Archives pour la catégorie Chroniques BD



Brèves de chroniques #7

2016 s’installe et nous offre déjà de bonnes choses à se mettre sous la dent (creuse ou en or, c’est selon vos moyens).

Nicole et Franky 4 (Cornelius, 2016)

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Quoi de mieux pour bien démarrer l’année 2016 que le retour de Nicole & Franky. Cette fois encore, Cornelius fait les choses bien et convoque un casting aux petits oignons : Ayroles, Debeurme, Delphine Panique, Adrien Demont, Dupuy & Berberian, Jacques Lob, Lumineau, Mandryka, Moolinex, Petit-Roulet, Texier, Zuo Ma… Ancienne et nouvelle gardes cohabitent sans couacs. Les bonnes rubriques sont toujours là. On est bien content d’en finir avec 2015 grâce Bill Franco, qui dresse un panorama des bonnes choses qui sont malgré tout survenue durant cette année de merde. Dans son édito, Nicole déplore que l’Aventure n’existe plus, tant ce terme est dorénavant galvaudé et dépossédé de son sens initial. « L’aventure est partout. Mais alors où sont les aventuriers ? Peut-être dans ces pages qui n’ont peur ni du risque ni de la découverte, et encore moins de partir explorer ces contrées reculées que l’on appelle l’Humour et l’Imaginaire (à ne pas confondre avec le Calembour et le Divertissement, en accès libre absolument partout) ».

Chroquettes – JC Menu (Fluide Glacial, 2016)

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Ce début d’année 2016 est une période de consécration pour l’enfant terrible du neuvième art. Une exposition/rétrospective de sa carrière à Angoulême (et tant pis pour ceux qui ne peuvent s’y rendre, snif) accompagnée de la sortie de ces Chroquettes, aux éditions Fluide Glacial. JC Menu compile ici ses fragments disséminés durant plusieurs années dans diverses revues. La grande majorité étant recemment éditée dans les pages de Fluide, dans lesquelles ces planches en noir et blanc rappellent la période pré-couleurs. Une dimension nostalgique qu’il assume pleinement. Niveau contenu, de la bonne musique, de la bonne bédé, des souvenirs, des réflexions, des analyses, des putains de belles planches… le tout relié dans un bel album au format classique et dos toilé. bref, du très bon Menu quoi.

Les Meufs Cool Tome 2 – Salch (Les Rêveurs, 2016)

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Salch nous ressert une deuxième fournée de Meufs Cool. Même format, mêmes ingrédients, même savoir faire et pourtant, ce Meufs Cool 2 n’a pas tout à fait la même saveur. C’est la marque des grands chefs. Reproduire une recette originale sans donner l’impression de se répéter. Alors que le premier était placé sous les signes de la tristesse et du mea-culpa, ce deuxième opus commence sur une note plus revancharde et résignée (quoique). Et de nombreux passages à l’acte limite glauques… Mais pas de soucis pour ceux qui ont apprécié le premier, on retrouve ce trait décapant et cet humour coup de boule (ou l’inverse, si vous préférez) du sieur Salch qui n’a rien perdu de son mordant.

L’amour au dernier regard – Marko Turunen (Frmk, 2005)

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Ne vous fiez pas au titre. Si cet album est bien une histoire d’amour, c’est surtout un pur récit de science-fiction. Turunen pousse à l’extrême le décalage entre son propos (la dure vie de couple avec ces attentes et ses doutes) et cet univers fantastique qui mélange les genres, entre expériences scientifiques, post-nuke, gros monstres et voyages interstellaires. Un Space-opéra aux rebondissements et personnages impossibles, qui commence même avec des cow-boys.

Ce récit farfelu, irracontable mais parfaitement structuré, ne sert qu’à brouiller les pistes d’une simple romance. Comme si, pour dénoncer l’intemporelle absurdité des choses de l’amour, Turunen racontait une histoire vécue en la camouflant derrière un décorum totalement déjanté.

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Les deux protagonistes aux noms évocateurs vivent un dilemme. Ils n’évoluent pas au même rythme. Apparaissant tel un fœtus renaissant, Intrus vieillit au fil du temps alors que R-raparegar rajeunie. Une situation dramatique. Pour lui, leur vie commune commence à peine alors que pour elle, leur histoire s’achève…

Ses choix de mises en page (deux cases par page) et cette bichromie alternant entre doubles pages rouges et bleues renforcent les dualités du récit (masculin/féminin, jeunesse/vieillesse, passé/futur…). Rarement la forme d’un album se confond à ce point avec son contenu narratif. J’aime chez Turunen ce traitement tout à la fois réaliste (précision anatomique des mouvements) et expressionniste (cadrages serrés et angles de vue décalés, trait vif et contrastes forts) et ce depuis ces planches découvertes dans l’excellente revue L’horreur est humaine. (Il est aussi un régulier du succulent Gorgonzola). J’ai de suite adhéré à son univers décalé, rempli de personnages extraordinaires, confrontés à des préoccupations bien ordinaires.

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Chez Fremok

Ici – Richard McGuire (Gallimard, 2015)

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Sûr que cet album n’a rien pour plaire aux détracteurs de la « bd’intello ». Un ouvrage qui se dit bande dessinée alors qu’il n’y a ni personnages principaux, ni phylactères, ni pitch facilement racontable. De plus, réalisé par un illustrateur du New Yorker, dont la couverture évoque un tableau d’Edward Hopper, édité chez Gallimard et, de surcroît, classé parmi les 20 meilleurs livres de l’année par le magazine Lire. Ça a de quoi agacer les amateurs de « vraie » bayday.

Pourtant, à bien y regarder, y a pas à dire, c’est bien un album de bande dessinée. Soit une histoire racontée par cet agencement particulier d’images et de mots. Et tout réside dans ce « particulier » justement. Mc Guire a mûrement réfléchi ce projet, et ça saute aux yeux. D’abord sous la forme de six planches en noir et blanc réalisé en 1989 (réédité récemment dans le Kaboom 08), Ici (et pas que maintenant!) est une formidable évocation du temps qui passe, dont seul le médium pouvait rendre la pleine mesure (mise en abyme temporelle, réflexions sur le cadre, enchaînement de séquences). Six pages qui ont durablement marqués un Chris Ware : « Anniversaires, décès et dinosaures : soit l’univers résumé en 36 cases ».

Unité de lieu et multitude de temps, Here (en anglais, ça sonne mieux!) est un récit tout à la fois réaliste et métaphysique. Avec cet album aux couleurs pastelles lumineuses et contrastées, Mc Guire développe son concept sur 300 pages sans jamais l’épuiser, et encore moins nous lasser. Car dès que l’on a rapidement capté ce procédé de « fenêtres temporelles », on ne décroche plus de ce voyage méditatif, que les ringards qualifierons de poétique… Jouer avec le système espace-temps sans faire dans la science-fiction, chapeau bas M’sieur Mc Guire !

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La révolution Pilote – Aeschimann & Nicoby (Dargaud, 2015)

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La révolution Pilote. Un titre à double sens. Pilote est le journal qui a révolutionné la bande dessinée made in France à l’aube des années 60, devenant ainsi le seul rival de taille face à l’hégémonie belge (avec Charlie of course). Mais après les événements de 68, les jeunes auteurs de Pilote ont fait leur révolution au sein de la rédaction. Se rebeller face à l’autorité étant à l’époque le mode d’émancipation exclusif (y en a-t-il d’autre d’ailleurs ?).

Inutile de revenir sur le rôle crucial tenu par Goscinny dans la reconnaissance officielle de la bande dessinée et de ceux qui la font (par la création du statut de scénariste, entre autre). Il a contribué à la maturité de la presse BD, de ses lecteurs et de cette jeune garde de la rédaction qui, trahison suprême pour lui, rejette sa tutelle (uniquement symbolique), au point de lui dresser un procès d’intention mal intentionné.

Mais que s’est-il réellement passé, comment, avec qui ? Sont-ce ses poulains ou les représentant du syndicat du livre qui ont organisé tout ça ? Les questions persistent et les avis divergent…

Bien que Aeschimann et son complice Nicoby (qui ose parfois la citation graphique des auteurs rencontrés) aient l’intention de faire la lumière sur ce fâcheux incident, on se rend compte qu’au fil de leur enquête, le flou persiste. Et le temps n’arrange rien à l’affaire. Chacun semble avoir sa propre version des événements. Les témoignages se contredisent, entre Moebius (que Aeschimann avait eu au téléphone peu de temps avant son décès) qui y étaient mais n’est plus là pour confirmer, Fred qui est là mais ne veut pas y revenir, Mandryka qui y était mais, semble-t-il, pas au même endroit, ni au même moment et Gotlib qui n’y était pas mais en on entendu parlé (c’est un euphémisme). Sans oublier Druillet, qui ne voit pas l’intérêt d’y revenir mais ne tarie pas d’éloges pour Goscinny, et Brétecher qui a toujours exprimé son incompréhension et confirme encore que Goscinny a plus contribué à leur liberté artistique qu’à leur censure.

Un album plaisant qui ravira les fans de Pilote et de Goscinny, même s’ils n’apprendront pas grand chose de nouveau. Juste une confirmation : Goscinny était un visionnaire (dixit Druillet) qui a, bien malgré lui, créé la bande dessinée adulte des années 70 !

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Walking Dead T.22/23 – Kirkman & Adlard (Delcourt, 2015)

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Les morts qui marchent continuent leur bonhomme de chemin. Kirkman et Adlard tiennent la longueur et arrivent encore à nous surprendre. La présence de nouveaux collaborateurs (Gaudiano et Rathburn) y est sûrement pour beaucoup. Si certains épisodes ronronnaient et dégageaient une impression de déjà-vu (Negan pouvant être vu comme un Gouverneur bis), le récit trouve un nouveau souffle à partir du numéro 22 (133 en version US), judicieusement intitulé « Une autre vie ».

Quelques années ont passé. La guerre avec Negan est terminée, Rick est devenu le sage patriarche d’Alexandria, respecté de tous. Maggie a pris les rennes de la Colline et Carl s’émancipe. La vie prospère et tout à l’air d’aller pour le mieux dans le pire des mondes. Sauf qu’une nouvelle menace extérieure apparaît, plus pernicieuse que les zombis eux-mêmes. A moins que le danger ne viennent, une fois encore, d’entre les vivants…

Comme toujours, le rythme est soutenu, comprenant son lots de rebondissements, d’épilogues (avec Negan) et d’ouverture vers de nouvelles intrigues (avec ceux qui murmurent). La narration conserve cet équilibre entre temps calmes (les protagonistes redécouvrent les joies des petits tracas familiaux) et morceaux de bravoures (et ses scènes gores).

Cette absence de manichéisme fait la richesse de Walking Dead. Les vivants sont potentiellement tous dangereux et prêts à tout pour survivre, à l’image de Rick Grimes lui-même. Le monde ne se divise pas bêtement entre les vivants et les morts. C’est plus subtil que ça. On distingue plusieurs catégories d’individus : les morts-morts (soit des vivants qui sont morts et non revenus ou des zombies mis hors d’état de nuire), les morts-vivants (postulat et seul élément fantastique de l’histoire), les vivants-morts (correspondant à la majorité des survivants, bon nombre d’entre eux sont psychologiquement morts, d’autres agissent en fonction de leurs pulsions de mort, d’autres encore se comportent comme les zombies…) et les vivants-vivants (ceux qui s’accrochent encore aux valeurs du vieux monde ne font pas long feu. Rick l’a bien compris et tente de préserver ce qui lui reste d’humanité).

Cette saga ne semble pas prête de s’arrêter, et c’est tant mieux. Tant que ses qualités narratives et esthétiques perdurent, on en redemande.

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