Archives pour la catégorie Chroniques Ciné



CHORON DERNIERE – Pierre Carles et Eric Martin (2009)

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Pour voir Choron dernière, il ne fallait pas perdre de temps. Il n’est resté qu’une semaine à l’affiche du cinéma d’art et d’essai de ma ville…

Ce film est à la fois un documentaire, avec sa part d’images d’archives, et un reportage, dans lequel les réalisateurs ont suivi Bernier à la fin de sa vie, nous présentant son village natal. Ces deux aspects du film illustrent en fait les deux aspects du personnage. Mister Bernier et Professeur Choron ! Les extraits d’émissions de télé nous montrent un provocateur extrême, abusant du mauvais goût car ne supportant pas le politiquement correct (le fameux droit de réponse où il traite de « merde » des jeunes présents qui considèrent Charlie Hebdo comme un journal de vieux, ou alors sur le plateau de Mireille Dumas quand il parle des malades du sida en disant : « qu’ils crèvent ! », etc.) Puis, on voit un Bernier plus intime (il ne nous épargne rien de son anatomie, ni de ses souvenirs croustillants), d’une extrême gentillesse, nous présentant une amie d’enfance, la maison où il est né, son premier boulot à la fromagerie…

Derrière ce personnage public immoral et sans cœur se cache un être sensible et profondément humain. Et bien que ses grandes heures de gloire soient passées (hara-kiri n’étant plus, Charlie Hebdo qui repart sans lui), on ne ressent pas d’amertume chez lui. Je pense qu’il continuait à avancer (en créant Grodada ou La Mouise) même s’il devait savoir que le succès ne sera plus le même. Le recherchait–il d’ailleurs ? Non, bien sur ! Il me semble que l’essentiel pour lui était d’être entouré de ses amis (Charlie Schlingo, Vuillemin, Berroyer, Marc Edouard Nabe…) et de faire un bon journal avec eux. Peu importe le tirage et la couverture médiatique.

Un des défauts de ce film est que les réalisateurs laisse un peu trop la parole à l’équipe actuelle de Charlie Hebdo. Cette position « à charge » est plutôt gratuite car, bien entendu (on le sait depuis le procès pour le nom de Charlie Hebdo), ils n’estiment ne rien devoir à Choron. Je reconnais l’honnêteté de Cabu ou même Wolinski qui l’ont bien connu, disant qu’ils n’ont pas vécus que des bonnes choses à ses cotés. Mais que Val le descende en disant qu’il n’est rien et n’a rien fait, que c’était Cavanna qui faisait tout dans Hara-kiri relève d’une grande malhonnêteté ! Comme le dit très bien Jackie Berroyer dans son billet (in Siné Hebdo n°20) : « Des gens ont de lui une image qui n’est pas la meilleure. Je ne parle pas de son coté ravageur. Je trouve le film un peu bâclé puisqu’on ne m’a pas consulté. On y a mis des gens qui regrettent d’y être, il faut dire que ça ne les montre pas non plus sous leur meilleur jour ». 

D’ailleurs, l’interview de Cavanna est touchante à plus d’un titre, quand il repense à son ami la larme à l’œil. Lui n’oubli pas de rappeler que sans Choron, il n’y aurai jamais eu de Hara-kiri, ni de Charlie. Berroyer toujours : « Choron est un de ces personnages uniques, un de ceux dont on dit qu’il n’y en a plus parce que en fait, il n’y en a jamais eu beaucoup. Et parce qu’on les regroupe, qu’on fait des listes, qu’on a l’impression qu’il y en avait plus dans le passé ».

Au delà de ces polémiques, Choron dernière nous rappelle que Bernier était surtout un humoriste, noir et trash certes, mais qui savait nous faire rire ! « Il n’y a qu’une seule forme d’humour, celle qui fait rire » disait-il. Et les éclats fusaient de partout durant la projection. Mais ce film m’a surtout permis de découvrir un homme touchant et attachant. Vive Choron !

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PEUR[S] DU NOIR – Collectif (DA Etienne Robial) 2008

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Dix auteurs de Bande Dessinée (dont Blutch, Pirus, Burns, Mattotti ou Dupuy & Berberian) se lancent dans un film d’animation, ayant pour thème la [les] peur[s] du noir, sous la direction artistique d’Etienne Robial ? C’est un projet inespéré pour tout fan de BD car, même si les exemples de passage à l’animation ne sont pas toujours concluant, les réussites de Joan Sfar (avec son petit vampire) ou de Satrapi avec son Persepolis m’incite à penser que ce Peur[s] du Noir sera un chef d’œuvre. Et il l’est ! La critique et les nombreux prix qu’il a reçu nous le confirme.

Un objet filmique qu’il me faudra revoir car mes souvenirs sont plus confus que précis. J’en retiens plutôt un ressenti global, diffus, une association d’images fortes et variées. Comme d’avoir vécu un rêve éveillé. Un mauvais rêve en six actes, dont deux (ceux de Blutch et Di Sciullo) s’enlacent entre les autres, servant de fils conducteur, ou plutôt de fils d’Ariane, dans ce labyrinthe des peurs les plus noires… Primale et primaire, la peur revêt plusieurs visages, propres à chaque auteur (d’où les crochets du titre). Mais elle est aussi universelle. C’est un sentiment qui se communique très bien.

Le passage à l’animation pour tous ces auteurs de BD est une réussite. Les procédés d’animation diffèrent d’un auteur à l’autre, de la technique traditionnelle (24 dessins à la seconde) à l’informatique, qui créé ces glissements en aplat. On passe du noir et blanc strict (McGuire, Di Sciullo ou Burns) à toutes les gammes de gris (Blutch, Caillou ou Mattotti)…

Plastiquement parlant, j’ai vraiment pris une claque par Blutch qui sculpte littéralement ses dessins. Il est plutôt dans une tradition des contes et des légendes. La peur du loup, de la bête (ici, le chien). Burns est égal à lui-même, psychanalytique, dérangeant. On y retrouve ses obsessions des plaies, des mutations, de l’incommunicabilité, de la solitude… Marie Caillou traite des angoisses infantiles, avec le symbole fort de araignée. Symbole que l’on retrouve aussi chez Richard McGuire, qui utilise un noir et blanc tranchant, suffoquant, illustrant  à merveille cette histoire « claustrophobique ». Les séquences de Pierre Di Sciullo sont un peu le leitmotiv du film. Abstraites, elles illustrent les propos en voix off de Nicole Garcia qui nous dresse un inventaire des peurs non plus infantiles, mais adultes : peur des responsabilités, de la société, de vieillir, de la mort… Mattotti aborde lui pleinement, avec son style expressionniste remarquable, la peur du noir.

Ces six séquences sont toutes visuellement remarquables et terriblement efficaces. Peur[s] du Noir est un film qui colle à la rétine et reste longtemps en mémoire…

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Le visage de la peur par Blutch

LE CINEMA D’EPOUVANTE

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Suite du glossaire du Fantastique tiré de l’ouvrage de Pierre Tchernia : 80 Grands succes du Cinema Fantastique. Cette fois ci, il approfondit la question de l’Epouvante…

Horreur et Epouvante

Epouvante, terreur, et horreur sont des termes que l’on retrouve le plus fréquemment utilisés lorsqu’il s’agit d’indiquer au spectateur en puissance qu’est le lecteur de journaux (pavés publicitaires, classement par genres) ou le passant (affiches, frontons des cinémas) que le film qui se signale à son intention relève d’un genre bien particulier.

De tout les termes usités – abusivement, la plupart du temps et dans le but d’une surenchère évidente – épouvante semble être le vocable sous lequel on puisse ranger le plus grand nombre d’œuvres. N’oublions pas non plus le cortège des frayeurs, peur, effroi, angoisse, anxiété, inquiétude, appréhension, etc., toutes les demi-teintes de l’Epouvante.

Il est également évident que le coefficient personnel d’émotivité du spectateur, l’époque, le lieu, interviennent ici pour une large part dans son appréciation. Terreur (= frayeur extrême, cf. le dictionnaire) est plus faible qu’épouvante (= terreur vive et soudaine), mais horreur (= effroi causé par un spectacle affreux ou répugnant) est nettement trop fort et ne devrait, par conséquent, être employé qu’avec beaucoup de circonspection.

La fréquence avec laquelle le terme horreur est utilisé (un film d’horreur, le cinéma d’horreur) semble provenir de la traduction littérale – et abusive – de l’anglais horror (a horror picture, Horror movies). L’équivalent le plus juste d’horror dans notre langue serait plutôt celui de fantastique [cf. Carlos Clarens, in « Horror Movies » (1968) : « Je suis conscient de l'insuffisance de l'appellation Horror Films – ce terme implique inévitablement une notion de répulsion, de dégoût – mais il se trouve qu'il a été sanctionné par l'usage et que c'est le meilleur que l'on puisse trouver en anglais »]. Si bien que pour traduire, réellement cette fois, horreur en anglais, il faudrait utiliser, par exemple, des termes tels que gore (=sanglant, « a blood and gore picture ») qui surenchérit sur horror.

En résumé, on peut dire que « horror » est, pour les Anglo-Saxons, d’un emploi au moins aussi imprécis que « fantastique » pour les Francophones.

RIGET (l’hopital et ses fantomes) – Lars Von Trier (1994/97)

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Je recommande vivement cette série à tous les fans de Fantastique. J’ai habituellement beaucoup de mal avec Lars Von Trier, mais ici, je ne peux que crier au génie ! Les amateurs de Von Trier apprécierons aussi car bien que cette série date d’avant, on y retrouve quelques principes du Dogme95 (en fait, les 5 premiers), qui sont :

1. Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être amenés (si on a besoin d’un accessoire particulier pour l’histoire, choisir un endroit où cet accessoire est présent)

2. Le son ne doit jamais être réalisé à part des images, et inversement (aucune musique ne doit être utilisée à moins qu’elle ne soit jouée pendant que la scène est filmée).

3. La camera doit être portée à la main. Tout mouvement, ou non-mouvement possible avec la main est autorisé. (Le film ne doit pas se dérouler là où la caméra se trouve; le tournage doit se faire là où le film se déroule).

4. Le film doit être en couleur. Un éclairage spécial n’est pas acceptable. (S’il n’y a pas assez de lumière, la scène doit être coupée, ou une simple lampe attachée à la caméra). 

5. Tout traitement optique ou filtre est interdit…

Ces principes apportent un réalisme froid qui contrastent parfaitement avec un scénario (et des personnages) totalement barré. Drôles d’ambiances !

Mes impressions peuvent changer d’un épisode à l’autre (par exemple la fin du 4 est bien trash). Mais dans l’ensemble, j’ai à chaque fois envie de voir la suite, pour découvrir ce qui peut se passer encore. Un mélange entre peurs (c’est souvent flippant) et rires (humour noir of course). Les acteurs sont tous bons et les dialogues excellents (à voir en VO). Rien ne sonne faux, c’est très réaliste alors que les situations sont purement fantastiques ou grotesques… Cet équilibre est vraiment réussi.

D’une manière générale, je dirai que l’univers de Riget est assez proche de David Lynch (pour certaines images fortes) et de Dark Water, pour le coté ghost story.

MUSEE HAUT, MUSEE BAS – Jean Michel Ribes (2008)

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On ne présente plus Jean Michel Ribes, acteur, auteur de pièces et de sketchs, réalisateur de films pour la télévision et le cinéma, directeur du théâtre du Rond-Point, créateur de Merci Bernard et Palace, comique, dramaturge, etc. Spécialiste des situations loufoques, du bon mot, de l’humour fin et légèrement surréaliste.

Adaptation de sa propre pièce, Musée haut, musée bas nous raconte la vie du musée Malraux, avec ses gardiens, ses visiteurs, ses techniciens, ses artistes… Véritable fourmilière, il ressemble plus à une grande surface ou un parc d’attraction qu’à un musée classique. Ce haut lieu de la Culture est géré par un conservateur qui n’a qu’une phobie (de taille) : que la Nature ne reprenne ses droits sur la Culture…

Ribes avait déjà abordé la thématique du musée d’Art dans sa précédente pièce, Théâtre sans animaux. Le sketch la Carpe nous racontait l’histoire d’un groupe de visiteurs qui se perdaient à la fois dans un musée et dans leurs pensés… Le thème Nature contre Culture y était déjà abordé, mais Ribes a poussé plus loin sa réflexion avec « Musée Haut » : la Nature (qui est un danger pour l’Homme) n’est belle (et acceptable) que lorsqu’elle est transcendée par la vision de l’Artiste (même dans l’Art contemporain) ! C’est Voltaire contre Rousseau !

Nous suivons donc les déambulations et les réflexions de plusieurs groupes de visiteurs, qui se perdent, se croisent, cherchent leur voiture ou Kandinsky, s’emmerdent, ne comprennent rien à ce qu’ils voient ou croient tout savoir… Les dialogues de Ribes sont comme toujours, à double sens. Il nous fait rire tout en nous faisant réfléchir. Maître du name-dropping, pas un grand Artiste ne manque à l’appel. Un vrai cours d’histoire de l’Art ! Et bien évidemment,  ces noms tombent toujours à propos ! Le casting impressionnant est composé d’acteurs de la Ribes’s team (Khorsand, Prévost, De La Personne, Annie Gregorio, Morel, Moreau…) et des potes (Blanc, Dussolier, Luchini, Jugnot, Pinon, Robin… Tous incarnent à merveille les mots de Ribes. 

Bien que se soit une adaptation, « Musée haut » n’est pas du théâtre filmé, mais un véritable film. Toujours en mouvement, la camera se ballade partout dans le musée (le hall d’entrée, les salles d’expo, la réserve, etc.), Ribes maitrise parfaitement le langage cinématographique. Il joue avec les plans d’ensemble, les gros plans, les champs, les contre-champs… Il y a même des effets spéciaux ! Surtout lors du final, véritable délire de film catastrophe.

Musée haut, musée bas est un film jubilatoire, qui excite nos cellules grises tout en stimulant nos zygomatiques ! Un très bon moment.

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