Archives pour la catégorie Chroniques BD



Fables Amères (de tout petits riens) – Chabouté (Vents d’Ouest, 2010)

fables-ameres,-de-tout-petits-riens--50503-250-400

Christophe Chabouté s’est fait une spécialité des récits longs, prenant ainsi le temps de développer une intrigue, des situations, des psychologies (Tout Seul, La Bête, Terre-Neuvas…). Avec ces fables amères, il excelle également dans le format court. Bien que l’ensemble peut se lire comme une déclinaison d’un même thème (l’isolement dans nos sociétés urbaines), Chabouté respecte le format propre à la discipline, chaque nouvelle se lisant indépendamment des autres, se suffisant à elle-même.

L’amertume est bien la sensation diffuse qui se dégage de ces fables. La relation virtuelle passionnée entre deux voisins qui s’ignorent, le passé lumineux et le présent gris d’un travailleur immigré, les bobos qui veulent changer leur intérieur, indifférents au SDF qui survie sur leur palier ou encore cette caissière qui, suite au décès de son père, se remémore une surprise ratée qu’elle voulait lui faire étant enfant… Les personnages subissent ce que l’on pourrait appeler des « confrontations silencieuses », tous tiraillés entre leurs aspirations et la dure réalité de leur existence. Rencontres ratées, ignorance de l’autre, incommunicabilité, il est clair que ce qu’ils vivent dans leur quotidien ne peut que leur laisser un sale goût dans la bouche (et explique la tristesse qui se lit sur leur visage). Ce recueil nous rappelle une amère vérité : nous sommes toujours seuls dans la détresse.

Chabouté trace sa route à l’écart des courants. Il a su développer un graphisme particulier, reconnaissable entre mille, s’appuyant sur un noir et blanc tranchant. Il transpire de ce réalisme expressionniste un peu maladroit une forte personnalité, une remarquable puissance d’évocation. Les tout petits rien du sous titre sont tout sauf insignifiants. Ils sont lourds de sens pour ceux qui les vivent et ne peuvent nous laisser insensible, tant Chabouté dit beaucoup avec une formidable économie de moyens.

fables amères

Paul à la campagne – Michel Rabagliati (La Pastèque, 1999)

paul2

Paul part à la campagne avec sa femme et sa fille, rejoignant ainsi son père dans la maison de vacance familiale. Ce périple sera pour lui l’occasion de se remémorer des événements survenues durant ses jeunes années. Par un effet madeleine, revenir dans sa maison de campagne ravive de vieux souvenirs, qu’il semble avoir vécu la veille. Un récit aigre-doux, s’appuyant sur des flash-back de souvenirs tendres, parfois dramatiques, et toujours justes. Souvenirs d’enfance et récit sur l’enfance, l’autobiographie de Rabagliata est légèrement nostalgique et donne toute son importance à l’anecdote, aux petits événements qui s’oublient vite, mais forgent à jamais une personnalité. Il s’arrête sur cette période charnière de la fin de l’enfance, entre joyeuse insouciance et découverte les dures réalités de la vie (la mort, la séparation…).

Le graphisme stylisé de Rabagliati évoque celui de Dupuy et Berberian ou de son compatriote Seth. Sauf qu’il semble moins préoccupé par le style que par la force d’évocation du trait. Le fait de ne pas distinguer graphiquement les différentes époques de son récit, de passer en une case du Paul enfant au Paul adulte est une manière subtile d’affirmer que ce dernier est toujours le même, qu’il a conservé sa sensibilité, son regard sur les choses. C’est vrai qu’on ne change pas vraiment. Dans le fond, devenir adulte, c’est une vue de l’esprit…

Ne nous fions pas à ce petit format. Bien que possédant peu de pages, Paul à la campagne est un album dense, riche, qui même s’il se lit rapidement, laisse sa trace longtemps après lecture. Yves Frémion a raison, Rabagliati est une très bon artisan de la BD : « Un grand auteur qui, s’il ne fera pas mode, restera. »

paul-à-la-campagne-2

Mauvais Genre – Chloé Cruchaudet (Delcourt/Mirages, 2013)

mg2

En planque afin d’échapper à la cour martiale pour désertion, Paul n’en peut plus de rester enfermé à ne rien faire (donc picoler). Sa femme Louise lui soumet alors l’idée de se travestir, pour enfin sortir, travailler et profiter de la vie. D’un amusant subterfuge, Paul s’enferme insidieusement dans cette nouvelle identité, qui l’emmènera vers des mœurs de plus en plus dépravées. Traumatisé par les horreurs de la guerre, déserteur menacé de peloton d’exécution, Paul ne trouvera d’échappatoire que sous les traits de Suzanne, au risque d’y perdre la raison, et sa femme.

J’apprécie le ton juste du récit, qui jamais ne tombe dans l’étude de cas clinique. L’approche de Chloé Cruchaudet est sensible, impressionniste. Un graphisme vif, précis dans les intentions et les mouvements. Les visages sont expressifs, très vivant, à la manière des acteurs de slapstick de la même époque. Les teintes gris-sépia ajoute au décorum « années folles » et ne laissent transparaître qu’une seule couleur, le rouge (symbolisant la passion et sang, l’éros et le thanatos). Inspirée de faits réels, l’auteure décrit les événements de manière opératoire et chronologique (la rencontre, la guerre, le retour, la transformation…) et s’attache surtout à transcrire les sentiments de ses personnages, leurs émotions parfois destructrices. Les scènes de procès qui entrecoupent le récit (et l’inscrivent au temps présent) annoncent une fin tragique à cette histoire d’amour.

Je suis toujours un peu méfiant quand un album fait l’unanimité, emballe la critique, le public et reçoit de nombreux prix (dont un à Angoulême 2014). Cependant, Mauvais genre n’usurpe pas son succès, tant Chloé Cruchaudet mélange subtilement les genres (historique, romance, humour, chronique sociale…) et aborde, sans pathos ni moraline, les thèmes sensibles du transgenre et du trouble de la personnalité, rarement explorés en bande dessinée.

mg1

Un album également chroniqué par les camarades de K.BD

Lartigues et Prévert – Benjamin Adam (La Pastèque, 2013)

lartigues

Lartigues et Prévert, ce sont deux associés (se présentant comme VRP pour une marque de cigarettes) qui se mettent au vert suite à une affaire qui a mal tourné. L’histoire débute lorsqu’ils arrivent à la maison de famille de Lartigues, isolée dans la campagne ardennaise. On découvrira au fil de la lecture les événements qui les ont amenés à se planquer, l’arrestation du garagiste Régis, les contactes avec leur complice Jules, le cadavre dans le coffre de la voiture… En parallèle, Lartigues tombe amoureux d’une jeune serveuse croisée dans le train. Plus préoccupé à flirter avec elle (et à faire des kilomètres en vélo pour la voir) qu’à trouver une solution à ses problèmes, il ne semble pas avoir conscience des risques qu’il encoure. Comme si la fuite dans cette romance avortée l’absoudrait de ses méfaits. Cependant, on enterre pas si facilement un cadavre compromettant. Surtout quand un autre se fait accuser à sa place. Prévert lui, est plus préoccupé par leur situation et s’inquiète (à juste titre) des répercussions sur sa femme et son fils. Une distance s’installe entre les deux amis…

 l&p2

Au premier coup d’œil, on pense à Chris Ware, avec ces structures complexes, cette pseudo perspective cavalière, ces pages hyper-saturées de détails et pourtant parfaitement lisibles. Cette mise en page, faite d’imbrication de cases et de motifs aux formes géométriques, est à l’avenant d’un récit aux nombreux tiroirs et fausses pistes. Si l’histoire n’a dans le fond rien d’orignal, les choix narratifs de Benjamin Adam sont osés et judicieusement exploités. A l’instar d’un Anthony Pastor, c’est bien le développement de l’histoire, l’articulation entre tous les éléments (protagonistes, situations), le rythme créé par cet enchevêtrement de récits parallèles qui a attiré toute son attention. Tous deux partagent un goût prononcé pour ce que je nommerai le ‘polar intimiste’. Des intrigues noires, touchant des personnes banales, bancales, dans lesquels on peut facilement s’identifier. Ils accordent toute leur importance à l’aspect existentiel de leurs personnages, plus qu’à l’intrigue en elle-même.

 latrigues-et-prc3a9vert002

Adam entrecoupe son récit de diverses « fiches techniques », des focus d’une page ou deux sur tel personnage secondaire (la femme et l’enfant de Prévert), tel objet important (la voiture, la carabine). Il parsème des témoignages recueillis auprès du voisinage. Un entracte évoquant des souvenirs d’enfance de Lartigues nous en apprend plus sur sa personnalité. Adam sème ainsi les éléments de compréhension de l’intrigue, qu’il nous faut resituer dans leur temporalité. Un code couleur apporte une parfaite lisibilité à l’ensemble. L’intrigue principale est à dominante gris-verte, les focus sont en rouge, les témoignages en jaune, les flash-back réunissent les trois couleurs principales. Son graphisme appliqué, au trait fin et aux formes stylisées, dresse des portraits sensibles de personnages fragiles, totalement dépassées par les événements. Ce qui les rend attachant.

Cet album nous le confirme, Benjamin Adam est un auteur à suivre…

 l&p1

benjamin-adam

2 milligrammes

Interview

90 films cultes à l’usage des personnes pressées – Henrik Lange et Thomas Wengelewski (Çà & Là, 2010)

arton52-1eb6d

Pas simple de raconter un film en trois cases. C’est pourtant le pari réussi d’Henrik Lange qui, après s’être attaqué au 90 livres cultes à l’usage des personnes pressées, s’attelle cette fois ci (avec l’aide de Thomas Wengelewski) aux films cultes. Le choix de ces 90 films est bien sûr subjectif. On y trouve de grands classiques de l’age d’or Hollywoodien (King Kong, Lawrence d’Arabie, Autant en emporte le vent…), du cinéma d’auteurs (Cinema Paradiso, Citizen Kane,Le Septième Sceau,…), des films de genre (Evil Dead, New York 1997, Brazil, Blade Runner, Psychose, Delivrance…). Bien qu’inévitablement incomplète, la liste est dans l’ensemble correcte. Niveau films français, on trouve Barbarella, Delicatessen, Les vacances de Monsieur Hulot et Le grand Bleu… Plutôt représentatif de la diversité du 7ème Art made in France.

 PlancheA_127662

Les auteurs mettent l’exercice de la synthèse dans ses retranchement. Ils prennent d’inévitables raccourcis qui ne sont pas dénués d’humour. Par exemple, ils leur est impossible de parler de Fight Club, puisse que la première règle du Fight Club est de ne pas parler du Fight Club ! L’art du raccourci, quand il est parfaitement maîtrisé, peut être une des formes de l’Absurde les plus efficaces. Et c’est le cas ici. Les auteurs sont suédois, ça explique cette approche nonsensique et distanciée. Il est bien entendu conseillé d’avoir vu le film avant d’en lire le résumé (attention aux spoilers !)…

Laguerredestoiles

 

1...56789...45

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

Du beau, du bon, des bds…

Du beau, du bon, des bds…

Mag’ & revues disponibles…

Mag’ & revues disponibles…


DuffDes!gn |
Le peuple des couleurs |
ateliers enfants |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | axecreations
| ART'S DATING - DJO CAFÉ-ARTS -
| Electivo Fotografía