Archives pour la catégorie Plein les mirettes



Comme jeu, des sentiers… J.B. Pouy & Baru (éditions Liber Niger, 2000)

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C’est la chienlit à la cité des Ecrivains : Rimbaud a attaqué Verlaine sous le regard de José Maria de Heredia. Heureusement, Miro mène l’enquête… Ces grands auteurs sont bien entendu des quartiers, des blocs, faisant parti d’un grand ensemble logiquement nommé la cité des Ecrivains. Miroslav Krapo, éducateur de prévention, est chargé par le commissaire de police d’en savoir un peu plus sur ces événements. Vu qu’il est « éduc de banlieue », la population se confira plus facilement à lui qu’aux « képis »…

Miro, le personnage principal, a beaucoup du Poulpe. S’ils ne sont pas flics, l’un est détective et l’autre médiateur de quartier, ils enquêtent tout de même sur des événements qui ne les impliquent pas directement et pourraient les laisser indifférents. Ils ont un regard distancié et désabusé sur le monde qui les entoure, mais croient malgré tout beaucoup en leurs semblables. Des solitaires qui savent faire preuve d’assez de compassion pour aider et aimer les autres…

Jean-Bernard Pouy, créateur du Poulpe, n’a pas son pareil pour nous décrire le monde urbain, la banlieue, ses désenchantements, mais aussi ses espoirs. Un monde déglingué, zone de non droit fait de violence, mais un monde peuplé de gens sensibles, intelligents et solidaires…

Pouy possède une écriture imagée, à base d’allégories, de métaphores, de calembours aussi. Un style tranchant, percutant, avec des mots coup de poing. Un langage fleuri mais juste, qui va à l’essentiel, usant d’argot et de jeux de mots à deux balles…

Les illustrations de Baru se complètent parfaitement avec les mots de Pouy, pour nous retranscrire les ambiances grises de la banlieue. Grises mais pas glauques. Le trait de Baru est tout en finesse, en impressions. Sa palette oscille entre diverses gammes de gris-marrons, mais avec peu de noir. Tels des polaroïds, ses dessins nous décrivent une scène précise (la baston entre bandes…), un lieu précis (le bar-tabac, le mosquée…) et s’arrêtent sur des détails incongrus (une cage d’escalier, une poubelle, des cartons…) ou des personnages typés, marqués, des gueules qu’on a tous croisé au moins une fois. …

C’est ce que j’aime chez ces deux auteurs (aussi bien de ce que je connais d’eux séparément, que pour cette collaboration) : la proximité de ce qu’ils nous racontent avec la « vraie vie »…

Un bel ouvrage des éditions Liber Niger, qui a l’intelligence de faire collaborer un romancier noir et un illustrateur-dessinateur de BD : Hervé Prudon et Muzo, Didier Daeninckx et Tignous…

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SINE – 60 ans de dessins (Hoëbeke, 2009)

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Ouvrage de qualité, aussi bien dans sa forme que son contenu. Les éditions Hoebeke nous propose, comme à chaque fois, un livre de très belle facture, au papier de qualité supérieure, avec des couleurs qui rendent hommage aux œuvres imprimées. Toujours avec une couverture souple, mais solide. Ce genre d’ouvrage qui résistera au temps et aux modes éditoriales. Pour un auteur comme Siné, on ne peut rêver mieux. Et pour nous présenter le contenu, je laisse la parole à François Cavanna :

« Siné, 60 ans et toutes ses griffes

Il a toujours été pour les chats, le jazz, l’humour, et contre l’armée, les flics, les religions. Un album rassemble «60 ans de dessins» de Siné, et le fête. Increvable Siné ! Comme ses chats bien-aimés, il retombe toujours sur ses pattes. Le coup en vache qui devait le jeter à bas, il en fait un triomphe. Ce gros bouquin est le trophée de sa victoire. Comment ce gars, qui prenait le départ d’une brillante carrière d’humoriste genre intello d’avant-garde apprécié par un lectorat plutôt snob, est-il devenu cet enragé, ce semeur de merde qui allait foutre le feu aux quatre coins de la presse française ? C’est que les gens qu’il fallait -Leonor Fini, Jean-Jacques Pauvert… – ont su déceler le tempérament de Siné et son principal, pour ne pas dire son unique centre d’intérêt. Tempérament de bagarreur, intérêt puissant pour la chose politique.

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Siné n’aime pas l’armée, les flics, les religions, l’embrigadement, comme toutes les formes de contrainte, d’oppression, de refus de penser par soi-même. Un anar, alors ? De coeur, certainement. Les petits malins qui ont toujours tout compris s’écrient : «Anar de droite !», ce n’est même plus à la mode…

Siné dessine comme on écrit. Et il écrit autant qu’il dessine, avec la même vacherie tranquille. Il exprime des idées simples par un dessin volontairement simpliste. Foin de la ressemblance ! Ses bonshommes  ? Des stéréotypes. Un ovale, c’est le visage. Le même pour tout le monde. Une petite moustache si le modèle en porte une, des cheveux plus longs si c’est une madame, un cigare au bec si c’est un rupin, une gâpette de travers si c’est un homme-du-peuple, ça fait la rue Michel. Le plus fort, c’est qu’elle y est, en fin de compte, la ressemblance !

Le message est aussi direct que le trait est dépouillé. Tu le reçois en pleine gueule. Siné veut être compris au premier regard. Quitte à faire gros. Quand il faut faire gros, il fait gros. Les chiortes ne lui font pas peur. Quoi de plus efficace que la merde pour exprimer le dégoût ? Mais l’idée n’est jamais médiocre, là moins encore qu’ailleurs. C’est donc l’humour vache. Mais pas gratuit. Sine a choisi son camp. Les sourires en demi-circonférence fleurissent plutôt sur les tronches à casquette. Il lui est arrivé de militer, en des temps où militer n’était pas de tout repos.

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Chat aigne

Comme tout le monde, c’est par les chats que j’eus tout d’abord connaissance de Siné. Vers les années 1950, on vit soudain des chats partout, surgis va savoir d’où. Des chats-cals-(en-bourre) – Siné, tu permets ? – qui vous fixaient de leur bonne bouille ronde, calembourdesques à faire pâlir le calembour, étirant d’une oreille à l’autre un sourire fait d’une demi-circonférence qu’il suffisait de retourner pour obtenir une grimace tout aussi éloquente, mais en sens inverse. Si le dessin est délibérément sommaire, il est, qu’on ne s’y trompe pas, minutieusement travaillé. Une application de bon élève. Il exprime les choses de façon posée, en gars qui a quelque chose à dire et qui tient à le dire bien. Je ne sais pas si cela se remarque, mais en tout cas on en subit l’effet, chacun de ses dessins est un petit tableau qui, tel quel, pourrait faire une «une». Ses «unes», d’ailleurs valent des affiches. Une «une» de Siné à la devanture du kiosque, ça appelle ! On la voit du trottoir d’en face. Quant à ses affiches… Voyez vous-même !
Si, chez Siné, le cul – ailleurs on dit «l’amour» – tient une aussi grande place, c’est qu’il est la seule chose au monde qui puisse consoler de la vacherie de la vie. C’est aussi pourquoi, chez Siné, le cul est toujours joyeux.

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Voici donc réuni l’essentiel d’un œuvre énorme, soixante ans de bagarre contre une société étouffante, pas du tout ouverte à cette critique violente qui appelle un chat un chat et un homme politique un étron, et qui fait de Siné ce paradoxe : un réprouvé perpétuel porté par une popularité qui ne se dément pas. Il vient encore d’en faire la brillante démonstration. » (Cavanna, « le Nouvel Observateur » du 8 octobre 2009).

Sans revenir sur la polémique, il est important de noter que, de l’actuelle équipe de Charlie,seul Cavanna (et Willem aussi) a encore (de) l’estime et (de) la reconnaissance de (pour) Siné. « Sache que tu seras le bienvenu dans « Siné Hebdo », lui disait-il dans sa zone de novembre 2008 (n°12). Chose à laquelle Cavanna n’est pas indifférent, sinon pourquoi aurait-il chroniqué cet ouvrage, et de cette manière…Ca me réconforte, car je n’aurai pu accepter que mon Siné critique mon Cavanna, ou que mon Cavanna critique mon Siné ! Oui je sais, c’est très possessif tout ça, mais que voulez-vous, je les kiffe grave tous les deux !

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Ma Vie-en-Vrac – Marcel Gotlib & Gilles Verlant (Flammarion, 2006)

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Je me rends compte que je n’ai pas encore fait de chronique sur Maître Gotlib. Merdre ! Entre Gai-luron, La Rubrique-à-Brac, Hamster Jovial, Pervers Pépère, Rha-Lovely ou Rha-Gnagna,  il est pourtant celui qui m’a initié à l’humour absurde, au comique de situation, aux dingues potentialités de la mise en page, au sens aigu du détail, au graphisme comme langage… Inventeur du mime dessiné, j’ai compris grâce à lui que le simple trait d’un dessin peut nous faire rire. Il est aussi celui qui a éveillé ma libido aux joies de l’humour salace, ce qu’on appelle sobrement : l’humour adulte.

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Cet ouvrage se présente sous la forme d’un recueil d’entretiens (dans le même esprit que le livre sur Metal Hurlant), dans lequel tous les collaborateurs et amis de Gotlib prennent la parole. D’Albert Algoud à Zep, on retrouve les témoignages de Brétécher, Yves Frémion, Bruno Léandri,  Fred, Mandryka, Yvan Delporte, Richard Gotainer, Goossens, Cabu, Cavanna, Morchoisne, Druillet et plein d’autres encore… Le tout regroupé en 20 thématiques, qui retracent son riche parcours.

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Gotlib est généreux, très généreux. Son œuvre prolifique nous le démontre et lorsqu’il décide d’arrêter de dessiner (snif !), c’est pour mieux se consacrer à son chouette journal Fluide Glacial (Youpi !). S’il pensait se la couler douce dans son rôle de rédac’chef, il s’est mis le doigt dans les lunettes ! Il a du en passer des nuits blanches à driver cette équipe de dingue… Juste au passage, les deux magazines que Gotlib a créés (en collaboration), sont les deux seuls qui existent encore parmi tous ceux lancés durant années 70. Signe que l’umour gotlibien, (inspiré par Harvey Kurtzman et Mad, les Monty Python, le National Lampoon, Actuel, et bien évidement René Goscinny) est impérissable !

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Marcel s’est essayé, avec succès, à énormément d’activité : Dessinateur et scénariste de BD bien sur, mais aussi lettreur, créateur de journaux (l’Echo des Savanes et Fluide Glacial), rédacteur en chef, éditorialiste, autobiographe, scénariste pour le théâtre ou le cinéma, illustrateur de pochette de disque, acteur de roman photo, héros de bd, une icône… Surtout, ne lui dites pas que c’est un Artiste de Génie, son humilité légendaire risque d’en prendre un coup !

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Laissons la parole à l’ami Schmoll : « C’est sur, Léonard dessinait mieux que Marcel mais de Vinci, même dans ses œuvres les plus folles, n’a jamais atteint le degré de déconnade de Gotlib, d’ailleurs, il ne s’en est jamais inspiré. Ce fait étant historiquement exact, je viens rendre hommage au père de Gai-Luron, au chroniqueur des Rubriques-à-Brac qui firent des heureux et les beaux jours de l’hebdomadaire Pilote (mâtin, quel journal !). Louons celui sans qui Fluide Glacial ne serait pas, ce grand dessinateur animalier à qui l’on doit des analyses poussées sur le comportement da la coccinelle, approuvant la thèse comme quoi ce n’est pas forcément qu’une bête à bon Dieu. A travers les pages de cette biographie, nous allons apprendre et tout savoir sur l’être surdoué qu’est notre Marcel national. Il va sans dire que le succès de cet ouvrage est garanti, à tel point que le cinéma va certainement s’emparer de l’œuvre pour la porter à l’écran. Mais qui incarnera notre héros ? Depardieu ?… Jugnot ?… Harry Belafonte ?… Patientons… Et en attendant, lisons les aventures extraordinaires de Marcel Gotlib ! »

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Belle surprise, c’est Gotlib qui signe la couv’ du dernier Fluide…

http://www.marcelgotlib.com/

Astérix & Cie… Entretiens avec Uderzo – Numa Sadoul (Hachette, 2001)

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Je termine ce livre au moment même où l’on fête les 50 ans d’Asterix. Belle coïncidence. J’aime bien Astérix, c’est une série sympathique et très bien faite. Mais je ne la classe pas au même niveau qu’un Gaston, un Philémon ou un Tintin… A chacun son panthéon ! Pourtant j’admire vraiment l’œuvre de Goscinny, et le dessin d’Uderzo m’a toujours bien plu.

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La réussite d’un recueil d’entretiens tient aux qualités de l’interviewé, mais également à celles de l’intervieweur. Numa Sadoul (frère de Jacques Sadoul, sacrée famille !) est passé maitre dans l’échange avec les auteurs de bd (Hergé, Franquin, Gotlib, Moebius, Tardi…) depuis sa participation aux Cahiers de la bande dessinée. Numa Sadoul n’est pas un journaliste, mais un artiste. Un auteur, metteur en scène, comédien de théâtre et d’Opéra. Cela se ressent dans sa manière d’enchainer des questions, ainsi que dans leur contenu. Ce qui l’intéresse, ce sont les origines de la vocation du dessinateur, son parcours, ce qui l’a amené à être ce qu’il est aujourd’hui… En bref, la genèse de l’artiste. D’ailleurs, Uderzo commence l’entretien en lui disant : – Tu vas me psychanalyser !  Chose à laquelle répond Sadoul : - Il y a un certain nombre de questions inévitables, prévues ; puis d’autres qui viendront au fur et à mesure, c’est comme ça que je procède toujours. Numa Sadoul s’attache uniquement au processus de création, aux influences, aux faits marquants de la carrière. Il ne s’aventure que rarement dans la vie intime des auteurs. Cet ouvrage contient trois entretiens réalisés sur 3 jours de février 1999, chez Albert Uderzo. En annexe, on trouve l’entretien réalisé en 1973 pour les cahiers de la Bande Dessinée.

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Uderzo est un dessinateur mésestimé. Cette situation est due à plusieurs choses. D’abord, Albert est un homme discret, qui s’est toujours accommodé du fait que Goscinny soit plus reconnu que lui. Sa référence (et révérence) envers Walt Disney lui a été aussi mainte fois reproché par les « grands esprits » de la bande dessinée. Il a aussi été critiqué pour avoir continué l’aventure Astérix sans Goscinny (en assurant lui-même le scénario). Son procès gagné contre la maison Dargaud pour récupérer les droits d’Astérix, a enfoncé le clou et contribué à ce qu’il devienne « persona non-grata » dans le landernau de la Bande Dessinée. Il attendra 2000 pour recevoir un prix à Angoulême (le Prix du Millénaire, décerné par Boucq).

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Beaucoup pensent qu’Uderzo n’a fait qu’Astérix, et qu’Astérix a fait Uderzo. Et bien que cela soit vrai depuis la fin des années 60, on ne peut pas ignorer ses autres œuvres. C’est un immense dessinateur, autodidacte, qui peut quasiment tout représenter. Un bosseur acharné, qui dans les années 50 réalisait jusqu’à 9 planches par semaine (entre ses 3 séries phares : Astérix, Oumpah-Pah et Tanguy) Bien que préférant le style humoristique (Oumpah-Pah, Belloy), il a su s’atteler avec brio au style réaliste (Tanguy, Bill Blanchard). Il a même dessiné des planches de Captain Marvel Jr pour l’édition francophone. Il a travaillé avec les plus grands dessinateurs et scénaristes de son époque (Goscinny bien sur, mais aussi Charlier, Hubinon, Greg, Jijé, Paape…). Ses amitiés ne sont pas mal non plus : Franquin, Tibet, Morris, Mulatier, Tabary…

On apprend aussi qu’Uderzo possède des caractéristiques physiques plutôt exceptionnelles pour un dessinateur : il est né avec 6 doigts à chaque main et est daltonien (il ne distingue pas les dominantes de même couleurs). Cela ne l’a pas empêché de devenir un excellent dessinateur. Mais depuis quelques années, un problème à la main l’empêche de conserver sa virtuosité d’antan.

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Il ne cite que trois influences fondamentales : Walt Disney et Pat Sullivan (Felix-le-chat) pour le dynamisme et les formes rondes, ainsi le français Calvo (qui l’a pris sous son aile) pour le sens de la composition. Il admire Franquin, comme beaucoup… Uderzo reste humble face au succès mondial d’Astérix. Il n’entretient aucune rancœur envers ses détracteurs. Il ne règle aucun compte dans ses entretiens. Ce qui nous démontre qu’il est aussi un grand homme. Comme le dit Numa Sadoul en avant-propos : – Ma mémoire conservera le bonheur d’avoir confectionné ce livre dans un climat de confiance et de complicité sans nuage avec un artiste qui a fait preuve, depuis le début, de ce que l’on appelle « la grande classe ».

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Avec ses complices…

Site officiel : http://www.asterix.com/index.html.fr

Les illustrations viennent du site : lambiek

Apporte-moi de l’amour – Charles Bukowski & Robert Crumb (Mille Et Une Nuit, 1999)

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Quand l’univers de Robert Crumb croise celui de Charles Bukowski, cela créé un mélange explosif, un cocktail détonnant ! C’est en 1983 que Crumb illustre la nouvelle Bring Me Your Love. Ce n’est pas une BD, mais quelques dessins en lien avec le texte. Parution également du recueil de nouvelles Hot Water Music (Je t’aime, Albert). Crumb illustrera la nouvelle There’s no business en 1984.

Ce petit recueil illustré, traduit par Jean-Luc Fromental, contient les deux nouvelles Bring Me Your Love et There’s no business, ainsi que des repères biographique et bibliographique de Buk.  

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Le trait expressif de Crumb convient à merveille pour mettre en image les mots incisifs de Buk. Cette collaboration parait évidente, tant il existe de nombreux points communs entre ces deux artistes. Autodidactes, n’appartenant à aucunes écoles, aucuns courants, ils abordent dans leurs œuvres les affres de l’existence et les dérives de la société américaine, en nous racontant des histoires de losers misanthropes, alcooliques, lubriques et dépressifs… Ils développent tous deux une forme d’autobiographie qui ne les mets pas en valeur (loin de là) mais leur permet d’exorciser de nombreux démons. Des styles bruts, directes, sans fioritures, mais démontrant une grande maitrise. 

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Jean-Luc Fromental nous explique en postface, un autre de leur point commun, et non des moindre : La rencontre de Crumb et de Bukowski sous la même couverture n’a rien de fortuit. L’un et l’autre sont les produits du même malentendu. La vague rock les a portés au sommet de la gloire. [...] Ils vouent le même mépris pour la musique binaire et ses évangiles. La mystiques des années 60/70, dont ils sont les emblèmes, suscite au mieux leur indifférence, le plus souvent leurs sarcasmes. L’utopie hippie a fourni à Crumb la matière de ses plus virulentes satires. Son Mister Natural, dont les préceptes ineptes étaient repris au premier degré par les adeptes du Flower Power, était une caricature au vitriol des gourous délirants que virent fleurir par milliers les enfants de Thoreau sous acide. Bukowski, lui, refusait carrément d’en parler. Woodstock, les trips, le Viêt-Nam brillent par leur absence dans son œuvre. C’est pourtant le mouvement underground qui a fait d’eux ses porte-drapeaux ; les réseaux alternatifs qui les ont élevés au rang de héros et ont clamé au monde leur louanges. Les comix de San Fransisco pour l’un, le journal Open City de Los Angeles pour l’autre, les ont tirés de l’obscurité pour les projeter dans la lumière de la révolution psychédélique planétaire. 

 

 

Deux artistes sans concessions qui ne pouvaient que se compléter admirablement. Un bel ouvrage.

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« Bukrumbski »

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