Archives pour la catégorie Plein les mirettes



BECK Le Loser magnifique – Julian Palacios (Camion Blanc, 2005)

beckmaxi.jpg 

Ce qui est passionnant dans cette biographie (version française de Beck, Beautiful Monstruosity sorti en 2000)- au-delà de nous raconter le périple incroyable de Beck qui, venant du milieu underground, a rencontré un succès planétaire dès son premier single, le mythique Loser – c’est que l’auteur ne s’arrête pas uniquement sur son parcours. Julian Palacios n’oublie pas d’aborder la vie de bohème de sa mère Bibbe (qui a été entre autre égérie de Warhol) et surtout celle de son grand père Al Hansen, artiste dadaïste, membre du mouvement Fluxus, qui a eu une énorme influence sur le jeune Beck, lui transmettant une vision et une approche non-académique de l’art.

Une anecdote assez révélatrice : « un jour qu’il farfouillait dans le sous-sol, Al dénicha un cheval en plastique, couvert de poussière, et qui avait appartenu à Beck. A la stupéfaction de ce dernier, Al lui en offrit cinq dollars. Quelques jours plus tard, Beck eu le choc de sa vie en découvrant ce que son grand-père avait fait du jouet de son enfance. Il l’avait décapité, puis recouvert de peinture d’argent et de mégots de cigarettes. Beck se souvient encore de sa réaction : « J’étais horrifié mais également fasciné : alors comme ça, on pouvait en même temps massacrer et ressusciter quelque chose ! ». Tout un programme !

Joueur invétéré de country et de folk (Woody Guthrie, Mississippi John Hurt, Bob Dylan…), fan inconditionnel du mouvement Rap (ce n’est pas anodin s’il collabore avec les Dust Brothers sur Odelay), Beck a vécu une adolescence atypique qui a fortement contribuer à forger son caractère et sa musique hors-normes. Côtoyer des Punks californiens dans les années 1983, qui travaillaient avec sa mère et son grand père et squattaient son jardin, ça marque, forcément…

« C’est la chanson « Loser » qui a fait connaître Beck Hansen du grand public. De piètre qualité technique, ce morceau qui allie blues, hip-hop et musique d’ambiance, est immédiatement devenu l’hymne d’une génération. Considéré, au départ, comme l’homme d’un seul succès, Beck a pourtant surpris tout le monde en devenant l’idole du millénaire à venir. En mélangeant les styles musicaux actuels à ceux du passé, il a créé un son inimitable. Ses albums ont été acclamés par les critiques et les fans du monde entier.
Avec BECK, Le Loser magnifique, on a enfin une biographie sérieuse de l’artiste. L’histoire est complète et si elle va chercher du côté de la mythologie, c’est parce que la vie de Beck est déjà une légende. »
(note de l’éditeur).

Une biographie très enrichissante (bien sur, il faut aimer le monsieur) et j’en profite pour saluer le superbe travail des éditions Camion Blanc (et son alter-égo Camion Noir), qui nous proposent depuis une bonne quinzaine d’années, une collection d’ouvrages sur le Rock sous toutes ses formes et les cultures alternatives (voire déviantes), devenue une référence en la matière.

beck.jpg

http://www.beck.com/

Le petit livre des couleurs – Pastoureau & Simonnet (Points histoire, 2007)

9782757803103fs.gif 

Passionnant ouvrage qui se lit malheureusement trop vite. Je remercie l’ami Vidocq qui m’a offert cette petite perle, qui nous permet d’en savoir bien plus sur l’origine, l’histoire et la symbolique des couleurs, qui ont bien plus de répercussion sur notre vie quotidienne qu’on n’aurait pu le croire… Pour sa culture personnelle ou pour briller en société !

Saviez-vous que les couleurs avaient une histoire ? Saviez-vous que le jaune était la couleur de l’infamie ? Savez-vous combien il y a de couleurs, de vraies couleurs à ne pas confondre avec les nuances ? Quel est leur lien avec Newton et l’économie ? Pourquoi César portait du pourpre et pourquoi la mariée n’est plus en rouge mais en blanc ? Non, ce ne sont pas des questions posées que par des enfants ?
C’est à ces questions et à bien d’autres de Dominique Simonnet que Michel Pastoureau répond avec une grande érudition et pour notre plus grand plaisir. On en voit de toutes les couleurs avec Le petit livre des couleurs.

Avec ce (trop) petit livre des couleurs, vous apprendrez une foule de choses sur les couleurs et les demi-couleurs. A travers un entretien avec Dominique Simonnet, auteur de romans et d’essais, l’auteur Michel Pastoureau, historien médiéviste et anthropologue, vous fera des révélations étonnantes et passionnantes. Elles trouvent leur source dans l’Antiquité et au Moyen-Age, le développement économique, les grandes découvertes technologiques, celle des Amériques et l’arrivée de l’indigo… etc. Vous comprendrez aussi pourquoi dans l’Antiquité une couleur était prisée pour être dépréciée, voire même tabou quelques siècles plus tard.

A chaque couleur sont attachés des symboles que l’on retrouve dans des expressions bien connues : voir rouge, rire jaune, devenir vert de rage. Ce petit livre donne une petite approche de ce monde plus ou moins caché.

Le blanc est-il une couleur ? Quelle est l’importance du mat et du brillant ? La couleur est-elle lumière ou bien matière ? Tout cela est passionnant, pratique, synthétique, facile à lire et à relire, ce petit livre des couleurs raconte tout cela avec simplicité et brio. On en redemande. (Biblioblog)

Michel Pastoureau a également écrit deux ouvrages, l’un sur la couleur bleu, l’autre la couleur noir (qui est bien une couleur !)

HERGE (1ère partie) – Pierre Assouline (Folio Gallimard, 1998)

herge.jpg

Le nombre de biographies consacrées à un auteur est proportionnel à sa notoriété. Et non à ses qualités. Par exemple, il n’existe que peu de biographies officielles (ou pas) sur des auteurs de génie tels que Forest, Moebius, Alexis, Gotlib, Topor ou Jodorowsky, pour ne citer que ceux-là. Alors que les biographies de chanteurs de variété ou d’acteurs de seconde zone (faites votre choix !)  pullulent sur les rayonnages (et les bacs à soldes) depuis de trop nombreuses années.

Heureusement, ceci n’est pas une généralité et des auteurs de génie peuvent avoir une forte reconnaissance du public et posséder un nombre incalculable d’ouvrages qui leur sont consacrés. Hergé est bien évidemment de ceux-là. Et dans cet océan de biographies, le Hergé de Pierre Assouline est une référence incontournable. Avec Hergé fils de Tintin de Benoit Peeters et aussi le Tintin et moi, recueil d’entretiens de Numa Sadoul. Enfin, il y en a bien d’autres de grandes qualités (Thierry Smolderen, Michel Serres, Serge Tisseron…) et le choix est toujours subjectif.

devaux1303094.jpg 

Le Petit Vingtième de mars 1935

Hergé de Pierre Assouline a fait pas mal coulé d’encre à sa sortie. Bien qu’il en soit fan, Assouline ne dresse pas le portrait bien propre d’Hergé. Il écorne même l’image bien lisse que peut renvoyer le dessinateur. En effet, le biographe n’occulte rien des premières années de l’artiste (entre 1929 et 1944), quand celui-ci travaillait au Vingtième siècle, journal catholique dont la rédaction exprimait de plus en plus son adhésion au régime fasciste italien. Durant l’occupation, Hergé « collaborait » à des journaux qui étaient inévitablement sous contrôle nazi (Le soir, entre autre). Mais Assouline n’a jamais insinué qu’Hergé était un fasciste ou qu’il travaillait dans ces journaux avec un quelconque engagement pour ces idées nauséabondes. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est sa neutralité, le fait de ne pas avoir de convictions fortes, de ne pas prendre position contre le fascisme. Ni pour, ni contre, tel était la devise d’Hergé, qui en tant que fervent royaliste, soutenait pleinement la politique de neutralité du roi Léopold III, face à l’invasion allemande.

A cette époque, Hergé se consacrait exclusivement, et opportunément, à son travail. Et paradoxalement, si Hergé ne prend pas parti, son héros lui, s’engage dans des combats humanistes et défends la cause des plus faibles face à leurs agresseurs. Tintin est du côté des africains contre les exploitants diamantaires, du côté les indiens contre les cowboys, du côté des chinois contre l’agresseur nippon…  C’est à travers son double de papier qu’Hergé exprime son humanisme, aussi maladroit soit-il.

 206a1sbl.jpg

245e1sbl.jpg

Tintin dans Le soir du 22 juin 1942

A la question : Hergé était-il raciste ou antisémite ? Laissons la parole à l’intéressé (extrait de l’entretien avec Numa Sadoul, 1971) :

« Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste… Mais enfin, soit! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque: «Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour eux que nous sommes là! etc…» Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le plus pur esprit qui était celui de l’époque, en Belgique. [...] Pour le Congo, tout comme pour Tintin au Pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. En fait, Les Soviets et le Congo ont été des pêchés de jeunesse. Ce n’est pas que je les renie. Mais enfin, si j’avais à les refaire, je les referais tout autrement, c’est sûr. [...] Pour un «raciste», je ne cachait pas mes sympathies, il me semble! Et mes Chinois du Lotus Bleu? Souvenez-vous des avanies que les Blancs leur faisaient subir… Je ne cherche pas à m’excuser: j’avoue que mes livres de jeunesse étaient typiques de la mentalité bourgeoise belge d’alors: c’étaient des livres «belgicains»!… 

 tintin22.jpg

Malgré un esprit colonialiste, Tintin prend la défense des africains face à la brutalité des blancs…

 

 

Pierre Assouline ne s’attarde heureusement pas que sur ces éléments. Il s’intéresse aussi à l’Artiste. Hergé est un monstre de travail, un perfectionniste qui s’implique dans toutes les phases de la réalisation de ses albums. Le choix des couleurs, la qualité du papier, la typographie des couvertures… Perfectionniste également dans sa narration, ses mises en pages, son graphisme… A ce propos, Assouline nous retranscrit une interview d’Hergé par le journaliste André Collard, diffusée sur Radio-Bruxelles le 5 mars 1942. Hergé s’exprime sur son art, sa méthode de travail, sur l’influence du cinéma dans la réalisation de ses bandes dessinées :

« … Je considère mes histoires comme des films. Donc, pas de narrations, pas de descriptions, je la donne à l’image. Mais il s’agit de films sonores et parlants 100%… Les dialogues sortent directement de la bouche des personnages. 

- En effet, tous les procédés de cinéma sont vôtres : gros plans, travellings, vues plongeantes, etc. 

- J’ai même des sous-titres, mais je ne les emploie guère que pour indiquer de temps à autre la durée : par exemple « huit jour après » ou « pendant ce temps », petites indications que ne pourrait donner un dessin car, comme au cinéma, la durée est la chose la plus difficile à rendre. 

- Puisque nous voila au cinéma, dites nous un mot de vos scénarios. 

- Je prends habituellement un thème général, sur lequel je brode une histoire. 

- Une histoire magnifique d’ailleurs. Mais vos brouillons ? 

- Je jette les idées à la suite telles qu’elles me viennent. J’accumule les gags, les trouvailles au fur et à mesure qu’ils naissent dans mon esprit. Tout cela est noté directement au dessin, pensé en dessin et, très souvent, remanié jusqu’au résultat qui me semble le meilleur. 

- Puis viennent le découpage et le montage, vraisemblablement. 

- Parfaitement. Il s’agit en effet de faire alors entrer l’histoire ainsi composée dans le cadre de la publication hebdomadaire, ou journalière, comme c’est le cas actuellement. 

- En quoi consiste donc exactement le problème ? 

- D’abord à opérer la soudure avec les dessins du jour précédent ; à faire ensuite en sorte »qu’il se passe quelque chose » et pour finir, à terminer sur une scène qui prépare les dessins du lendemain… 

- Et qui laisse donc les lecteurs en haleine ? 

- Naturellement ! Si le lecteur pouvait à coup sûr deviner la suite, il n’y prendrait plus aucun intérêt. C’est pour la même raison qu’il convient de doser l’élément comique et l’élément dramatique. » 

 

 

herge1.jpg

Hergé à cette époque…

Hergé est une mine d’or, sur laquelle je reviendrais surement. Je n’en suis pas encore à la moitié et il y a déjà tant à dire…

La Revanche – Gahan Wilson (Filipacchi Denoël, 1978)

 wilson01couv.jpg

J’ai découvert par hasard ce recueil d’illustrations de Gahan Wilson, un dessinateur américain qui a régulièrement participé à de grandes revues, telles que le National Lampoon ou le New Yorker. Plus étonnamment, il a collaboré de nombreuses années au magazine Playboy, dont les dessins de cet album sont issus. Ce qui m’étonne au premier abord, ce sont les thèmes abordés par Wilson, qui ne correspondent pas vraiment à ceux contenus dans la plus célèbre des revues érotiques. Ils se situent même à l’opposé, car Wilson excelle dans l’humour noir et les ambiances fantastiques (il n’hésite pas d’ailleurs à s’aventurer parfois dans le gore). C’est Thanatos au pays d’Eros !

wilson03hipopotame.jpg

Quand j’appuie là, vous sentez quelque chose ?

Ces dessins ne sont cependant jamais glauques. Certains le rapprochent de l’univers de Chas Addams (le père de la célèbre famille), aussi bien dans ses thèmes abordés (présence de monstres, sous-entendus politiques…) que pour l’utilisation d’un humour noir pince-sans-rire et légèrement intello. Leurs styles par contre, sont bien différents. Wilson utilise le clair-obscur pour créer ses volumes. Il use des hachures pour renforcer les ombres, jusqu’à la saturation. Pourtant, ses dessins sont d’une grande lisibilité, d’une grande fluidité, grâce à l’utilisation subtile de couleurs pastelles en aplat. Notre œil n’est jamais perdu, toujours guidé vers l’élément déclencheur du gag. Ce style « minéral » et ce trait incisif servent parfaitement cet humour surréaliste et absurde.

wilson04lphant.jpg

Bien sûr, ça ne paraîtrait pas si petit si nous n’étions pas des éléphants.

La dimension fantastique de son œuvre n’est que secondaire, même si certains de ses gags sont purement fantaisistes. S’il met en scène des monstres (extra-terrestres, batraciens géants, hommes-poissons…), des figures légendaires du fantastique (monstre du Loch-Ness, homme invisible, loup-garou, plante carnivore…), ce n’est que pour mieux souligner l’absurdité de notre monde moderne, en abordant les thèmes de la solitude, la marginalité, la différence. Wilson aime les freaks.

 wilson02poulpe.jpg

Mais bien sûr, entrez donc !

La psychanalyse, la médecine, la vieillesse, la religion, la justice, l’amour, le cocufiage… Autant de thèmes de société, et de sources d’angoisses existentielles, passés au crible de l’humour de Gahan Wilson. Il nous réconcilie avec la monstruosité du monde...

wilson05montagne.jpg

Pour rejoindre l’autoroute ? Vous prenez la première à gauche et vous longez la colline jusqu’au trou du Diable.

http://www.gahanwilson.com/

images tirées du site : http://lecturederaymond.over-blog.com/15-index.html

Un peu de la France – Sempé (Gallimard, 2005)

 9782070118229.jpg

Il est difficile de décrire la beauté et la subtilité des dessins de Sempé compilés dans cet ouvrage. Je m’y essaie en quelques mots… On ne présente plus Sempé, ce maitre de la poésie dessinée. De notoriété internationale, collaborateur estimé du New Yorker, Sempé n’en demeure pas moins le plus français de nos illustrateurs.

En quelques traits, quelques touches de couleurs et sans aucuns mots, Sempé dresse un panorama juste et précis de notre « douce France ». On y trouve une multitude de détails, une récurrence de certains symboles qui sont pour la plupart « traditionnellement français » : des villages de campagne, des bouteilles de vin, des bérets, des vélos, un mangeur d’escargots, un paquet de gitanes bleu, des gardes-barrières, des arbres…

Certains dessins sont humoristiques, avec une chute toujours fine et humaniste. D’autre par contre sont des dessins d’observations, où il n’y a pas de gag à rechercher, juste le plaisir d’admirer l’instant dessiné. Et on sent bien que Sempé prend encore beaucoup de plaisir à s’arrêter sur une scène, un détail qui en dit long sur nos traditions, nos mœurs : la mamie qui ramène le gâteau du repas dominical, la fanfare qui se réunie dans le square, des ouvriers en bleu de travail qui sortent de l’usine à vélo, la musette en bandoulière, des messieurs qui se saluent en soulevant leur chapeau…

Ses dessins semblent hors du temps, et seules quelques antennes satellites perchées sur les toits nous indiquent que cet album est de notre époque. Comme pour illustrer que dans le fond, les choses changent doucement… Une hagiographie de la France que seul un artiste de la trempe de Sempé pouvait réaliser, loin des clichés et remplie de tendresse, de poésie…

sempetree2.jpg

1...1112131415...20

Visiteurs

Il y a 2 visiteurs en ligne

Du beau, du bon, des bds…

Du beau, du bon, des bds…

Mag’ & revues disponibles…

Mag’ & revues disponibles…


DuffDes!gn |
Le peuple des couleurs |
ateliers enfants |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | axecreations
| ART'S DATING - DJO CAFÉ-ARTS -
| Electivo Fotografía