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Le petit livre de la Bande Dessinée – Hervé Bourhis & Terreur Graphique (Dargaud, 2014)

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Hervé Bourhis se fait une spécialité des « petit livres ». Après le Rock, les Beatles et la Cinquième République, il s’attelle cette fois ci à son propre domaine artistique : la bande dessinée. Un auteur de bandes dessinées qui nous parle de la bande dessinée, on a comme une impression de déjà vu. Sauf que la démarche de Bourhis n’a rien à voir avec celle de Scott McCloud. Quand ce dernier use du vocabulaire BD pour nous en démontrer les spécificités, Bourhis a pour ambition de dresser un panorama aussi large que complet du médium (de toute les époques et sur tous les continents).

Cette fois ci, Hervé Bourhis n’est plus seul. Il a trouvé le partenaire idéal en la personne de Terreur Graphique, dessinateur hyperactif et grand passionné de bayday devant l’éternel. Cette collaboration est remarquable, tant il est difficile au premier abord de distinguer leur contribution. Tous deux sont crédités aux dessins et scénarios. Alors bien sur, en scrutant un peu, on distingue le trait de Bourhis, plus fin et anguleux que le coup de pinceau souple et épais de Terreur. Mais l’ensemble dégage une parfaite homogénéité.

Pas simple de raconter une année de production en trois pages maximum (voire un siècle, pour ce qui est du 19ème). Mais c’est la grande réussite de cet ouvrage. Les deux compères ont effectué un remarquable travail de synthèse, aussi bien dans le choix des artistes et œuvres retenus (pas trop de mainstream et c’est tant mieux !) que dans le traitement graphique et rédactionnel. Des textes qui vont à l’essentiel et ne sont pas dénués d’humour (jeux de mots et calembours sont légion).

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Structurée en planche de type gaufrier 9 cases (qui varie entre 6 et 12 selon les pages), chaque année est ponctuée par un album phare. C’est ici que réside une autre bonne idée des auteurs : faire appel à leurs camarades pour illustrer l’album de l’année. Et les collaborateurs sont nombreux. Pas moins de 70 ont répondu présents. Ce travail de réinterprétation des couvertures d’albums cultes est d’une richesse incroyable. Quand certains se contentent de reproduire fidèlement l’originale, d’autres s’amusent à la détourner, la pasticher, l’épurer… Tous sont fans, et ça se voit ! Ces illustrations en couleurs contrastent à merveille avec ces planches au noirs, gris et blancs tranchants.

Alors bien entendu, les auteurs ne sont pas dupes, il y a d’inévitables oublis. Mais pour ma part, je n’ai pas observé de manques flagrants. Dans l’ensemble, toutes les grandes périodes, auteurs et œuvres incontournables sont évoqués. (Allez, pour faire la fine bouche, je dirais qu’ils ont oublié de citer Jordy Bernet et son Torpedo, Thomas Ott, et trois Alex : Baladi, Barbier et Varenne)

Quand on observe que sur les 73 albums de l’année (j’en possède 56), on trouve pas moins de 9 Tintin, on pourrait en conclure que les auteurs sont des tintinophiles invétérées. Peut-être. Mais cela s’explique par le simple fait que durant une longue période (surtout avant guerre), seuls Hergé et Casterman misaient sur la sortie d’albums, à une époque où toutes les séries étaient diffusées exclusivement dans les journaux et périodiques pour la jeunesse. C’est aussi pour cette raison qu’Hergé et son double sont devenus si incontournables dans l’histoire du Neuvième Art (et dans la mémoire des lecteurs).

Un album à picorer ou à dévorer, c’est selon l’humeur. Un album vers lequel tout amateur du Neuvième (néophyte ou érudit) reviendra régulièrement, tant il est toujours bon de remettre les événements marquants de la neuvième chose dans leur perspective chronologique…

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L’album 1960, Tintin au Tibet par Lewis Trondheim

Chronique K.BD – Focus Comès

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Nous terminons notre thématique de décembre par Comès. Un auteur aussi discret que précieux (une référence du noir et blanc), qui aura creuser tranquillement son sillon, s’attachant à décrire comme personne les rapports complexes de l’homme face à la nature. Passionné par ses Ardennes natales, il n’est pas étonnant de voir Comès inscrire ses histoires dans ce territoire méconnu, parfois hostile et pour toujours mystérieux. Son oeuvre demeure à part dans le monde du 9ème.

Une synthèse de notre belette à nous, Mo’

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Oldies from seventies…

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1972, c’est encore la grande période de Pilote, celle d’avant la création de la nouvelle presse dissidente (L’Echo, Fluide, Métal…). Cette version hebdomadaire a permis à de nombreux lecteurs de découvrir de nouveaux jeunes dessinateurs qui deviendront pour beaucoup les maîtres de la BD d’aujourd’hui. A l’image de Bilal, qui signe la couverture et publie ici une de ses premières histoires de pure SF. Son graphisme est encore maladroit. Il se cherche encore (et toujours, d’ailleurs !) mais on y décèle les prémices d’une œuvre forte.

On trouve au sommaire de ce numéro 671 les planches de Vidal et Hoppe, Beketch et Loro, Beketch et Alexis, Vidal et Clave, ou Carthy qui, de part leur forme « fiche conseil », demeure sous forte influence « Madienne ». Coté bandes, que du bon : des histoires complètes avec Leconte, Bilal, Gibo, Fred, Greg ou Jean-Claude Gal… Et des prépublications avec Astérix (extrait du Devin), Forest ( Hypocrite), Lucky Luke (Chasseur de primes) ou Blueberry (Ballade pour un cercueil). Sans oublier les pages d’actualités de Jean Florac et Guy Vidal. Un numéro qui reste parfaitement lisible et tout à fait intéressant, même plus de quarante ans après sa sortie.

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A une époque (début des années 70) où ni Métal Hurlant ni Mad Movies n’existaient, les amateurs de fantastique avaient peu de chose à se mettre sous la dent ! Heureusement pour eux, il y avait Creepy, et son cousin Eerie. Deux revues traduites directement du matériau issu des EC Comics (Les Contes de la Crypte). D’où la présence dans ces pages de Wally Wood, Angelo Torres ou Richard Corben.

Ce recueil de trois numéros (les 18, 20 et 21. mais où est passé le 19 ?!), datant de 1973, alterne entre bandes dessinées déviantes en noir et blanc et articles de films fantastiques (de Universal, la Hammer ou les productions Corman) richement documentés. On y trouve de nombreuse images d’archives des (dorénavant) classiques du cinéma d’épouvante (Le bal des vampires, La créature du lac noir, Westworld, Dracula, La nuit des morts-vivants, etc.), ainsi que des chroniques sur les fanzines et revues de l’époque (ils parlent de Mad Movies en ces termes : « Le meilleur fanzine français consacré au cinéma fantastique dont la qualité s’accroit au fil des numéros »).

Creepy et Eerie sont actuellement réédités par le label Delirium des éditions ça & là.

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Première mouture de l’Echo des Savannes, et de loin la meilleure, car uniquement consacrée à la bande dessinée. L’Echo de 1974 est encore géré par le trio infernal Mandryka, Gotlib et Brétécher, avant que ces deux             dernier(e)s ne s’envolent pour d’autres folles aventures éditoriales…

Mandryka est absent de ce dixième numéro (mais bien sur crédité en tant que directeur de publication), qui comprend la présence du génial Alexis et son loufoque La publicité dans la joie, scénarisé par Gotlib. Le monstrueux Masse et son noir et blanc massif nous raconte Une soirée en famille digne de Kafka et Dali. Leconte qui, avant de se faire un nom en tant que réalisateur, était un dessinateur talentueux et prolifique (il a bossé pour Pilote, Mormoil, Fluide Glacial…) au style monolithique et absurde très personnel qui ma foi, vieilli plutôt bien. Gotlib lui, nous présente sa version hallucinante et déjantée de l’Exorciste, en pas moins de 16 pages. On sent qu’il se libère ici de toute ces années de frustrations et d’(auto-)censures accumulées au sein de Pilote et de Pif. Plus aucuns tabous de sa part, ça fornique, dégueule, sue, chie et trucide à tout va. Jubilatoire ! Brétécher ferme le bal avec l’histoire de Chandelle, une jeune frustrée qui porte bien son prénom.

Un numéro dix de l’Echo qui, dans sa forme (édito de Gotlib !) et son sommaire (excepté cette absence de rédactionnel), annonce le futur Fluide Glacial qui sortira l’année suivante, en 1975.

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Y a pas à dire, Métal Hurlant était ce qui se faisait de mieux en cette époque de la fin des années 70. Pour preuve, le nombre de revues et fanzines qui s’en sont inspirés, même encore aujourd’hui. Un journal copieux (comprenant de nombreux dossiers complets, riches analyses et chroniques érudites) et généreux (sur cent pages en moyenne, de nombreuses bandes et illustrations d’auteurs prestigieux). Cette générosité constante est une preuve que la passion et le respect de son lectorat, étaient les principaux moteurs de la rédaction. Cette envie de partager, de faire connaître, fait de Métal Hurlant un journal-passeur, le prospecteur d’une nouvelle génération d’auteurs… Un lieu incontournable pour les grands artistes internationaux de la BD et de la SF.

Ce 39ème numéro comprend la présence de beau monde : Cornillon, Voss et son Kar War, Hermann et son Jérémiah, Druillet, Lob, Charlier & Gir avec leur Blueberry (en couleur !), Chaland, Margerin, Moebius et son garage hermetik, Paul Gillon et ses naufragés du temps…

La ‘formule Métal’ est ici à son summum : alchimie parfaite entre les auteurs « classiques » (Druillet, Moebius, Voss…) et les « modernes » (Chaland, Margerin…), la pure science fiction et l’humour absurde, la ligne claire et un graphisme plus chargé. Une revue qui reste d’une insolente modernité.

 

Suite bleue – Louis Joos & Frédéric Debomy (Le 9ème monde, 2001)

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Louis Joos est un passionné de Jazz depuis toujours. Il raconte en préface comment cette musique l’a sauvé de ce monde absurde et monstrueux, auquel il n’a jamais pu s’adapter.

Les textes de Frédéric Debomy (qui a entre autre été membre de l’équipe de rédaction de la revue PLG) entrent en parfaite résonance avec la philosophie de Joos. A savoir que l’Art est une bouée de sauvetage, permettant de rester à flot et ne pas sombrer dans les méandres de l’horrible normalité.

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Le virtuel prend le pas sur la réalité, transformant l’information en désinformation. Notre société, définitivement ‘de consommation’ et ‘du spectacle’, nous rend spectateurs et consommateurs de nos propres vies … L’hypocrisie des pays occidentaux envers l’Afrique, et la pseudo tolérance du pays des droits de l’Homme vis-à-vis de sa population d’origine étrangère…

Ces quatre histoires dénoncent les dérives de notre monde moderne, qui accentue l’incompréhension et l’incommunicabilité entre les individus. Ces personnages vivent en décalage par rapport au monde qui les entoure. Tout comme les textes en voix off le sont par rapport aux dessins.

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Un trait urgent soutenant des formes et des figures vives qui évoquent un Munoz. Un noir et blanc sale, charbonneux, servant des histoires allant à l’essentiel, reflétant les états d’âmes du narrateur : « Un cinéaste, peut importe lequel a dit : – On devient cinéaste parce que le monde qui nous entoure ne nous satisfait pas. Le besoin de faire se comporter d’une certaine façon des individus provient d’une incapacité à les accepter tels qu’ils sont… »

Un album broché d’une petite vingtaine de pages qui n’en demeure pas moins un grand album.

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Breakdowns – Art Spiegelman (Casterman, 2008)

Breakdowns - Art Spiegelman (Casterman, 2008) dans Chroniques BD artspiegelman

Cet album grand format, sous-titré Portrait de l’artiste en jeune %@~*!, est un recueil des premières publications d’Art Spiegelman, à l’époque où il était diffusé dans les comix underground (bien avant d’avoir fondé la revue Raw). L’ouvrage est découpé en trois partie. La première, servant de prologue, a été réalisée récemment. Spiegelman nous raconte en bande dessinée la genèse de sa passion des comics et de sa vocation d’artiste. Comme de nombreux auteurs de sa génération, il pris conscience de (et dans la gueule) la puissance et la subversivité du dessin humoristique dans les pages de Mad Magazine. Il ne nous cache rien de ses sentiments familiaux et nous raconte des histoires que la plupart aurait préféré oublier et encore moins raconter dans un ouvrage. Mais on le sait, les souffrances des uns sont bien plus intéressantes que leurs plaisirs. Et se raconter de la sorte possède des vertues thérapeutiques indéniables.

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La deuxième partie est l’anthologie en elle même, regroupant tous ses travaux édités entre 1972 et 1977, dont une première ébauche de Maus (3 pages qui préfigurent les 300 de son chef-d’oeuvre). Un livre dans le livre, relié par une couverture souple et cartonnée. Ce recueil fut publié en 1978 en grand format luxueux car Spiegelman avait « besoin de voir [ses] histoires dans un autre cadre que les publications underground où elles avaient vu le jour« . Breakdowns marque la volonté d’un auteur de bd d’être considéré (et se considérer lui-même) comme un artiste à part entière. En dernier lieu, la postface dans laquelle Spiegelman retrace, avec moultes détails et dessins d’époque, le contexte de l’aventure Breakdowns : « J’envie le jeune artiste, buveur d’encre au regard fou, qui a fait, il y a trente ans, les histoires rassemblées dans Breakdowns. Lorsqu’on parcourt aujourd’hui ce mince volume, il est dur de comprendre le contexte – voire le manque de contexte – dans lequel ce jeune artiste a commencé d’explorer les possibilités qu’il entrevoyait dans ce mode d’expression qu’il aimait. J’admire son ambition, son enthousiasme, sa détermination – et sa minceur ! Il était tout feu tout flammes, à l’écart et méconnu, mais avait l’arrogance de croire que son livre occuperait une place centrale dans l’histoire du Modernisme. Le désintérêt de la plupart des lecteurs et des autres auteurs de BD ne fit que le renforcer dans sa conviction de tenir quelque chose d’absolument neuf. Dans le milieu de la BD underground, qui s’enorgueillissait de briser les tabous, il brisait l’ultime tabou : il osait se donner le nom d’artiste et nommer art son travail. »(Art Spiegelman)

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Dessinateur underground, inspiré par Crumb pour la dimension autobiographique de ses récits, Art est avant tout un plasticien, un esthète qui maitrise diverses approches picturales, entre expressionnisme en noir et blanc, psychédélisme coloré, humoristique, hyperéalisme ou stylisation façon cubisme… Un auteur qui pousse le langage du médium dans ses retranchements et propose une réflexion sur le sens même de la narration séquentielle (il joue beaucoup avec l’implication du lecteur, le rapport au temps…).

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Spiegelman explore les possibilités techniques et esthétiques du récit dessiné. Il s’inspire sans complexes des avant-gardes artistiques (expressionnisme, cubisme, surréalisme, pop-art, sans oublier ses fréquentes références à Picasso…) et peut aisément changer de style d’une case à l’autre afin d’illustrer au mieux les changements d’émotions de ses personnages. Dans l’histoire « The malpractice suite », il utilise des cases de comics standards (genre production Elvifrance) et les détourne en prolongeant le dessin hors-cadre. Artiste oubapien avant l’heure, il termine l’histoire « Cracking Jokes » par une « itération iconique » (utilisation de la même case et du même texte) sur presque deux planches… « Mais si les pages gagnées de haute lutte que notre morveux suffisant assembla dans Breakdowns ont été parmis les premières à ouvrir à la bande dessinée les portes des librairies, des bibliothèques, des musées et des universités aujourd’hui, le morveux en question ne courait pourtant pas à l’époque après la respectabilité culturelle. A partir du moment où les autres auteurs eurent laché leurs démons bariolés dans le médium, jusqu’ici gentillet, de la BD, il put se concentrer sur la grammaire de ce langage et mettre le doigt sur ses propres démons. Grand Art et art mineur. Mots et images. Fond et forme… Tout cela peut paraître sec et académique, mais – MERDE ! – à cette époque-là, c’était pour moi une question de vie ou de mort. » (Art Spiegelman)

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édition de 1977

Le terme « breakdown » peut s’interpréter comme « rupture », « défaillance ». C’était surtout le moyen idéal pour Spiegelman d’extérioriser ses névroses et obsessions (personnelles et artistiques) et ainsi éviter le fameux « nervous breakdown ». Ceux qui comme moi ne connaissaient Art Spiegelman qu’à travers Maus, découvriront grâce à ce Breakdowns un auteur à multiples facettes, maitrisant tous les styles et toutes les techniques (encres, fusain, crayons, peintures) de l’art invisible. Un bel ouvrage, complet, magistral, pour un auteur incontournable du 9ème art.

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Art Spiegelman sur Bedetheque

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