Archives pour la catégorie Chroniques BD

R.I.P. Marcel Gotlib

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Bon, ça commence à bien faire ! Après Siné, c’est au tour de Gotlib de nous faire faux bond. 2016 est une sale année pour les maitres de l’humour dessiné. Nous voilà à nouveau orphelin. Alors oui, Gotlib est immortel et son oeuvre rayonnera pendant très longtemps. Et même si je ne l’ai jamais rencontré, et qu’il avait pris sa retraite depuis fort longtemps, ça fait drôle de savoir qu’on entendra plus sa gouaille légendaire et qu’on ne verra plus sa trogne d’éternel bambin dans les roman-photos des hors-série de Fluide. Merci pour tout m’sieur !

« Je pense à la mort, c’est toujours là, toujours présent, avec cette révolte de ne pas savoir ce qu’on est venu foutre là, pourquoi on doit se barrer sans rien savoir… C’est ce que dit tout le temps Woody Allen : le grand drame de l’homme, c’est qu’il a conscience de cette absurdité« . (Gotlib in Ma vie-en-vrac)

Idées Noires – Franquin (Audie, 1981-84)

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Je me rappellerai toujours de mes impressions lorsque j’ai lu cet album pour la première fois. C’est poilant et flippant, attirant et dégoûtant. C’est surtout virtuose. Comment est-il possible que ce soit le même dessinateur que celui de notre gaffeur préféré. Depuis, je n’ai jamais pu lire Gaston de la même façon…

Pourtant, les thématiques abordées sont les mêmes. Franquin dénonce l’absurdité de nos sociétés modernes qui foncent droit dans le mur de la technologie et de la performance.  Ecologiste reconnu, c’est un défenseur acharné des animaux et un humaniste convaincu. C’est juste la manière qui change. A l’instar de son amis Gotlib (qui édita ces Idées Noires), Franquin marque un virage trash-gore-scato qui lui sert, on le sait, de catharsis dans une période de grande dépression.

Franquin est une référence absolue pour plusieurs générations d’auteurs. Il est marrant de constater que son parcours professionnel est à l’exacte inverse de la plupart des auteurs actuels qu’il influence. Faire la majeure partie de sa carrière dans les plus grand journaux d’après guerre (Spirou, Tintin…) pour aboutir en 1977 dans un fanzine parasite (Le Trombone Illustré dans Spirou) ou une jeune revue qui fleure bon l’underground (Fluide Glacial), est quelque peu… iconoclaste.

Sans aller jusqu’à dire que Franquin est un punk, ses idées noires reflètent parfaitement l’esprit pessimiste et nihiliste de son époque. 1977 marque la naissance du mouvement No Future, où s’affirme cette nouvelle génération désabusée qui crache littéralement à la gueule des valeurs paternalistes. Et c’est ce que fait Franquin lorsqu’il déglingue les vieilles traditions (la chasse, la pêche, la corrida…) et toutes ces institutions aliénantes et destructrices (militaires, scientifiques ou religieuses).

Alors que la mort est omniprésente dans ces pages, son graphisme atteint ici un degré de vivacité jamais égalé. Ces ombres noires amplifient à l’excès les mouvements de ses personnages qui dansent, sautent, volent, s’écrabouillent, perdent la tête ou explosent avec une grâce folle… Franquin nous confirme ici qu’il est le maître incontesté de l’onomatopée (MOP, BOP, SLOP, PNOP!).

Même quand il broie du noir, il nous fait rire. Ce rire ravageur, salutaire, parfait exutoire à nos angoisses les plus refoulées, nos peurs les plus primales. Plus proche du « Bête et Méchant » que des petits mickeys de chez Dupuis, ses bandes anthracites auraient pleinement trouvé leur place chez Charlie ou Hara-Kiri. Mais c’est grâce à Fluide Glacial que l’on peut se délecter, ad nauseam, de ces douceurs macabres.

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Susceptible – Geneviève Castrée (L’Apocalypse, 2012)

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J’ai récemment fait l’acquisition du Susceptible de Geneviève Castrée et je m’apprêtais à en parler sur mon blog, peu de temps avant d’apprendre sa disparition ce 9 juillet dernier. Elle laisse derrière elle une œuvre multiple (elle est aussi musicienne, illustratrice, créatrice de fanzine, poète…), habitée, emprunte d’une sensibilité juste. Geneviève Castrée fait parti de ces auteurs confidentiels, dont la notoriété est proportionnellement inverse à ses indéniables qualités.

Susceptible est une histoire autobiographique tout en dualité. Entre attachement filial et émancipation, l’inné et l’acquis, Geneviève nous raconte son enfance, de sa naissance à sa majorité. Les relations conflictuelles (faites d’amour et de rejet) avec une mère immature, troubles avec un beau-père pour le moins ambiguë, distantes et quasi inexistantes avec un père qui ne parle pas la même langue. Tous ces coups encaissés, ces frustrations, ces joies et ces peines ont conditionné sa personnalité marginale et forgé sa sensibilité artistique. Le dessin et la musique sont rapidement devenu vitaux pour elle.

Son graphisme est à l’avenant de son récit, fin, subtil et contrasté. Ses gris sont intenses, variés et ses noirs profonds. Son trait est rond, souple, presqu’enfantin avec ces phylactères longilignes qui ressemble à des ballons de baudruches. Et pourtant, au delà de cette première impression, on sent une réelle maîtrise du dessin, très précis dans ses intentions (attitudes, expressions des visages…). Maîtrise aussi de la mise en page et des cadrages, qui contribuent à la fluidité et la subtilité de sa narration.

Premier ouvrage inscrit au catalogue de l’Apocalypse, sorti en 2012, il n’est pas surprenant de voir JC Menu éditer Susceptible, pour la première fois en France, tant ce récit aigre-doux s’inscrit dans une filiation directe avec le Livret de Phamille.

Lapo.fr

 

L’homme de mes rêves – Nadja (Cornelius, 2010)

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L’homme de mes rêves est un ouvrage tout en contraste. Un album aux prétentions esthétiques assumées, qui n’en oublie pas de raconter une histoire, à la narration des plus classique. La douceur des tons gris cendre et des formes charnelles font face à la dureté du récit. Nadja fait de beaux dessins qui n’atténuent en rien la laideur des personnages et des thèmes abordés. Une ligne claire expressionniste avec traits de contours épais et couleurs en aplat. On ressent ses coups de pinceaux vifs et nerveux.

Nadja nous parle d’une jeune femme qui subit l’emprise d’un pervers narcissique, sans jamais le nommer ainsi. Elle nous propose de suivre les errances de son héroïne sur un ton neutre et distancié, enchaînant les scènes de soumission et d’humiliation sur un mode purement opératoire, sans pathos ni moraline, entretenant un flou permanent entre rêve et réalité, résignation et désir de fuite.

Autobiographie ou autofiction, on ne le sait et on s’en moque. Elle ne condamne ni n’excuse et évite les écueils de l’analyse psychologique ou du jugement de valeur. Nadja est avant tout une romancière, qui dépasse son sujet pour centrer son récit sur cet indicible sentiment : l’impuissance.

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HP (1&2) – Lisa Mandel (L’Association, 2009/13)

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Prépublié dans la revue Lapin en 2009, HP nous raconte l’histoire de la psychiatrie moderne. De la transition (somme toute positive pour les patients) entre l’asile de fous et l’hôpital psychiatrique.

Lisa mandel a la bonne idée d’en raconter les grandes lignes par l’anecdote. En l’occurrence, de ses parents et trois de leurs amis, tous infirmiers psy à Marseille, qui ont vécu de l’intérieur l’évolution de la pratique psychiatrique. Favoriser l’écoute et l’expression plutôt que les méthodes barbares (électrochocs, bains glacés, lobotomies…) et l’isolement.

Le burn-out des infirmiers, l’insensibilité des psychiatres, l’arrivé des psychologues, Lisa Mandel n’oublie rien ni personne et dresse avec justesse le tableau d’un secteur plutôt obscur. Il y a de la compassion, de l’empathie, voire de la sympathie entre les soignants et les soignés. Malgré les apparences, c’est un lieu vivant, ou le rire côtoie la violence.

Son approche humoristique (terriblement précise dans ses intentions) et ce découpage rythmé (quasiment une anecdote par page) apportent de la légèreté et de la fraîcheur à un sujet et des sujets ma foi fort glauques.

Le premier volume raconte la période de 1968 à 1973. Les grands dortoirs bruyants sans intimité, l’arrivée des neuroleptiques qui, s’ils calment les patients, les transforment en zombies. Ils apportent toutefois une grande nouveauté, le silence.

Le deuxième aborde les « crazy seventies » et le courant désaliéniste (proche de l’anti-psychiatrie) soutenu par le docteur Bonnafé. Une révolution, qui a profondément et durablement changé les modes de prises en charge : « Le patient n’est plus considéré comme un coupable qu’il faut enfermer, mais comme une personne en souffrance qui, avec l’aide approprié, sera capable de vivre libre ». Séparer le moins possible le malade de son milieu, création des hôpitaux de jours, favoriser le soin « hors les murs »… des pratiques qui sont encore actuellement préconisées.

Sur que ces albums agacerons plus qu’ils n’amuserons les spécialistes. On ne peut toutefois déconsidérer ces témoignages directs, qui dressent un authentique aperçue de ce milieu mal connu, qui génère encore de nombreux fantasmes.

hpkarma

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