Archives pour la catégorie Plein les mirettes



ARAUCARIA – Edmond Baudoin (l’Association, 2004)

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Le carnet de voyage doit être un superbe exercice pour les dessinateurs. Il leur permet de garder une trace particulière de leur périple, tout en s’imposant une pratique journalière. Une sorte de « plaisir forcé ». Du moins, c’est ce que me dit l’ami Vidocq, qui est amateur du genre (http://nantua.unblog.fr/)… Une manière créative et très personnelle de rendre compte de ses découvertes,  ses rencontres…

Loustal ou Lamazou sont passés maitres. Baudoin également. Son Araucaria nous le démontre parfaitement. En 2003, il fut invité un mois au Chili par l’Institut Culturel Franco-Chilien, dans le cadre de la manifestation Livres en Fête. Entre croquis aux pinceaux et encre de chine, ou dessins au feutre pointe fine, il nous décrit de belle manière, avec son trait vif et subtil, les paysages découvert, les personnes rencontrées.

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Une photographie est par définition un instantané, alors qu’un dessin demande du temps à réaliser. Le dessinateur doit observer plus longuement les sujets qu’il retranscrit, et cela se ressent. A mon sens, l’émotion dégagée y est plus subjective, donc plus intense.

Entre ses dessins en noir et blanc, tels des balises, Baudoin incère parcimonieusement des coupures de journaux, des titres de transport, des tickets de musées… Le tout entrecoupé de textes écrits sur le vif, nous racontant son immersion dans la vie chilienne. Araucaria est un remarquable ouvrage qui me donne envie de m’intéresser d’avantage à ce genre de narration par l’image. Un vrai plaisir de lecture pour voyageurs immobiles…

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François CAVANNA – Bête et méchant

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Cavanna est un homme de Lettres. Avec un grand l. Mais il n’est pas, bien heureusement, l’un de ces littéraires sous formol, de ces gardiens du temple de la bonne expression écrite. Avec lui -et grâce à lui- la langue écrite est organique (et orgasmique !). Elle vit, respire,exulte… En un mot, elle parle ! Avec toutes les approximations et les soi-disant fautes de l’oralité (l’oubli de négation par exemple). C’est un spécialiste pour ce qui est de retranscrire les accents étrangers, qu’on ne comprend pas plus par écrit que si on les entendais (je n’ai que rarement capté ce que son père pouvait raconter…). Son écriture retranscrit au plus juste les mécanismes de sa pensée. Comme s’il n’y  avait pas de perdition entre ce qui part de son cerveau et ce qui arrive sur le papier. Une écriture en direct. Il est aussi un maniaque de la ponctuation… C’est en ces quelques mots que je décrirais le « style Cavanna ». Un style qui peut en réconcilier plus d’un avec la Littérature. Avec un grand l…

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Dessin de Cavanna

Cavanna est un homme d’images. Fan d’illustrés depuis sa tendre enfance, il s’est établi comme dessinateur durant les années 50, sous le pseudo de Sépia. C’est en cherchant à placer ses dessins dans divers journaux de l’époque qu’il rencontre Fred, avec lequel, ainsi qu’un certain Bernier, ils créeront Hara-kiri en 1960. Et bien qu’il ait rapidement laissé ses crayons pour la plume, d’une part car il y a beaucoup de bon dessinateur sur le marché, meilleurs que lui dira-t-il, et d’autre part car il était le seul à pouvoir (et vouloir) assumer la fonction de rédacteur. Fonction essentielle pour créer un journal. Cavanna est celui qui recrute les dessinateurs, ceux qui deviendront les acteurs du renouveau du dessin de presse, parmi lesquels Wolinski ou Reiser. Au même titre que Goscinny dans Pilote, Cavanna a le génie de percevoir les grands talents en gestation et les aider à croire en eux, à se surpasser. Peut-être car se sont tout deux d’anciens dessinateurs qui n’ont pas eu cette chance…

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Son Œuvre se distingue par la richesse des genres abordés. L’autobiographie, le roman historique, la parodie, l’essai, la chronique, le billet d’humeur, l’éditorial. Sans oublier l’illustration (pour l’Aurore de l’Humanité) et la traduction de comics (Li’l Abner, Max and Moritz pour Charlie Mensuel ou plus récemment, Je ne suis pas n’importe qui de Jules Feiffer… Sa bibliographie ne compte pas moins d’une soixante-dizaine d’ouvrage, depuis 1978… 

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Les complices…

J’ai pour ma part commencé par Les Ritals, dans lequel il nous raconte son enfance heureuse avec ses parents. Fils unique d’un père italien et d’une mère nivernaise, il décrit tout en finesse les conditions de vie des immigrés de Nogent-sur-Marne, « la petite Italie ». J’ai ensuite logiquement enchainé sur Les Russkoffs, que j’ai dévoré d’une traite. C’est un témoignage unique sur la seconde guerre mondiale, vécu de l’intérieur par un jeune adolescent se retrouvant travailleur forcé à Berlin pour la STO. Son style convient à merveille pour retranscrire ses impressions de jeune homme qui, bien que confronté à l’horreur de la guerre, concerve une forme de crédulité, comme un moyen de défense. Cette écriture vivante et fraiche lui permet de tout raconter de façon authentique, sans pathos. Comme si on y était, avec lui… Les Russkoffs, c’est aussi une boulversante histoire d’amour qui, comme dans les grands classiques, bascule dans la tragédie.

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Vite devenu accro à cette prose, il m’en faut plus encore. Heureusement, dès qu’il a commencé à écrire des livres, il ne s’est plus arrêté ! J’ai enchainé sur Bête et Méchant, dans lequel il raconte comme personne, une fois encore de l’intérieur, la formidable aventure de la création d’Hara-Kiri. Une mine d’information et d’émotion unique. Un récit à la hauteur du sujet : Épique ! S’en suit Les yeux plus gros que le ventre, Maria, Et le singe devint con, De Coluche à Mitterrand (53 chroniques de Charlie Hebdo), La grande encyclopédie bête et méchante… Doses à venir : L’Œil du lapin, Lettre ouverte aux culs bénits, Maman, au secours ! (illustré par Altan), Les aventures de Napoléon, La Déesse mère

 

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Avec l’ami Fred…

 

Dès que je chine un livre de Cavanna, je le prends, sans réfléchir… J’aurai bien le temps de les lire. Et toujours l’envie, c’est clair. Bref, j’aime ce mec… « Seule la virulence de mon hétérosexualité m’a empêché à ce jour de demander Cavanna en mariage. » (Pierre Desproges)

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Auto-Cavanna

Les Editeurs de Bande Dessinée – Thierry Bellefroid (éditions Niffle, 2005)

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Passionnant ouvrage de Thierry Bellefroid qui a réalisé pour l’occasion une série d’entretiens avec les éditeurs les plus influents de la profession : L’Association, Casterman, Cornélius, Dargaud, Delcourt, Dupuis, Frémok, les Humanoïdes Associés, Kana et Soleil. Qu’est-ce un éditeur ? Un business man qui ne pense qu’en chiffre ? Le défenseur d’une certaine exigence artistique ? Un auteur ? Un artiste, à sa manière ?

Même si on constate plus ou moins deux approches distinctes du métier (les indépendants contre les grosses maisons), chacune des personnes interrogées a sa propre manière de voir et faire les choses. C’est tout l’intérêt de ces entretiens que de confronter ces différents points de vue. Au-delà de leur parcours personnel et de leurs motivations, Bellefroid aborde avec eux les thèmes de la création d’un album, la cohérence du catalogue, des relations entre éditeur et auteur, les succès et les ratés, leurs satisfactions et leurs regrets…

Ce recueil d’entretien nous permet de confirmer ce dont on se doutait : il y a bien une différence de démarche entre ceux que l’on nomme les indépendants (qui d’ailleurs, lorsqu’ils touchent des subventions de l’état sont, par définition, moins indépendants que les maisons privés) qui ont pour objectif premier de contribuer à la réalisation d’un ouvrage de belle facture, de produire des auteurs difficiles, des œuvres d’avant-garde. Que leurs ouvrages se vendent bien ou pas est secondaire. Leur but est de laisser l’opportunité à un auteur de trouver son lectorat, aussi minime soit-il. Alors que les gros groupes ont plutôt des objectifs de ventes qui les amènent à prendre moins de risques et donc sortir des albums plus conventionnels. Une situation un peu paradoxale : ce sont ceux qui ont le plus de moyens qui prennent le moins de risques…

Il faut cependant sortir des visions manichéennes : les grandes maisons produisent aussi des ouvrages de qualité, des auteurs exigeants. Les indépendants peuvent aussi faire dans la facilité (l’Asso qui lance des intégrales par exemple), car ils ont malgré tout besoin de ventes conséquentes et régulières pour survivre. Le processus de production une bd relève à la fois d’une démarche artistique et dépend de contingences commerciales…

Auteur et éditeur forment un couple. Et comme chaque couple, ils se complètent, se désirent et parfois se déchirent. Pour la première fois, un livre aborde les multiples facettes de ce partenaire méconnu de l’auteur. Un partenaire qui n’a jamais joué un rôle aussi important dans le processus créatif qu’aujourd’hui. Loin du joli monde enchanté où chacun fraternise, les éditeurs se font une concurrence sans merci. Pour arriver à leurs fins, les uns utilisent leur puissance, les autres leur finesse, certains se solidarisent quand d’autres rêvent de devenir le roi du monde. C’est tout le spectre de cette aventure humaine que nous révèlent ces onze portraits d’éditeurs souvent hauts en couleur. Pour enrichir ces entretiens, une vingtaine d’auteurs tels que Baru, Berberian, Blain, Guibert, Sattouf, Schuiten ou Trondheim ont réalisé des planches inédites. Ils y livrent leur vision sans complaisance du métier. Une plongée captivante au cœur de la création de bandes dessinées.

Image de prévisualisation YouTube

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Jean-Louis Gauthey de Cornélius

Papier à lettres – Gébé (Buchet Chastel, 2009)

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Pour présenter cet admirable ouvrage, je vous propose ce texte de 4 de couv’ (Oui bon, c’est les vacances, je fais du copier… Mais du bon, fait main !)

Je rajouterai quand même que ces compositions dessinés sont superbes ! Gébé est un maitre du carnet d’impressions, et je comprends maintenant pourquoi JC Menu en est fan et réédite ses œuvres… Dans un format original, celui-ci est édité dans la collection Les Cahiers Dessinés de Buchet Chastel, une trèèès bonne maison d’édition !

Rassemblées pour la première fois, et dans leur totalité, les pages de ce Papier à lettres parues dans Charlie Hebdo entre 1993 et 2003 composent un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. C’est un ouvrage rare, une curiosité qui exige précisément une grande curiosité et une certaine délicatesse.

Enfant, Gébé rêvait de devenir écrivain. Après avoir travaillé treize ans à la SNCF, il devint dessinateur – de dessins souvent « sans paroles ». Et puis, le temps passant, le démon de l’enfance lui caressa la tête, l’écriture pris de plus en plus de place : bandes dessinées, articles, nouvelles, romans, chansons, romans-photos, scénarios de films et une pièce de théâtre.

Dans ce recueil, les textes d’insurgé recouvrent sans vacarme des dessins poétiques dans lesquels il est passé maître. Comme chez ses amis Fournier, Siné ou Willem, cette prépondérance du texte sur l’image est devenue une forme nouvelle, ni dessin de presse, ni bande dessinée. S’y ajoute sa remarquable calligraphie qui vient s’enlacer entre les murs et les arbres observés depuis sa lucarne ou son jardin. Lorsque Gébé rêve les yeux ouverts, on sent qu’il ne faut pas le déranger : mais qui peut déranger un homme qui rêve si fort ?

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Gébé – l’An 01

HERMAN – Jim Unger (Glénat, 1987)

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Restons dans le dessin d’humour de grande qualité avec Herman de Jim Unger. J’ai découvert par hasard cet ouvrage (première traduction en français) et suis de suite tombé sous le charme de cet humour so british… Jim Unger est un anglais qui à travaillé au Canada. Mais laissons la parole à l’intéressé, qui se raconte mieux que personne…

Pour devenir un « cartoonist », on a besoin que d’une feuille de papier, d’un stylo à dix francs… et d’un solide sens de l’humour. Le sens de l’humour c’est le plus important ! Surtout si, comme moi, ça vous a pris trente ans pour économiser les dix francs… 

Si vous aimez les dates, sachez que j’ai débuté Herman en 1974. Auparavant, j’avais placé quelques dessins humoristiques dans un quotidien canadien, mais les lecteurs trouvaient mes dessins tellement poilants que personne ne lisait plus les éditos. Alors je me suis tourné vers la B.D. Mais ce n’était pas mon style : je me sentais prisonnier à l’intérieur de ces petites cases. Jusqu’au jour où les gens de Universal Press Syndicate ont vu ce que je dessinais et l’ont baptisé du nom d’Herman. Qu’est-ce que j’en sais moi ? Je ne connais même pas ce type. 

On me demande souvent comment j’ai débuté. Mais je ne répond jamais – surtout si mes admirateurs savent dessiner ! Car s’ils sont bons, ils ont forcément le sens de l’humour. Alors je me contente de raconter que j’ai commencé à l’armée. 

En réalité, débuter n’est pas très difficile. La véritable épreuve, c’est imaginer une nouvelle idée chaque jour. Ca c’est dur ! Il faut savoir s’abstraire de la race humaine, prendre du recul et regarder les choses telles qu’elles sont réellement. Car comment être objectif face à notre univers ? Nous sommes comme des poissons, incapables de voir l’eau qui nous baigne. 

Nos cerveaux sont programmés dès l’enfance. On ne pense pas, on apprend. On apprend ce qui est joyeux ou ce qui est triste. Et le banal, on l’oublie. Quand on regarde les nuages dans le ciel, on oublie à quel point ils nous ont parus bizarres la première fois qu’on les a aperçus par la fenêtre de la chambre d’enfants. Moi quand j’étais gosse, je n’avais pas de chambre, je me souviens que je les observais à travers une fente du plafond. 

Si Herman est drôle, c’est parce qu’il illustre le ridicule de nos comportements que nous croyons « normaux ». Car nous partageons tous les mêmes choses, les mêmes gestes, les mêmes pensées. Et pourtant, nous nous croyons uniques : voilà où débute l’humour… (Jim Unger en préface de l’ouvrage)

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