Archives pour la catégorie Plein les mirettes



Don Quichotte de la Manche – Cervantes Saavedra (H. Laurens éditeur, 1976)

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Encore un bel ouvrage chiné chez mon libraire : Don Quichotte de la Manche de Cervantès, superbement illustré par Henry Morin. Ce livre nous propose une version abrégée de l’œuvre originale, destiné au jeune public. L. Tarsot s’est servi de la traduction de Florian pour cet abrégé. Certes, il aurait été préférable d’avoir la version définitive mais cet ouvrage vaut surtout pour les magnifiques illustrations d’ Henry Morin (1873-1961). Il fit ses études aux Beaux-arts de Paris. A partir de 1906, il se spécialisa dans l’illustration de livres pour enfants (les contes de Grimm, de Perrault, La Fontaine…). Il fut entre 1897 et 1925 l’un des principaux illustrateurs de la revue Mon Journal. Il contribua également au Petit français illustré et à La Semaine de Suzette.

Œuvre universelle, Don Quichotte est un des livres les plus répandus dans le monde (après la Bible bien sur). Il est traduit dans toutes les langues. Par contre, il semble difficilement adaptable au cinéma et de grands réalisateurs (Disney et Dali, Orson Wells ou Terry Gilliam) s’y sont cassés les dents. 

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On rit du pauvre Chevalier de la Triste Figure, mais on l’aime toujours et on l’admire parfois. Ce qu’il rêve vaut mieux que ce qu’il fait. Son malheur, c’est d’avoir conçu un idéal trop haut et trop pur, incompatible avec la platitude des réalités.Lorsque le pauvre homme sort du monde supérieur où vagabonde sa pensée généreuse, il reste étourdis par ses songes, et les bévues qu’il commet alors prêtent à rire à ceux qui sont incapables de s’élever jusqu’à lui. […] Le brave écuyer Sancho n’est pas non plus un modèle à dédaigner. Certes, il ne plane pas aussi haut que son maître. Il craint les coups (quoique sachant les rendre à l’occasion) et garde quelque soucis de ses intérêts matériels, mais quel bon cœur, quelle raison savoureuse, quel esprit naturel en sa naïveté ! Il est l’inséparable compagnon de son maître et, dans l’admiration universelle, il chemine au même rang que lui. (L.Tarsot en préface de l’ouvrage).

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Le grand philosophe Platon disait « qu’il est des rêves où il est beau de s’enchanter soi-même ». Le rêve de Don Quichotte est de ceux-là ; mieux vaut se tromper comme lui que de croupir dans l’égoïsme et la veulerie. Il est des conjonctures où faire le Don Quichotte est un devoir. (L.Tarsot)

 

Les aventures non-officielles de Tintin

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Charles Burns…

Icône absolue de la Bande Dessinée, notre reporter ne pouvait échapper à la parodie. Signe de reconnaissance, ou d’irrévérence envers le chef d’œuvre d’Hergé ? J’opte bien évidemment pour la première proposition. Comme l’imitation, la parodie est un signe de respect. On ne parodie que ce qu’on aime… Mais tout le monde ne l’entend pas de cette façon -en particulier Moulinsart Productions- et bon nombre de ces parodies sont interdites ou restent marginales. Voir le scandale qu’a causé la couverture de Goossens pour Fluide Glacial. On ne doit pas toucher à l’intégrité de Tintin ! Comme s’il s’agissait d’une personne réelle…

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Goossens…

Les parodies à caractère sexuel sont certainement les plus nombreuses et les plus variées (plus ou moins humoristiques, pornographiques…). Ce qui est logique car les spéculations sur une éventuelle vie sexuelle de Tintin sont légions (s’il en a une, quels sont ses préférences, son orientation, ses relations..?). Allons, soyons honnêtes, qui n’y a jamais songé en relisant ses aventures ? Nous grandissons avec Tintin mais lui ne vieillit pas. Avec le temps notre point de vue change et s’oriente plus vers ces choses là, c’est normal (comment ça obsédé !?).

Le belge Jan Bucquoy est certainement celui qui a été le plus loin (un des Dupondt serait en fait une femme !), avec le plus de talent, et de respect pour l’œuvre d’Hergé.

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Cette « tradition » de parodie érotique remonte à quelques décennies maintenant… Voyez celle-ci qui date de 1962 et dessinée par Wolinski dans Hara-kiri… Elle n’est pas très « hot », mais resitué dans le contexte de l’époque, c’était osé ! 

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Autre type de parodie, celle qui consiste à utiliser le matériau de base afin de réinventer totalement une aventure de Tintin (en 62 pages). La plus connue est « Tintin en Irak », qui a fait parlé d’elle récemment suite au procès intenté par Moulinsart Productions contre une personne qui avait édité en album et vendu sur internet cette parodie. On peut tout de même la visionner entièrement et légalement sur : Tintin en Irak

L’auteur à sélectionné des cases de différents albums et les a ré-assemblé afin de nous raconter, de façon parodique bien évidemment, la deuxième guerre du golfe. Tous les protagonistes sont présents : Bush junior, Ben laden, Chirac, l’ONU…
Tintin (de par sa « neutralité ») représente toutes les parties : il est un opposant à la guerre, un représentant de l’ONU, un membre du gouvernement iraquien ou américain, etc.

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Extrait frappant de Tintin en Irak

Mais la démarche la plus remarquable, qui relève d’un véritable exploit, nécessitant un grand talent et une passion sans bornes pour Tintin, est celle d’avoir osé terminer « Tintin et l’Alph’art » ! Le rêve de nombreux fans…

Des dessinateurs (ainsi que des étudiants en Art) ont ainsi créé leur version de l’Alph’Art… Il est intéressant d’observer les différences de regards, de techniques, de découpages, de scénarii… Le meilleur est sans conteste Yves Rodier, qui a dessiné, scénarisé, coloré, découpé en 62 pages d’une façon exemplaire (malgré quelques petites imprécisions).

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Ces divers projets (il y en a tant d’autre à découvrir sur l’excellent site Tintin est vivant) sont dut à la persévérance de fans, dont l’imaginaire a été nourri aux aventures de Tintin. Par leurs démarches, ils rendent leur hommage et contribuent à perpétuer le mythe de Tintin. Comme l’ont également fait des artistes reconnus (Roy Lichtenstein, Bilal, Tardi, Keith Haring, Savignac, Loustal, Burns…)

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Loustal…

Roland Topor – Made in Taïwan, copyright in Mexico (1997 éditions du Rocher) / Pavé Topor (1994 DTV)

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Dès que je peux trouver un ouvrage de Topor à un prix raisonnable, je le prends ! Mais malheureusement, il n’a souvent publié que confidentiellement, à petit tirage, au sein de petites maisons d’éditions (Losfeld, Pauvert, DTV, Balland, Atelier Clot… Ce qui explique la difficulté d’en chiner et les prix exorbitant pour une édition originale. Mais ça vaut le coup d’être patient pour dénicher la bonne affaire.

Roland Topor est un artiste polymorphe. Virtuose du dessin (un style académique qui contraste avec des thèmes surréalistes), Maître de l’humour noir, collaborateur de la première heure à Hara-Kiri, co-fondateur du mouvement Panique, auteur pour le théâtre (de l’absurde essentiellement) et la télévision (avec son ami JM Ribes), nouvelliste (dont le fameux Café Panique), parolier, romancier (a écrit une petite dizaine de romans dont Le Locataire Chimérique qui sera adapté au cinéma par Polanski). Illustre illustrateur (des œuvres de Gogol, de Perrault, Swift, Tolstoï…), il a conçu, entre autre, les décors et personnages de La Planète Sauvage de René Laloux. Acteur dans le Nosferatu d’Herzog, il a aussi taté de la BD dans les premier numéro du Petit Psikopat Illustré de Carali. Bref, Roland Topor est un monstre, certainement le plus humain des monstres…

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Made in Taïwan, copyright in Mexico est le dernier ouvrage de Topor paru de son vivant. Ce recueil de nouvelles et d’illustrations aborde, comme par hasard, le thème de la Mort… « La frontière entre la vie et la mort n’est pas aussi précise qu’on le prétend. Beaucoup de vivants portent déjà en eux leur propre sépulture et n’existent plus que par habitude, alors qu’un jeune cadavre abrite encore des cellules bien vivantes, qui s’activent comme si de rien n’était […] Les morts traversent dans l’illégalité la ligne de pointillés qui sépare l’au-delà de l’en-deçà pour se payer du bon temps du côté de la vie en se moquant des marionnettes du libre arbitre, ou pour se plaindre en les prenant à témoin. Symétriquement, certains vivants se faufilent entre deux rondes de gabelous pour explorer et conquérir de nouveaux territoires, ou pour trafiquer avec leurs complices établis de l’autre côté de la vie ». Les illustrations -les photomorphoses- sont faites à partir de photographie que Topor a retravaillé, redessiné. A la manière des surréalistes (je pense à Max Ernst), il détourne le sens premier de la photo pour y faire apparaître de nouvelles formes, en les soulignant d’un trait. 

Topor Pavé est un recueil de poésies illustrées reprenant l’intégrale de Rumsteak plus des inédits. Leur structure et leur rythme font plutôt penser à des chansons (d’ailleurs certaines sont des chansons). Pas étonnant que François Hadji-Lazaro ait interprété ses textes (François détexte Topor). Les illustrations sont plutôt des crobars qui semblent avoir été dessiné à la va-vite, au coin d’un zinc. Le génie de Topor réside aussi là, dans cette impression de « bâclé ». Ce qui n’est évidemment qu’une impression…

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Articles de Philippe Krebs sur Topor et Panique : http://hermaphrodite.fr/article629

Contes des Monts et Merveilles (1987 éditions Gründ)

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Illustration de Alfons Mucha

Sorti en 1988 (réédité en 2000), ce magnifique ouvrage nous présente une vingtaine de contes, certains d’auteurs connus et reconnus (Frères Grimm, Tolstoï, La Fontaine), d’autres de diverses traditions (anglaise, lituanienne, allemande, française, suédoise ou grecque).

Chacun de ces contes est richement illustré par un artiste de l’époque Art Nouveau, avec la présence du plus emblématique : Alfons Mucha. Je découvre ici avec bonheur de formidables illustrateurs, les anglais Walter Crane et Aubrey Bearsley, les français Eugène Grasset, Henri Rivière et Maurice Boutet de Monvel, les tchèques Frantisek Kupka et Josef Lada, le suédois Carl Larsson, le russe Ivan Bilibine… Quel plaisir de (re)découvrir ces contes, merveilleusement illustrés.

Grâce aux travaux de Bettelheim (Psychanalyse des contes de Fées), on sait que le conte exerce une fonction thérapeutique et formative, d’où son immense portée pédagogique. Le jeune enfant projette sur les personnages des contes de fées ses propres fantasmes et parvient ainsi à s’en libérer. En lisant, il enrichit son imagination et trouve une réponse concrète et précise à ses angoisses. Et cela vaut également pour l’adulte, qui ne manquera pas d’y projeter ses fantasmes les plus libidineux (comme nous le démontre Gotlib dans son Rhaa Lovely). Il n’y a pas d’age pour en lire, les contes de Fées se lisent sur plusieurs niveaux…

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Illustration de Julius Diez pour La Belle au Bois Dormant

DADA et les temps modernes

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Je vous propose un superbe texte écrit par Greg, le frère de l’ami Alibabos, doctorant en philosophie, à propos de l’affaire Pinoncelli contre la fontaîne de M. Duchamps.

Je suis entièrement d’accord avec ses commentaires, j’y rajoute mes impressions…

« Le mercredi 25 janvier de cette année [2005], nous apprenons par voie de presse que Pinoncelli, artiste dadaïste à la longue carrière, a été condamné par la 28ème chambre du tribunal de grande instance de Paris à trois mois de prison avec sursis et 200 000 euros d’amende pour la «dépréciation » de l’urinoir de Marcel Duchamp. L’artiste a en effet donné un coup de marteau à l’objet.
Posons la question suivante : l’artiste a-t-il porté atteinte à l’œuvre d’art ? Notre réponse est sans appel : non. Bien plus, il l’a préservée.
En effet : Où se trouve l’art dans la fontaine de Mutt ? Sans doute pas dans l’objet, celui-ci est un urinoir quelconque, un objet fabriqué en série, en tout point identique à ceux que nous pourrions trouver dans des toilettes publiques. C’est un ready-made. L’art bien sûr réside dans le geste de Duchamp qui détourne l’objet de sa destination pour l’exposer dans un musée.
En touchant à l’objet, on n’enlève rien au geste. L’art se tient dans le concept.
Mais il faut bien sûr aller plus loin : quelle est la signification du geste de Marcel Duchamp ? En exposant un urinoir dans un musée, Duchamp nous provoque, suscite notre indignation, notre interrogation, c’est à dire nous éveille à nous même et à notre respect quasi religieux pour tout ce qui se trouve exposé, institué, fasciné que nous sommes par l’objet plutôt que par le geste, ordre industrieux, finalité de la fabrication, tout à son résultat, conception utile certes, sauf à la création.
Or qu’avons-nous fait ? Comme le montre dans sa cruelle évidence la réaction du tribunal ainsi que la côte de la Fontaine estimée à 2,8 millions d’euros, nous sommes retourné à l’objet, oublieux de l’idée.
C’est donc nous, société, représentés par l’institution juridique et culturelle (le centre G. Pompidou c’est porté partie civile dans cette affaire, niant par la même sa vocation à soutenir la création et l’art vivant, sa raison d’être) qui avons, bien avant le salutaire coup de marteau, détruit l’oeuvre de Marcel Duchamp.
Salutaire, au regard de ce qui vient d’être dit, c’est ainsi que nous qualifions le geste de Pinoncelli : en s’attaquant à l’objet, l’artiste nous renvoie au geste, au sien bien sûr mais avant tout à celui de Duchamp. Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme.
Car enfin, c’est de ce conformisme dont il faut parler. Voici les mots de la présidente de la chambre : «Avec orgueil, vous croyez pouvoir vous affranchir des règles de la société. Cet aspect de votre personnalité pose problème.» Ce véritable rappelle à l’ordre signe la mort de l’art et au-delà, nous le craignons, de toute politique vivante. Car à faire taire le bouffon, ce personnage qui dans la cour du roi est seul à pouvoir se moquer, c’est notre propre orgueil que nous célébrons : toute critique sera hérétique, toute mise en évidence de ce qui est de l’ordre du comportement, c’est-à-dire de l’automatisme préconscient et acritique, sera insupportable et passible du tribunal.
Disons le fortement : l’artiste n’est pas un délinquant, il est notre vigilance. L’incapacité dans laquelle nous sommes de distinguer un geste authentiquement artistique, héritier d’une histoire que nous nous devons de connaître et un pur et simple vandalisme, le peu d’intérêt que cette affaire suscite, montre si besoin est, le malaise dans lequel nous nous enfonçons et notre refus d’être dérangé dans ce naufrage.
J’en appelle donc à un sursaut de tous ceux encore capable d’apprécier la franchise de l’ami pour ce qu’elle est, à savoir une chance. »
Greg.

Je spécule, mais il me plait de penser que Duchamp lui-même aurait apprécié le geste de Pinoncelli. N’oublions pas que Marcel a collaboré à dada, en inventant le ready-made. Il a poussé l’idée de façon poétique en créant le ready-made malheureux : il demanda à sa soeur d’accrocher un manuel de géographie sur son balcon « de sorte que le vent en tourne les pages et choisisse les problèmes que le temps se chargerait de détruire ». Il n’intervient pas dans le processus créatif. Sa soeur et le vent créent l’oeuvre, le temps le détruit. Ceci nous montre bien que Duchamps se désintéresse de l’objet et du geste. Il est dans le concept pur. L’oeuvre ne lui appartient pas. Il n’a gardé aucune trace et ce ready-made qui n’a de fait jamais été exposé.

Son détachement de l’oeuvre et du geste, son rapport au temps, à la déterioration par le temps (voir « le grand verre ») m’incite à penser que Duchamp aurait apprécier de reconsiderer « sa » fontaine comme un ready-made malheureux.

Marcel avait beaucoup d’humour et dada n’était qu’une vaste blague. Prenons son L.H.O.O.Q. (la joconde à moustache), Duchamp a « vandalisé » une carte postale de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Et qu’a fait Pinoncelli ? Si ce n’est « vandaliser » un urinoir de serie représentant une grande oeuvre d’Art. Bien sur, son geste va plus loin que cette « mise en echos dadaïste » car comme l’écrit greg : « Tel un restaurateur, il redonne vie à l’œuvre dans sa prime ferveur. Loin de « déprécier » l’œuvre, il l’apprécie à sa juste valeur, comme nous ne pouvions le faire, amnésique d’une évolution de l’art d’après guerre, tout à notre conformisme ».

La Fontaine d’R Mutt a été jugée à l’époque comme un acte de vandalisme et de provocation par rapports aux « règles de l’Art ». Elle est maintenant considérée comme une oeuvre majeure du XXème siecle. Peut-être faudra-t-il plus de temps pour reconnaître la Fontaine de Pinoncelli ?

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