Archives pour la catégorie Plein les mirettes



Les métiers secrets de la bande dessinée – J.L. Coudray & E. Reuzé (La boîte à bulles, 2013)

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Heureusement que l’on peut compter sur Jean Luc Coudray et Emmanuel Reuzé pour nous dévoiler ces dorénavant accessibles secrets de la bande dessiné. Sinon nous resterions de pauvres ignares en la matière. Moi qui croyait qu’un album de bédé était le fruit du travail d’un dessinateur, un scénariste, un encreur, un coloriste, un éditeur, un imprimeur, un distributeur, un vendeur et un lecteur (barrer les mentions inutiles)… je me rend compte grâce à eux qu’il existe une multitude de métiers participant à la confection de ces ouvrages illustrés : placeur de bulles, bruiteur, testeur de gag, évaluateur du prix, dessinateur de brouillon, complexificateur de scénario… Bien sur, nous autre lecteur de bédé, n’avions pas connaissance de ces métiers insolites et inimaginables, ô combien indispensables à l’assouvissement de notre inavouable péché.

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Ces métiers de l’ombre sont enfin mis à la lumière grâce à un remarquable travail d’investigation de Coudray, parfaitement mis en image par le ‘photographe manuel’ Reuzé. Pour ceux qui connaissent le mensuel de Carali (justement remercié par les auteurs), ces deux hurluberlus ne leur seront pas inconnus. Coudray est un pilier porteur du psiko, nous émoustillant intellectuellement de ses textes philosophiques engagés et dérangeants, d’une logique implacable.

Mister Reuzé (que je confonds parfois avec Mister Raynal, sûrement à cause de cette loufoquerie ambiante qui se dégage de leurs planches noires et blanches à l’absurde réalisme), est un dessinateur imparable, sûrement le seul de l’équipe du psiko à savoir réellement « bien dessiner » (avec Raynal justement). Ce qui ne veut rien dire, mais je le dis quand même…

Sorti dans la collection contre pied de La boite à bulles (qui a fêté ses dix ans), les métiers secrets de la bande dessinée sont accessibles à tous pour la modique somme de 1 euro (non vous ne rêvez pas !). A ce prix là, faut pas se priver.

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Jean Luc Coudray

Emmanuel Reuzé

Le Tampographe Sardon (L’Association, 2012)

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Prenant la forme d’un journal de bord, cet ouvrage est une succession chronologique d’articles de diverses natures, illustrés, datés et commentés. Une sorte de « work in Progress » étalé sur quatre ans (du 11 septembre 2007 au 20 août 2011).

« La vérité, c’est que je sais pas pourquoi je fais des tampons. C’est venu comme ça. Ça a poussé tout seul, ça a pris presque toute la place, ça a réduit en poussière tout ce que je faisais d’autre. J’étais dessinateur, avant ça. Pour des journaux sérieux, pour des revues de bande dessinée exigeantes. Plus rien à foutre. Comme ça, brutalement, un jour, j’ai plus pu. Je pouvais plus les blairer : les journaux, les auteurs, leurs gnagnagnas étalés sur des pages et des pages. Je me suis enfermé et j’ai créé le Tampographe. Je n’ai pas d’anecdote significative à raconter, pas de cause première. Je peux juste constater que le Tampographe a tout envahi comme une ronce, tout bouffé, qu’il ne reste que des trognons de mes aspirations premières et de mon goût pour le dessin. J’aimerais bien avoir une belle anecdote bien fondatrice. Mais non. » (extrait de la préface)

En introduction, Vincent Sardon nous présente le matériel nécessaire et le mode opératoire pour réaliser ses tampons. D’une activité ludique commencée en 1993, Sardon s’est lancé pleinement dans cette discipline (qui pue le caoutchouc) durant les années 2000, faisant de lui le seul et unique artiste Tampographe.

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Le Tampographe est sous-commisaire des tampons du collège de pataphysique. D’où ses régulières références à Monsieuye Ubu. Le décalage, le détournement et l’absurde sont récurrents dans son œuvre qui, loin de se réduire à la conception de tampons, s’ouvre sur une multitude de champs.

Le Tampographe était un dessinateur de bande dessinée et illustrateur pour la presse. Il n’en garde d’ailleurs pas de bons souvenirs et ne se gêne pas pour cracher son venin sur les auteurs de « bédé autobio » (en particulier les éditions Ego comme x avec lesquels il a collaboré) ou les journalistes de Libération. Il ne mâche pas ses mots, emprunts de rancœur mais non dénués d’humour.
Bande dessinée et « tampographie » sont des pratiques pas si éloignées que ça : reproductibilité (lien avec l’imprimerie), absence de notion d’œuvre originale (le tampon n’a aucun sens en soi, si on ne l’utilise pas), successions des motifs… les points communs sont nombreux et touchent à l’essence même de ces deux disciplines.

Le Tampographe est un bon pointilliste. Ayant édité un ouvrage à ce sujet, il nous présente ici les bons points qu’il a transformé en tampon, histoire de les cumuler à l’infini.

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Le Tampographe est un accumulateur d’objets insolites servant à la fabrication de ses tampons (boites d’emballages, sacs de nouvelles montures, produits toxiques) et un collectionneur de choses plus immatérielles (vielles photos de photomaton ou clichés pornographiques en argentiques récupérés auprès d’un ancien employé de la fnac).

Le Tampographe est aussi photographe, rendant compte ainsi de ses divers déplacements, prenant des clichés pseudo-artistiques dans lesquels s’y trouve inséré son nom. Il s’est fait une spécialité des safaris-photos organisés lors de manifestations (politiques ou artistiques), afin de chasser les beaux spécimens de colliers de barbe ou de mèche-visières cachant les calvities. Une pratique dangereuse (comme en atteste ses commentaires), mais le résultat vaut bien toutes les prises de risques. Une démarche qui frôle le burlesque et confirme l’idée que le beau est en toute chose, il suffit seulement de savoir quel angle choisir pour le percevoir et le mettre en valeur (voir le portrait d’endives cuites !). Et Sardon ne manque pas de points de vues.

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Le Tampographe est un faussaire, permettant de (re)produire des œuvres d’artistes reconnus (Yves Klein, Ben, Dubuffet, Gaston Chaissac, Bernard Buffet…), au résultat souvent bluffant, pour un prix bien plus attractif qu’un original.

Le Tampographe est un grossier polyglotte, qui s’amuse à fabriquer des tampons vulgaires dans toutes les langues (français, anglais, allemand, roumain, japonais, argentin, russe…).

Le Tampographe est tricoteur, créant ainsi des doudous à l’effigie du père Ubu ou d’Adolf Hitler.

Le Tampographe est pâtissier, confectionnant des gaufrettes déprimantes qui « feront merveilles les lundis matins de rentrée, auprès de vos amis dépressifs qui se cherchent encore une bonne raison de passer à l’acte ».

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Le Tampographe serait un garçon un peu dépressif. Mais ça, on s’en tamponne (je prends des risques, car il n’aime pas non plus les jeux de mots foireux!)…

Le Tampographe fait de la politique. Et pour ceux qui se demanderaient si l’art doit être politique, ils trouveront une réponse dans ce magnifique ouvrage, le plus beau que j’ai pu lire venant de l’Association (qui n’en manque pas).

Le Tampographe est un agent provocateur, et c’est tant mieux pour nous. Pour lui aussi : « Je fabrique des tampons, je les vends et avec les sous je m’achète à boire ».

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Le Tampographe Sardon

Glaces sans tain – Soluto (Le dilettante, 2013)

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Après Vies à la ligne, superbe recueil illustré, Soluto vient de sortir un deuxième ouvrage, Glaces sans tain, dans lequel il a abandonné ses crayons pour n’utiliser que des mots. Mais rassurez vous, on y perd pas au change, tant la prose de Soluto possède de grandes qualités. Sensible et d’une incroyable précision, son écriture nous emmène, l’air de rien, dans les méandres de la folie ordinaire.

Les trois premières nouvelles nous racontent des tranches de vie de personnes plutôt perturbées. Soluto sonde la part obscure de ses personnages, sans pour autant tomber dans l’étude de cas clinique. Trois destinées qui ne répondent à aucune logique – si ce n’est la leur – et corroborent cette idée que rien n’est joué à l’avance, que les événements antérieurs n’influent pas automatiquement sur les actes à venir. La prédestiné n’existe pas. Chacun peut encore agir en fonction de son libre arbitre, mais plus sûrement en fonction de ses pulsions.

Dans L’île aux bœufs, le narrateur est une personne ordinaire, qui dans sa jeunesse commettra un crime pour lequel il ne sera jamais puni. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir une vie tout à fait normale (médecin, marié, des enfants), sans jamais reproduire cet acte ignoble. Il ne justifie rien et ne semble avoir aucun remords : « J’étais bien là, en pleine conscience, et je ne l’ai pas tué malgré moi. J’étais au contraire en parfait accord avec l’instant et l’univers tout entier. Un sentiment d’inébranlable puissance me portait. »

Dans Fausses reconnaissances, le personnage principal est un schizophrène, paranoïaque et violent, persuadé d’avoir reconnu Elvis Presley dans un bar parisien. Et que ce dernier fomente un complot avec l’aide du gouvernement. Bien sur, il fera tout son possible pour empêcher ça, sans prendre conscience des conséquences…

Quelques couvercles soulevés, titre magnifique pour une nouvelle que j’ai particulièrement apprécié, tout autant que la première. Je les considère comme des contraires, se faisant face à travers la glace sans tain. L’un passe à l’acte alors qu’il n’a a priori aucune raison de le faire. Quand le deuxième a toutes les raisons, mais ne le fait pas. Le plus troublant est que le moins perturbé des deux est celui qui a franchi le pas.

La quatrième et dernière nouvelle, la ménagère apprivoisée, se distingue des autres pour plusieurs raisons. La première est que Soluto se met directement en scène. L’emploi de la première personne est pour le coup on ne peut plus justifié. A la différence des trois premières, cette nouvelle est placée sous le signe d’Eros (avec des scènes superbement racontées, jamais vulgaires). Cependant, nous savons depuis Freud qu’Eros et Thanatos sont intiment liés. En effet, si Soluto semble avoir de la considération pour l’autre, cette dernière n’est dans le fond qu’un objet lui permettant d’assouvir ses pulsions. Un objet qu’il tue symboliquement, sans grands remords.

Soluto a choisi de nous mettre dans la peau de ses personnages. Une pleine immersion dans la personnalité complexe de ces individus. Ecrire à la première personne est un choix audacieux et risqué, dans la mesure où il est plus difficile pour le lecteur d’installer une distance avec ces personnages peu recommandables. Cependant, à aucun moment Soluto n’excuse, ni ne juge les actes de ses protagonistes. Il reste sur un mode opératoire, descriptif, nous laissant toute latitude pour interpréter par nous même ce qui se joue chez ces personnages.

La virtuosité de Soluto nous emporte, impossible d’abandonner le fil de ses récits. Certains évoquent Flaubert. Pour ma part, Soluto s’inscrit plutôt dans une filiation avec Maupassant. Outre le format nouvelle, par cette faculté à inscrire ses histoires dans une localité géographique précise (Oissel, le Havre, Rouen…) tout en leur apportant une teneur universelle. Par cette impression très diffuse qu’un événement incongru (voire fantastique) n’apparaisse à chaque nouvelle page.

Tout à la fois biographie, fiction, autobiographie et autofiction, ce Glaces sans tain est un exercice littéraire original et réussi. Cette manière de faire corrobore l’idée que l’écriture puise dans de nombreux champs (du fait divers, de l’imaginaire, du fantasme…) et que la véracité des tenants et aboutissants n’est qu’anecdotique. On se moque de savoir si ces histoires sont vraies ou pas. Ce qui est sur, c’est qu’elles nous parlent, nous provoquent, nous bousculent, nous questionnent sur la nature humaine… Rassurant, ça prouve qu’on est encore vivant !

http://soluto.free.fr/

Le dillettante

On enterre bien les Dinky Toys – Bruno Léandri (François Bourin Editeur, 2012)

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On enterre bien les Dinky Toys. Le titre parfait. Mystérieux et absurde. Métaphysique du dérisoire…

On ne présente plus Bruno Léandri, môssieur roman-photo de Fluide Glacial (formé à l’écurie Hara-Kiri), maître ès-chroniques du dérisoire, prolifique nouvelliste et romancier, dessinateur raté de génie…

Sous ce titre énigmatique, Léandri nous conte ses souvenirs de jeunesse. Mais plutôt que de livrer un récit introspectif, il nous confie ses nombreuses péripéties vécues avec ses meilleurs amis, actes fondateurs qui forgent les traits d’une personnalité et déterminent un parcours. Cependant, point de nostalgie d’un passé révolu, mais un manifeste sur les bons moments partagés qui enrichissent et donnent tout son sens à une vie.

Car l’amour, l’affection, la loyauté, la fidélité ne sont pas de vains mots chez Léandri. Récit sur l’amitié, c’est en faisant la connaissance de ses amis qu’on en apprend sur lui, sa personnalité, sa sensibilité. Gilbert, Alain, Christophe, Denis, Julien. Et Bruno… Leurs premières vacances sur la route en mobylettes, leurs premiers émois, leurs passions pour la musique concrète et Céline, leur séjour au States, son expérience de Mai 68 au lycée, son boulot au club med’ (où il rencontrera son pote Corbier)…  « Vus de loin, des jeunes déconneurs, bruyants et agités, comme tous les jeunes. Vus de près, tous des cas. Des types uniques, flamboyants, géniaux à hurler, drôles à pleurer, chiants à se manger les doigts. C’étaient mes copains, ce le sont toujours ». (extrait de la 4 de couv’)

Attention, On enterre bien les Dinky Toys n’est pas une bête biographie enchaînant les faits de manière chronologique. Ce récit est en fait une succession d’anecdotes qui se déroulent au fil de sa mémoire affective, tel souvenir semblant lui rappeler tel autre… Il jongle avec les époques, les situations, les amis, sans perdre le lecteur en route. Car ce qu’il nous raconte est drôle, parfois émouvant, quelque fois dramatique, et toujours passionnant. Son style direct, à la première personne, nous permet d’entrer pleinement avec lui dans son passé, de faire littéralement parti de cette bande. Ce qui fait de ce récit un témoignage « vu de l’intérieur » unique sur les années 60 et 70.

Bruno nous dévoile des choses intimes, mais pas cette intimité personnelle (du genre trauma d’enfance ou amour impossible…) qui peut mettre mal à l’aise et personnellement, me gonfler. Plutôt une intimité de groupe, partagée, privilège de quelques initiés, qui nous fait réagir à chaque confidence, du genre : « mais ça aussi je l’ai ressenti, ça aussi je l’ai vécu » ! Cela fait du bien par les temps qui courent et confirme ma manière de voir et vivre l’amitié. Car l’amitié ne s’achète, ni ne se décrète. Elle se construit dans la durée, se forge par le partage de moments essentiels. Et ça, ça n’a pas de prix !

Alors, qui enterre les Dinky Toys ? Quand, comment et pourquoi ? Je vous invite fortement à lire ce récit jusqu’au bout (vous ne pourrez pas faire autrement de toute façon). Vous aurez la réponse…

Merci Bruno.

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On est une bande de jeunes…

Dernières nouvelles de chez Fluide…

Tout pour Topor…

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Trois maisons d’éditions rééditent les œuvres écrites de Maître Roland, et ce de manière fort judicieuse et complémentaire (je suppose que son fils Nicolas y est pour quelque chose !). Ces rééditions ne se marchent pas sur les pieds, pour le plus grand plaisir des aficionados de ce génie de l’humour noir grinçant. Maitre du grotesque, clinicien de l’absurde, toujours sur le fil entre tendresse et cruauté, confrontant sans relâche le métaphysique et l’insignifiant. Romans, nouvelles, aphorismes… Il excellait dans tous les formats.

Libretto réédite ses romans. Après Le Locataire Chimérique (le premier, de 1964, son plus célèbre) sorti l’année dernière, ils viennent de publier La Princesse Angine, deuxième roman qui date de 1967. En toute logique, ils devrait continuer avec Erika (1968).

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Wombat se spécialise plutôt dans les formats courts, entre recueils de nouvelles (Vaches Noires, son dernier livre) et mémoires (d’un vieux con) sortis l’année dernière. La maison vient de rééditer son fameux Café Panique, suivi de Taxi Stories, dans lesquels Topor dégueule littéralement son urbanité maladive.

JC Menu lui, n’a pas attendu longtemps avant de nous proposer les aphorismes et autres « bêtes pensées » du « touche à tout extrêmement brimé », comme Topor se définissait lui-même. Troisième ouvrage de la jeune l’Apocalyspe, je souhaite ardemment que d’autres suivent, puisse que L’Apo est faite pour perdurer (et pourquoi pas ses Dessins Paniques ?)…

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Outre leurs qualités formelles respectives, le point commun dans la manière de faire de ces trois maisons est l’incrustation de dessins de l’auteur entre les pages et les lignes. Car Topor dessinait comme il écrivait, et écrivait comme il dessinait : d’un même geste, sur le vif, dans l’urgence. Sans se fourvoyer dans une quelconque préoccupation de style ou pis, chercher à « faire joli ». Au contraire… C’est pourquoi je l’aime.
Continuez Messieurs Dames à nous offrir les écrits de Roland. Car on se rend compte à la (re)lecture de ses ouvrages que Topor n’a pas fini de nous devancer…

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