Archive pour la Catégorie 'Plein les mirettes'



La fleur dans tous ses états – Bosc (Claude Tchou éditeur, 1968)

La fleur dans tous ses états - Bosc (Claude Tchou éditeur, 1968) bosc

Dans ce petit recueil, Bosc revisite le kamasoutra à l’aide de fleurs humanisées. Un des maitres de l’humour noir semble se réconcilier ici avec les choses de la vie. Sauf qu’à bien y regarder, la catastrophe n’est jamais très loin : écartèlement, pendaison, usage de fouet, certaines poses sont drôlement risquées. Il est d’ailleurs précisé en nota bene que : « l’auteur n’est pas responsable des accidents qui pourraient survenir aux lecteurs ».

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La superposition de ces formes longilignes flirte avec l’abstraction. Tout est suggéré mais pourtant très explicite. Il se dégage une belle poésie de ce trait sensible, léger, de cette économie de moyen qui permet à Bosc de toucher à l’essentiel : la fragilité de l’amour. Je découvre grâce à ce petit ouvrage de belle facture, mettant parfaitement en valeur ses dessins, que Bosc est un dessinateur de grande classe.

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j-m-bosc.com

Max Lampin – Roland Topor (Buchet Chastel, 2005)

Max Lampin - Roland Topor (Buchet Chastel, 2005) topor250x356

Topor se lâche. Il se défoule sur ce pauvre Max Lampin qu’il considère comme un clampin. Sa haine est méchamment communicative. Bien content de ne pas être l’objet de sa fougue. Cette méchanceté est d’un niveau de puérilité scatologique digne d’une cour d’école, du genre : « Max Lampin pète tout le temps » ou « Max Lampin pue des oreilles et des narines comme du cul »… Topor revisite l’anatomie du pauvre sir, en illustrant ses propos par des dessins plutôt sommaires mais très explicites, que l’on suppose réalisés sur le vif, avec la même énergie dévastatrice que ses commentaires. Lampin est un personnage banal, visage rond, dégarni et portant des lunettes, toujours représenté sous le même angle, de face, en buste. Ses expressions alternent entre joie et tristesse, façon masque commedia dell’arte. Il n’est donc pas indifférent à ce qui lui arrive et semble parfois même y trouver une certaine satisfaction. Tout comme nous…

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« Max Lampin est bien petit par rapport à ma haine. C’est un sale type, d’accord, mais pas exceptionnel. D’ailleurs, cela ne changerait rien s’il était un petit saint. Alors pourquoi m’en prendre à lui avec une telle violence, une telle hargne ? Je vais vous le dire. Lorsque, comme moi, on est vieux, pauvre, malade, humilié, bafoué, on a plus l’orgueil de ses ennemis. Le premier venu suffit. Il permet de soulager sa bile, c’est le principal. Quand celui-là aura servi, on en prendra un autre. L’important, c’est de ne pas crever de rage. » (Roland Topor)

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Lampin a fait la joie des lecteurs de Charlie dès 1972…

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La diagonale des jours – Edmond Baudoin & Tanguy Dohollau (éditions Apogée, 1995)

 

La diagonale des jours - Edmond Baudoin & Tanguy Dohollau (éditions Apogée, 1995) ladiagonaledesjours

La diagonale des jours est un ouvrage qui regroupe la correspondance dessinée des auteurs-illustrateurs Baudoin et Dohollau. Echange de sensibilité, de motifs (la femme en particulier), de réflexions sur le monde, l’ humanité, l’amour… Une ballade riche et contrastée dans l’intimité d’une relation artistique plutôt rare dans le monde du neuvième art.

Cette correspondance dessinée est née de l’admiration réciproque de deux dessinateurs. L’originalité de cette démarche n’échappe cependant pas aux règles du genre. Il n’y a pas de scénario préétabli : les auteurs abordent tout ce qui leur passe par la tête, au bout du pinceau ou de la plume. Ces dessins et dialogues, ces dialogues en dessins s’étendent de novembre 1992 à novembre 1994. (note de l’éditeur)

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Je me suis demandé au départ quel liens stylistiques, quels passerelles graphiques peut-il y avoir entre le pinceau du niçois et le crayon du breton. Tout semble les opposer. L’un ne jure que par le noir tranchant sur le blanc immaculé, l’instantanéité du geste et la prise de risque sans filet, là où l’autre grave méticuleusement des hachures grises sur des dessins réfléchis, très construits, d’un réalisme appliqué. L’un est dans le geste, l’autre dans la composition. Cependant, c’est avec surprise que je découvre dans un Circus de 1980 (n°33bis) une histoire de Baudoin intitulée le retour d’Armand, dont le graphisme ressemble étrangement à celui de Dohollau. A cette époque, Baudoin usait de ces hachures grises, de ce réalisme un peu maladroit. On sent cependant déjà chez lui une attirance pour les formes vives directes, les contrastes noir et blanc purs…

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Laissons la parole aux intéressés :  

« J.B. : Pour La diagonale des jours, c’est une démarche complètement nouvelle …

B. : Non ça c’était avec un ami, et on a correspondu réellement, et puis au bout de deux ans il m’a dit ça pourrait faire un livre, peut être … Et comme moi j’aime bien sa sensibilité … et c’est ma manière aussi, peut être, de me dire comme ça il va être édité et ça peut l’aider. Voilà, c’est un truc d’amitié.

J.B. : Pourtant c’est quand même vraiment nouveau la correspondance entièrement en bande dessinée …

B. : Au fond, moi j’ai l’impression de faire beaucoup de brouillons, beaucoup de trucs, et s’il y a d’autres dessinateurs pour une histoire comme ça, de correspondance sur le monde d’aujourd’hui et tout … ça peut donner des idées, donc pourquoi pas, hein ! … Qu’ils le fassent, qu’ils rentrent dedans, ça peut être bien.
Voilà, c’est une idée que je donne de manière de faire avec la bande dessinée … Mais je vais pas continuer, non.

J.B. : Ah bon,il n’y aura pas de suite ? …

B. : Non j’ai trop de choses à raconter avec moi même … comme ça … trop, trop … J’aurai pas assez du reste de ma vie pour raconter tout ce que j’ai à raconter … Malheureusement … Je le sais déjà …
J’ai rien, hein ! On m’a pas dit « vous avez un cancer, vous allez mourir » ! Mais je sais que je n’aurai pas assez de temps. » (Du9)

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« Ton roman graphique « Pas à pas, à l’écoute du silence«  est paru il y a peu de temps aux éditions Des ronds dans l’O. C’est l’histoire d’un dessinateur réputé, spécialisé en bande dessinée de science-fiction, qui décide de quitter Paris pour la Bretagne afin de trouver le calme nécessaire à la réalisation de son œuvre. Il y rencontre une femme, avec laquelle il se lie d’amitié. Peux-tu expliquer la genèse de ce roman, qui a la particularité de se présenter sous la forme d’une bande dessinée ?

J’avais envie de faire une histoire en bande dessinée depuis plusieurs années. En 1995 est parue une correspondance dessinée, La diagonale des jours, née d’un échange épistolaire avec Edmond Baudoin dont certains aspects faisaient penser à une bande dessinée (Baudoin étant lui-même un célèbre auteur de bandes dessinées). Depuis cette publication j’avais envie de faire une bande dessinée, mais je ne savais pas précisément ce que j’allais faire et comment j’allais la faire… J’étais pris par mon travail de librairie. Et puis il s’est trouvé que j’ai eu enfin du temps pour m’y consacrer. Au tout début, j’ai fait des brouillons d’histoires. Je voyais bien un personnage, un dessinateur…(source)

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edmondbaudoin.com

Tanguy Dohollau

Mordillo Show

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Quelques grammes de finesse dans ce monde de brutes ! Guillermo Mordillo est un poète de l’humour dessiné. Chaque fois que je me replonge dans ses albums, en particulier Le Galion, Crazy Coyboy et Crazy Crazy, compilés dans l’ouvrage Mordillo Show (par l’éditeur italien Arnoldo Mondadori en 1991), j’y retrouve le même émerveillement que lors de mes premières lectures (à l’époque dans Pif Gadget), mais en découvre encore à chaque fois, tant on décèle dans cet humour à priori « gentiment enfantin », des niveaux de lectures bien plus adultes…

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Mordillo est autant à l’aise dans l’exercice du gag en dessin unique que pour nous raconter des histoires, toujours muettes. Il se situe dans un espace narratif intermédiaire entre la planche, le strip et l’illustration. Sans oublier le domaine de l’animation dans lequel il excelle également. Son graphisme rond et magnifiquement coloré, ses personnages aux « gros nez » tous semblables et pourtant tous uniques, ses animaux difformes mais très ressemblant (dont ses fameuses girafes), le style de Mordillo est rapidement devenu un langage universel. Un style associé à un humour subtil, tendre, parfois mordant, souvent absurde mais toujours juste, dénonçant bon nombre de nos travers d’homo sapiens. Ce qui a pleinement contribué à cette reconnaissance sans frontières… Un génie ce type.

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Mordillo.com

Le nouveau petit Alévêque illustré (Chiflet & Cie, 2010) / Les expulsables – Berth (Hoëbeke, 2010)

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C’est avec grand plaisir que je retrouve des collaborateurs de feu Siné Hebdo. Christophe Alevêque et Berth nous proposent deux ouvrages tout à fait représentatif de leurs univers décalés, parfois trash mais ô combien nécessaires pour garder le sourire (et le moral) dans ce climat social plutôt morose. Un humour libérateur qui nous confronte à des réalités qu’on aimerait parfois oublier, mais qu’il est essentiel de combattre (le repli identitaire, les inégalités qui s’accentuent, les politiciens véreux, les libéraux voyous, les valeurs de fraternité et de laïcité de plus en plus bafouées, etc.)

Depuis la fin de l’aventure, Siné continu heureusement de semer sa zone sur internet. Il n’a pas rejoint l’équipe de La Mèche qui, pour ma part, n’aura pas réussi à remplacer l’hebdo de Bob. Je n’accroche pas vraiment aux choix éditoriaux du journal et bon nombre des collaborateurs de Siné Hebdo que j’apprécie (dont Siné lui-même) ne font pas partie de la rédaction. Gudule, Noel Godin ou Dédé la science ont trouvé refuge dans le Psikopat de Carali. D’autres sont repartis à leurs occupations (Michel Onfray, Jackie Berroyer ou Delfeil de Ton.) et continuent de publier des livres.

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Le nouveau petit Alévêque illustré est la mise à jour de son ouvrage sorti en 2009 (Le petit Alévêque illustré). Comme ses illustres prédécesseurs Robert ou Larousse, Alévêque a « rebooter » son dico afin de coller au plus près de l’actualité. Toujours agrémenté d’illustrations de ses bons camarades. Ca fait plaisir de retrouver des dessins d’Aurel, Carali, Faujour, Large, Lindingre, Sergio, Pakman ou Siné, commentant l’actualité de leur regards vifs et acerbes.

Unitaléral, crise, diversité, pénibilité, virus, icône… Difficile de s’y retrouver dans ce langage aussi obscur qu’incompréhensible que les journalistes et les hommes politiques utilisent quotidiennement sans que personne n’y trouve rien à redire, une sorte de ronron médiatique repris au café du commerce. Personne? Non! Car Christophe Alévêque, grand défenseur de la liberté d’expression, résiste encore et a imaginé pour nous (avec la complicité d’Hugues Leroy) cette « traduction » savoureuse de 386 mots, lus et entendus un peu partout. Un décryptage plus que jamais indispensable de ce langage devenu automatique, vidé de son véritable sens, pour survivre à la médiocratie ambiante! Et quoi de mieux pour tenter de cerner la vérité qu’une bande de dessinateurs humoristiques qui en disent beaucoup plus par quelques traits de plume que bien des mots alignés dans un discours. L’alliance des deux fait la force de tous! (4 de couv’)

Berth publie Les expulsables, une série de strips qu’il avait débuté dans Siné Hebdo et a, actualité oblige, nécessairement prolongé dans cet album. Siné en fait la préface, extrait : Vous ne connaitrez de Berth que le bon coté avec ce livre. Il se penche, ici, sur la détresse humaine avec une délicatesse dont on l’aurait cru bien incapable, celle des sans-papiers en butte à la vindicte sarkosyste. Tout à coup, il se montre généreux, compatissant, chaleureux et ses dessins y gagnent en poésie. Son style à la Hieronymus Bosch évoque ici celui de Degas. On a la larme à l’œil. Ca nous repose de la bite au cul. Merci Berth, de ne pas être qu’un gros dégueulasse.

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Deux ouvrages qui font du bien et corroborent une chose : Siné Hebdo is not dead !

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