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Delirium – Philippe Druillet & David Alliot (Les Arènes, 2014)

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Druillet fait son Cavanna. Dans le bon sens du terme, tant il arrive à raconter de manière concise et directe une multitude de détails et d’anecdotes, des choses légères et des choses graves qui, resituées dans leur chronologie, forment ce qu’on appelle une existence. Car Druillet existe, dans le sens sartrien du terme (« l’existentialisme considère l’homme comme un être unique et libre qui est responsable de ses actes et de son destin, mais également – pour le meilleur comme pour le pire – des valeurs qu’il décide d’adopter »).

C’est peu dire que Druillet a toujours agit comme un artiste libre de créer et rencontrer comme bon lui semble. Fan d’illustrés depuis l’enfance, Druillet a toujours été fidèle à la bande dessinée (ses maîtres sont Jacobs et Hergé), même s’il en a explosé les codes. Sa puissance de création et sa forte personnalité l’amènent à s’aventurer dans d’autres domaines tels que l’illustration, la création de mobilier, la céramique, la conception de décors, la réalisation, etc (sans oublier le chinage, passion qu’il partage avec sa copine Florence Cestac). Et peu importe le médium, Druillet reste Druillet. Refusant tout corporatisme, et tout prédéterminisme, il papillonne entre les milieux et les disciplines sans jamais se perdre en route. Il est ce fils de la concierge qui peut dîner avec le président de la république.

«  Je suis un mal-né, c’est le drame de ma vie. Je voulais être prince ou mécène. Je suis né fils de concierge. Je n’ai pas eu neuf vies, j’en ai eu quatre-vingt-dix-neuf. Je fais tout en même temps. Je dessine, je conduis et je brocante. J’ai un goût inné pour la beauté. J’ai besoin de vivre entouré de belles choses ».

Druillet ne renie rien de son passé. Même s’il lui aura fallu attendre ses soixante dix ans pour enfin mettre des mots sur son histoire familiale et cet honteux héritage. Avoir des parents collabos zélés, faisant allégeance au maréchal Pétain (d’où son prénom) ça laisse des traces et forge une personnalité. Viscéralement humaniste et indépendant, il ressort de la lecture de ces mémoires le portrait d’un artiste bien plus terrien que son œuvre hors norme, monstrueuse et mystique ne donnait à penser.

 

Une année dessinée (Les Cahiers Dessinés/Editions Association Verbes, 2015)

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Une Année Dessinée est un véritable manifeste pour la librairie indépendante. Entendons, celle gérée par des individus, des personnalités qui insufflent leur supplément d’âme aux livres qu’ils mettent à disposition de leurs lecteurs. « Tout sauf du formatage », tel est le sens et l’essence même de leur profession.

Un bel ouvrage (des Cahiers Dessinés, normal) qui recueille les impressions, anecdotes ou citations de libraires indépendants de France et de Belgique (tous adhérents à l’association Verbes), tout en les faisant correspondre avec une illustration d’un illustre illustrateur (que du premier choix). Le tout agencé sous la forme d’un éphéméride de 365 pages…

Tant de bons dessinateurs regroupés ainsi dans un même livre, ça ne peut que faire vibrer l’amateur de name-dropping que je suis : Bosc, Chaval, Fournier, Gébé, Kamagurka, Leiter, Mahler, Micaël, Mix & Remix, Muzo, Olivier O olivier, Pajak, Saul Steinberg, Topor ou Tetsu, sans compter une dizaine d’autres que je ne connaissais pas (Anne Gorouben, William Steig, Noyau, Marcel Katuchevski, El Roto, Corinne Véret-Collin). Que du beau monde, que l’on retrouve au catalogue des Cahiers Dessinés.

Textes et dessins se font échos, se répondent ou s’ignorent. Il n’y a pas d’automatisme dans la démarche et c’est rassurant. Car la rencontre entre une œuvre (quelle qu’en soit sa nature) et son lecteur/auditeur/spectateur ne se calcule pas. Ce n’est qu’une question de sensibilité, de synchronicité. Ce que ce livre nous confirme admirablement.

J’aime les ouvrages collectifs, quand ils ont du sens. Une année dessinée en regorge et incite à de nombreuses relectures.

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L’humour bête et méchant bande toujours…

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Sale période pour les bêtes et les méchants. Après le forfait de Siné pour cause de crevaison, c’est le bien nommé « café bête et méchant » qui ferme ses portes, faute d’avoir trouvé un plus large public. A croire que les amateurs de cet humour « coup de pieds au cul » se font plus rares, à l’image de ses créateurs… La réalité est bien plus conne. Un mauvais timing. Le patron Christophe Bétémé à déposé le nom de son troquet le 5 janvier 2015 et a ouvert ses portes rue de Montreuil (dans le 11ème, pas loin de Charonne) fin octobre… Autant dire la poisse. Pourtant, les ingrédients étaient parfaits.

Christophe est un passionné généreux et grand collectionneur de tout ce qui concerne Hara-kiri, Charlie Hebdo et leurs nombreux satellites. Et leurs auteurs bien évidemment. Une somme incroyable (il a TOUS les numéros!), qu’il te met à disposition (si t’es sage) avec, ça va de soi, un bon verre (d’Anosteké Prestige, par exemple). J’ai pu ainsi tenir dans mes petites mains frêles et moites le premier numéro d’Hara-kiri, le premier Charlie hebdo, des numéros de Zero ou Cordées avec Cavanna comme rédacteur en chef, le Hitler = SS de Gourio et Villemin en hors série original, un almanach avec des dessins et mises en pages de Sépia/Cavanna…

Bref, le Café Bête et Méchant restera pour ceux qui l’auront connu un lieu unique et incontournable qui ne sentait pas la poussière et la nostalgie, mais la bonne bouffe (le gars Christophe sait mijoter) et le bon vin (on y trouve logiquement les vins de Gérard Descrambe et avons goulayé une excellente « chochotte du boulon »). Un lieu vivant, faisant la part belle aux expositions et concerts, servant aussi de décors pour un court métrage. Surtout, on y fait de belle rencontre, une clientèle aux petits oignons avec les camarades Delfeil de Ton, Gébé et Topor fils, JC Menu, Pacome thiellement, Yves Frémion, etc… J’ai eu pour ma part l’occasion de rencontrer la petite Virginie. Oui, celle de Cavanna. Elle est tout à fait comme il la décrit dans Lune de Miel. Une belle rencontre. Merci Christophe.

L’humour bête et méchant est immortel. Suffit de voir les belles rééditions (chez Les Cahiers Dessinés ou Wombat) qui foisonnent : Topor, Gébé, Delfeil, Choron, Fournier, le Lune de Miel encore dispo… Et le Siné Mensuel qui continue le combat ! On a encore de quoi s’en mettre plein la gueule !

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R.I.P. Siné

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Que dire, si ce n’est qu’il va nous manquer le bougre. C’était le dernier de son espèce, traversant les époques sans jamais avoir changé de ligne de conduite, pour toujours révolté contre toutes les formes de pouvoir… Il a révolutionné l’art du dessin de presse, le transformant en une arme bien plus efficace pour changer les mentalités que la kalach. Siné nous a quitté, mais heureusement, Siné Mensuel lui n’est pas mort. Sa fidèle équipe sera toujours là pour « chier dans la colle et les bégonias » ! Continuons le combat, continuons d’acheter Siné Mensuel, histoire de niquer la mort en le rendant immortel. On le mérite bien. BANZAI !!!

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L’homme de mes rêves – Nadja (Cornelius, 2010)

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L’homme de mes rêves est un ouvrage tout en contraste. Un album aux prétentions esthétiques assumées, qui n’en oublie pas de raconter une histoire, à la narration des plus classique. La douceur des tons gris cendre et des formes charnelles font face à la dureté du récit. Nadja fait de beaux dessins qui n’atténuent en rien la laideur des personnages et des thèmes abordés. Une ligne claire expressionniste avec traits de contours épais et couleurs en aplat. On ressent ses coups de pinceaux vifs et nerveux.

Nadja nous parle d’une jeune femme qui subit l’emprise d’un pervers narcissique, sans jamais le nommer ainsi. Elle nous propose de suivre les errances de son héroïne sur un ton neutre et distancié, enchaînant les scènes de soumission et d’humiliation sur un mode purement opératoire, sans pathos ni moraline, entretenant un flou permanent entre rêve et réalité, résignation et désir de fuite.

Autobiographie ou autofiction, on ne le sait et on s’en moque. Elle ne condamne ni n’excuse et évite les écueils de l’analyse psychologique ou du jugement de valeur. Nadja est avant tout une romancière, qui dépasse son sujet pour centrer son récit sur cet indicible sentiment : l’impuissance.

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