Archives pour la catégorie Plein les mirettes



Pour l’humour de l’Art – Quino (Glénat, 2007)

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On compare souvent Quino à Schultz. Deux auteurs prolifiques, mondialement connus pour leur série phare, œuvre de toute leur vie. Mais si Schultz a consacré sa carrière exclusivement à ses Peanuts, Quino lui, n’a pas œuvré que pour Mafalda. Ces deux séries possèdent de nombreuses similitudes. Elles mettent en scène des enfants (« kid strip ») qui pensent et s’expriment comme des adultes sur les divers problèmes de société. Même si Mafalda est plus politisée… Et tel Chas Addams, qui n’a pas uniquement dessiné La Famille Addams, ni Sempé Le Petit Nicolas, Quino est aussi reconnu comme un grand dessinateur humoristique, œuvrant pour la presse (culturelle, actualité…), l’illustration. 

Cet ouvrage Pour l’humour de l’Art (première édition en 1982), nous permet de prendre la pleine mesure du génie de Quino. Avec son humour à priori gentil, mais réellement mordant, il passe ici au crible les travers de l’Artiste (peintre, musicien, sculpteur, écrivain…) à la fois mégalo et peu sûr de lui, ainsi que ceux des spectateurs-auditeurs, les critiques, les commanditaires… Tout en partageant ses réflexions sur la création, l’art moderne, les nouvelles technologies…

Virtuose du dessin, son trait rond,  »tremblotant » et pourtant dynamique est d’une précision imparable. Rien n’est fait au hasard, le moindre pli de manche, la posture des personnages, les expressions des visages… Une richesse dans les détails qui n’entrave en rien la lisibilité de ses dessins. Tout est minutieusement réfléchi, alors que chaque dessin donne l’impression d’être fait sur le vif… Quino maitrise autant la technique du gag en dessin unique (sans textes pour la plupart), que la planche séquencée propre à la bande dessinée (avec quelques phylactères). Admirable.

Sempé, un autre de mes maîtres, français né en août 1932 (je suis né en juillet 1932), que je considère, avec moi, comme un des derniers exposants d’un genre d’humour en extinction, l’humour humaniste, qui n’est pas corrompu par la satire de la politique du moment. Ses dessins, ainsi que les miens, ne produisent pas le fou-rire, ils doivent être regardés attentivement, même réfléchis. Disons que je le considère comme un frère, pas de sang, car je ne l’ai vu qu’une fois et rapidement, mais comme un « frère d’encre ». (Quino)

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http://www.quino.com.ar/frances/quino_bio30.htm

Roland Topor ou le rire étranglé (Buchet Chastel, 2007) / Topor traits (Scali, 2007)

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Topor toujours et encore… Je ne me lasserai jamais de découvrir son œuvre aux multiples facettes… Et même s’il est très difficile de se procurer ses livres, on a eu la chance de voir sortir récemment pas moins de 4 ouvrages sur le très talentueux Topor (à l’occasion des 10 ans de sa disparition en 2007). Ainsi qu’une réédition (chez Attila), sous le titre Défouloir, de deux recueils historiques de ses dessins cruels : Les Masochistes (1960) et La Vérité sur Max Lampin.

Comme le dit très bien l’entarteur littéraire Noel Godin (dans Siné Hebdo n°41) : Topor a du bol. Les quatre moelleux ouvrages axés sur ses frasques, parus ces dernières années, assortis d’une tripotée d’illustrations pimentées, sont tout à fait au poil et ne font pas quadruple emploi. Les fanas de TTT (soit le turbulent touche-à-tout Topor) ne se sentiront pas pigeonnés par Topor, l’homme élégant, orchestré par Christophe Hubert (Les cahiers de l’humoir, Hermaphrodite) ; (Presque) tout Topor, de Laurent Gervereau (Alternatives) ; Topor traits, de Daniel Colagrossi (Scali) et Roland Topor ou le rire étranglé, de Frantz Vaillant (Buchet-Chastel), une ébésillante bio.

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Je me suis pour ma part procuré ces deux derniers ouvrages. Roland Topor ou le rire étranglé est une excellente biographie qui nous en apprend beaucoup sur sa vie d’artiste et sa vie d’homme. Sur la relation privilégiée qu’il entretenait avec son père Abram, artiste peintre, qui l’a soutenu (sans le forcer) afin de devenir un artiste accompli, libre et heureux de faire ce qu’il désir. Le désir justement, la passion, sont les véritables moteurs de l’œuvre toporienne.
Topor était un personnage unique, entier. Qu’il soit en famille, en train de créer ou au zinc, Topor restait Topor, dont le rire légendaire était le ciment de cette personnalité complexe.

L’ouvrage de Daniel Colagrossi, Topor traits, est admirable. L’auteur a pris des centaines de clichés de son ami (entre 1985 et 1997, lors de rencontres amicales, d’expositions…), qu’il n’a développé que 3 ans après la mort de Roland
La magie de la photographie opère : Topor ressurgit à travers la nostalgie et l’amitié qui se dégagent de ces images en noir et blanc. Un album de famille se dessine. Pour confronter ce travail sur l’image, Daniel Colagrossi propose à des proches de l’artiste de lui rendre hommage en livrant leur témoignage. Lettres, poèmes, dessins, documents s’accumulent. Pour couronner le tout, Nicolas Topor, le fils de l’artiste, dévoile une centaine d’œuvres inédites de son père, publiées pour la première fois dans cet ouvrage…
Ces témoignages d’affections et ces documents inédits nous permettent d’en savoir un peu plus sur la personnalité de cet artiste hors-normes et inclassable !

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Film réalisé et monté par Frantz Vaillant

L’Album Goscinny – Phil Casoar & Jean-Pierre Mercier (Les Arenes, 2002)

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Sorti en 2002 aux éditions « Les Arenes », l’Album Goscinny est un superbe ouvrage de Phil Casoar et Jean-Pierre Mercier. Les auteurs ont surtout accompli un formidable travail d’archiviste (avec l’aide précieuse d’Anne Goscinny, la fille de René) en nous proposant, non pas une énième biographie, mais un recueil de textes inédits, introuvables, BD cultes, pages d’anthologies… L’oeuvre de Goscinny y est passé en revue, de 1959 à 1974, c’est-à-dire de la création de Pilote à son départ de la rédaction (il s’investira pleinement dans le cinéma durant ses 3 dernières années).

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Autoportrait

Découpé en sept chapitres – pour nous guider dans cet album, Bruno Léandri s’est amusé à pasticher le journal intime de Chaprot, de la petite école à la fac – chacun d’entre eux nous offre son lot d’images et de textes inédits. Beaucoup de textes inédits de Goscinny, un régal ! Pas de nostalgie dans cet ouvrage, tant son humour et son style demeure toujours aussi moderne, hors du temps. Il a accompli une œuvre admirable (en tant que scénariste et rédacteur en chef), dont on est loin d’avoir fait le tour…

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A l’occasion des 30 ans de sa disparition en 2007, Pascal Ory a sortie une biographie définitive de Goscinny, sobrement intitulée : Goscinny, la liberté d’en rire, que je suis en train de dévorer… Goscinny voulait avant tout être dessinateur. Jusqu’à l’age de 30 ans, il avait l’ambition de devenir illustrateur (comme Cavanna, l’autre monstre de la presse des années 60-70). Mais déjà, il scénarisait lui-même toutes ses histoires. Il est d’emblé un auteur complet…

Voici quelques dessins du jeune Goscinny. Durant les années 1940-44, ses caricatures mettent très vite en scène les acteurs principaux de l’actualité : De Gaulle, Churchill, Hitler, Mussolini…

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« Je ne lache une image que quand je ne peux plus mettre de gags dedans »

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L’inspecteur Dick Dicks, scénarisé et dessiné par Goscinny…

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La Vallée des Hommes Perdus – Irène Frain & André Juillard (éditions DS, 1994)

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La romancière Irène Frain et de dessinateur André Juillard nous racontent leur périple effectué au fin fond du Madhya Pradesh, sur les traces de Phoolan Devi, la célèbre femme-bandit indienne qui terrorisa l’Inde au début des années 80.

C’est un carnet de voyage à quatre mains, dont chacun tire profit des qualités artistiques de l’autre. Sur les pages de droite, les aquarelles de Juillard, sorte de polaroïds, d’instantanés (tous de même format) apportent une sérénité qui contraste admirablement avec les écrits de Frain (pages de gauche) qui puise dans le passé, l’histoire de la région, de Devi et évoquent souvent la souffrance, la mort…

Célèbre auteur de bande dessinée, Juillard nous démontre ici qu’il est aussi un remarquable illustrateur. Ses dessins aux traits légers, vifs, sont d’une grande rigueur académique, associés à des couleurs aquarelles subtiles et intenses…  Un beau livre.

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La terre ici n’est qu’écorchure, plaie vive, offerte à toutes les douleurs. A se demander comment survivent les villages enserrés dans les profondes crevasses. Hormis le fleuve où roulent les germes du Mal, le paysan n’a d’autre horizon que ce maquis de fissures et d’ornières, grumeleuse pellicule entaillée de lézardes, labyrinthe au sol gercé par les mois de fournaise, gouffre de boue dès l’heure où la flagellent les premières pluies de mousson. Néant blafard où vont se perdre, depuis que le monde est monde, les chimères des vivants et les cendres des morts. (Irène Frain)

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Le matin, en descendant vers les puits, vers les quelques sources encore vierges de l’Esprit de Révolte, les paysannes entonnent les chansons qui racontent l’histoire du fleuve, l’inexorable enchaînement de vengeances et de haines qui voue le pays aux forces des ténèbres. (Irène Frain)

DESSINS POLITIQUES – Siné (J.J.Pauvert éditeur, 1965)

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Siné est depuis toujours –et pour toujours- non pas un « anti-tout » comme certains aiment à le réduire, mais un anti-cons (au pluriel). Il s’attaque surtout à la connerie institutionnalisée : l’armée, la religion, les politiques colonialistes, le capitalisme, la bourgeoisie…

Pour lutter, il a su créer une forme d’humour particulier. Dans le fond, Siné a toujours conservé sa ligne de pensée : insoumis et sans concessions. Son champ d’action n’a pas changé non plus. C’est un activiste du dessin d’humour, domaine qu’il n’a cessé d’explorer avec jubilation (du moins pour ses lecteurs), pour dénoncer les abus de pouvoirs et les répressions de tout ordre, le plus efficacement possible.

Ce beau livre (petit format original et couverture en papier kraft) regroupe ses dessins politiques réalisés entre 1958 et 1965 (publiés à l’époque dans une dizaine de journaux, dont Siné-Massacre). Les thèmes abordés ne sont plus d’actualité (quoique), mais cinquante ans après, ces dessins restent pertinents et percutants. Comme quoi, l’époque change mais certaines choses demeurent… C’est pourquoi Siné l’enragé est toujours là, avec son style impérissable…

Siné utilise le procédé classique du dessin humoristique : un dessin unique avec le texte en dessous. Sauf qu’il est aux antipodes de l’humour potache de l’époque (calembours et amants dans l’armoire). Ses dessins sont engagés. Ils dénoncent. Son humour est noir, grinçant (il a remporté le Grand Prix de l’Humour Noir en 1955). Cette manière particulière (et depuis longtemps imitée) qu’il a de commenter l’actualité en intégrant des extraits d’articles de journaux dans ses dessins ou en diffusant ses lettres adressées à ses détracteurs (par exemple, au juge d’instruction suite à une inculpation pour « insultes publiques envers l’armée », en 1960).

S’il était moderne à l’époque, on ne peut pas dire qu’il soit dépassé aujourd’hui, au contraire. Resté fidèle à sa ligne de conduite, son style est toujours aussi percutant et dérangeant (les exemples récents ne manquent pas). La création de Siné Hebdo nous démontre qu’il est toujours aussi « vert » à 80 balais ! Un modèle. Santé Siné !

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L’ennemi intime…

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Du beau, du bon, des bds…

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