Archives pour la catégorie Chroniques BD



MA ZONE – Autheman (1983 Dargaud)

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J’apprécie Autheman depuis quelques années grâce à sa chronique dans l’Echo des Savanes. J’aime chez lui son humour fin, engagé, tombant toujours juste. Un sens de l’observation (plus percutant qu’il pourrait le laisser paraître) lui permettant de passer au crible les travers de notre société. Un grand dessinateur humoristique, Autheman est avant tout un auteur de BD, faisant parti de l’équipe de Pilote. Il a sorti plusieurs albums dans les années 80, dont cet excellent « Ma Zone ».

Dans son format, cette Bande Dessinée n’en est pas tout à fait une. Enfin, pas que ça. Ce serait plutôt un recueil de textes illustrés. Mais la grande originalité vient de ce que les illustrations sont agencées de façon séquentielle, s’inscrivant dans la continuité de l’histoire. Il n’y a pas de redondance, les dessins ne reprennent pas les éléments décrits dans le texte, ils les complètent. Par exemple, dans la nouvelle « Petites Annonces », le narrateur dit : « Au programme qu’elle avait choisi sur le juke-box, j’ai vu tout de suite qu’on avait un bon feeling sur la musique ». Le dessin d’a coté nous montre une main appuyer sur le bouton de la chanson The Logical Song de Supertramp.

Cette approche renouvelle le mode de narration du médium. Dans son propos également car, raconter des petites histoires de petites gens n’était pas si commun que ça à l’époque, et annonce les grandes tendances de la BD actuelle (autobiographie, autofiction…

Autheman nous explique : « Un jour que nous partagions le zinc avec Yvan Audouard, mon illustre concitoyen me glissa ce précieux conseil : – Il faut travailler sur le motif! …être « motivé » si tu préfères – et en me montrant d’un mouvement de l’œil une nénette qui venait d’entrer… – Regarde son blue-jean! … Il raconte son histoire! Il y a de ces phrases qui vous éclairent soudain l’horizon comme un faisceau de phare à iode. Bon Dieu mais c’est bien sûr me dis-je ; colle ton imagination en chômage technique et raconte le voisinage ; et les zombies de ta chère bourgade deviendront des héros au musée de Mickey! Le lendemain, motivé comme jamais, je commençais « Ma Zone ».

STRIP-TEASE – Joe Matt (2004 Seuil)

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Dans la grande traditions des cartoonists underground américains (Crumb en tête), Joe Matt nous raconte sa vie de gentil loser sous forme d’un journal intime dessiné… Ses déboires sentimentaux, son (in)adaptation au Canada, sa collectionnite aigue de livres et de View Masters, ses relations avec ses potes dessinateurs (dont le canadien Seth) et surtout, ses obsessions de la branlette et du porno.

Il ne nous épargne rien de ses névroses mais heureusement, il sait en rire et nous en faire rire. Son graphisme sympa, tout en noir et blanc est parfaitement maîtrisé. Ses mises en pages sont vraiment originales et dynamiques. On lit ce Strip-tease avec plaisir et même, une certaine jubilation de se dire qu’il y a plus loser que nous !

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PERSEPOLIS – Marjane Satrapi (2007 l’Association)

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Je connais Satrapi grâce aux revues Lapin ou Ferraille illustré, mais je n’ai découvert que récemment son Persepolis. J’ai même vu son adaptation ciné avant de lire son roman graphique.

Que dire qui n’aurait déjà été dit sur cette œuvre ? Rien de nouveau, si ce n’est un vrai plaisir de lecture. Satrapi a certainement trouvé le médium idéal pour raconter son histoire. Un dessin en dit souvent plus que des long discours. Mais les mots sont parfois indispensables pour exprimer les choses… Le roman graphique est donc le meilleur moyen pour raconter son périple. Unique enfant de parents intellectuels et progressistes, Marjane nous raconte son enfance, ses relations avec ses parents ou sa grand mère, son exil en Autriche et son retour en Iran. Elle nous raconte aussi la montée de l’intégrisme et la prise de pouvoir du Shah, la mise en place du gouvernement islamiste et la perte des libertés individuelles qui en découlent, les arrestations et executions des opposants…

Le fait qu’elle nous raconte cela de son point de vue (qui change en fonction de son age) apporte une sensibilité au ton juste. Elle a su créer la distance nécessaire pour pouvoir raconter ces drames (familiaux et politiques) sans Pathos ni sensiblerie vulgaire. Son graphisme tout en rondeur contraste avec la maîtrise d’un noir et blanc strict. Ce style particulier, simplifié (et non simpliste) contribue à l’universalité de son propos et permet une identification forte du lecteur.

Son adaptation en DA avec son ami Winshluss est vraiment réussi. Bien évidemment, elle n’a pu tout retranscrire et a plutôt privilégié la dimension existentialiste et familiale de son récit. Le contexte politique y est donc moins développé, mais pas occulté pour autant. Il demeure le décor ambiant de sa vie en Iran.

JC Menu avait dit qu’il ne sortirait jamais d’intégrale (de Persepolis ou d’autres séries de son catalogue). Bien heureux qu’il y ait quand même cédé !

ICI MEME – Forest & Tardi (1979 Casterman)

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Encore un chef d’oeuvre indispensable, et encore une collaboration fructueuse entre deux auteurs majeurs de la Bande Dessinée.
La rencontre entre ces deux génies que sont Forest (créateur de Barbarella, d’Hypocrite…) et Tardi (Adèle Blanc-sec, Nestor Burma…) n’a pas annulé la force de leurs univers personnels. Au contraire, ils se sont complétés avec pertinence.

Créée au jour le jour pour la revue (A Suivre), l’histoire fait preuve d’une constante invention (ah, cette idée de vivre sur les murs de la propiété !), bourrée de rebondissements jusqu’au denoument totalement loufoque et surréaliste.

Arthur Même aura-t-il raison des habitants de Mornemont qui l’ont dépossédé de ses terres ? Gagnera-t-il le coeur de Julie ? Dans un décor variant avec les saisons (la partie hivernale, envahie par la neige, est impressionnante de poésie), les personnages se débattent avec leurs rêves, leurs désirs, leurs obsessions…

L’amour des mots cultivé par Forest fait merveille dans les dialogues, véritables bijoux d’humour et d’intelligence. Le trait souple de Tardi, ses cadrages rigoureux et son noir et blanc strict contrastent à merveille avec la folie de l’histoire et des personnages. Remarquable !

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Pourquoi j’ai tué Pierre – Alfred/Olivier Ka (2006 Delcourt)

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Bon, une fois n’est pas coutume, le texte qui suit n’est pas de moi, mais de mon ami Vidocq (tiré du secteur7). Superbe texte – pour une superbe bande dessinée – auquel il n’y a rien à rajouter… Merci mon ami !

Pourquoi j’ai tué Pierre, au même titre que L’ascension du haut mal de David . B et les pilules bleues de Frederic Peeters, est un récit qui touche aux failles de l’existence, en l’occurrence le traumatisme d’un acte pédophile sur le scénariste, à l’âge de 12 ans qui décide, après un long cheminement – qui est l’objet de ce livre – d’ exorcicer ses démons et faire son deuil. Pour cela, il lui faut  » tuer Pierre  » comme on tue le père : pour se libérer, parce qu’il n’a plus le choix. Il lui faut donc raconter.

Or, comment raconter  » ça  » ? Comment rester pudique ? Comment rester juste ? A ces doutes Alfred et Olivier Ka répondent de la plus belle manière, en signant une œuvre très originale et profondément humaine. Comme souvent, c’est la combinaison jubilatoire d’un dessin touchant et créatif – avec de jolies couleurs de Henri Meunier – et d’un scénario sensible et inventif, qui contribuent à faire de cette œuvre une BD majeure, du genre dont on se souvient longtemps après la lecture.

Le dessin, d’abord, qui utilise maints procédés en fonction des situations vécues, de leur intensité dramatique. Le récit est joliment mis en image par un trait qui épouse la vision de l’enfance, un peu simpliste, jamais simplet. L’usage de photos, travaillées ou non, en fin de récit, contribue à accentuer l’effet de réel et fait émerger une vérité plus crue, moins distanciée.

Le scénario – merveille de construction, entre introspection, récit dialogué, silence – se décline en trois temps : L’avant , celui de la découverte du corps – du sien, de l’autre – de la culpabilité,du bien être, de la nature, des amis, des questions : l’enfance quoi, entre sombre nuage et légèreté. Puis  » l’évenement  », au cœur du récit, un moment raconté de manière extrêment sensible ,un sommet dramatique, puis l’après : le rejeu de la mémoire que l’on avait tapie dans l’ombre, le besoin d’en parler, le malaise de vivre avec ça, jusqu’à la chute, bouleversante.

Pourquoi j’ai tué Pierre a reçu le prix du public à Angoulème cette année : Il est mille fois mérités ! Ce beau livre fait désormais parti de ma bibliothèque et j’en suis pas peu fier !
Bonne lecture !!

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