiraillé entre ce qu’il est (un sentimental qui doute) et celui qu’il aimerait être (un mec cool sûr de lui), entre le fantasme de la relation amoureuse et la dure réalité d’une vie de couple. Mais bien heureusement, on en rigole avec lui. C’est le principal.

Édité en Hors Collection chez Les Rêveurs, ce format atypique et plutôt maniable (semblable au Microcosme de Larcenet) est idéal pour mettre en valeur cette succession de strips, à raison d’un par page. Le livre original d’un auteur qui l’est tout autant.

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MA LIFE !!!

Paul à la campagne – Michel Rabagliati (La Pastèque, 1999)

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Paul part à la campagne avec sa femme et sa fille, rejoignant ainsi son père dans la maison de vacance familiale. Ce périple sera pour lui l’occasion de se remémorer des événements survenues durant ses jeunes années. Par un effet madeleine, revenir dans sa maison de campagne ravive de vieux souvenirs, qu’il semble avoir vécu la veille. Un récit aigre-doux, s’appuyant sur des flash-back de souvenirs tendres, parfois dramatiques, et toujours justes. Souvenirs d’enfance et récit sur l’enfance, l’autobiographie de Rabagliata est légèrement nostalgique et donne toute son importance à l’anecdote, aux petits événements qui s’oublient vite, mais forgent à jamais une personnalité. Il s’arrête sur cette période charnière de la fin de l’enfance, entre joyeuse insouciance et découverte les dures réalités de la vie (la mort, la séparation…).

Le graphisme stylisé de Rabagliati évoque celui de Dupuy et Berberian ou de son compatriote Seth. Sauf qu’il semble moins préoccupé par le style que par la force d’évocation du trait. Le fait de ne pas distinguer graphiquement les différentes époques de son récit, de passer en une case du Paul enfant au Paul adulte est une manière subtile d’affirmer que ce dernier est toujours le même, qu’il a conservé sa sensibilité, son regard sur les choses. C’est vrai qu’on ne change pas vraiment. Dans le fond, devenir adulte, c’est une vue de l’esprit…

Ne nous fions pas à ce petit format. Bien que possédant peu de pages, Paul à la campagne est un album dense, riche, qui même s’il se lit rapidement, laisse sa trace longtemps après lecture. Yves Frémion a raison, Rabagliati est une très bon artisan de la BD : « Un grand auteur qui, s’il ne fera pas mode, restera. »

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Top, Or…

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C’est vrai qu’il est régulièrement réédité le bougre. Et à chaque fois, j’ai l’impression d’une nouvelle rencontre. Normal me direz vous, puisse qu’il est multiple et a œuvré dans d’innombrables champs. On en découvre encore. Un dingue indomptable, qui ne supporte aucunes barrières. Qui grave les mots et les formes avec la même désinvolture. Qui laisse dans le marbre les traces de son incompréhension du monde. Qui sublime l’horreur pour mieux la dénoncer…

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Les éditions Wombat continuent leur superbe travail de réédition des œuvres de Roland. Après La plus belle paire de seins du monde en début d’année, ils s’attellent cette fois ci à un aspect peu connu de l’artiste : auteur de bande dessinée. Strips panique regroupe toutes ses histoires par la bande (dont l’intégrale de La vérité sur Max Lampin), qu’il a semé tout au long de sa prolifique carrière (de 1962 à 1996). Étonnant pour quelqu’un qui, de son propre aveux, n’a jamais vraiment été attiré par la neuvième chose. Ses histoires ont plutôt la forme des illustrés d’antan (texte en cartouche sous le dessin ou format strip des quotidiens presse) que des planches BD modernes. A l’exception notable de P’tite Mort, diffusée dans le premier numéro du Psikopat. Comme s’il associait le neuvième art à ses lectures d’enfances, et ne le considérait pas comme un mode d’expression important. Dommage pour les fans comme moué, ils nous restent à imaginer ce qu’aurait pu donner un roman graphique de Topor…

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Autre aspect plus connu, mais qui méritait bien une anthologie d’au moins 360 pages, c’est le Topor dessinateur de presse. Depuis son premier dessin publié en couverture de la revue Bizarre en 1958, puis dès 1961 dans Hara-Kiri, on sait le Roland fidèle à cette discipline, dans laquelle il est rapidement devenu un maître de l’humour noir et surréaliste. Un espace très codifié (lien avec l’actualité, parfaite lisibilité…) qu’il pervertit de l’intérieur en y injectant une forte dose d’obsessions et fantasmes. De grands « coups de poings dans la gueule » comme le dit Jacques Vallet en préface. Un magnifique ouvrage des Cahiers Dessinés.

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Le romancier et critique littéraire Salim Jay dit Merci Roland Topor. Merci à l’ami, à l’homme, à l’artiste. Un récit de prime abord décousu, reposant sur une succession de souvenirs et de thèmes sans rapport apparent (Topor face à Dieu, la Belgique, la philosophie, Godard et Duras, le Mexique…) mais qui dans le fond, dresse un panorama plutôt complet de l’artiste. Souvenirs de lecture des œuvres de Roland, souvenirs de personnes l’ayant rencontré ou écrit sur lui, Salin Jay convoque un casting aussi improbable que celui des Mémoires d’un vieux con, dressant ainsi ce qu’on pourrait nommer un « réseau Topor ». Salim ne cache pas son admiration (partagée) et rétabli quelques contre-vérités, le tout dans un style tendre et franc. Une écriture confidente qui rend la lecture passionnante.

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Dix questions pour une bibliothèque #7 : Soluto

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Ce blog me permet de faire des rencontres. Celle avec Soluto est l’une des plus passionnantes. Ses commentaires réguliers nous ont permis d’échanger autour de nombreuses références communes. Je découvre alors un dessinateur hors-pair, au regard vif et au geste précis, d’une impressionnante maitrise graphique. Mais rapidement, je me rends compte que Soluto est de la trempe des artistes inclassables, que l’on ne peut réduire à une discipline ni enfermer dans un genre particulier. Au risque de n’avoir qu’une vision parcellaire de son œuvre. S’il multiplie les casquettes (dessinateur, peintre, écrivain, photographe…), ce n’est pas pour se réinventer, mais pour mieux chercher, fouiller, gratter, creuser, expérimenter… et toucher juste à chaque fois. Refusant tous clivages et considérations « finkielkrautiennes » de l’Art, chez lui, Flaubert côtoie Reiser sans aucuns complexes… Merci mon cher Soluto d’avoir répondu à ces quelques questions :

1) Quelle place prend ta bibliothèque chez toi ?

Ma bibliothèque n’a pas de lieu dévolu… Par rapport à certains, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup de livres… Mais il y en a un peu partout. On en trouve dans les chambres, le séjour, le salon, la cuisine et bien sûr les toilettes. Il y en a aussi dans la cave. Et pourtant j’ai déjà perdu, à cause d’une inondation, des milliers de livres et de revues, dont la collection entière d’A Suivre,  les premières années de Métal Hurlant, tous les numéros de Pilote version mensuelle, mes Charlie-Hebdo (période Reiser, Cavanna, Caster, Berroyer)… Bref tout ce que je destinais à mes enfants et qu’ils ne pourront jamais lire… Les bouquins que j’y remise maintenant sont dans des caisses. Je veux croire qu’elles sont hermétiques. Pas si sûr… De toute façon ces livres-là n’ont aucune valeur en regard de ceux que j’ai perdus…

2) Quelle est sa configuration (en un seul bloc, en plusieurs parties, dans différentes pièces…)?

Les livres d’art et d’images sont les mieux protégés. Pour le reste, essentiellement des poches, on peut les retrouver partout.

3) Possèdes-tu un classement particulier (si oui lequel) ? En changes-tu souvent ?

Non, j’ai tenté vaguement, à un moment, de regrouper mes auteurs favoris… Puis j’ai renoncé. Ce n’est pourtant pas le grand bazar. Les logiques de rangements m’échappent mais néanmoins je sais à peu près où tout se trouve. Pas d’organisation intentionnelle, donc.  Un livre déplacé n’est jamais assuré de retrouver sa place d’origine. J’aime assez l’idée que des couvertures d’auteurs se frottent… Il y a de bonnes compagnies (qui ne sauraient se quitter, d’ailleurs…)

4) Que contient-elle essentiellement ? Littérature, Art, Histoire, science, fiction, science-fiction, fantastique, auto, biographique, bande dessinée, essai, roman..?

Ma bibliothèque contient surtout des romans français, de la philo (essentiellement des auteurs très classiques que je rumine. Je m’y suis mis sérieusement —sérieusement à ma façon… depuis une bonne dizaine d’années. J’avance pas à pas… Ce qu’il y a de formidable avec la philosophie c’est qu’une poignée d’ouvrages peut vous occuper, vous nourrir, pendant des années) et bien sûr des livres de peinture, des revues d’art ou d’images …

Je ne lis ni science-fiction, ni fantastique, ni biographies (sur ce point je m’adresse de sérieux reproches…) J’aime certains polars quoique j’en lise moins. J’ai un rapport très tendu à la bande dessinée. J’en ai lu énormément jusqu’à la fin de mon adolescence puis ma passion est retombée avec la fin des grandes revues qu’on trouvait en kiosque. J’ai dû rater un tournant… Je sens cependant qu’il y a de très bons ouvrages. Celles que j’aime fricotent souvent avec l’art contemporain.  J’en lis d’ailleurs quelques-unes à l’occasion et qui me passionnent. A l’inverse de la littérature, ou des catalogues d’expo, je n’éprouve que très rarement un désir de possession à l’égard de la bd.

5) Quelle est la proportion entre livres avec images et sans images ?

J’achète évidemment plus de poches que de monographies d’artistes !… Alors, forcément,  la littérature a pris le pas. Mais la peinture, le dessin, l’illustration, la photographie (tout ce qui se passe allègrement des mots) m’occupent l’esprit tout aussi puissamment…  J’ai souvent le désir de relire tel poème ou tel passage alors que j’ai l’illusion de porter la peinture et les images en moi. Je me reporte aux uns et consulte plutôt ma mémoire pour les autres – le souvenir valant mieux parfois que la confrontation aux œuvres, ce qui n’est jamais le cas pour la littérature…

6) Tes ouvrages sont-ils plutôt rangés à l’horizontale ou la verticale ?

Très bonne question ! A côté de mon lit il y a des piles et des piles, qui chancellent et qui me tomberont dessus tôt ou tard… Ailleurs c’est presque toujours à la verticale, sauf sur les tables et les bureaux….

7) Et tes nouvelles acquisitions ? Les ranges-tu à part ou trouvent-elles de suite leur place définitive ? Avant ou après leur lecture ?

Tout ce que j’achète passe par ma chambre et stationne à côté de mon lit aussi longtemps qu’il le faut. Il y a des livres qui y restent des années parce que j’y retourne sans cesse (les fameux livres de chevet !) Comme il faut bien faire un peu de rangement de temps en temps j’en évacue quelques-uns  vers mes étagères.

8) Es-tu globalement satisfait de ta bibliothèque ?

Oui. Je connais ses manques, je m’en accommode. J’achète à peu près tout ce que je désire et tout ce que je pense pouvoir lire. En matière de bouquins je n’ai pas beaucoup de freins… De quoi pourrais-je me plaindre ?… De manquer malgré tout, parfois, de discernement et de me laisser aller à acheter des volumes qui m’ennuient  au bout de trente ou cinquante pages. Ou qui ne me correspondent pas. Ou que j’attaque à de mauvais moments…

9) Qu’y manquerait-il ?

10) Comment la vois-tu évoluer ?

Elle va évoluer tranquillement, au rythme de mes acquisitions… Elle continuera de pousser de façon foutraque et fantaisiste…  Le classique y côtoiera toujours des livres de genre… Je tiens à ce que Simonin adresse à l’occasion des clins d’œil à Flaubert…

Il manque à ton questionnaire une dernière interrogation qui pourrait se formuler ainsi : Dans quelle proportion lis-tu tout ce que tu achètes ?

Eh bien je crois qu’il y a un petit tiers de ce que j’achète qui  ne sera jamais lu jusqu’au bout et qui restera pour toujours en suspens : achats d’impulsion vite déçus, bouquins fabriqués qui m’agacent rapidement, inadéquation avec ce que je suis et ce que je suis prêt à recevoir. On ne peut être ami avec tout le monde…  Il y a des auteurs qui, au fil d’une lecture, déplaisent peu à peu. Ceux qui flattent ou qui consolent avec l’air de ne pas y toucher me débecquettent particulièrement.  Il y a des ouvrages qui mentent, qui ne tiennent pas leurs promesses et qui m’ennuient vite. L’habileté des marchands, pour nous amener à l’achat, est sans limite. Je me venge d’eux en me déliant sans états d’âme de mes acquisitions.

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En bonus…

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Retrouvez Soluto sur son site : Barbouilles et Croquis…

 

Le cri de la fiancée – Anthony Pastor (Le Monde-SNCF, 2014)

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A défaut de satisfaire ses employés et ses usagers, la SNCF comblera les fans de polars et de bandes dessinées. Pour cette nouvelle période estivale, les petits Polars (édités en partenariat avec le Monde) fleuriront encore sur les rayons des buralistes et autres kiosques à journaux (de gare, ça va de soit).

Après cinq nouvelles illustrées au casting alléchant (Loustal, Berberian, Le Roy & Götting, Slocombe & JC Denis…), c’est Anthony Pastor qui se charge (scénario et dessin) de la première bande dessinée de la saison. Un petit polar de 40 pages qui condense tout le savoir faire de l’auteur.

En quelques traits expressifs et contrastés, Anthony dessine des personnages attachants, portant sur eux tout le poids de leur existence. Des personnes ordinaires, auxquelles on s’identifie fortement, tant leurs failles font écho aux nôtres.

Une narration fluide et concise, qui prend le temps d’installer un climat aussi étrange que familier. Pas d’héroïsme superflu ni situations abracadabrantes, Le cri de la fiancée nous raconte un sordide drame familial (ah, la jalousie d’une mère !), révélant ainsi une terrible vérité : nous ne connaissons jamais vraiment ceux qui nous entourent.

C’est l’amère constat que fera Julien qui, installé dans son chalet de montagne, entendra des cris répétés venant de la maison des Anthonioz. Ce qu’il découvrira sur place n’a pas fini de le hanter, devenant ainsi le témoin impuissant d’un drame intime qu’il n’avait à priori aucune raison de connaitre. Un récit sans concessions, d’une noirceur implacable, qui aborde les thèmes de l’isolement affectif, de l’incommunicabilité dévastatrice entre les êtres, qu’il soit parents ou voisins.

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