Archives pour la catégorie Plein les mirettes



Collection revue 4 (éditions En Marge, 2014)

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Pour son quatrième numéro à la couverture patchwork plutôt… originale (qui a dit moche ?), sorti en octobre 2014, la revue Collection change de format, sans pour autant perdre en qualité (une gageure, vu le niveau du n°3). Plus grande (passant d’un 16,5x23cm à un 21×29,7cm) et toujours aussi classe, Collection est une revue qui sait faire honneur aux artistes et leurs œuvres, avec ces belles impressions couleurs sur un fin papier glacé. Si « la revue autour du dessin contemporain » a changé de forme, elle conserve son concept éditorial, basé sur ces interviews/échanges faites entre deux artistes. Ainsi que son bilinguisme (français/anglais). Pourquoi changer une équipe qui gagne !

Au menu de ce quatrième opus, j’avoue ne connaître que deux artistes : Daniel Clowes et le rare Pierre La Police. Comme à chaque fois, je commence par ceux que je connais, pour découvrir les autres ensuite. Et cette fois encore, je fais des découvertes, entre les formes franches et primitives de José Maria Gonzalez, la 3D de Ronan Bouroullec, l’éclectisme coloré d’un Leon Sadler ou les obsessions noires et blanches de Karl Nawrot…

alberto do paris

Alberto Do Paris

Aussi, un article passionnant sur la peinture en aérosol pratiquée par des artistes de rue du monde entier. Une discipline à priori foutraque et stéréotypée, qui s’avère bien plus subtile et complexe qu’elle n’y paraît. Possédant ses maîtres fondateurs (Ruben « Sadot » Fernandez, Gerardo Amor…), ses techniques propres et divers courants (space art, abstraction…), le Spray Paint Art s’expose dorénavant dans les galeries, tout en conservant sa dimension marginale originelle.

Richesse des supports, des techniques, des disciplines, des motifs… Collection n’usurpe pas sa place de défricheur d’un domaine artistique où la frontière entre génie et arnaque est bien mince. Cette revue demeure pour moi une balise annuelle, rendant pleinement compte de la diversité du dessin contemporain.

pierre la police

Pierre La Police

collectionrevue.com

Absconcités – Klub (Rannou/Facéties, 2015)

absconcités

Dès sa première parution dans le Psikopat il y a deux-trois ans, j’ai tout de suite adhéré à l’univers loufoque et déjanté de Klub. Je souhaitais en parler, mais il n’avait pas encore sorti d’album. C’est maintenant chose faite grâce au camarade Maël qui inaugure sa collection Facéties avec ces fameuses Absconcités.

Klub nous démontre que le bon humour con est toujours pertinent. Que l’absurde, quand il est finement employé, apporte un recul salutaire et ravageur sur les choses absconses de l’existence (la vie, la mort, la religion, la folie, la politique, l’écologie…). Son humour  est souvent cynique et cruel (comme notre monde d’ailleurs), ne lésinant pas sur le gore et le scato. En contre-point, il use de jeux de mots foireux et de calembours à la con (genre : « Jeanne Darc Vador »). Son style « gros-nez trash » n’est pas sans évoquer ces camarades du Psiko, Ivars, Caritte ou Carali.

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Klub dénonce nos comportements « panurgiens » de primates civilisés (une formule qui n’est pas flatteuse pour les grands primates d’ailleurs), obnubilés que nous sommes par l’assouvissement de nos besoins les plus primaires et nos pulsions les plus inavouables. Mine de rien, il en dit beaucoup avec une formidable économie de moyen, touchant à chaque fois l’essence même du gag. Cadrages, attitudes, expressions des personnages, dialogues… tout ces éléments sont placés au millimètre.

Qu’elles soient réelles ou fictives, Klub convoque et revisite les figures mythiques de notre culture moderne (Babar, Batman, Darth Vador, le Diable, Dracula, Godzilla, Hitler, sorcières, extra-terrestres…). Il a une affinité particulière avec Jesus, lui consacrant une bonne dizaine de gags bien corsés. En cette période tristounette, lire du Klub devrait être prescrit.

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Editions Rannou

Crazy – Florian Pourias & Stanislas Gros (Rannou/Libres Courts, 2014)

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Crazy est le premier ouvrage de la jeune maison d’édition Rannou, dans la collection Libres Courts. Maël a crée cette structure afin de présenter les diverses formes possibles du lien entre textes et images. Bande dessinée, dessins humoristiques, textes illustrés… Dans ce cas présent, un poème théatral illustré.

Florian Pourias nous raconte la folie, celle qui détruit. Un thème difficile. Car tenter de décrire la structure mentale d’une personne qui se déconnecte de la réalité est quasi impossible, tant on ne peut rationaliser (par l’exercice de l’écriture) ce qui échappe à la raison. Toutefois, les choix narratifs de l’auteur – structurant son récit entre les pages de gauche qui nous installe dans la tête du personnage principal, ses pensées, ses ressentis et les pages de droites qui racontent ses relations au monde, le dialogue avec son médecin – conviennent parfaitement pour rendre compte du décalage permanent entre la vie intérieure du sujet et ses interactions avec le monde extérieur. Ces allers-retours constant entre ces deux dimensions font la force du récit. Comme il est dit en préface : « le texte est donc partagé entre raison et folie, à l’image du protagoniste ».

Loin de brouiller les pistes ou d’être redondantes, les illustrations de Stanislas Gros (au noir et blanc expressif) apportent une troisième dimension au récit. Parfois les images racontent et amènent des pistes de compréhension. Parfois les textes illustrent la psyché du personnage en prenant la forme de calligrammes disloqués.

Crazy est une expérience de lecture assez unique, qui nous demande une petite gymnastique pour en saisir toute les subtilités. Et ça vaut le coup !

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Editions Rannou

 

 

 

Art Monstre (Café Creed, 2013)

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Revisiter par la bande le thème du Monstre dans l’Art, telle est l’ambition première de cet ouvrage. Non pas la figure du Monstre, mais plutôt ses créateurs. Ces démiurges de l’ombre qui, au travers de leurs œuvres hallucinantes, effrayantes pour certains, poétiques pour d’autres, nous confrontent à la bête qui est en nous. Comme le précise Bataille,« Le « monstre » est une anomalie effroyable mais il est aussi peut-être, celui qui doit exister »(in « Gilles de Rais »). Les 22 auteurs invités pour l’occasion ont quatre planches chacun pour aborder le maître du monstrueux qui leur semble le plus significatif, qui les a sûrement traumatisés.

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Nicolas Gazeau

Il est d’évidentes rencontres. Terreur Graphique use de ses difformités et de ce noir et blanc tranchant plutôt dérangeant – qu’il a exploré dans son remarquable Rorschach – pour aborder le cinéaste fou Tod Browning. Nicolas Gazeau imagine la première rencontre entre David Cronenberg et William Burroughs, à l’occasion de l’adaptation du Festin Nu, évoquant par des détails les œuvres monstres du réalisateur canadien (La Mouche, Videodrome ou Scanners…) qui ne peuvent que satisfaire l’écrivain junkie. Le choix d’une itération iconique (contrainte oubapienne spécifique au vocabulaire BD) est judicieux pour accentuer cet impression d’espace-temps suspendu. Le trait réaliste et torturé de Natacha Sicoud convient à merveille pour mettre en scène les sculptures hyperréalistes et démesurées de Ron Mueck. Les dessins noirs et blancs épurés de Monsieur Pimpant focalisent sur les sculptures (sex-toys) déformées d’Hans Bellmer. Le graphisme proche de la gravure de Matthias Lehmann ne peut que convenir pour présenter les œuvres du graveur Jacques Callot. Usant d’images fortes, brutes et colorées, Thibault Balahy (qui est à l’initiative de ce projet) retrace le parcours artistique de David Lynch en quelques étapes clés. Dr Lagrange use de photomontages et couleurs flashy pour parler du roi du Pop Art. Laureline Mattiussi perd littéralement la tête face à l’univers déjanté de James Ensor…

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Thibault Balahy

Si l’on retrouve des artistes incontournables, j’en découvre qui m’étaient parfaitement inconnus : Pierre Molinier par Rémy Cattelain, Mikhaïl Boulgakov par Lorenzo Chiavini, José Mojica Marins par Taillefer et Caetano, Joel Peter Witkin par Amandine Ciosi. D’autres par contre, étonnent de par leur présence. Cependant, le Monstre n’est pas que synonyme d’horreur, de cruauté et de folie. Il symbolise aussi l’autre, l’étranger, le différent. Métaphore de ce qu’il peut y avoir de dérangeant dans l’humanité. De fait, Pierre Culliford, alias Peyo, ou Hayao Miyazaki ont légitimement leur place aux côtés des Hans Bellmer ou autres James Ensor. L’auteur de la préface rappelle, à juste titre, qu’il manque d’inévitables créateurs qui ont placés le monstre au centre de leurs préoccupations artistiques, tels que Druillet, Breccia, Moebius, Burns, Blanquet, Konture, Woodring ou le Japonais Shigeru Mizuki. J’ajouterai quelques incontournables oubliés : Goya, Lovecraft, William Blake, Odilon Redon, Jodorowski ou Topor…

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Ambre

L’ensemble varie en fonction des univers graphiques de chacun. On passe d’un style à l’autre, d’un monstre à l’autre, dans une parfaite complémentarité. Certains auteurs paraissent plus « armés » pour aborder ces figures légendaires : le noir et blanc expressionniste d’Ambre sied parfaitement à l’univers sombre du dessinateur Alfred Kubin. Alors que le style humoristique de Lucas Varela paraît trop léger pour évoquer l’enfer de Dante. Mais c’est là que réside tout l’intérêt de cet ouvrage : prendre définitivement conscience que les clivages n’ont plus lieu d’être, que le médium est depuis longtemps assez mature pour rejeter tout complexes vis à vis des autres Arts. Comme il est rappelé en préface : « Qu’on l’appelle Neuvième Art ou pas, elle conserve, quand elle ne se contente pas de recycler ses vieilles recettes, un formidable appétit pour les autres formes artistiques ».

La bande dessinée, dans sa variété narrative et formelle, peut apporter de nouveaux regards, des réflexions originales sur tous les domaines artistiques qu’elle aborde. Anne Simon (s’attaquant à Adam et Eve chez Hieronymus Bosch) ou Lucas Varela nous le démontrent, un graphisme léger et enfantin peut rendre compte avec pertinence d’une esthétique dérangeante et dérangée.

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Lucas Varela

A priori, les Arts visuels supportent mieux le passage par la bande. Les images fortes d’un film (Browning, Lynch, Murnau) ou d’un peintre (Bosch, Ensor, Warhol) deviennent – lorsqu’ils sont revisités par un autre dessinateur – de formidables citations, à l’incroyable puissance d’évocation (voir les superbes planches chronophotographiques de François Matton, retranscrivant les dernières secondes de Nosferatu). Mais les monstres littéraires ne sont pas en reste (Jonathan Swift par Sophie Darcq et Yann De La Ronde, Le vilain petit canard d’Andersen par Cléo Germain).

Un ensemble hétérogène. Il y manque peut-être une ligne directrice plus précise (au niveau des domaines artistiques, des époques, des genres…). D’un autre côté, cet Art Monstre amène de nombreuses découvertes, et nous démontre à chaque page, la monstrueuse diversité de la neuvième chose. A ce titre, c’est clairement réussi.

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Natacha Sicaud

Art Monstre

Café Creed

 

Top, Or…

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C’est vrai qu’il est régulièrement réédité le bougre. Et à chaque fois, j’ai l’impression d’une nouvelle rencontre. Normal me direz vous, puisse qu’il est multiple et a œuvré dans d’innombrables champs. On en découvre encore. Un dingue indomptable, qui ne supporte aucunes barrières. Qui grave les mots et les formes avec la même désinvolture. Qui laisse dans le marbre les traces de son incompréhension du monde. Qui sublime l’horreur pour mieux la dénoncer…

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Les éditions Wombat continuent leur superbe travail de réédition des œuvres de Roland. Après La plus belle paire de seins du monde en début d’année, ils s’attellent cette fois ci à un aspect peu connu de l’artiste : auteur de bande dessinée. Strips panique regroupe toutes ses histoires par la bande (dont l’intégrale de La vérité sur Max Lampin), qu’il a semé tout au long de sa prolifique carrière (de 1962 à 1996). Étonnant pour quelqu’un qui, de son propre aveux, n’a jamais vraiment été attiré par la neuvième chose. Ses histoires ont plutôt la forme des illustrés d’antan (texte en cartouche sous le dessin ou format strip des quotidiens presse) que des planches BD modernes. A l’exception notable de P’tite Mort, diffusée dans le premier numéro du Psikopat. Comme s’il associait le neuvième art à ses lectures d’enfances, et ne le considérait pas comme un mode d’expression important. Dommage pour les fans comme moué, ils nous restent à imaginer ce qu’aurait pu donner un roman graphique de Topor…

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Autre aspect plus connu, mais qui méritait bien une anthologie d’au moins 360 pages, c’est le Topor dessinateur de presse. Depuis son premier dessin publié en couverture de la revue Bizarre en 1958, puis dès 1961 dans Hara-Kiri, on sait le Roland fidèle à cette discipline, dans laquelle il est rapidement devenu un maître de l’humour noir et surréaliste. Un espace très codifié (lien avec l’actualité, parfaite lisibilité…) qu’il pervertit de l’intérieur en y injectant une forte dose d’obsessions et fantasmes. De grands « coups de poings dans la gueule » comme le dit Jacques Vallet en préface. Un magnifique ouvrage des Cahiers Dessinés.

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Le romancier et critique littéraire Salim Jay dit Merci Roland Topor. Merci à l’ami, à l’homme, à l’artiste. Un récit de prime abord décousu, reposant sur une succession de souvenirs et de thèmes sans rapport apparent (Topor face à Dieu, la Belgique, la philosophie, Godard et Duras, le Mexique…) mais qui dans le fond, dresse un panorama plutôt complet de l’artiste. Souvenirs de lecture des œuvres de Roland, souvenirs de personnes l’ayant rencontré ou écrit sur lui, Salin Jay convoque un casting aussi improbable que celui des Mémoires d’un vieux con, dressant ainsi ce qu’on pourrait nommer un « réseau Topor ». Salim ne cache pas son admiration (partagée) et rétabli quelques contre-vérités, le tout dans un style tendre et franc. Une écriture confidente qui rend la lecture passionnante.

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