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40 days dans le Désert B – Jean Giraud Moebius (Edition Stardom – Moebius Production, 1999)

40 days dans le Désert B - Jean Giraud Moebius (Edition Stardom - Moebius Production, 1999) 40jours1-300x198

Il est des ouvrages difficiles à raconter, d’en faire la présentation pertinente et juste par rapport à nos émotions. 40 days dans le désert B est de cette trempe. L’œuvre majeure d’un artiste qui n’en manque pas. Moebius restera pour toujours un monstre du neuvième art, car durant sa longue et prolifique carrière, il n’a jamais perdu cette puissance graphique, cet esprit d’explorateur de mondes imaginaires et du vocabulaire même de la bande dessinée.

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Moebius transcende le réel, s’appuyant sur des événements personnels pour en tirer quelque chose d’universel, susceptible de toucher la sensibilité de chacun. Selon Thierry Groensteen, Moebius aurait conçu ces dessins durant une période de sevrage de fumage d’herbe : «  …le désormais fameux ‘Désert B’ qui, depuis les 40 Days, est cette étendue vierge où l’imaginaire moebiusien se déploie et vient peupler le vide, où les plus improbables chimères reçoivent par le dessin une manière d’accréditation. [...] Désert B / désherber : le sens de ce jeu de mots est moins univoque qu’il n’y paraît. […] s’il est un sol qu’aucun jardinier n’a besoin de désherber, c’est bien celui, aride, du désert ».

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Les pages de ce recueil sont à voir comme autant de fenêtres ouvertes sur un monde imaginaire et halluciné, d’où foisonnent une multitude de détails, de portraits et de symboles (archers, lignes d’horizon, crânes, monolithes… ). Une succession d’angles et de points de vue (du très gros plan aux vues d’ensemble) qui forment la cartographie d’une dimension nouvelle.

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Un ‘espace/temps’ mental (comme en attestent ces nombreux objets flottants non-identifiés), où les lois de la physique sont bien différentes de celles que l’on connaît (la pesanteur ne semble pas exister).

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 40 days dans le désert B est bien plus qu’un simple recueil d’illustrations diverses de l’auteur. Il doit être lu comme autant de clichés d’un monde irréel mais ô combien cohérent. Chaque case-monde, d’une richesse incroyable, suffirait à poser les jalons d’un univers à part entière.

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Moebius reproduit des formes et des figures (et use parfois d’itérations iconiques), conférant ainsi une dimension séquentielle à la lecture. Son trait minutieux lui permet de charger ses compositions d’une multitudes de détails et de matières (chairs, textiles, minéraux…), sans jamais tomber dans la saturation.

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Si l’ensemble raconte une histoire dont le sens nous échappe constamment, chaque tableau (épuré ou surchargé) est un arrêt sur image invitant à imaginer l’ailleurs, l’avant et l’après. Tout se joue dans le ‘hors-cadre’…

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Je ne connais pas encore toute son Œuvre, mais ce livre (reproduction au format original du carnet de l’auteur) est pour moi ce qu’il a fait de mieux… Magique, astral, magistral…

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Point de vue de l’Ami Nantua

Mister Moebius et Docteur Gir – Numa Sadoul (Albin Michel, 1976)

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Coté pile, Jean Giraud, dessinateur prodige qui a dépassé le maitre Jijé dans le genre Western. Coté face, Moebius, montrueux artiste visionnaire et illuminé. Coté « tranche », Gir, qui apparait aussi bien au bas de certaines planches de Blueberry, que d’autres plus fantastiques de Moebius. Jean Giraud semble avoir maintenant abandonné Gir pour ne plus vivre que la « saine » et prolifique dualité Giraud-Moebius (en témoigne l’apparition de Blueberry aux cotés d’Arzack dans son Inside Moebius). Et s’il y a une constance dans toute son oeuvre, une obsession, un symbole que l’on retrouve quasiment partout, c’est le désert (comme par hasard, une de ses dernières créations s’intitule 40 Days dans le Désert B , qu’il signe d’ailleurs Jean Giraud/Moebius !).

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Photo de famille…

Ce recueil d’entretiens, comme toujours parfaitement menés par Numa Sadoul, a été réalisé en 1974. On a donc affaire à un Moebius qui, bien que venant de rencontrer Jodorowsky, n’a pas encore véçu l’échec du projet Dune, ni même produit le culte Incal. Le Moebius des années 60 – début 70 n’oeuvre pas encore dans la science fiction et l’ésotérisme. Parues à l’époque dans Hara-kiri, ses planches sont plutôt humoristiques et absurdes (flirtant tout de même avec le fantastique), très influencées par l’école Mad et en particulier Wallace Wood. C’est à partir de son Bandard fou (ouvrage porno mais graphique !), suivi de La Déviation (considéré comme la première grande oeuvre de Moebius, bien qu’elle soit signée Gir) et surtout Arzack, publié dans les premières pages de Métal Hurlant, que Moebius entre de plein pied dans les visions magiques et hallucinées de la Science Fiction.

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Tome comprenant les premières planches de Moebius…

Cet ouvrage vaut aussi pour les nombreuses illustrations, souvent inédites, qui jalonnent ces comptes rendus dans lesquels Giraud reviens sur son parcours, parle sans tabous de la marijuana (ainsi que de ses trips chamaniques à base de peyotl) et aborde ses projets futurs, qui pour nous, magie de la temporalité, sont passés (on sait par exemple que le projet Dune n’aboutira jamais, mais qu’il bossera sur Alien, Tron, Willow ou plus récemment Le cinquième élément). Ce décalage n’est pas gênant car ses propos sont toujours percutants. On retrouve dans ces entretiens le dessinateur qu’on connais encore maintenant. Un Artiste entretenant une part de mystère, qui se cherche à travers son oeuvre et établi de constant va-et-vient entre le style structuré et référencé de Giraud, et celui plus instinctif et spontané de Moebius.

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Ce livre m’a paru s’imposer pour trois raisons. Primo, Jean Giraud est l’un des plus grands dessinateurs du monde, pour ne pas dire le plus grand. Secundo, c’est aussi un raconteur d’histoires, un inventeur de monde, bien que cette activité parraisse moins évidente que la première. Tertio, Giraud est probablement à un tournant de sa carrière : commençant à faire du cinéma – Dune, avec Alexandro Jodorowsky -, il se met un peu en « vacance » de la BD. Le moment est donc particulièrement opportun pour tenter de dresser une sorte de bilan de vingt ans de carrière. La nature de Jean Giraud est double. Qu’on me pardonne de faire appel une fois encore au mythe (bien complaisant !) de Jeckyll/hyde mais il y a beaucoup de cette dualité chez lui. D’un côté, Mister Moebius, face originelle et naturelle du personnage ; de l’autre côté, Docteur Gir, masque habilement placé pour des histoires western, mais aujourd’hui en passe de tomber complétement, au profit du vrai visage. Je vais vous emmener promener à travers ces deux mondes complémentaires et parfois divergents, en commençant toutefois par le docteur Gir car celui-ci est le « double », c’est à dire le moins authentique témoignage de l’art de Jean Giraud. Un mot encore. Cet auteur est avant tout un graphiste ; il est donc bien normal de faire ici la part belle à l’image et de remiser au vestiaire l’analyse (et/ou) le bavardage. Veinards que vous êtes, on ne vous infligera pour une fois pas trop de texte !… Je vous souhaite de vous en mettre plein la vue. (Numa Sadoul en préface).

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Site Officiel

Chasseur Déprime / Le Garage Hermétique – Moebius (2008 éditions Stardom)

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Moebius nous propose, en 2008, une nouvelle aventure du Garage Hermétique (une de ses nombreuses séries cultes des années 70). Ce n’est pas un coup marketing (il n’a pas besoin de ça !) car, bien qu’elle connaisse un succès critique dès sa diffusion, cette série est loin d’être grand public. Cela relève plutôt d’une authentique démarche artistique. La pulsion de créer. Encore et toujours… Etre aussi actif et créatif après plus 50 ans de carrière force l’admiration. Il ne perd rien de sa virtuosité ni de son inspiration… Un mauvais album de Moebius (il a du en faire… Non !?) sera toujours meilleur que le meilleur album de nombreux tacherons (des noms ? Oh, vous en connaissez plein…) !

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« L’important, c’est qu’à cheval entre deux époques, né trop tôt dans un monde trop tard, Jean Giraud et ses alias sont plutôt bien tombés. Enfanté artistiquement au XXème siecle, avec, comme on disait dans les années 70, trente ans d’avance sur la plupart des autres, il a maintenant été rattrapé par le temps qui lui a donné raison. Il est bien le premier artiste signifiant du troisième millénaire dont il prophétisait les ordres et le chaos.[…] J’ai l’impression qu’en gros, depuis le « Désert B », en passant par « Inside Moebius » et la renaissance du Major. A l’exception de « Blueberry » qui ne peut plus être désormais un adieu au second millénaire, Moebius est à nouveau en train de nous prendre de vitesse. » (J.P. Dionnet en préface de l’ouvrage)

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Moebius n’a plus rien a prouver à personne, sauf à lui-même, sûrement. S’il nous propose cette séquelle, c’est qu’il a encore des choses à dire. Ou plus exactement, son inconscient a des choses à nous exprimer. On ne compte plus les symboles (reptiles, totems, lapins, têtes de mort… Le scénario en roue libre est une succession aléatoire de séquences, de scènes. Tel un cadavre exquis… « Voyons ce que signifie cette histoire de rêves emboîtés » nous précise le résumé de la page 3. Le major Gruber, en pleine déprime, subit les délires d’une histoire qui semble s’inventer au fil des cases.

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Petit rappel à propos du Garage : « Le Garage Hermétique se situe dans un astéroïde contenant plusieurs mondes superposés, créé par le Major Grubert, qui continue à en surveiller l’évolution à bord de son vaisseau spatial le Ciguri. L’astéroïde se trouve dans la constellation du Lion. Les planches du Garage hermétique sont parues initialement sous la forme d’un feuilleton dans Métal hurlant en 1979 ; elles étaient écrites au fur et à mesure de leur publication dans la revue, chaque planche étant improvisée. Il en résulta une histoire décousue et manquant souvent de cohérence, mais par contre un formidable laboratoire d’idées, un univers coloré et délirant, truffé de références à la science-fiction et aux super-héros. Dans ce récit, Moebius évoque quantité de détails sans les développer, ce qui rend la description du Garage hermétique difficile… ce qui correspond bien à sa nature : immense, changeant, délirant. » (Wikipédia)

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Bien qu’il dessine depuis quelques années sur palette graphique, Moeb semble ici renouer avec l’encre et le papier. L’inexactitude de la calligraphie nous le prouve, elle conforte cette impression d’écriture automatique… Son trait est impressionnant de vivacité, d’invention, d’exactitude, de légèreté,  de liberté, de poésie, de beauté… Quel plaisir !

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