Archives pour la catégorie Chroniques BD



Les fabuleux Freak Brothers – Gilbert Shelton (Tête Rock Underground)

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Héros emblématiques de la culture underground, les Trois Freaks Brothers (Freewheelin’ Franklin, Phineas T. Freakears, Fat Freddy Freekowtski et son chat) ne pensent qu’à une chose, s’éclater ! Et tout les moyens sont bons pour y parvenir : la dope et l’alcool bien sur, les frangines, la fête, prendre la route… Tout l’arsenal de la contre-culture ! Anti-militaristes, anti-flics, anti-travail, paranos, flippés, constamment en quête de dopes… De parfaits beatniks !

Comme le dit Shelton : les Freaks Brothers ? Un peu des Marx, un peu des trois Stooges… Et quelques canettes !

Shelton fait parti intégrante de cette contre-culture qu’il nous décrit, avec un humour un peu crétin, loufoque mais jamais cynique, en plus d’un sens de la chute remarquable. Une référence dans la bd d’humour ! 

Il n’y a pas à proprement parler de style underground. En effet, il y a un monde de différence entre les chroniques sociales d’un Crumb et des délires SF d’un Corben, entre les récits autobio d’un Spiegelman et l’érotisme d’un Vaughn Bodé… Ce qui les unit, c’est le fait de ne pas appartenir à la culture officielle ! Ils sont underground car ils sont diffusés de manière alternative, en marge du système, essentiellement dans des fanzines…

Cette indépendance par rapport au monde de l’édition leur permet une liberté totale. Ils peuvent aborder tous les thèmes sans tabous et essaient, à leur manière, de faire évoluer les mœurs de cette société paternaliste des années soixante.

Bien que Shelton les ait créé au début des années soixante-dix, les aventures des Freak brothers ne prennent pas une ride ! C’est dire si rien n’a changé vraiment depuis cette époque…

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L’INCAL – Moebius/Jodorowsky (les Humanoides Associés)

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Attention, chef-d’oeuvre !

Sortie à l’époque dans Métal Hurlant (le meilleur journal BD qu’on ait eu en France), cette saga est le fruit de la collaboration entre deux génies : le dessinateur fou Moebius, alias Jean Giraud, alias Gir (« Arzack », « Blueberry », « le bandard fou »…) et le scénariste non moins fou Jodorowsky (aussi réalisateur, auteur de théatre, mime, romancier, cartomancien, psycho-magicien…
Il fallait bien toute la maëstria d’un Moebius pour mettre en images les délires métaphysiques de Jodo.

John Difool est l’archétype même de l’anti-héros, lache et égoïste. Totalement dépassé par les évênements, il ne comprend absolument rien de ce qui se passe. Il arrive malgré tout à se tirer de ces situations dangereuses (et burlesques) grâce à une chance monstrueuse. Et surtout grâce à un entourage « involontairement » protecteur… 

Personnage typiquement « Jodorowskien », Difool semble maitriser sa destinée alors qu’en fait, c’est elle qui le domine. Le tout dans un monde d’anticipation, qui est en fait une satire de notre société moderne. Sachant que cette histoire date de la fin des années 70, ça laisse songeur…

L’Incal est le premier élément de ce qui deviendra le cycle des Méta-Barons. Jodorowsky a continué la série avec Zoran Janjetov (John Difool avant l’Incal) et Juan Gimenez (La Caste des Méta-Barons). Les séries dérivées sont : « Avant l’Incal », « Après L’Incal », « La Caste des Méta-Barons », « Les mystères de L’Incal », « Les Technopères ». Toutes de Jodorowsky…

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GENESES APOCALYPTIQUES – Lewis Trondheim (1999 l’Association Mimolette)

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Trondheim est de ces auteurs, avec Sfar et Larcenet, qui dessinent et produisent des BD comme ils respirent. Jamais à court d’idée, ses talents de scénariste et dessinateur lui permettent de s’essayer à tout les styles possibles, et de les adapter à ses divers projets : humoristique pour « le blog de Frantico »(si c’est bien lui ?), animalier pour son Lapinot, figuratif et semi-réaliste pour « Les Petits Riens » (récit autobio), abstrait et OuBaPien pour ce « Genèses Apocalyptiques », etc. (voir sa biblio)

Jadis objet d’un album hors commerce réservé aux Adhérents de L’Association, voici entièrement redessinés pour tous les récits les plus métaphysiques de Lewis Trondheim. Toutes les théories sur la Création, l’Evolution et la Fin du Monde sont ici passées au crible. (Catalogue 2006 de l’Association.)

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TIMOLEON : TIME IS MONEY – Alexis & Fred (1974-75 Dargaud)

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Coup de coeur pour cette trilogie dès que je l’ai lu (au lycée) ! C’est loufoque, poétique, absurde, surréaliste, con, génial…

Si comme moi vous adorez l’oeuvre d’Alexis (cinemastock, superdupond…) ainsi que celle de Fred (Philemon, le corbac aux baskets…) vous tomberez sous le charme de cette oeuvre commune, fusion réussie de leur deux univers.

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Timoléon bat la campagne, portant sur le dos une énorme machine de sa fabrication : une-machine-à-vapeur-pour-rouler-les-cigarettes-une-à-une-sans-se-fatiguer.
Faisant du porte à porte, toujours éjecté, il rencontre le professeur Stanislas en son manoir. Stanislas a créé une machine à remonter le temps. Car pour lui « le temps, c’est de l’argent ».
Son but ? Envoyer Timoléon, qu’il veut faire devenir un « commerçant du temps »…
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Alexis est un dessinateur hors pair, virtuose, meticuleux (et co-fondateur de Fluide Glacial)… Il était à l’aise dans tous les genres, humour ou science fiction, fantastique ou historique…

Fred est lui aussi un formidable dessinateur, mais c’est surtout un génial createur d’univers burlesques, surréalistes, absurdes, engagés (il est co-fondateur de Hara-kiri tout de même !

Ces deux là était fait pour s’entendre… De cette rencontre (d)étonnante entre deux personnalité bien distinctes, en ressort une saga remarquable, un chef d’oeuvre indispensable du 9ème Art. Cette trilogie fut rééditéé en 1992 chez vents d’Ouest.

YRAGAEL – Druillet & Demuth (1974 Dargaud)

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Après Caza et Moebius, je ne veux pas oublier l’autre mutant de la Bande Dessinée de Science Fiction made in France, Druillet ! Tout comme ses pairs, Druillet créé une œuvre riche, intense, belle et monstrueuse (Lone Sloane, La Nuit, Salommbô, Vuzz, les décors des « Rois Maudits »…

Il est assez difficile de décrire par des mots ce que l’on ressent en lisant ce Yragael. Plus encore que son ami Moebius, Druillet explose littéralement le cadre et la structure de ses planches… Peut on encore parler de bande dessinée ?
Se situant dans un espace narratif entre la BD classique (séquences, ellipses, phylactères, découpages, plans…) et l’illustration de texte (qui représente un moment précis de l’histoire ou la synthèse d’une action), chaque planches semblent indépendantes les unes des autres. Au premier abord, on ne distingue pas de liens séquentiels entres elles. Les différences de styles, de couleurs, de techniques renforcent cette impression de succession de tableaux.

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Les cases sont rarement délimités par un trait noir classique, plutôt par les éléments du dessin (les bras, les jambes des personnage) ou le plus souvent par des enluminures. Certaines planches sont réparties sur les deux pages, ce qui nous oblige à incliner l’ouvrage pour le lire.
Son style hors norme, jamais vu dans la bande dessinée, m’évoque plus un peintre comme Klimt, dans sa manière d’intégrer des ornements en aplats (2D) dans ses compositions en relief (3D), que n’importe quel dessinateur de BD de SF. Druillet compose chaque dessin comme une toile. Sa palette oscille entre différentes gammes de bleus, de verts et de rouges orangés. Et aussi du noir et blanc. Mais plus encore que ses couleurs, se sont les contrastes de matières entre minéral et organique qui nous saute à la vue.

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Il faut du temps à notre œil pour cerner pleinement le sens de ses dessins, qui de prime abord paraissent illisibles et abscons. Cela nous demande un effort mais le résultat en vaut la chandelle. Au bout d’un moment, tous ces détails trouvent un sens à nos yeux et les planches deviennent harmonieuses, limpides…
A l’opposé de l’épure, ses dessins au trait torturé et puissant sont hyper construits, « architecturaux », tout en montrant une approche très physique des corps. Lorsqu’ on entre dans ce Yragaël, on découvre un monde fascinant, « lovecraftien ». L’histoire de Demuth (auteur de science fiction) nous parle d’anciennes civilisations, de Dieux créateurs, des derniers hommes…

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BD visuelle par excellence ! Bien que le texte soit un des éléments (avec les dessins et les enluminures) qui entrent en compte dans la composition de ses planches, l’histoire ne semble être ici qu’un très beau prétexte à Druillet pour se laisser aller à ses délires graphiques. A la vue de sa calligraphie, il a littéralement digéré le texte de Demuth.
Pour reprendre les termes de McCloud (dans « L’art invisible »), l’iconographie non-verbale se confond avec l’iconographie verbale. Le contenu devient contenant (et réciproquement) ce qui a pour effet de créer des planches jamais vues jusqu’alors dans le monde de la Bande Dessinée.

Plus que pour d’autres, il nous faut déchiffrer le vocabulaire de Druillet, comprendre son langage pour pouvoir lire ces dessins…

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Il m’aura fallu du temps pour l’apprécier à sa juste valeur. Plusieurs années en fait car je me rappelle qu’au lycée, un ami m’avait prêté son Salommbo (d’après Flaubert) et je n’arrivais pas à le lire. En fait, ces dessins me faisait peur ! S’il ne fallait choisir qu’un mot pour définir cette BD (et l’œuvre de Druillet en général) je dirais (et je ne suis pas le seul) : Baroque !

http://www.druillet.com/

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